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DCC

A M. ANTOINE DES HAYES

Assurance réciproque d'invariable amitié. — Eloge du Prieur des Feuillants et pour quelles raisons particulières il s'est fait estimer du Saint. — Rupture d'un mariage princier. — Le deuil d'un ami. — Il n'est pas accordé à l'Evêque de Genève d'aller prêcher un Carême à Paris. — La marquise de Maignelay. — Derniers jours d'un poète.

Annecy, 11 juillet 1 6 11 .

Monsieur,

Hier seulement que ce digne porteur, le P. Prieur des Feuillans (0, m'arriva, je receu la lettre que vous nVescrivites par luy mesme le VI avril. C'est tous-jours avec mille joyes que tels tesmoignages de vostre bienveùillance m'adviennent, et quoy que vos lettres soyent vielles en dates, elles me donnent néanmoins des contentemens nouveaux.

May s je voy en celle-ci, que vous aves longuement

( 1 ) Très vraisemblablement, le « digne porteur » était dom Jean de Saint- François, car de tous les Feuillants de cette époque, c'est à lui que conviennent le mieux les éloges caractéristiques donnés par le Saint.

Jean Goulu, plus connu sous le nom de dom Jean de Saint-François, né à Paris le 25 août 1576, était fils de Nicolas Goulu, professeur royal de langue grecque, et de Madeleine Daurat, fille du savant humaniste Jean Daurat. Il entra au barreau, puis le quitta en 1604 pour entrer chez les Feuillants. Depuis son noviciat, il eut toujours quelque charge dans l'Ordre et obtint la première de toutes, le 19 juin 1622, dans le Chapitre général de Pignerol que présida, au nom du Pape Grégoire XV, l'Evêque de Genève. « Dom Frère Jean « de Saint-François, » écrivait le Saint à Rome, « vient d'être élu Supérieur « général de la Congrégation. Ce n'est pas seulement un homme d'une éru- « dition remarquable, vraiment supérieure; par la variété de ses pieux écrits, « par ses brillants travaux, il a en effet illustré l'Eglise, il l'a défendue contre « les hérétiques. C'est encore un homme d'une prudence très avisée et fort « exercé aux affaires ; enfin, ce qui est capital, il est versé dans la piété et « dans la science de l'apostolat. Il y a donc tout lieu de croire que, sous son « gouvernement, toute la Congrégation profitera de jour en jour. » (Lettre latine à Grégoire XV, 22 juin 1622.)

Comme il entendait parfaitement le grec, il traduisit en français les Œuvres de saint Denys l'Aréopagite (1608), le Manuel d'Epictète (1609), les Homélies de saint Basile sur VHéxaméron (1616). En 1620, il fit un livre contre celui du

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esté sans en avoir des miennes. ^J'avoue sincèrement mes fautes, mais celle ci, elle n'est pas mienne, ains des porteurs ; car je sçai bien que tous-jours, quand je puis, je vous escris de mes nouvelles, non seulement par ce que vostre désir a tout pouvoir sur ma volonté, mais aussi par ce que ma volonté a perpétuellement ce désir de vous parler, comm'il m'est possible de parler de vous et de vous oùir ou voir parler a moy. Je ne refuse pourtant pas l'amiable offre que vous me faites de ne changer jamais ni varier en l'amitié que vous me portés, soit que je vous escrive ou que je ne vous escrive point. Non, Monsieur, je vous en supplie, ne varies jamais en cette affection que vous aves pour moy ; car croyes qu'aussi, soit que j'escrive, comme je feray Dieu aydant, ou que je n'escrive pas, je ne varieray jamais en la resolution que j'ay faite d'estre a jamais homme très véritablement vostre et tout vostre, sans reserve ni exception. Je parle le langage de mon cœur et non pas celuy de ce tems. Or, selon mon sentiment, c'est tout dit quand je dis que je suis tout vostre, et peu dit si je dis moins que cela.

Ce Père, que j'honnorois des-ja bien fort pour les fruitz que j'avois veu de son esprit, m'a lié a son amour et respect d'un lien indissoluble quand j'ay conneu en luy un si grand assemblage d'érudition, d'entendement, de

