‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 33 sur 88 · A MADAME FRANÇOISE BOURGEOIS PRIEURE DU PUITS-D'ORBE · texte numérisé non relu

A MADAME FRANÇOISE BOURGEOIS PRIEURE DU PUITS-D'ORBE

L'appui des créatures et la protection de la providence divine. — Quand il nous arrive quelque chose contre notre gré, que faire ? — Jugements et manquements qui ne sont pas mortels. — Message.

Annecy, 20 janvier 161 2.

Il ne m'arrivera jamais, ma très chère Seur, ma Fille, d'oublier vostre cœur, que le mien aymera perpétuellement en Nostre Seigneur. Je vois par vostre lettre, que

(1) Françoise Bourgeois de Crépy, plusieurs fois mentionnée au cours des lettres précédentes, était sœur de la présidente Brûlart et de l'Abbesse du Puits-d'Orbe (cf. tome XII, les notes 1) des pp. 267, 271). Elle fit profession en x 597 > quand la Communauté fut transférée à Châtillon-sur-Seine, le 21 décembre 1619, Françoise l'y suivit, mais en 1621 elle se sépara de sa sœur Rose

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vous ne vous appuyés pas asses en la sainte providence divine. Ma chère Fille, si elle retiroit vostre bonne seur (0, ce que nous devons espérer n'arriver pas si tost, vous ne laisseries pas pour cela d'estre sous la protection de ce très bon Père éternel qui vous couvriroit de ses

*Cf. Pss. xvi, 8, aisles *. Nous serions misérables, ma Fille, si nous n'establissions nostre appuy en Dieu que par l'entremise des créatures que nous affectionnons. Mays avec cela, ma chère Seur, il ne se faut pas former des craintes inutiles ; il suffira bien de recevoir les maux qui de tems en tems nous arrivent, sans les prévenir par

* Cf. Matt., vi, ult. l'imagination *.

Pour la charge que vous aves, c'est une tentation de n'y avoir pas l'amour requis pour le tems auquel vous y seres. Au contraire, je voudrois, et Dieu voudroit, que vous l'exerçassies gayement et amoureusement, et par ce moyen il auroit soin du désir que vous aves d'estre deschargee et le feroit reùscir en son tems; car notés une fois pour toutes, qu'il ne faut jamais s'aheurter avec une de nos volontés, ains quand il nous arrive quelque chose contre nostre gré, il le faut accepter de bon cœur, quoy que de bon cœur on desirast que cela ne fust point ; et quand Nostre Seigneur voit que nous sommes ainsy souples, il condescend a nos intentions.

J'escriray a vostre seur qu'elle vous face faire les services comme les autres, car cela est bon.

Quand les pensées nous arrivent du mal d'autruy et que nous ne les rejettons pas promptement, ains nous y amusons quelque peu, pourveu que nous ne facions pas un jugement entier, disant en nous mesmes : Il est vrayement ainsy, ce n'est pas péché mortel ; quand bien nous dirions absolument : Il est ainsy, pourveu que ce ne fust pas en chose d'importance ; car, quand ce dequoy

qui s'était révoltée contre Msr Zamet, son évêque. Toutefois, on voit par le Registre des Vœux et réceptions, que la destinataire mourut prieure dans ce même monastère, le 5 mars 1642. (Archiv. départ, delà Côte-d'Or, Puits-d'Orbe.)

C'est bien à elle que la lettre paraît être adressée : les allusions à sa sœur malade, à sa charge de prieure, à la pension, à sainte Françoise sa patronne, ne permettent guère d'en douter.

(r) Rose Bourgeois, abbesse du Monastère.

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nous jugeons nostre prochain n'est pas chose griefve, ou que nous ne jugeons pas absolument, ce n'est que péché véniel. De mesme pour avoir omis quelque verset de l'Office ou quelque cérémonie, il n'y a que péché véniel. Et quand la mémoire de telle faute nous arrive après la confession, il n'est pas requis de retourner vers le confesseur pour aller a la Communion ; ains est bon de n'y retourner pas, ma}rs le reserver a dire pour l'autre confession suivante, affin de le dire si on s'en souvient.

Tandis que vostre seur n'a pas voulu recevoir vostre pension, il n'y a eu nulle faute pour vous ; mais ce sera chose bonne qu'elle la manie.

Ma très chère Seur, il ne faut point perdre courage ; encor que vous ne prattiquiés pas si fidellement les resolutions que vous faites, vous deves fortifier vostre cœur pour en venir a l'exécution. Continués donq, très chère Seur, ma Fille, et ne cessés point d'invoquer Dieu et d'espérer en luy, et il vous fera abonder en ses bénédictions. Ainsy l'en supplie-je, par le mérite de sa Passion et les intercessions de sa Mère et de sainte Françoise.

Nostre doux Sauveur soit donq avec vous, ma chère Seur, ma Fille, et je suis tout en luy,

Vostre bien humble serviteur,

Franc8, E. de Genève.

La bonne Mère de Chantai, qui est malade sans danger (0, comme j'espère, vous salue de tout son cœur. Je la recommande a vos prières, et moy aussi, ma chère Seur, ma Fille. A Dieu.

Le 20 janvier 161 2.

( 1 ) Cf. ci-après, Lettres dccliv, dcclv.

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