FRAGMENT
Le mystère de la Visitation. — La très sainte Vierge en la maison de Zacharie ; effets miraculeux de sa présence. — Effusions d'humble amour pour le Verbe incarné.
Annecy, Ier ou 2 juillet [161 1 (1).]
Je vous laisse a penser, ma Fille, quelle bonne odeur respandit en la maison de Zacharie cette belle fleur de lis, trois mois qu'elle y fut ; comme chacun en estoit embesoigné et comme avec peu, mais de très excellentes *Cant., iv, ir. paroles, elle versoit de ses sacrées lèvres le miel * et le bausme pretieux ; car, que pouvoit-elle espancher que ce dequoy elle estoit pleine ? Or, elle estoit pleine de Jésus.
Mon Dieu, ma Fille, je m'admire tant que je suis encor si plein de moy mesme après avoir si souvent communié! Hé, cher Jésus, soyes l'Enfant de nos entrailles, afïin que nous ne respirions ni ressentions par tout que vous. Helas ! vous estes si souvent en moy, pourquoy suis -je si peu souvent en vous ? Vous entres en moy, pourquoy suis-je tant hors de vous ? Vous estes dans mes entrailles, pourquoy ne suis-je dans les vostres pour y fouiller et recueillir ce grand amour qui enivre les cœurs ?
Ma Fille, je suis tout parmi cette chère Visitation, en laquelle nostre Sauveur, comme un vin tout nouveau, fait bouillonner de toutes parts cette affection amoureuse dedans le ventre de sa sacrée Mère.
Françs, E. de Genève.
(1) Ce fragment faisait suite, dans les anciennes éditions, à la lettre du 30 juin 1610 (voir le tome précédent, note (2), p. 324), mais il avait été interpolé, car l'Autographe ne le donne pas ; sa teneur permet de lui attribuer avec plus de probabilité la date de 161 1. Le Saint a pu écrire ces lignes la veille ou le jour même de la Visitation.
Année 1611 77