‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 24 sur 88 · A LA SOEUR DE BRÉCHARD, RELIGIEUSE DE LA VISITATION · texte numérisé non relu

A LA SOEUR DE BRÉCHARD, RELIGIEUSE DE LA VISITATION

Notre-Seigneur saura bon gré à qui porte et supporte les âmes qui se trouvent faibles.

Bons, fin septembre ou commencement d'octobre 161 1 ( 1 ).

Ma chère Nièce, ma Fille,

Ce n'est que pour simplement vous saluer et asseurer que je me presseray le plus que je pourray pour bien tost vous revoir, et espère que ce sera avec nostre mutuelle consolation et de toutes nos Seurs mes chères filles. Ce pendant, persévères courageusement a porter et supporter celles qui se treuveront foibles*; et croyés moy, ma *Çf.Galat.,ult.,a. chère Fille, ma Nièce, que Nostre Seigneur, a qui vous estes toute, vous en sçaura un grand gré (2). Je le supplie qu'il vous comble de force, de douceur et de bénédiction, et toute cette chère trouppe de filles qui me sont pretieuses comme la prunelle de mes yeux.

A Dieu donq, ma très chère Fille, ma Nièce, continues d'aymer en Nostre Seigneur, celuy qui est en luy très cordialement tout vostre.

A Bons.

A Madame

Madame de Brechard.

A la Visitation.

(1) Le Saint était à Bons le ier octobre i6ir, mais le 24 septembre et le 3 octobre il était à Thonon : c'est donc entre ces dernières dates que ce billet a été écrit.

(2) La Mère de Chantai, à son départ pour la Bourgogne, avait chargé la Sœur de Brechard de gouverner en sa place. La ferveur de cette dernière pouvait décourager des âmes moins viriles que la sienne : de là, ces avis du bienheureux Fondateur.

o6 Lettres de saint François de Sales

DCCXVII

A LA SOEUR ROGET, RELIGIEUSE DE LA VISITATION {l

(inédite)

Ce qu'il faut faire après « quelques petitz mauvais pas. » — Avoir le cœur franc envers les Supérieurs. — La « petite bienaymee Françon. »

[Septembre-octobre] 1611 (2).

Vous m'aves fait un grand playsir de m'escrire, ma chère Filleule, ma Fille. Mais vrayement, il faut estre bien brave a surmonter tous ces petitz chagrins et la melancholie qui les produit. Or, je sçay bien que vous estes fort fidelle pour ce regard, et que si vous faites quelques petitz mauvais pas, soudain vous vous relevés humblement, doucement et sans vous estonner ; car il faut faire ainsy, ma chère Fille, pour devenir parfaitement sainte, qui est vostre prétention. C'est aussi bien fait

(1) Sœur Claude-Françoise Roget appartenait à une famille d'Annecy, que le Saint qualifie de « fort honnorable. » (Voir le tome précédent, pp. 328, 329.) Baptisée le 31 décembre 1594, elle entra à la Visitation le 22 juillet 1610, y prit l'habit le même jour, fit profession le 29 août 161 1 et mourut le 14 juin 1613. Ses parents étaient Claude Roget et Marie Empereur (1), déjà veuve en 1600. Quoique d'une petite complexion, cette âme innocente dépensa une ardeur toute virile pour se réformer. Sa carrière fut courte, mais Dieu fortifia son cœur et récompensa son angélique patience par des faveurs surnaturelles. Très aimable, très vertueuse, très aimée des siens et des deux Fondateurs, elle fut la première de leurs filles qui alla voir ce que l'Epoux céleste préparait aux autres. (Archives de la Visitation d'Annecy..) Il sera souvent parlé d'elle au cours des lettres de 1613.

(2) Dans cette lettre, il n'est pas fait mention de la Mère de Chantai et de la Sœur Favre : elles n'étaient donc pas à Annecy. D'autre part, le Saint nomme la Sœur Thiollier, entrée le 6 juin 1611. Ces circonstances persuadent que la présente lettre a été écrite pendant le voyage de la Fondatrice en Bourgogne (septembre-décembre 161 1), et probablement durant le séjour du Bienheureux en Chablais (septembre-octobre) ; car les salutations finales font croire qu'il était absent d'Annecy.

( i ) La jeune Sœur n'était donc pas fille de Marie Dupanloup, comme nous l'avions dit au tome précédent, note ( 1 ), p. 329, sur la foi d'une communication inexacte, par erreur de lecture.

Année 161 i 107

d'avoir de la confiance en nostre Seur de Brechard, et c'est la grâce de Dieu qui nous rend ainsy le cœur franc envers ceux a qui, pour son amour, nous obéissons.

