AU CARDINAL FRANÇOIS DE JOYEUSE
Les Bernois prétendent s'emparer des bailliages de Thonon et de Ternier. — Coup-d'œil rétrospectif sur l'apostasie et sur la conversion de ces provinces. — Demande de la protection du Cardinal auprès du roi de France.
[Septembre-octobre 1600.]
Monseigneur,
Me sentant chargé du soin du plus (a) important evesché de tout ce voysinage, ce m'a esté une incroyable consolation d'avoir sceu que vous esties auprès de Sa Majesté,
( a ) du plus — ["affligé etj
( 1 ) François, fils de Guillaume vicomte de Joyeuse et de Marie de Batarnay, recommandable plus encore par son mérite personnel que par l'illustration de sa naissance, se montrait digne du titre de « colomne du tressaint Siège Apostolique » que lui donnait saint François de Sales. Archevêque de Narbonne à vingt ans (1582), cardinal à vingt et un (12 décembre 1583), archevêque de Toulouse à vingt-deux, il contribua beaucoup à la réconciliation de Henri IV
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car je ne doutois pas qu'une sayson si pleyne de difficultés ne fit naistre (b) beaucoup d'occasions esquelles ceste pauvre et tant affligée Eglise que Dieu m'a confiée auroit extrême nécessité d'ayde et d'appuy ; et ne pouvois d'ailleurs souhaitter un appuy et asseurance plus ferme et solide que d'une telle colomne du tressaint Siège Apostolique que vous estes. (c) Je loue donq Dieu qui nous a Ps. cm, 18. establi pardeça ceste W pierre de refuge*; et, pour em-
ployer ceste faveur, je vous supplie, Monseigneur, d'avoir aggreable que je luy représente une des plus importantes nécessités de ceste Eglise.
J'entens un gros bruit qui porte que les Bernois (e) taschent par toutes voyes d'avoir congé de Sa Majesté de se saysir des balliages de Thounon (sic) et Ternier, qui sont de mon diocaese ; je me sens obligé en ma conscience de vous représenter la dommageable conséquence qui s'ensuivroit d'une telle saysie. Il y a environ soixante et cinq ans que les Bernois se saysirent de ces mesmes balliages et de celluy de Gex, et ne les eurent pas plus tost, qu'a vive force ilz y plantèrent l'haeresie, delaquelle ces pauvres âmes demeurèrent empestées, jusques a ce qu'appres, par la grâce de Dieu, y avoir fait
(b) pas — qu'en une sayson si pleyne de difficultés il ne m'arrivast
(c) que vous estes. — TSi que l'escarlatte sacrée dont vous estes revestu ne me permet pas de paslir parmi les craintes ausquelles ma vocation m'oblige. J
(d) Dieu — f'de vostre si nécessaire venue en ces contrées... J qui a praeparé pardeça une telle
(e) l~Le bruit court icy...J J'entens un gros bruit [en ces quartiersj qui porte que les Bernois Tont instamment sollicité auprès de S. M.... persuadent très instamment...J
avec l'Eglise Romaine. Dès lors le monarque ne cessa, comme son prédécesseur, de lui donner des preuves de confiance. Il le choisit pour protecteur des affaires de France en Cour de Rome, le nomma en 1604 à l'archevêché de Rouen, et plus tard le chargea de négocier la paix entre le Saint-Siège et la république de Venise (1607). C'est le Cardinal de Joyeuse qui sacra à Reims le roi Louis XIII (17 octobre 1610), lui qui présida au nom du clergé les Etats Généraux de 1614. Entouré de l'estime universelle, il mourut à Avignon le 27 août 161 5, après avoir fait un grand nombre de fondations pieuses. Il établit entre autres un Séminaire à Rouen, une maison d'Oratoriens à Dieppe, et une autre de Jésuites à Pontoise; c'est à l'église de ce dernier établissement qu'il légua son cœur.
