‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 37 sur 88 · A LA REINE MÈRE, MARIE DE MEDICIS · texte numérisé non relu

A LA REINE MÈRE, MARIE DE MEDICIS

( MINUTE

L'ambassadeur de l'Evêque de Genève et du petit peuple catholique de Gex auprès de la reine mère.

Annecy, 12 février 1612.

Madame,

Ce porteur est le prédicateur ordinaire de Gex, Religieux fort zélé, dévot, discret, extrêmement sortable au lieu et a la cause qu'il sert (2). Ce petit peuple catholique et moy le présentons en toute humilité a Vostre Majesté comme un cahier animé, contenant les moyens plus convenables pour la réduction de ceux de la religion prétendue et pour l'accroissement de la foy catholique au bailliage de Gex (3) ; affin que, si tel est le bon playsir

(1) C'est la première fois que le Saint écrit à Marie de Médicis, ou du moins, c'est la première lettre qui nous soit connue. On verra dans la suite de la correspondance, que l'Evêque de Genève eut à se louer de sa bienveillance et de sa protection.

( 2 ) Selon toute apparence, ce Religieux est un Capucin. Serait-ce le P. François de Chambéry ? Ses talents et ses vertus le désignaient pour cette mission délicate. (Cf. ci-dessus, p. 129.)

On peut proposer encore, et même avec plus de probabilité, le P. Diègue delà Cité-Neuve (Marche d'Ancône), issu d'une famille distinguée, du nom de Luchetti. Profès dès 1595, il mourut en septembre 1638. Sa charge de Custode pour la mission du Chablais, assez semblable à celle d'un Préfet apostolique, lui donnait en 1612 beaucoup de crédit. Estimé des Papes et des rois, considéré des protestants eux-mêmes, il se dévoua plus de trente ans à la mission qui enserrait les environs de Genève et pénétrait souvent la grande cité. Le zèle patient et désintéressé du P. Diègue, sa vie austère, son humeur affable et enjouée, le rendaient en effet « extrêmement sortable » à la cause qu'il avait à défendre et en faisaient « comme un cahier animé. » (Voir Nécrologe et Annales biographiques des FF. Mineurs Capucins de Savoie, 1611-1902, par le P. Eugène de Bellevaux.)

(3) D'après le P. Charles de Genève (Hist. abrégée des Missions des PP. Capucins de Savoy e , Chambéry, 1867), « la Reyne régente octroya » aux PP. Capucins de Gex, « plusieurs privilèges, » par lettres patentes du 26 avril 1612. Ne faudrait-il pas voir dans ces concessions, l'un des résultats de la présente lettre et de la mission du Religieux qui la portait ?

Année 1612 167

de Vostre Majesté, dont je la supplie très humblement, elle en sçache par luy toutes les particularités plus clairement.

Et tandis, j'invoqueray Nostre Seigneur a ce qu'il soit la couronne et la gloire de Vostre Majesté au Ciel et en la terre, selon le continuel désir,

Madame, de

Vostre très humble, très obéissant et très fidelle orateur et serviteur,

Franc8, E. de Genève.

A Neci, le 12 février 1612.

DCCLIII

A M. JEAN DE CHATILLON Une pauvre demoiselle recommandée à la Sainte-Maison de Thonon.

Annecy, 14 février 161 2 (1).

Monsieur,

Cette pauvre damoyselle desireroit que la Sainte Mayson fit l'une de ses aumosnes pour la retraite d'un de ses enfans (2), selon que quelques uns des Pères de la Mission (3) luy ont donné espérance qu'elle le pourroit impetrer. Sa qualité et extrême nécessité la me rend recommandable ; c'est pourquoy, autant que je puis, je

( 1) Cette lettre est-elle de 1612 ou de 1622? L'examen de l'Autographe ne suffirait pas à le décider, mais la comparaison du texte avec celui de la lettre du 15 mai 161 1 au même destinataire (voir p. 58) permet de conclure en faveur de 1612, faute de preuves certaines contre cette date.

(2) Il y avait à la Sainte-Maison deux abris pour les enfants : le Séminaire, destiné à ceux qui étaient « privés de fortune et doués de talents; » les « rudes et les grossiers » étaient envoyés « à l'auberge des Arts. » (Cf. Me'm. de VAcad. Salés., 1882, tome V, p. 362.)

(3) Les couvents et les Capucins de Savoie, qui relevaient de la Province de Lyon, dite de Saint-Bonaventure , en furent distraits, au mois d'avril 1611, pour former une Province indépendante. Elle fut appelée d'un nom qui désignait le principal théâtre de leurs travaux apostoliques : Province des Capucins de la Mission de Thonon.

i68 Lettres dk saint François dh Sales

la vous recommande aussi, et priant Dieu quil vous bénisse, je suis, Monsieur,

Vostre humble, très affectionné confrère,

Franc8, E. de Genève.

Xllli febvrier 1612, a Neci.

A Monsieur, Monsieur de Chatillon,

Plebain de l'église de Tonon.