A Dieu, ma chère Fille, que j'ayme extrêmement en ce mesme Seigneur, pour lequel je suis tout vostre et a vostre mère (0, et a ma Seur Chastel (2), ma Seur Milletot ( 3 ), ma Seur Fichet ( 4 ), ma Seur Tiollier ( 5 ) ; car, quant a ma petite bienaymee Françon (6), je la salue a part comme ma petite fille toute mienne.

Dieu soit béni, ma chère Filleule, ma Fille.

A ma chère Seur Roget, ma fille.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.

( 1 ) La mère de la destinataire (voir note ( 1 ) de la page précédente).

(2) Sœur Péronne-Marie de Chastel (\oir ci-après, note ( i ), p. 133).

(3) Sœur Marie-Marguerite (voir plus haut, note (3), p. 6).

(4) Sœur Marie-Adrienne (item, note (4), p. 12). ( 5 ) Sœur Claude-Marie (item, note ( 1 ), p. 13). (6) Françoise de Chantai.

DCCXVIII

A LA MERE DE CHANTAL

Souhaits de bon et saint voyage. — Affectueux messages pour les compagnons, les parents et les amis de la Mère de Chantai.

Bons, Ier octobre 161 1 .

(0 Le pied a l'estrier, je vous escris ces quatre motz, ma très chère Fille mienne, seulement pour vous tenir asseuree de nostre santé. Et Dieu me donne les heureuses nouvelles que je souhaite aussi de vostre part, car jusques a présent nous en jeûnons encores. Or, j'espère en cette souveraine Providence, qu'elle vous conservera saintement et chèrement pour nostre mutuelle consolation et réciproque avancement en son amour caeleste, pour lequel

(1 ) Voir le fac-similé placé en tête de ce volume.

je fay sans fin des aggreables et désirables projetz, que je supplie le Saint Esprit nous faire suavement prattiquer.

A Dieu, ma très chère Mère, ma Fille mienne, a Dieu soyons nous a jamais, et a jamais vive Jésus ! Amen.

Je salue du cœur que vous connoisses, nostre grande fille (0 et luy recommande nostre chère et bonne Mère, comm'aussi monsieur de Thorens, que je chéris en qualité de mon frère et de vostrefilz,qui veut dire excessivement. Je suis a Bons et parmi les chams ; soudain que ce devoir me le permettra, je seray a Neci, c'est a dire dans trois semaines.

Je salue humblement monsieur de Chantai et monsieur de Vauxcroissant (2), et vous penseres bien que si je sçavois que vous fussies ou a Dijon ou auprès de Monsieur TArchevesque (3), je vous supplierois de faire mes honneurs convenablement.

Le doux Jésus, auquel et par lequel je suis autant vostre que vous mesme, vous veuille bénir et conserver a jamais, ma très chère Fille mienne.

A Bons, le ier d'octobre.

A Madame Madame de Chantai, m.

A Montelon.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation cTAutun.

( i ) La Sœur Favre.

(2) Voir le tome précédent, note (2), p. 229.

(3) M&r André Frémyot, archevêque de Bourges.

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DCCXIX

AU BARON AMÉDÉE DE VILLETTE ( «

A propos de la mort d'une parente : regrets, condoléances, consolations, promesse de prières.

Saint-Julien, 12 octobre 161 1.

Monsieur mon Oncle,

Quel desplaysir viens-je de recevoir en la triste nouvelle du trespas de madame ma tante (2), qui m'aymoit si tendrement et chèrement, et a laquelle j'avois si justement voué tant d'affection ! J'irois moy mesme vous tesmoigner ce ressentiment, si je croyois, par ce moyen, de pouvoir alléger le vostre, ou que cet engagement auquel je suis parmi les assignations de ma visite le me permist ; mais au moins, voyla mon frère (3) qui va recevoir vos commandemens pour luy et pour moy, et vous asseurer que, comme j'ay honnoré de tout mon cœur la vie de cette chère defuncte, aussi cheriray-je a jamais son honnorable mémoire autant qu'aucun de ses parens et serviteurs qu'elle ayt laissés en ce monde.

Au demeurant, Monsieur mon Oncle, cette si fascheuse séparation est d'autant moins dure qu'elle durera peu, et que non seulement nous espérons, mays nous aspirons a cet heureux repos auquel cette belle ame est, ou sera bien tost logée. Prenons, je vous supplie, en gré cette petite attente qu'il nous faut faire ici bas, et au lieu de multiplier nos souspirs et nos larmes sur elle, faysonsles pour elle devant Nostre Seigneur, affin qu'il luy

(1) La teneur de la lettre désigne clairement le destinataire.

(2) Marguerite de Pingon-Cusy (voir tome XIII, note ( 1 ), p. 116) fut inhumée à Giez, car dans son testament du 15 juillet 1621, son mari dit qu'il veut que son corps « soit porté à Giez, » pour être sépulture auprès de sa femme. (Archives de Chevron-Villette.)

