DCLIV
A M. BÉNIGNE MILLETOT (i
( INBDITB )
L'Evêque de Genève recommande à son ami les négociations du vicaire général de son diocèse et lui donne des nouvelles de sa fille Marie-Marguerite, Religieuse à la Galerie.
Annecy, 3 (2) janvier 161 1.
Monsieur,
L'honneur que j'ay d'estr'aymé de vous, servira de [simple (5)] prœface a ma supplication, laquelle je vous
( 1 ) Né à Semur de Joseph Milletot, avocat du roi au bailliage d'Auxois, et de Hiéronime Lerouge, Bénigne Milletot, seigneur de Villy, épousa en 1586 Claude de Cirey. D'abord conseiller à la Table de Marbre du Palais, puis conseiller au Parlement de Dijon (6 juin 1585), il fut chargé de diverses négociations, de 1 593 à 1608, à Chartres, Fontainebleau, Beaune, Savigny. Parmi ses confrères du Parlement dijonnais, remarquables la plupart comme hommes de parole et d'action, Bénigne Milletot se fit une certaine célébrité. Il prit part aux controverses ardentes sur le pouvoir des Papes au temporel, qui, vers 161 r, divisèrent en France théologiens et parlementaires. Le Saint ne goûtait pas beaucoup les opinions du publiciste et nous verrons au cours des lettres qui vont suivre qu'il les désapprouvait; mais il n'en resta pas moins son ami, et cette amitié prit même un caractère d'intimité et de confiance fraternelle, depuis leur voyage à Gex, où l'Evêque et le commissaire royal, au jour le jour, travaillèrent de concert pendant deux semaines au rétablissemeut du culte catholique (14-31 juillet 1612). Cette commission achevée, Milletot fut nommé par le roi, conseiller en ses Conseils d'Etat et privé ; doyen du Parlement en 1626, il mourut à Dijon, le 7 septembre 1640, dans un âge fort avancé. (Archiv. dép. de la Côte-d'Or, E. 1368, E. 2166 4; Palliot, Parlement de Bourgogne, 1649; Papillon, Biblioth. des Auteurs de Bourgogne, 1742, t. II.) Il eut deux filles Religieuses: l'une est la Sœur Marie-Marguerite (voir note (3) de la page suivante); l'autre entra au monastère du Puits-d'Orbe.
(2) L'Autographe étant déchiré, on pourrait se demander si le chiffre 3 qui Subsiste est bien la vraie date, et si celle-ci ne serait pas 13 ou 23; mais le ■doute paraît écarté par la date de la lettre suivante, à l'Abbesse du Puits-d'Orbe, qui dut partir en même temps.
(3) Les mots entre crochets ont disparu par suite de la déchirure.
6 Lettres de saint François de Sales
fay [d'estre] favorable protecteur de ce porteur, frère de monsieur le premier Président de Savoye (0 et mon Vicayre gênerai (2), pour les affaires qui le tirent vers vous, qui sont parties siennes et parties miennes ; mais, a mieux dire, siennes et miennes tout ensemble, puisque luy mesme est mien par une longue et bonn'amitié.
Au demeurant, nostre bonne fille (3) se porte mieux icy que nous n'eussions presque sceu espérer; ell'a bien eu un petit accès de fièvre ces jours passés, mais ce n'a esté que cela. Ce qui est le plus, c'est qu'ell'est toute pleyne de vraye bonté et pieté, qui la rend uniquement chère a toutes ses Seurs. Dieu luy donne la sainte persévérance et vous conserve longuement, Monsieur, selon le souhait de
Vostre très humble et très affectionné serviteur,
Françs, E. de Genève.
3 janvier 1611.
A Monsieur
Monsieur Milletot, Conseiller du Roy au Parlement de Bourgoigne.
Revu sur l'Autographe conservé au Grand-Séminaire d'Autun.
(i) Antoine Favre.
(2) Jean Favre (voir tome XIII, note (i), p. 265).
(3) Sœur Marie-Marguerite Milletot, quand elle entra à la Visitation le 14 août 1610, avait environ seize ans. Elle fit sa profession le 30 juillet 1612, et mourut le 10 janvier 1658. Les Mères du Carmel de Dijon, auxquelles tout d'abord elle avait demandé l'habit (cf. le tome précédent, note (2), p. 277), ne l'avaient pas jugée propre pour leur manière de vivre; c'est la Visitation qui fut le lieu de son repos. Son zèle pour l'observance, sa générosité d'âme la désignèrent pour les fondations de Grenoble (8 avril 1618) et de Dijon (8 mai 1622). Jusqu'à la fin de sa vie, elle persévéra dans la pratique des vertus monastiques, « sans vouloir s'exempter d'aucunes, non pas mesme de toute l'exacte suite de la communauté, nonobstant son grand âge. » (Livre du Couvent, du Ier Monastère de la Visitation d'Annecy.) Les bienheureux Fondateurs aimèrent toujours chèrement la fille du célèbre parlementaire.
