A M. BÉNIGNE MILLETOT
Le Saint revendique son droit, qui était contesté, de conférer les bénéfices dans certaines paroisses situées en France.
Annecy, 13 mai 1612.
Monsieur mon Frère, Ce porteur est chanoine de mon église cathédrale (0,
( i ) Jean Favre, frère du Président et grand-vicaire du diocèse de Genève, ou le chanoine Théodore Warouf, 1 597-1616 (cf. tome XII, note (2), p. 48^, les seuls connus pour être à cette époque « sujets du Roy et regnicoles. » Comme le Saint ne donne pas au porteur le titre de « grand vicaire », c'est plus probablement le dernier qu'il a voulu désigner ici.
214 Lettres de saint François de Sales
sujet du Roy et regnicole. Il est appelle devant la cour (0 pour un abus que sa partie prétend avoir esté commis par moy en l'endroit d'une provision de la chappelle (2). Je croy que l'on considérera qu'il n'y a pas de loy au monde qui m'ayt privé de l'usage de mon authorité ecclésiastique en la provision des bénéfices de mon diocèse ; et que, comme M. l'Archevesque de Lyon pourvoit en Bourgoigne Comté, M. l'Evesque de Grenoble en Savoye et a Chamberi mesme, non obstant leur résidence au royaume, de mesme dois-je jouir de l'authorité de pourvoir dans le royaume, quoy que je sois habitant en Savoye.
Je me persuade que cela est, et néanmoins je croy que j'ay besoin de vostre protection, laquelle pour cela je reclame, puisque je suis,
Monsieur mon Frère,
Vostre très humble frère et très affectionné serviteur,
Franc8, E. de Genève.
Le 13 may 161 2, a Neci.
A Monsieur Milletot,
Seigneur de Villy, Conseiller du Roy au Parlement de Bourgoigne.
(1) Le Parlement de Dijon.
( 3) Ce texte paraît défectueux; il faudrait ; « d'une provision de chappelle. »
DCCLXXVI
A MADAME DE LA FLECHÈRE (0
L'aveuglement des duellistes; pourquoi et comment le Saint en avait une grande compassion.
Annecy, 15 mai 1612.
Ma très chère Fille, Vostre dernière lettre m'a donné mille consolations,
(1) L'ensemble de la lettre, les allusions qu'elle renferme désignent Mme de la Fléchère comme la destinataire la plus probable.
Année 1612 215
et a madame [de Chantai] a qui je l'ay communiquée, n'y ayant rien veu qui ne peust estre monstre a une ame de cette qualité la et qui vous chérit si saintement. Or, je vous escris sans loysir, pour un depesche qu'il me faut faire pour Bourgoigne.
Mays mon Dieu, ma très chère Fille, que dirons-nous de ces hommes qui appréhendent tant l'honneur de ce misérable monde et si peu la béatitude de l'autre ? Je vousasseure quej'ay eu des estranges afflictions de cœur, me représentant combien près de la damnation éternelle ce cher cousin s'estoit mis (0, et que vostre cher mary l'y eust conduit. Helas, quelle sorte d'amitié de s'entreporter les uns les autres du costé de l'enfer ! Il faut prier Dieu qu'il leur fasse voir sa sainte lumière et avoir grande compassion d'eux. Je les voy, certes, avec un cœur plein de pitié, quand je considère qu'ilz sçavent que Dieu mérite d'estre préféré, et n'ont pas néanmoins le courage de le préférer quand il en est tems, crainte des paroles des mal advisés.
Cependant, affin que vostre mary ne croupisse pas en son péché et en l'excommunication (2), voyla un billet que je luy envoyé pour se confesser et faire absoudre. Je prie Dieu qu'il luy envoyé la contrition requise pour cela.
Or sus, demeurés en paix ; jettes vostre cœur et vos souhaitz entre les bras de la Providence céleste, et que la bénédiction divine soit a jamais entre vous. Amen.
Le 15 may 1612, a Neci.
(1) Le duelliste serait-il M. de Vallon? Celui-ci était à la fois cousin du Saint et de M. de la Fléchère; il n'y aurait rien d'étonnant que ce dernier eût été mêlé à une querelle de ce genre. Ces deux gentilshommes figurent parfois ensemble dans les lettres de François de Sales et nous savons qu'ils se sont trouvés à Turin à la même date. (Cf. le tome précédent, p. 3.)
(2) Au temps de saint François de Sales, il y avait, en fait de lois ecclésiastiques contre le duel, outre la législation ancienne, le canon du Concile de Trente (Sess. xxv, cap. xix, de Reformat.), qui est de 1563, et les Constitutions de Pie IV, de Grégoire XIII et de Clément VIII.
2i6 Lettres de saint François de Sales
DCCLXXVII
A MADAME DE LA VALBONNE (0 (fragment)
Quels sont ceux que le Sauveur n'abandonne jamais. Un nouveau filleul du Saint.
