‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 11 sur 88 · A MONSEIGNEUR JEAN-PIERRE CAMUS ÉVÊQUE DE BELLEY · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR JEAN-PIERRE CAMUS ÉVÊQUE DE BELLEY

Recommandation en faveur d'un ancien serviteur d'Antoine Favre.

Annecy, 12 avril 161 1.

Monseigneur,

Cet honnest'homme parisien a servi longuement, fidèlement et aggreablement monsieur le premier Président de Savoye, et pour quelque sujet hors de luy, il quitte maintenant ce service, et a désiré de moy cette lettre pour vous faire la révérence en vous la présentant, estimant que, si d'adventure vous avies besoin de quelque serviteur de sa sorte, par cett'occasion il pourroit entrer au bien de l'estre. Or, Monseigneur, cet (sic) ainsy sans artifice que je vous dis l'artifice louable de ce bon personnage, auquel je sçai bon gré dequoy, par ce moyen, je puis me ramentevoir en vostre sainte, sacrée et inviolable bienveuillance, a laquelle je me recommande

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très humblement, luy dédiant mon obéissance et service perpétuel.

Dieu vous conserve et comble de ses grâces, Monseigneur, et je suis

Vostre très humble et très obéissant frère et serviteur,

Franc8, E. de Genève.

XII avril 161 1.

A Monseigneur Monseigneur, le Rme Evesque et Seigr de Belley, Prince du S1 Empire.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Meaux.

DCLXXIX

A M. ANTOINE DES HAYES ('

Premiers projets de Denis de Granier; son portrait. — Les jeunes gens et les difficultés. — Menaces de guerre.

Annecy, 13 avril 161 ! .

Monsieur,

Outre que je ne sçaurois pouvoir me ramentevoir en vostre bienveuillance et ne le faire pas, je suis bien ayse de vous donner advis comme, sur ce que M. de Charmoysi, mon cousin, m'avoit dit touchant vostre désir de me voir le Caresme prochain a Paris, j'ay escrit a son Altesse *; en sorte que j'espère en peu de jours avoir une * Epist. dclxxv. response absolue, laquelle, si elle est selon nostre gré, je pourray justement croire que Dieu l'aura voulu d'une volonté spéciale, puisque la concurrence des affaires du monde me sera peu favorable, comme je pense. Mais

( r ) Il semble hors de doute que le destinataire soit des Hayes. Tout le désigne : le ton de la lettre, les allusions à M. de Charmoisy et au Carême de Paris, et surtout la mention de Denis de Granier que nous retrouverons en 161 2 dans les lettres à « l'arch'intime » du Saint.

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pensés, Monsieur, quel contentement pour moy de pouvoir encor une bonne fois jouir de la douceur de vostre présence.

Au demeurant, j'ay avec moy un jeune homme d'Eglise, neveu de feu Monsieur le Reverendissime mon prédécesseur (0, qui s'est immaginé qu'a l'adventure il pourroit entrer par delà au service de quelques jeunes seigneurs pour leur instruction, et par ce moyen estudier aussi ; et m'a tant pressé, sachant en quelle confiance je suis avec vous, que j'ay esté contraint de luy promettre de vous supplier de me donner quelque advertissement si cela pourroit estre. Mais j'adjouste pourtant, qu'encor que ce jeune homme soit de fort bonne mayson (mais mayson descheuë) et qu'il ait l'esprit fort gentil et bien estudié, si est-ce que c'est plus son jugement qui le porte a ce désir que non pas mon advis, qui est que son courage n'est pas pour entrer en ladite sujettion que telle condition requiert. Mais les jeunes gens dévorent toutes les difficultés de loin et fuyent a toutes les difficultés de près.

Or, Monsieur, il me suffira, s'il vous plaist, de m'escrire un mot qui le puisse aucunement desabuser, car il est force de traitter avec luy ; affin que, sans [se tourmenter] de vous prier (2), il attende que Dieu luy pourvoye des moyens de nager a ses despens ; ce qui sera bien tost, puisque j'en voy des-ja la semence paroistre sur le champ, qu'il seroit prest a recueillir des maintenant, si la jeunesse luy eust permis d'estre aussi arresté ci devant comme il est résolu de l'estre dores-en-avant.

Monsieur, je m'intéresse avec vous et use librement de ce petit artifice en faveur de ce jeune homme, que je dois affectionner pour l'espérance qu'il donne de devoir reùscir, et sur tout a la mémoire que je dois a Monsieur

(i) Ce « jeune homme d'Eglise, » qui donnait déjà des inquiétudes à ses protecteurs, est Denis de Granier, fameux par ses aventures. (Voir le tome précédent, note (4), p. 344.) Il en sera parlé plus tard.

(2) Le texte de cette lettre donné par Hérissant, défectueux manifestement en plusieurs endroits, a été rectifié ici et là sans hésitation; mais cette phrase — l'édition de 1758 porte : « sans ce tourment de vous prier, » — ne saurait être donnée, quoiqu'intelligible, pour celle de l'Autographe.

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son oncle. Vous interpreteres le tout en bonne part, comme d'un cœur qui prend toute confiance au vostre. Nous sommes icy sans nouvelles, mais non pas sans menaces [de ceux de Genève] de faire beaucoup de maux a nos églises C1 ) ; mais la protection de laquelle ilz font profession de tirer leur force, ne leur sera, comme j'espère, jamais donnée pour ces misérables effectz. Dieu nous veuille donner « la paix que le monde ne peut donner *, » et vous conserve, Monsieur, longuement et * Orat. pro Pace. heureusement, selon le souhait de

Vostre très fidèle et très obéissant serviteur,

Franc5, E. de Genève.

Ce 13 avril 161 1.

( 1) Voir ci-dessus, note ( 1), p. 31, et note (2), p. 32.

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