Revu sur l'Autographe conservé au Grand-Séminaire d'Ann<

cy.

DCCLIV

A M. PHILIPPE DE QUOEX (0

Zèle de la Mère de Chantai et du Saint pour la conversion d'un médecin. — Brebis errantes et troupeau fidèle. — Préoccupations et résignation du Fondateur de la Visitation.

Annecy, [vers le 24 février] 161 2 (2).

Monsieur mon très cher Confrère et mon parfait Amy,

C'est par le retour de ce pauvre médecin (?), qui n'a sceu guérir nostre Mère et que je n'ay sceu guérir, que

( 1 ) Le destinataire serait, d'après l'édition de 1641, un Curé de son diocèse, mais l'Histoire de la Fondation d'Annecy est plus précise : « Notre Bienheureux Père, » dit-elle, « écrivit les paroles suivantes a M. de Sainte Catherine, ecclésiastique de son diocèse. » Suit le texte de la présente lettre. Le ton affectueux et intime de ces lignes justifie cette attribution.

(2) La consultation des médecins, le retour du docteur genevois, la maladie désespérée de la Mère de Chantai font écarter 161 1 et suggèrent 1612. Quant au quantième, il est antérieur au 25 septembre (voir la lettre à M. de Blonay); il faut exclure également l'époque du Carême, car la lettre suivante, connexe pour la date avec celle-ci, ne s'expliquerait pas, son destinataire, le P. de Bonivard, étant en 16:2 prédicateur à Annecy de la sainte quarantaine. Comme enfin Ton ne trouve pas trace en mai-juin d'une maladie très grave, reste la date proposée, qui semble, mieux que toute autre, concilier tous les faits.

(3) D'après la Mère de Chaugy (Mémoires, etc., Partie II, chap. vu), le

Année i 6 i 2 169

je vous fa}' ce mot. Ah ! faut il qu'un filz empesche de vivre l'ame du père de son cors ? Nostre bonne malade donneroit de bon cœur la vie pour la santé spirituelle de son médecin, et moy, pauvre, chetif pasteur, que ne donnerois-je pas pour le salut de cette déplorable brebis ! Vive Dieu, devant lequel je vis et je parle: je voudrois donner ma peau pour le vestir, mon sang pour oindre ses playes et ma vie temporelle pour l'oster de l'éternelle mort.

Pourquoy vous dis-je cecy, mon cher Amy, sinon pour vous encourager a bien prendre garde que les loups voysins ne se jettent parmi vos brebis *, ou, pour dire plus * Cf. Joan., x, 12. paternellement selon les sentimens de mon ame, sur ces pauvres Genevois. Prenés garde que quelques unes de mes brebis galeuses et errantes n'infectent et ne fassent errer le cher et bienaymé troupeau ; travaillés doucement a l'entour de cette bergerie et dites leur souvent : (*) Charitas fraternitatis maneat in vobis * ; et sur tout, priés *Heb., uit., 1. Celuy qui a dit : (**) Ego sum Pastor bonus*, affin qu'il * Joan., x, n. anime nostre soin, nostre amour et nos paroles.

Je recommande a vos prières ce pauvre médecin malade ; dites trois Messes a cette intention, affin qu'il puisse guérir nostre Mère et que nous le puissions guérir. Elle est bien malade, cette bonne Mère, et mon esprit, un peu en peyne sur sa maladie. Je dis un peu, et c'est beaucoup.

(*) Que la charité fraternelle demeure en vous. (**) Je suis le bon Pasteur.

Saint prit prétexte de la violente maladie de la Fondatrice, « pour faire revenir le médecin de Genève qui avait de bonnes dispositions pour la guérison de son âme, sans un sien fils qui le tint si fort de près, qu'il fut cause de sa perte. » Il s'agit sans doute de Marc Offredi ; en effet, il semble tout naturel que le Bienheureux ait voulu consulter le même médecin qui avait soigné Mme de Boisy. (Voir le tome précédent, p. 212.)

Reçu habitant de Genève le 19 octobre r ^73, bourgeois le 24 novembre 1579, décédé le 2 mai 1620, il survécut deux ans à son fils, Paul Offredi, né en 1582 et docteur en médecine à dix-huit ans. Déjà membre du Conseil des Deux Cents en 161 r, rien d'étonnant qu'il se soit opposé à la conversion de son père. Paul Offredi mourut le 14 janvier 1618; son fils Charles, médecin lui aussi, devint catholique en 1634. (Voir Gautier, La Médecine a Genève jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, Genève, 1906.)

[70 Lettres de saint François de Sales

Je sçai néanmoins que si le souverain Architecte de cette nouvelle Congrégation veut arracher du fondement la pierre fondamentale qu'il y a jette, pour la mettre dans la sainte Hierusalem, il sçait ce qu'il veut faire du reste de l'édifice (0. Dans cette veuë, je demeure en paix, et

Vostre humble serviteur et confrère,

F., E. de Genève.

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation du ier Monastère de la Visitation d'Annecy.

(i) Voir note (i) de la page suivante.

DCCLV

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