Année 161 i 7
DCLV
A MADAME BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS-o'ORBE
Témoignages d'affectueux dévouement. — De belles et bonnes confitures. Deux recettes pour rétablir entièrement la santé.
Annecy, 4 janvier 161 1.
Si vostre lettre m'a comblé de joye, je le demande a mon cœur, qui a esté tout absorbé de consolation voyant et la souvenance que vous aves de moy et l'honneur que vous continues de me faire en m'aymant, mais tendrement et chèrement, comme vous me le tesmoignes. Mais que puis-je faire ni dire, ma très chère Seur, qui puisse dignement vous satisfaire sur ce sujet ? Je confesse ingenuement que je suis vaincu, et que, comme vous me devances infiniment de toutes partz, vous le faites très particulièrement en celle-ci, de me rendre les devoirs et les tesmoignages d'amitié pour celle-là avec laquelle je vous ayme. Je la sens si grande, si forte et si fidelle qu'il ne me semble pas qu'aucun autre me puisse devancer de ce costé ; mais je ne sçai comme mon malheur a voulu que je vous en aye rendu si peu de preuves cette année passée. Il faut, ma chère Seur, l'attribuer aux occasions qui ne s'en sont pas présentées, et non jamais a nulle sorte de mesconnoissance des obligations que je vous ay, qui sont indicibles, puis qu'elles ne sont pas compréhensibles.
Croyés, ma très chère Seur, que mon cœur est fraternellement amoureux du vostre, et que si j'avois la commodité d'assouvir ses désirs, je serois bien tost en vostre solitude, laquelle, vous dites, je redoute pour son aspreté, mais laquelle j'ayme précisément pour mille sujetz, mais principalement pour l'amour de vous, qui, par vostre présence, me l'avés rendue ci devant plus douce et plus aggreable que ne furent jamais les plus délicieuses conversations des villes.
8 Lettres de saint François de Sales
Il ne faut pas oublier de dire quatre motz, avant de finir, de la chère seur (J) qui a manqué de nous estre ravie ces jours passés par un brave et galant gentilhomme qui la recherchoit en mariage. Je seray tous-jours extrêmement ayse de son contentement ; mais quand il sera de n'estre point mariée, cette joye redoublera en moy . Mon Dieu, ne nous verrons-nous jamais tretous ensemble ? J'en suis un peu, a dire vray, impatient ; mais je ne croy plus qu'elle m'ayme, puisque non obstant que je luy escrivisse dernièrement, je n'ay point de ses nouvelles que par vostre entremise. Or sus, si ne laisseray-je pas de luy escrire.
Vous connoistres bien, ma très chère Seur, par la longueur de cette lettre, le playsir que j'ay de le faire et de m'entretenir avec vous ; mais il n'y a remède, vostre charité me pardonnera. Je n'ay pas tous les jours le bien de vous pouvoir entretenir; quand j'en ay la commodité, il s'en faut prévaloir. Je ne vous parle point de [mon frère (2)] ni de madame de Chantai; ilz vous escrivent tretous.
Vous me dites sur la fin de vostre lettre je ne sçai quoy de vos belles et bonnes confitures, et desquelles, estant avec vous, j'ay si abondamment usé. Mais, ma chère Dame, vous estes, avec la petite seur (3), la souveraine friandise pour m*attirer par devers vous, tout le reste n'est qu'accessoire ; ces deux personnes que je viens de nommer sont le principal.
Il faut finir en vous recommandant le soin de vostre santé, avec la joye intérieure et la récréation extérieure, qui vous serviront pour un entier restablissement. Faitesle, ma chère Seur, sinon pour vous, pour le moins en considération de ceux qui la souhaitent entière et parfaite. Je suis de ceux-là, et vous le croyés, n'est-ce pas ?
(1) Madeleine Bourgeois de Crépy, veuve de Palamède Jaquot. (Voir tome XIII, note ( i ), p. 87.)
(2) Hérissant écrit monsieur; on n'aura pas su lire mon frère que devait porter l'Autographe. De là, l'erreur reproduite par les précédentes éditions, à partir de 1758. Ce frère est très probablement Jean-François.
(3) Sans doute, Françoise Bourgeois de Crépy, sœur cadette de FAbbesse. (Cf. tome XIII, p. 14.)
Année i6ii g
Ma chère Seur, il faut bien le faire, et m'aymer absolument, presque sans reserve.
Je suis en Nostre Seigneur, que je vous désire propice éternellement, ma très chère Seur,
Vostre Franc3 de Sales.
Je suis serviteur très humble de madame nostre bonne mere(0 et de monsieur le baron d'Origny(2), et leur bayse les mains avec humilité.
Ce 4 janvier 161 1.
(i) Mme de Crépy.
(2) Guillaume Bourgeois, frère de l'Abbesse. (Voir le tome précédent, note (4), p. 131.)
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