‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 32 sur 88 · M.DC.XVII · texte numérisé non relu

M.DC.XVII

C'est sans doute le texte manuscrit de cet ouvrage qui circulait en 1612, mais comme « chose qui estoit réservée pour encor » à la Compagnie de Jésus. L'édition citée plus haut, qui semble jusqu'ici la première en date, porte une curieuse dédicace de Pierre Rigaud, l'éditeur, à François de Sales.

(3) Dans Y Introduction a la Vie dévote, Partie II, chap. xvi, saint François de Sales parle du « grand Pierre Favre » et de sa confiante piété à l'égard des saints Anges. C'est lui qui passe, ajuste titre, pour avoir été le principal promoteur du culte public rendu en Savoie à l'illustre enfant du Villaret, culte que Pie IX ratifia et confirma par un décret, le 5 septembre 1872.

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premier compaignon de son Fondateur qu'elle en a fait aux autres. Que si bien sa vie, pour avoir esté courte et en un tems auquel on ne remarquoit si exactement toutes choses, ne peut pas tant fournir de matière a l'histoire comme celle de quelques autres, néanmoins ce qu'elle donnera ne sera que miel et sucre de dévotion.

Le bon monsieur Faber, nostre médecin de cette ville (O, a despuis peu treuvé au Reposoir (2) une lettre de ce bienheureux Père, escritte de sa main, quej'ay esté consolé de voir et bayser (3). Mais en fin, je vous remercie de la charitable communication qu'il vous a pieu me faire, et vous supplie me continuer tous-jours celle de vos prières, puisque de tout mon cœur je suis,

Mon Révérend Père,

Vostre humble et très affectionné confrère

et serviteur,

Franc5, E. de Genève.

Le 10 janvier 1612.

( 1 ) Spectable Jean Favre, docteur en médecine, bourgeois d'Annecy, mais originaire du Villaret, fonda en 1600, de concert avec un autre Jean Favre, prêtre, une chapelle sur le lieu même où était jadis la maison du Bienheureux. Il mourut le 2 décembre 1625, à l'âge de soixante-douze ans. (Voir Mém. de l'Acad. Salés., 1883, tome VI, pp. 60 seq.; Reg. par. d'Annecy.)

(2) Chartreuse établie en Faucigny, le 22 janvier 1151, sur un plateau qui domine le confluent des Forons du Col et de Vallon. Entre autres signatures, la charte de fondation porte celle du grand évêque de Genève, Arducius, frère du donateur, Aimon de Faucigny. Ce seigneur, ses frères, ses enfants, et plus tard la famille de Savoie furent les bienfaiteurs insignes des Chartreux. La solitude enfoncée du site, les noires forêts qui l'entourent, les âpres montagnes qui l'encadrent rendaient le monastère très propice à la prière et plein d'attraits pour les âmes contemplatives. De ses quatre-vingtcinq prieurs, son dernier historien a pu dire : « Il n'y a pas de taches, ou il n'y a que de rares taches légères sur cette légion de serviteurs de Dieu. » (Falconnet, La Chartreuse du Reposoir, Montreuil-sur-Mer, 1895, Mém. de VAcad. Salés., tome XVIII, p. 557.) Après le bienheureux Jean d'Espagne, qui donna au monastère le nom de Reposoir et le gouverna le premier, de 11 51 à 1160, on peut citer parmi les prieurs les plus connus : D. Christin de Sales, 1433-1434; D. Mamert Favre, 1508-1522, et D. Claude Perrissin, 1522- 1547, ces deux derniers, oncle et cousin du bienheureux Pierre Favre. Supprimée en 1793, restaurée en 1846, fermée de nouveau le 12 mars 1855, puis réouverte en 1863, la célèbre chartreuse a vu partir une troisième fois ses hôtes (septembre 1901), victimes de lois odieuses de proscription.

(3) On trouvera l'histoire de cette lettre, avec sa teneur, dans l'ouvrage cité ci-dessus, note (2), pp. 594 seq. et 672.