(3) Il s'agit probablement de Jean-François, en tournée pastorale avec le Saint, et la lettre insinue que celui-ci l'envoie à M. de Villctte.

i io Lettres de saint François de Sales

plaise haster sa réception entre les bras de sa divine Bonté, si des-ja il ne luy a fait cette grâce.

Certes, pour moy, j'ay beaucoup de consolation en la connoissance que j'avois de l'intérieur de cette bonne tante, laquelle plusieurs fois, avec extrême confiance, me l'avoit communiqué en la sacrée confession ; car j'en tire une asseurance que cette divine Providence, qui luy avoit donné un cœur si pieux et chrestien, l'aura comblée de bénédictions en ce despart qu'elle a fait d'entre nous. Bénissons et louons Dieu, Monsieur mon très cher Oncle, adorons la disposition de ses ordonnances, reconnoissons la condition et instabilité de cette vie et attendons en paix la future.

Je m'en vay a l'église, ou, par le saint Sacrifice, je commenceray les recommandations de cette chère et pretieuse ame, et celle que je dois a jamais continuer pour vous et tout ce qu'elle aymoit le plus. Je suis sans fin et sans reserve,

Monsieur mon Oncle, Vostre très humble et très fidèle neveu et serviteur,

Franc3, E. de Genève.

A Saint Julien, le 12 octobre 161 1.

DCCXX

AU PRESIDENT ANTOINE FAVRE (inédite)

La cure de Saint-Sigismond en 1611 : l'ami du destinataire en mériterait une meilleure.

Annecy, 29 octobre 161 1.

Monsieur mon Frère, A mesme que monsieur Jacquier (0 m'a rendu vostre

i) Sans doute, Charles Jacquier, de Cluses en Faucigny, « homme de chambre » du président Favre, qui lui légua deux cents florins « pour les aggreables services, » note-t-il dans son testament (21 février 1624), « quil m'a rendu des plusieurs années en ça quil est a mon service. »

Année 161 i NI

lettre, monsieur Brunet C1) m'est venu dire adieu; [si] que j'ay retardé ce moment pour vous resaluer humblement et vous dire que, quant a la cure de Saint Sigismond, elle ne vaut sinon douze vingt florins, en un lieutres aspre et hors de chemin (2). J'en desirerois une meilleure et plus a propos pour M. Charbonnet, que je dois affectionner pour tant de raysons (3). Néanmoins, s'il désire venir au concours de celle cy, ce sera le 4e de ce mois suyvant qu'elle est assignée; marri que peut estre je ne pourray pas m'y treuver, si M. de Villette persévère de me sommer d'aller avec ses autres parens au commencement des obsèques de feu Mme de Villette * *Vid.Epist.pr<eced. environ ce tems-la.

J'attendray le retour du sieur Jacquier, pour les chappelles, et vous saluant mille et mille fois de tout mon cœur, je suis sans fin,

Monsieur mon Frère,

Vostre très humble frère et serviteur,

Françs, E. de Genève.

xxix octobre 161 1.

A Monsieur Favre, Baron de Peroges, Conseiller d'Estat de S. A., Premier Président de Savoye.

Revu sur une copie conservée à la Visitation de Montélimar.

(1) Très vraisemblablement, Me Brunet, procureur au Sénat de Chambéry. C'était l'homme de confiance des familles Favre et de Charmoisy, qui lui remettaient volontiers leurs messages et commissions. Son nom revient souvent dans les lettres du Président et de M. de Charmoisy.

(2) Saint-Sigismond dans le Faucigny ; le 4 novembre 161 1, ce ne fut pas le protégé du Président, mais Claude Favre qui obtint cette cure. (R. E.)

( 3 ) Michel Charbonnel, docte et vertueux ecclésiastique, fut institué curé de Cernex le 20 mai 1618. (R. E.) Le Saint affectionnait vraiment ce digne prêtre ; on peut en juger, du reste, par sa déposition (Process. remiss. Gebenn., (I), ad art. 44) : « Au commencement quil luy pleust me donner la charge des âmes en la parroesse de Cernex, » dit-il, « y estant tout nouveau et faisant des roolles de touttes les difficultés que j'avois et qui m'arrivoient, et le venant treuver de temps en temps pour les luy exposer... il m'escouttoit volontiers, et m'expliquant toutes les doubtz et m'enseignant comme je m'y comporterois. » Le même document nous apprend que M. Charbonnel avait étudié chez les Jésuites à Chambéry et qu'il accompagnait à leur collège les enfants du Président : ce qui explique les sympathies particulières du saint Evêque„

ii2 Lettres de saint François de Sales

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