‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 34 sur 88 · A M. PIERRE DE BÉRULLE · texte numérisé non relu

A M. PIERRE DE BÉRULLE

M. de Marillac porteur d'une lettre de M. de Bérulle. — Sympathies du Saint pour la Congrégation de l'Oratoire. — L'hôtel du duc de Nemours n'est pas libre. — Offre de services et remerciements pour l'envoi de deux livrets.

Annecy, 20 janvier 161 2.

Monsieur,

J'ay receu toutes les lettres que vous me marques par celle quil vous pleut m'addresser par les mains de monsieur de Marillac (0, et m'estonne comm'il est arrivé que vous n'ayes pas eu mes responses que j'ay quelquefois dupliquées, de peur de manquer au devoir que je vous ay et pour l'extrême contentement que je prens en la prattique de vostre sainte amitié. En toutes, je m'essayois de vous tesmoigner l'ardent désir que j'aurois de rendre quelque sorte de service pour l'érection, institution et avancement de vostre Congrégation (2), laquelle j'estime devoir estre un (sic) des plus fructueuses et apostoliques œuvres qui ayt esté faite en France, il y a long tems. Mays, Monsieur, je voy bien que je n'auray pas ce bonheur d'y contribuer chose quelcomque, sinon mes bons souhaitz et mes vœux ; car, quant a l'hostel de Nemours (3), il n'en faut nullement parler, puisque Monseigneur de

(1) Né en 1572, Louis de Marillac, comte de Beaumont-le-Roger, gentilhomme de Henri IV, ambassadeur en Savoie, à Mantoue, Florence, Venise en 1611, chargé en 1616 de diverses négociations, devint l'année suivante commissaire général des armées de Louis XIII. Maréchal de camp au siège de Montauban, où il fut blessé (1621), nommé en 1625 lieutenant-général des évêchés de Metz, Toul, Verdun, et enfin maréchal de France, il encourut la disgrâce de Richelieu, qui le fit arrêter en Piémont dans les derniers mois de 1630, et décapiter à Paris, sur la place de Grève, le 8 mai 1632. Après la mort du Cardinal, on réhabilita sa mémoire. La vénérable Louise de Marillac était sa nièce.

(2) Voir le tome précédent, note (1), p. 207.

(3) Cet hôtel occupait le quartier actuel du Quai des Augustins. Construit sous François Ier, il devint plus tard, par donation de Henri II, la propriété des ducs de Nemours. Depuis 1614, le prince Henri en fit sa demeure habituelle ; c'est sans doute en prévision de son futur séjour à Paris, qu'il refusait de céder son hôtel à la Congrégation naissante de M. de Bérulle. (Cf. la lettre suivante, et ci-dessus, p. 149.)

Année 1612 155

Nemours fait profession expresse, et de ne vouloir jamais se retirer du tout de France, et d'avoir cette commodité de mayson, plus praetieuse que tout'autre chose.

Monsieur de Marrillac passa loin d'icy une journée et m'envoya homm'expres qui m'apporta vostre lettre, sur laquelle j'en escrivis un'autre a un de mes amis(0 qui a grand part au maniment des affaires de ce Prince, affin quil servit monsieur de Marillac en cett'occasion. Mays l'homme qui la porta n'arriva pas asses tost pour treuver ledit seigneur de Marillac qui passoit en diligence ; car cet amy a qui j'avois escrit, m'a veu despuis et m'a dit quil avoit parlé avec luy, sans que pourtant il tesmoignast d'avoir aucun'affaire de luy.

Voyla comment je vous ay en tout et par tout esté

inutile, mays certes je n'ay esté ni seray jamais sinon

très affectionné, mesm'en ce dessein qui est tant a la

gloire de Nostre Seigneur et avancement de la pieté. Si

donques il se presentoit jamais occasion de vous rendre

service, ne laisses pas, je vous supplie, de m'employer

en qualité, Monsieur, de

Vostre très asseuré et humble serviteur,

XX janvier 161 2, a Neci.

Monsieur, j'ay voirement receu les deux livretz (2) qui me furent renduz par monsieur de Sauzea (3), et pleut a Dieu que vostre commodité fut de m'en envoyer encor deux autres, car je les employerois utilement.

A Monsieur Monsieur de Berulle.

Revu sur l'Autographe conservé à Paris, au Carmel de la rue Denfert-Rochereau.

(1) Ce que nous savons de Charles Chaliveau, seigneur de la Bretonnière (voir tome XII, note ( i ), p. 214), et de la confiance très particulière dont il jouissait auprès du duc de Nemours, persuade qu'il s'agit ici de ce personnage.

( 2 ) Ces <( deux livretz » seraient-ils le Règlement de la Congrégation de V Oratoire et le Plan de Retraite spirituelle , opuscules composés à cette époque par M. de Bérulle ?

( 3 ) Voir tome XIII, note ( 1 ), p. 271.

156 Lettres de saint François de Sales

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