148 Lettres de saint François de Sales

DCCXLII

A M. ANTOINE DES HAYES

Bons effets que les amis du Saint attribuaient à ses lettres. — M. de Granier. Le duc de Nemours ne désire pas céder son hôtel.

Annecy, janvier 16 12 (1).

Monsieur,

Je loue Dieu de cette nouvelle santé, le retour de laquelle vous m'annonces par vostre lettre du 6 décembre, avant que j'aye eu aucune sorte d'advertissement de vostre maladie. Veuille cette bonté du Seigneur, qui vous a esté propice et a moy en vostre guerison, nous favoriser longuement de sa durée et d'une constante consolation en cette sainte et douce amitié qu'elle a establie entre nous. Que si je sçavois que mes lettres eussent quelques secrettes vertus pour vous donner un bon portement, ainsy que vostre affection vous le fait estimer, croyés, Monsieur, que j'en escrirois jour et nuit, et ne vous escrirois point d'autre encre que celuy de mon sang, pour marquer des caractères si aymables et pretieux [desquels] les effectz me seroyent si chers et désirables.

Ce grand Dieu, devant lequel je suis journellement offrant la divine Hostie de propitiation, sçait bien qu'en ce tems-la je luy nomme tous-jours vostre nom, avec l'humble recommandation. Si cela, comme je n'en doute point, a la force d'attirer les bénédictions divines de son sein paternel, je veux espérer qu'il vous en comblera.

M. de Granyer (2) est allé, comme je pense, en Languedoc, sans passer icy ou nous l'attendions, plus pour

(1) Les rapports de cette lettre avec celle du 13 avril 161 1 (voir ci-dessus, p. 43) ne laissent aucun doute sur le destinataire.

Il est difficile de préciser le quantième, mais la date est certainement antérieure au mois de mars, d'après la teneur de la lettre. D'autre part, l'allusion à celle du 6 décembre adressée au Saint par son correspondant, ne permet pas de la reculer au delà de janvier. La question de l'hôtel de Nemours confirme encore la date que nous adoptons.

(2) Denis de Granier (voir plus haut, p. 44).

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apprendre les particularités des grâces et traitz de vostre faveur, que pour autres raysons, bien que je sçai qu'elles sont grandes.

Ce que j'avois preveu de la volonté de Monseigneur de Nemours touchant son hostel, s'est treuvé plus que véritable (0 ; car, outre ce que j'avois considéré, il y a de plus qu'il n'est nullement hors d'occasion d'aller peut estre plus tost que je ne pense a Paris : vous pouvés bien penser pourquoy, mays je dis cecy entre nous deux. Son Altesse luy a promis de rechef d'effectuer le mariage ou devant caresme prenant, ou après Pasques (2); le tems d'après Pasques peut estre bien long.

(1) Voir ci-après, Lettres dccxlv, dccxlvi, et note (3), p. 154.

( 2 ) Le mariage avec Marie-Catherine, infante de Savoie (cf. plus haut, note (2), p. 79). La lettre du marquis de Lans, qui donnait cette nouvelle, fut lue le 19 décembre 161 1 au Conseil de ville d'Annecy. (Voir Ducis, Annecy et les Ducs de Genevois, 1883, p. 48.)

DCCXLIII

A LA MÈRE DE CHANTAL

Les cieux et le soleil comparés à la chair du Sauveur. — Contemplation angélique et Communion eucharistique. — Une sentence du grand saint Antoine. — Pourquoi Dieu nous abaisse et se cache.

Annecy, 17 janvier 161 2 (1).

Voyla M. Michel (2) qui va un peu plus tost que l'ordinaire, affin que vous puissies prendre vostre tablette au moins une heure avant disner.