ministre du Moulin : De la vocation des Pasteurs, et publia en 1624 la Vie de saint François de Sales, remarquable par son exactitude et la simplicité du récit. En 1627, il donna au public, sous le nom de Lettres de Phyllarque, c'est-à-dire de prince des feuilles, deux volumes contre Balzac qui furent l'occasion d'une bruyante querelle entre les partisans et les ennemis de ce dernier. Dom Jean de Saint-François mourut le 5 janvier 1629. L'épitaphe que firent mettre sur son tombeau le duc et la duchesse de Vendôme serait de la façon de Corneille, au dire du P. de Saint-Romuald. (Voir Bayle, Dict. historique et critique, 1730.) Le célèbre Feuillant fut un ami du Saint, et à Pignerol, le confident de ses derniers projets en fait de publications. (Cf. Année Sainte de la Visitation, t. VI, 18 et 19 juin.) Et cette confiance se comprend, si l'on sait que François de Sales tenait en haute estime le savoir et le talent littéraire de l'éminent Religieux. Aussi son élection, — le croirait-on? — le contrista presque, « car il me semble, » écrivait-il à un Cardinal le 21 juin 1622, « que luy ayant reusci d'escrire avec l'heur et la grâce qu'on remarque « es traductions du grec en latin et en françois qu'il a données au public, et « en réfutant les hérésies de ce tems, il pouvoit rendre un plus grand et plus « important service a la sainte Eglise en la continuation de cet employ. »

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vertu, de pieté, et, entre ses vertus, l'estime quil fait de la vostre et du bien de vostre conversation ; car c'est une des maximes plus entières de mon ame, que j'honnoreray quicomque vous honnorera et cheriray quicomque vous chérira.

Que de bruitz, que de vaynes espérances (0, que de vrayes afflictions avons nous eu par deçà ! Mays, grâces a Dieu, nous voyci maintenant avec grand'apparence de tranquillité. Nous avions longuement attendu quelle issue prendroit le traitté si longuement entretenu du mariage de M1Ic d'Anet et de nostre Monsieur ; mays a ce qu'on nous dit, nous n'en devons plus rien attendre, puisque tout en est cassé. Et Dieu veuille que certaines nouvelles espérances qu'on nous propose soyent plus asseurees que celles que nous venons de perdre n'ont esté (2).

Nostre monsieur de Charmoysi est a Chamberi, il y a quelques jours, ou je luy ay envoyé la nouvelle de la perte de son second filz, mon fileul (3). Je croy quil la ressentira, car ayant retiré son cœur de la cour, il l'avoit mis en sa femme, ses enfans et ses amis.

Je me res-jouis que Monsieur de Monpelier soit a Paris le Caresme suivant, a jouir de la douceur de vostre présence, a laquelle croyes que j'aspire souvent, mays pour néant, puisque ayant plusieurs foys fait demander congé a Son Altesse de pouvoir aller fair'un Caresme en vostre ville *, je n'ay sceu jusques a présent l'obtenir, *Videsupra,pp.37, ni mesm' autre response sinon quil y failloit penser. Mays 43' nul ne me sçauroit empescher que d'esprit et de cœur je n'y sois journellement auprès de vous, a vous honnorer, chérir et embrasser de toutes mes forces.

(1) Ces « vaynes espérances » ne visent-elles pas le projet de mariage de Victor-Amédée avec Elisabeth de France, dont les négociations commençaient à se ralentir, tandis que se traitait l'affaire des mariages espagnols? Ceux-ci, en effet, furent déclarés à la cour de France le 26 janvier 1612. (Cf. le tome précédent, notes ( 1), ( 2), p. 217.)

(2) Le mariage « cassé » du duc de Nemours avec Anne de Lorraine eut lieu cependant en 1618 (cf. ibid., note ( 1 ), p. 184), et les « nouvelles espérances » dont parle le Saint désignent sans doute le projet d'union avec l'infante de Savoie, que Charles-Emmanuel proposait pour empêcher le premier.

(3) Jean-François de Charmoisy était né à Annecy en 1610. Son acte de sépulture est daté du 7 juillet 1611. (Reg. par. d'Annecy.)

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Madame la Marquise de Meneley (0 me fait trop de grâce de se resouvenir de moy, et encor plus de désirer que j'aille la. Je suis son très humble serviteur et porte singulière révérence a son mérite. Mays d'aller là, je n'en puis rien dire, sinon que ce sera quand je pourray ; mays de sçavoir quand je pourray, il n'est pas en mon pouvoir.

Monsieur Nouvelet (2), qui va petit a petit achevant le petit reste de sa vie, a désiré que je vous asseurasse de son humble affection. Sur tout, je vous asseure de la mienne, et vous souhaitant toute prospérité, je suis, Monsieur,

Vostre très humble et fidèle serviteur,

Françs, E. de Genève.

Monsieur, j'ay loué Dieu quand on m'a fait sçavoir de Lion que vous esties guéri d'une grande maladie, avant que j'aye sceu que vous en ayes esté atteint. Dieu vous conserve, et je m'en res-jouis avec madame vostre femme, delaquelle je suis de mesme humble serviteur.

XI julliet 1611.

A Monsieur

Monsieur des Hayes, Maistre d'hostel

du Roy, Gouverneur et Baillif

de Montargis.

Revu sur l'Autographe conservé au Ier Monastère de la Visitation de Rouen.

(1) Voir le tome précédent, note (3), p. 185.

(2) Claude-Etienne Nouvelle! (voir tome XII, note (1), p. 47).

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