‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 36 sur 88 · A LA PRESIDENTE BRULART (J · texte numérisé non relu

A LA PRESIDENTE BRULART (J

Ce qui rend profitable la nourriture corporelle et spirituelle. — Sentiments d'humilité proposés à une âme privée de la Communion fréquente. — Sentir qu'on est tout à Dieu et « en train de l'orayson » ne dispense pas de s'exercer aux vertus et de mortifier ses passions.

Annecy, 11 février 1612.

Vous aves maintenant, ma très chère Fille, ma response a la lettre que [Mmo de Chantai] m'apporta (2) ; et voyci celle que je fay a la vostre du quatorziesme janvier.

Vous aves bien fait d'obéir a vostre confesseur, soit qu'il vous ayt retranché la consolation de communier souvent pour vous espreuver, soit qu'il l'ayt fait parce que vous n'avies pas asses de soin de vous corriger de vostre impatience. Et moy, je croy qu'il l'a fait pour l'un et l'autre, et que vous devés persévérer en cette pénitence tant qu'il vous l'ordonnera, puisque vous aves tout sujet de croire qu'il ne fait rien qu'avec une juste considération. Et si vous obéisses humblement, une Communion vous sera plus utile en effect que deux et troys faites autrement ; car il n'y a rien qui nous rende la viande si prouffitable, que de la prendre avec appétit et après l'exercice. Or, la retardation vous donnera l'appétit plus grand, et l'exercice que vous feres a mortifier vostre impatience revigorera vostre estomach spirituel.

Humiliés-vous cependant doucement, et faites souvent

( 1 ) Les conseils et les recommandations de la lettre, l'allusion à « la bonne Carmeline, » désignent assez clairement la présidente lirùlart comme destinataire.

(2) En reprenant l'étude de la Lettre dlxxxviii, donnée sous toutes réserves au tome précédent, p. 277, avec la date « vers le 20 avril 1610, » il nous a paru qu'elle était plutôt de la fin de décembre 161 1, ou de janvier 1612. Cette même lettre est probablement la « response » à celle de la destinataire, mentionnée ici par le Saint et apportée par la Mère de Chantai à son retour de Bourgogne (24 décembre 161 1).

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l'acte de l'amour de vostre propre abjection. Demeurés pour un peu en la posture de la Chananee : Oity, Seigneur, je ne suis pas digne* de manger le pain des * Matt., vm, 8. en fans ; je suis vrayement une chienne qui rechigne et mords le prochain sans propos, par mes paroles d'impatience ; mais si les chiens ne mangent le pain entier, au moins [ont-ilz] les miettes de la table de leurs maistres *. Ainsy, o mon doux Maistre, je vous demande, * ibid., xv, 26, 27, sinon vostre digne Cors, au moins les bénédictions qu'il respand sur ceux qui en approchent par amour. C'est le sentiment que vous pourrés faire, ma très chère Fille, es jours que vous soulies communier et que vous ne communieres pas.

Le sentiment que vous aves d'estre toute a Dieu n'est point trompeur ; mais il requiert que vous vous amusiés un peu plus a l'exercice des vertus et que vous ayés un soin spécial d'acquérir celles esquelles vous vous treuves plus défaillante. Relises le Combat spirituel et faites une spéciale attention aux documens qui y sont : il vous sera fort a propos. Les sentimens de l'orayson sont bons, mais il ne faut pas pourtant s'y complaire tellement, qu'on ne s'employe diligemment aux vertus et mortification des passions.

Je prie tous-jours pour la bonne issue des chères filles (0. De vray, puisque vous estes en train de l'orayson et que la bonne Carmeline (2) vous assiste, il suffit. Je me recommande a ses prières et aux vostres, et suis sans fin ni reserve, très parfaitement vostre.

Vive Jésus ! Amen.

Ce 11 février 161 2.

(1) Les filles de la destinataire (voir le tome précédent, note (2), p. 134), et plus particulièrement, sans doute, Madeleine et Françoise. (Cf. ibid., pp. 278, 279, et ci-dessus, p. 24.)

(2) C'est la Mère Louise de Jésus, qui était vraisemblablement prieure en 1612 du Monastère de Dijon. (Voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 41.)

166 Lettres de saint François de Sales

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