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prescher la foy catholique trois années continuellement, en fin, des trois années en ça, ces peuples pour la plus part (qui revient a quatorse ou quinze mill'ames) ont esté ramenés au giron de l'Eglise, sous l'expresse et formelle authorité du Saint Siège Apostolique. De laquelle réduction, Monseigneur le Cardinal de Medicis, pour lhors Légat a latere, a esté non seulement tesmoin, mais fut encor luy mesme instrument, en ayant conféré l'absolution a un très grand nombre des convertis. Dequoy ayant fait récit a Sa Sainteté, elle m'envoya un Brief apostolique (r) affin que je reprinse les revenus ecclésiastiques de ces balliages et, par tout ou il me sembleroit, je restablisse les églises, y constituant absolument des curés, pasteurs et prsedicateurs. Ce que j'estois sur le point de faire (f), et cependant avois des-ja, des le passage de mondit Seigneur Légat, establi par tout des pasteurs par provision.
Despuys, Sa Sainteté y avoit envoyé et entretenu (g) a ses propres despens une mission de Religieux Jésuites pour avancer tous-jours tant plus ceste sainte œuvre, qu'elle jugeoit si digne d'estre favorisée (h) qu'elle avoit mesme dressé dés quelques moys en ça une Congrégation a Romme pour cest effect, delaquelle Monseigneur le Cardinal Aldobrandino, son neveu, estoit le chef, et avoit fait protecteur particulier de l'œuvre Monseigneur le Cardinal Baronio, avec dessein d'y dresser une Université. Si que il sembloit que Dieu (0 voulut particulièrement esclairer de son œil de miséricorde ceste province, après tant de ténèbres (j) lesquelles Tavoyent obscurcie si long tems.
Or, Monseigneur, puysque la providence de Dieu, sans laquelle rien ne se fait icy bas, ouvre aux armes du Roy
(f) de faire — fce moys d'aoust passé quc.J
(g) Sa Sainteté — avoit Tdestinéj et entretenu Tde faitj [h) favorisée — Tde tant d'assistencej
( i ) que Dieu — Tet le S1 Siège... J
(j) de ténèbres — pqui y avoyent duré si long...J
(i) Ce Bref est daté du 24 mars 1599.
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le passage et chemin (k) a ces balliages, il me semble que je vous dois supplier très humblement et par les entrailles de Jésus Christ, comme je fais, de prendre en singulière protection auprès de Sa Majesté la conservation de ces saintes!1) nouvelles plantes, lesquelles sont autant plus chères a l'Eglise leur mère, a ceux qui les ont plantées et a Sa Sainteté, qui les a arrousees de tant de bienfaitz, qu'elles sont encor tendres et exposées a beaucoup de vens. Entre lesquelz, le plus aspre et dangereux (m) pour elles, pour tous les bons, qui leur peut arriver, seroit celuy duquel il court des-ja certain bruit, venant, a l'adventure, de ceux qui sont ennemis de leur conscience, (n) ennemis de toute l'Eglise tressainte, pour le service delaquelle je supplie le grand Père de famille de vous conserver longuement, et faire vivre saintement en toute prospérité, selon la volonté de Celuy qui m'en donne une d'estre éternellement
Vostre très humble et très obéissant serviteur.
(o) A Monseig1" Monseigr l'Illustrissime et Rme
Monseig1" le Cardinal de Joieuse.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Turin.
(k) et chemin — [si ayséj
( 1 ) de — Tla s'e foy enj ces
(m) Entre lesquels — ("il en court un,J le plus aspre et dangereux pqui leur peut arriver, et le plus lamentable, a mon advis...J
(n) [La fin de cette minute manque dans l'Autographe; elle est donnée d'après l'édition de 1641, moins toutefois la signature Ft E. de Genève. Cette si gnature est évidemment ajoutée à tort; car la lettre, qui traite d'événements arrivés à la fin de 1600, est écrite au nom de MRr de Granier.]
(o) [L'adresse n'est pas de la main du Saint*]
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