‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 16 sur 88 · A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET ÉVÊQUE DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET ÉVÊQUE DE MONTPELLIER

Le rétablissement du culte à Gex et part qu'y a prise le Chapitre de Genève. — Sollicitation du placet royal pour lui annexer un bénéfice. — Petites nouvelles. — Retour à la foi d'un gentilhomme. — Pourquoi la connaissance de la vérité n'est pas toujours suivie de la conversion.

Annecy, 15 juin 161 1.

Monseigneur,

Nostre Chapitre de Genève a plus coopéré aux commencemens de Testablissement de l'exercice catholique

( 1 ) Vers la fin de 1614, le Saint recourt à l'intercession de M«r Fenouillet pour le même bénéfice dont il est question dans cette lettre ; « Il y a encor, »

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a Gex qu'aucuns ecclésiastiques ; car, outre que monsieur le Prévost (0, messieurs Grandis (2), Bochuti (3) et GottriU), chanoynes dudit Chapitre, ont esté les premiers qui ont fait résidence a leurs despens en ce pais-lâ durant un'annee, ce fut ce Chapitre qui fournit aux fraitz que je fis, estant encor Prévost, pour la sollicitation de la confirmation de l'establissement(5). En considération décela, un certain seigneur de Monluel, qui par longues années avoit possédé un petit bénéfice simple audit Gex, de la valeur d'environ 20 ou 2 5 escus de revenu, ayant de son gré et par son élection désiré que ce sien bénéfice fut uni a nostre dit Chapitre, je Fay fait encor plus volontier, comme chose sainte et juste (6).

Mays d'autant qu'a l'adventure, les cours laiques, en cas quil y eut quelque controverse ci après, requerront que les proviseurs ayent le placet ou brevet du Roy, et que la valeur du bénéfice n'est pas si grande qu'on puisse envoyer exprès pour en faire la supplication a Sa Majesté (a laquelle mesme, en tous evenemens, nous n'aurions aussi pas moyen d'avoir bon accès que par vostre entremise), partant nous vous supplions très humblement tous, que si ce n'est point vostre incommodité, il vous playse

dit-il, « l'affaire de nostre Chapitre pour ce petit bénéfice de Gex, dont j'escris « a nostre grand et parfait amy. S'il vous plaist, Monseigneur, vous y contri- « bueres vostre faveur. » En juin 1611, le Prélat savoyard était à Paris, et la faveur dont il jouissait à la cour donnait du poids à son entremise. Il est donc naturel que le saint Evêque l'ait pris pour intercesseur. Les « petites nouvelles, » les confidences de la lettre confirment encore l'opinion que Fenouillet en est le destinataire.

(1) Louis de Sales, cousin du Saint, qui occupa cette charge jusqu'à sa mort. (Voir tome XII, note ( 1 ), p. 6.)

( 2 ) Claude Grandis (voir tome XI, note ( 1 ), p. 299, et tome XIII, note ( 2 ), p. 195).

(3) Antoine Bochut (voir tome XII, note (4), p. 46).

(4) Nicolas Gottry (ibid., note (3).

(5) Voir tome XII, Lettres cxlix, cli, clxv, cclvii, cclxv, cclxviii.

(6) Le possesseur de ce bénéfice (Vésenex et Crassy) était « noble et Révérend seigneur Claude de Montluel, abbé du monastère de l'abbaye nommé Bonmont, de l'Ordre de Cîteaux, » (R. E.) situé à quelques kilomètres de Divonne. Le 3 juin 161 1, il en avait fait cession, mais en se réservant les fruits jusqu'à sa mort, qui arriva en 1614. Louis XIII permit l'union de ce bénéfice au Chapitre de Genève par un brevet du 6 juillet 161 1. (Archives départ, de la Côte-d'Or, B. 12094, fol. 58.)

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impetrer ledit placet. La petitesse de la pièce, le travail passé de ceux de ce Chapitre, vostre crédit, nous rendent un'esperance certaine que cela ne sera pas fort malaysé ; car, bien que nostre Chapitre réside maintenant, par emprunt, de deçà, si est ce que naturellement il est de Genève. Et Messieurs de Saint Claude (0, estrangers non seulement au regard du royaume, mays encor au regard du diocsese, ont bien obtenu plusieurs placetz pour divers bénéfices de ce pais-la de Gex, ou ilz n'ont rendu, que je sache, aucun service comparable a celuy que nos chanoynes ont fait.

Voyla, Monseigneur, ma requeste envers vous, et voyci mes petites nouvelles. Je fus l'autre jour a Gex, auprès de monsieur le Grand v2) et monsieur de Lux *, ou j'eu * Cf. supra, p. 48. la consolation de retirer un gentilhomme et cappitayne de la religion a la foy catholique (3), de reconcilier deux églises parrochiales ( 4 ), et, en quatre sermons, d'esbransler piusieurs haeretiques, et leur fayre advoùer que la vérité catholique estoit belle (5), quoy que difficile a comprendre. Mais comme ce n'est pas tous-jours Terreur de Fentendement, ains le défaut de la volonté et l'impureté des affections qui tient les hommes hors de l'Eglise, aussi n'y rentrent-ilz pas tous-jours quand ilz connoissent la vérité d'icelle.

A cette consolation, messieurs le Grand et de Lux en adjoustoyent presque ordinairement une autre, qui estoit de me parler de vous et de vos mérites comme l'honneur amoureux que je vous porte me pouvoit faire désirer. A mon retour, je treuvay que mon voyage n'avoit pas esté seulement fertile en consolation, selon sa petitesse, mais

(1) Les Religieux de l'abbaye de Saint-Claude (voir ci-dessus, note ( i ),

(2) Le duc de Bellegarde.

( 3) Les recherches faites poui découvrir ce « cappitayne de la religion » sont restées infructueuses. Parmi les convertis de 1611, François Favre mentionne dans sa déposition (Process. remiss. Gebenn. (II), ad art. 33), « Amédée Le Moine, » mais nous ne croyons pas que celui-ci soit le « gentilhomme » dont parle le Saint.

(4) Challex et Divonne (voir ci-dessus, note (2), p. 57).

(5) Nous n'avons retrouvé qu'une partie de l'Autographe, laquelle se termine ici. Ce qui suit est emprunté à l'édition Biaise, 1821.

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aussi, de ce costé de deçà et de delà les mons, de soup- Cf. Epist. praeced. COns et calomnies *, que la vérité néanmoins effacera, comme je pense, par la suite de quelques jours.

Il failloit dire ce mot de confiance avec vous, qui me donnés si abondamment le bonheur de vostre amitié, que tout le monde s'en res-jouit avec moy, et particulièrement ces seigneurs dont je viens de dire les noms. Continués, je vous supplie, Monseigneur, et croyés que je suis invariablement,

Vostre...

Revu en partie sur l'Autographe conservé à Issy (Paris), Maison de Philosophie de la Compagnie de Saint-Sulpice.

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