A LA SOEUR DE CHASTEL, RELIGIEUSE DE LA VISITATION (O
Encourageantes paroles à une convalescente. — Consolation que le Saint souhaite à la Mère de Chantai pour son retour à Annecy.
Annecy, 15 décembre 161 1.
Courage, au nom de Nostre Seigneur, ma pauvre très chère fille Peronne Marie ! Remettons nous du tout en
( 1 ) Née le 18 octobre 1586, de noble Jean-François de Chastel, capitaine au service de Son Altesse de Savoie, et de Jacqueline de Bonivard, Péronne-Marie fut la cinquième Religieuse de la Visitation. Reçue parle Saint le 26 juillet 1610, elle prit l'habit le lendemain et fit profession le 29 août 161 1. Elle s'employa à la fondation de Lyon (1615), devint en 1618 première supérieure
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vigueur pour servir de nouveau nostre divin Maistre en Luc, i, 74, 75. sainteté et justice tous les jours de nostre vie *. Tenes vous doucement en repos en Dieu, pour reprendre vos forces de sa main, affin que quand nostre chère Mère reviendra, elle nous treuve tous braves. Qu'auroit-elle dit, cette bonne Mère, si en son absence nous eussions laissé mourir sa chère Peronne ( r ) ? Sans doute, son cœur en eust esté maternellement affligé. Béni soit Dieu qui nous a lbid., f. 68. visités en sa douceur *, et qui nous a consolés ! Amen.
du Monastère de Grenoble, fonda, le 2 août 1624, et gouverna celui d'Aix-en- Provence. Supérieure en 1626 du Ier Monastère d'Annecy, de celui de Chanibéry en 1629, elle visita pendant ce dernier gouvernement les fondations de Provence, établit les couvents de la Val-d'Aoste et de Grasse. De nouveau supérieure à Annecy en 1635, elle y mourut le 22 octobre 1637, entre les bras de la Mère de Chantai. L'histoire de sa vie se trouve copieusement racontée dans le recueil des Vies de quatre des premières Mères, par la Mère de Chaugy (Annecy, 1659; Paris, 1892).
L'habile annaliste semble avoir pris plaisir à dessiner les traits de la Sulamite. Sa candeur la défendit de bonne heure contre les illusions qui, tout d'abord, charmèrent son adolescence. Les sages conseils des Jésuites de Chambéry, les exhortations enflammées de Msr Camus, la lecture de Grenade firent le reste. A peine entrée à la Galerie et avant même d'avoir lu aucun ouvrage de haute spiritualité, Sœur Péronne-Marie fut gratifiée d'un don excellent d'oraison infuse. Elle était de ces âmes portées continuellement vers Dieu par une sorte d'inclination naturelle, ingénieuse comme elles à découvrir le Créateur dans les créatures et à déduire, à toutes rencontres, à propos des événements les plus menus, des pensées très délicates, pleines de savoureuse piété. Son intelligence des choses célestes, sa virginale simplicité, jointes à l'affabilité d'un heureux naturel, l'aidèrent merveilleusement à implanter partout le suave et vigoureux esprit de la Visitation. Sainte Jeanne-Françoise de Chantai a écrit dans le Livre du Couvent du Ier Monastère d'Annecy, qu'elle « était une des dignes Supérieures qu'on eût jamais su souhaiter. » Quant au Bienheureux, il l'appelait « la fille ou l'amante du Cantique des Cantiques, » et plus d'une fois il l'eut en vue, lorsqu'en rédigeant le Traitté de F Amour de Dieu, il décrivait les voies extraordinaires de certaines âmes privilégiées.
( 1) « Cette languissante, » dit la Mère de Chaugy (ouvrage cité, chap. xiv), « fut réduite en une telle extrémité, que, toute espérance de la pouvoir guérir étant perdue, on la disposa pour sa sépulture. Elle avoit perdu la parole et l'usage de tous les sens, lors que nôtre glorieux Père et Prélat luy vint administrer le Sacrement de l'Extréme-Onction; et au même temps qu'il luy apliqua les saintes huiles, elle fut parfaitement guérie, et comme si elle fût revenue' d'un profond sommeil, elle regarda le bon Evêque et puis s'endormit. »
Ceci arriva le 14 décembre 1611, comme le prouve la lettre précédente, adressée à Mme d'Aiguebelette. De son côté, la Mère de Chaugy raconte que le saint Fondateur vint voir la malade le lendemain du jour qu'il l'avait administrée et que, sur le soir du même jour, il lui adressa le présent billet. Celui-ci est donc du 15 décembre.
Année 1611 135
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