Mais, ma très chère Fille, toutes deux, ces prises que

( 1 ) La première édition donne la date de 1612 sans le quantième, mais l'allusion à la fête de saint Antoine abbé indique clairement que cette lettre est du 17 janvier. Toutefois, nous n'osons garantir la justesse de la date pour l'année, à cause de l'interpolation du texte (voir note (1), p. 151); celle de 161 1 pourrait être aussi proposée avec quelque vraisemblance, vu l'état souffrant de la Mère de Chantai. (Cf. plus haut, pp. 12, 18.)

(2 ) M. Michel Favre (voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 99).

150 Lettres de saint François de Sales

vous feres, sont tablettes cordiales ; sur tout la première, composée de la plus excellente poudre qui fut jamais au monde. Ouy, ma chère Fille, car nostre Sauveur a pris

* Gen., m, 19. nostre vraye chair, qui est en somme poudre*; mais en

luy, elle est si excellente, si pure, si sainte, que les cieux et le soleil ne sont que poussière au prix de cette poudre sacrée. Or, la tablette de la sainte Communion est cela mesme qui a esté mis en tablette, affin que nous la puissions mieux prendre ; bien que ce soit la très divine et très grande table que les Chérubins et Séraphins adorent et de laquelle ilz mangent par contemplation réelle , comme nous la mangeons par réelle Communion. O Dieu, quel bonheur que nostre amour, en attendant cette manifeste union que nous aurons avec Nostre Seigneur au Ciel, s'unisse par ce mystère si admirablement a luy !

Ma très chère Fille, tenés vostre esprit en paix ; ne regardés d'où sa petite maladie luy vient, ni ne vous mettes nullement en peyne de le guérir, mays divertisses le tant qu'il vous sera possible de retourner sur soy mesme. Le grand saint Anthoine, duquel les intercessions ont une extraordinaire influence [sur] cette journée , vous fera, par la bonté de Dieu, lever demain toute brave. C'est une .grande joye au cœur que vous aves icy, de s'imaginer ce grand Saint entre ses hermites, tirer du fond de son esprit des sentences graves et sacrées, et les prononcer avec une vénération incomparable comme des oracles du Ciel ; mais entr'autres, il me semble qu'il die a nostre ame ce qu'il disoit parmi ses disciples, pris

•Luc, xii, 22. de l'Evangile* : Ne soy es en souci de vostre ame, ou pour vostre ame. Non, ma chère Fille, demeurés en paix, car Dieu, a qui elle est, la soulagera.

Cependant, ma bienaymee Fille, je ne laysse pas, dans le fond de mon esprit, de prendre des saintes espérances qu'après que par ces petitz abandonnemens, Dieu nous aura espreuvé et exercé en la mortification intérieure, il ne nous vivifie par ses consolations sacrées. Il ne nous abbaisse, ce doux Amour de nostre cœur, que pour nous

is^Luc.fi,'^™1' eslever* : il se musse et cache, et regarde par le treil-

* Cant., h, 9. Us * quelle contenance nous tenons. Hé ! Seigneur

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Sauveur, j'entrevois, ce me semble, la clairté de vostre

œil débonnaire qui nous promet le retour de vos rayons

pour faire renaistre un beau printems en nostre terre *. *Cant., n, t2.

Ah ! ma Fille, nous en avons bien passé de plus aspres :

pourquoy n'aurons-nous pas le cœur de surmonter en-

cores cette difficulté ?

Croyés, ma Fille, que je prie Nostre Seigneur pour vous avec tout nostre cœur ; car mon ame est collée a la vostre et je vous chéris comme mon ame, ainsy qu'il est dit de Jonathas et de David *. Dieu soit a jamais * I Reg., xvm, 1. propice a ce cœur, tout voué, tout dédié, tout consacré au céleste amour. (0

(1) Les éditeurs de 1626 ajoutaient à cette lettre, qui semble se terminer ici, deux alinéas que nous reproduisons à part, à la fin de l'année 1612. Ils paraissent interpolés, pour plusieurs raisons déduites du texte ; mais il est moins facile de savoir si la date de i6r2, donnée dans l'édition princeps, appartient à la présente lettre, ou aux deux alinéas que nous en avons détachés.

DCCXLIV

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