A M. NICOLAS DE SANG Y
Encore les affaires du Chablais. — Remerciements pour l'assurance donnée relativement au maintien de la religion catholique dans cette province. — Il n'est pas possible d'accorder au baron du Villars les bénéfices ecclésiastiques qu'il sollicite pour son fils.
Annecy, 6 novembre 1600.
Monsieur,
Je viens de recevoir la lettre que vous m'escrivistes a Genève le xiinc d'octobre, laquelle, quoy que tard, m'est arrivée fort a souhait pour avoir veu au fin commencement d'icelle que le Roy vous depeschant de delà pour son service, vous commanda de tenir main de tout vostre pouvoir a ce que l'exercice de la religion fut maintenu en son intégrité, selon Tordre et acheminement que j'y avois ci devant donné. Dequoy je me suis d'autant plus res-joùy en Jésus Christ que tout a l'heure j'avois eu advis comme asseuré que l'exercice de l'heresie se devoit restablir a Thonon sous vostre permission ; ce que toutefois je ne voulois ni pouvois me persuader, tant pour la ferme créance que j'ay en la franchise avec laquelle vous chemines au service de Dieu, qu'aussi pour les saintes intentions que Sa Majesté très Chrestienne a touchant ce point, comm'elle me declaira ouvertement estant en ceste ville (2) ; sans l'asseurance desquelles j'eusse imploré le crédit que nostre Saint Père a en son endroit, ainsi que je dois et que Sa Sainteté m'a commandé de faire a toutes les occasions qui se présenteront pour le bien de ces nouvelles plantes qui luy sont si chères. Vous m'aves donques infiniment obligé par ceste nouvelle asseurance que vous me faites que tout demeurera en son intégrité,
(1) Voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 53.
(2) Henri IV séjourna à Annecy du 5 au 9 octobre 1600.
416 Lettres de saint François de Sales
sans altération d'aucun nouveau meslange ; dont je vous remercie bien humblement.
Et touchant la provision de la cure de Saint Mathieu et doyenné de Vullionnex, que vous desiries de moy en faveur du filz de monsieur le baron du Villars (O, je vous prie, Monsieur, de faire considération de Testât auquel je suis touchant les bénéfices de ces balliages. Sa Sainteté sachant fort distinctement la disposition de ces pauvres *Videsupra,p.4i3, peuples, me depescha un Brief exprès et bien ample* par lequel elle me charge de desunir tous les bénéfices, tant curés qu'autres, des balliages de Thonon et Ternier, lesquelz jusques a l'heure avoyent estes unis a la Milice de Saint Lazare. Et outre ce, de prendre sur tous autres bénéfices desdits balliages, de quelle qualité qu'ilz fussent, et sur tous biens dependantz de l'Eglise, ce qui seroit nécessaire pour les portions des curés et prsedicateurs, en cas que les bénéfices de Saint Lazare ne fussent sufflsans, avec tout pouvoir d'unir les parroisses ensemble ou les diviser selon que je jugerois a propos.
Or, Monsieur, j'estois sur le point de voir la dernière exécution de ceste volonté du Saint Siège quand ces troubles de guerre survindrent, et, en considération de la ruine de beaucoup d'églises et du peu de revenu des autres, j'avois presque par tout uni plusieurs parroisses en une, selon les distances et autres circonstances des lieux, et entr'autres j'avois joint les cures de Vullionnex, Confignon et Bernex, tant pour la commodité des revenuz que par ce que l'église de Vullionnex est en masures ; et du tout j'ay envoyé au Saint Siège distincte et vraye instruction. Si que je suis obligé a suyvre ce qu'une fois pour tout j'en ay ordonné après meure délibération, puisque l'advis en est allé jusques aux mains des supérieurs, et que d'ailleurs malaysement se pourroit il mieux faire. Mays sur tout, après que j'auray levé du doyenné de Vullionnex la portion nécessaire pour le curé de Bernex en supplément de ce qui manquera d'ailleurs, je n'en puis
( i ) Peut-être François de Boyvin, le seul des fils du baron du Villars qui nous soit connu. Un Maximin Boyvin fut institué curé de Saint-Girod le 9 mars 1607 ; mais nous n'avons pas de preuve qu'il fût frère du précédent.
ÉCRITES POUR M«r DE GrANIER 417
aucunement disposer au praejudice du tiers qui s'est tousjours maintenu en possession avec provision de Romme. .Qui me fait vous supplier, Monsieur, de prendre en bonne part si je ne rapporte au contentement de monsieur du Villars ce que vous desiries, puys quil tient au pouvoir que je n'ay plus et non a l'affection, laquelle j'y ay très entière, quand ce ne seroit que pour lhonneur que je porteray tous-jours a tout ce qu'il vous plaira me recommander.
Ce qu'attendant de tesmoigner par effect quand il plaira a sa divine Bonté m'en donner le pouvoir, je la prieray vous donner, Monsieur, longue et heureuse vie en la bénédiction de sa sainte grâce.
(O Vostre bien humble et affectionné serviteur.
D'Annessi, ce 6 de novembre 1600.
A Monsieur Monsieur de Sancy, Conseiller d'Estat, Colonnel des Suisses, Capitaine de cinquante hommes d'armes et commandant au duché de Chablaix et balliage de Ternier pour Sa Majesté.
Revu sur l'Autographe conservé au presbytère de Bernex (canton de Genève).
(1) La clausule n'est pas de la main du Saint.