A MADAME DE MAILLARD ANCIENNE ABBESSE DE SAINTE-CATHERINE
Recommandations pour la Sœur de Vignod. — Notre-Seigneur est jaloux des âmes qu'il favorise.
Annecy, [vers le 8 mai] 161 2 (2).
Ma très chère Fille,
Je salue vostre cœur de toute mon ame. J'ay dit a ce porteur ce qui m'a semblé a propos, qui est quil regardast a treuver parti tout a loysir, affin de sortir de ce service auquel il est, plus convenablement.
Ma fille [de Vignod (3)] doit estre bien sur ses gardes
(i) Comme saint François de Sales l'avait prévu (voir le billet précédent), l'ancienne Abbesse de Sainte-Catherine n'eut pas la « commodité » de l'entretenir à souhait et fut obligée de lui écrire (cf. le billet suivant). La présente lettre a tout l'air d'être la réponse aux confidences de « Madame l'Ancienne. » La désignation de celle-ci comme destinataire est fondée sur ces diverses concordances ; elle n'est donc pas absolument certaine.
(2) L'année 161a est sûre par l'allusion à la « revëue » de la « Seur de Bons » faite au Saint à Chambéry, sans doute pendant le Carême; l'écriture la confirme. Le quantième est indiqué par les relations de cette lettre avec les deux billets précédent et suivant.
(3) Le nom que nous croyons être de Vignod, a été coupé; les autres mots ajoutés entre crochets [ ] ont disparu par suite de la déchirure du bord de
212 Lettres de saint François de Sales
pour ne donner aucun sujet aux hommes de soupçon, par aucun desreglement de contenance, ou amusement, ni sujet de jalousie a l'Espoux céleste, qui est, a la vérité, jaloux des âmes qu'il favorise, affin qu'on ne distraise de son amour aucune affection pour l'appliquer a la créature. J'ay veu sa seur de Bons (O a Chamberi, et ella [fait] fort dévotement et confidemment sa revëue [depuis] que je l'ouys en confession en son abbaye.
Dieu vous comble de ses bénédictions, ma très [chère] Cousine, ma Fille, et je salue nostre Seur de [Vignod] et toutes nos autres Seurs.
Revu sur l'Autographe conservé au Ier Monastère de la Visitation de Marseille.
l'Autographe. Le même nom de Vignod, que nous restituons à l'avant-dernière ligne, correspond juste à la place restée en blanc.
(i) Jeanne de Vignod, la « jeun' Abbesse. » (Voir le tome précédent, note (2), p. 206.)
DCCLXXIV
• a la mère de chant al
(inédite)
Charité attentive et minutieuse du Saint pour la Mère de Chantai. Le régime d'une convalescente.
Annecy, vers le 10 mai 16 12 (1).
Ce livre la est bon, mais non pas pour l'affaire présente (2); nous en chercherons un autre plus court et le treuverons, Dieu aydant.
Cependant, ma très chère Mère, reposés un peu bien, manges un peu de choses bonnes et ne mettes pas du tout tant d'eau au vin ; car je voy que ces foiblesses proviennent d'abbatement d'estomach et de froideur de teste. Du moins, trempes un peu vostre nez et vos poulz
(1) Pour la date de ce billet, voir note (1), p. 210.
(2) Nous ignorons le titre du livre et le sujet de l'affaire,
Année 1612 213
de vin, et manges une douzaine de raysin Damas après souper.
Je suis bien ayse que cette bonne damo3^selle soit si brave (*); je l'ayme bien, je vous asseure. Demain, sil se peut, j'iray au moins a 9 heures.
Dieu vous bénisse, ma très chère Mère, et vous comble de son tressaint et pur amour. La bonne Madame l'Ancienne m'a escrit tout ce qu'ell' avoit a me dire (2). Vives joyeuse, avec Nostre Seigneur vivant et régnant en nostre cœur. Amen.
Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Revel de Mouxy, à Brest.
(1) Le 7 mai 1612, « FHeustace, fillie de feu François Thavan, de la parroesse de Sainct Jeoire... declayre a Rde Dame Jeanne Françoyse Fremyot, a présent Supérieure de la Congrégation de la Visitation... qu'elle entend que tous et chascungs ses biens soyent vendus... et que les deniers soyent convertis a Futillité de ladicte Congrégation, ou elle est de présent logée et entretenue, et a voué, moyennant l'ayde de Dieu, d'y demeurer et finir ses jours. » (Archives de la Visitation d'Annecy.)
Il nous semble peu probable, cependant, que « FHeustace » soit la « damoyselle » dont parle le Saint ; car celle-ci paraît être plutôt une nouvelle venue, tandis que la fille de M. Thavan devait avoir séjourné quelque temps à la Visitation, avant le 7 mai. Cette « damoyselle si brave » serait-elle la « fille tentée » dont il sera fait mention plus loin, Lettre dcclxxx, p. 220 ?
(2) Cf. la lettre précédente.
DCCLXXV