Annecy, 22 mai 1612 (2).
Or je ne doute point de cela, ma très chère Fille, ma Nièce, que ce mesme Sauveur qui vous a prise par la main ne vous conduise jusques a la perfection de son saint amour; car j'espère que vous ne vous secoueres point d'une si douce et suave conduite et n'abandonneres jamais Celuy qui, par son infinie bonté, n'abandonne jamais ceux qui ne veulent pas l'abandonner. Vray Dieu, que nous serons heureux si nous sommes fidèles a cette immense douceur qui nous attire !
Mme de Limogeon (3) me pria il y a bien sept mois, de luy tenir ce dernier enfant qu'elle a fait, et je le pris
(1) L'adresse que nous attribuons à cette lettre est justifiée par le titre de « Nièce » donné à la destinataire, et par l'annonce faite à M. Favre, de a la « feste de Pentecoste. »
Andrée de Nicolle de Crescherel, qui avait épousé d'abord Jean-Philibert de Genton, par contrat dotal du 12 septembre 1605, et ensuite René Favre de la Valbonne, 18 juin 161 t (cf. tome XIII, note (4), p. 217), était fille de Jeanne de Sautereau et de Claude de Crescherel, dit Nicolle ou de Nicolle, seigneur de la Place et des Déserts, docteur ès-droits et avocat consistorial au Sénat de Savoie. Le Saint appelle Mme de la Valbonne « une perle » (voir p. 180) et, comme en témoignent ses lettres, il fut pour son âme un guide très affectueux.
(2) L'Autographe, publié pour la première fois et sans date, par Hérissant (1758), se gardait alors à Rome, dans la chambre de saint Ignace, au Gesù. Le texte que nous donnons reproduit une copie conservée à l'archevêché de Malines (vol. Ignatiana, n° 11), mais cette copie est défectueuse et ne représente vraisemblablement que la seconde partie de la lettre. Aussi la date de 1612, que porte ladite copie, ne peut être absolument garantie.
(3) Mme de Limogeon (voir tome XIII, note (1), p. 58), née Jeanne-Louise de Genton, était belle-sœur de la destinataire. Cette parenté explique le choix de celle-ci pour marraine de l'enfant attendu, dont il n'a pas été possible de découvrir la date de naissance.
Année 1612 217
en fort grand honneur ; mais je le treuve encor plus grand et plus aggreable, puisque c'est avec cette heureuse rencontre que vous le deves tenir avec moy ; ce que je prens a présage qu'un jour je pourray bien avoir la consolation d'en tenir un des vostres (0. Mais, en tout événement, nous nous entretiendrons l'un l'autre par la sainte dilection qui me fera tous-jours estre, Ma très chère Nièce, ma Fille,
Vostre plus humble oncle et serviteur,
Franc5, E. de Genève.
22 may 1612.
Mon cœur salue le vostre (2) et est son serviteur. J'ay annoncé la feste de Pentecoste a monsieur Favre (3) qui l'attend en dévotion, et nous tous (4).
( 1 ) On lit dans le Registre des baptêmes de Saint-Léger, paroisse de Chambéry : Le 15 novembre 1615 « a esté baptizé Antoine François, fils de noble et spectable René Favre, seigr de la Varbonne, et de damoyselle Andreaz Nicolle... Parrain, noble... Antoine Favre... et marreinne, damoyselle Jeanne de Saultereau. » D'après le comte de Foras (Armoriai et Nobiliaire, etc., tome II, p. 369), François de Sales aurait été aussi parrain de cet enfant, peutêtre parce qu'il lui donna son nom.
(2) C'est sans doute le mari de la destinataire que le Saint désigne ainsi.
( 3) Le Président.
(4) Cette phrase assez obscure vient assurément d'une lecture défectueuse. Hérissant porte vous toutes, au lieu de « nous tous. »
DCCLXXVIII
AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL Ier
Pourquoi le Saint désire obtenir l'agrément du duc de Savoie pour les prédications qu'on lui demande à Lyon.
Annecy, 26 mai 1612.
Monseigneur,
Je suys conjuré de la part de messieurs les doyen et Comtes de Saint Jean de Lion*, de leur accorder mes * Vide infra, Epist. prœdications pour le Caresme prochain. La qualité de
DCCXC1I.
218 Lettres de saint François de Sales
cett'eglise-lâ , qui est si honnorable entre toutes celles de France, le voysinage et perpétuel commerce de ceux de ces pais ci avec les Lionnois, lhonneur que ces seigneurs m'ont fait de m'envoyer exprès monsieur le Comte de Saconay, originaire sujet et vassal de Vostre Altesse et lequel tient un rang fort principal entr'eux (0, me convie a ne point refuser en une si affectionnée et digne recherche. Seulement ay-je réservé le bon playsir de Vostre Altesse, sous lequel je veux tous-jours vivre ; qui me fait la très humblement supplier de me fayre sçavoir * Vide infra, Epist. ce qu'ell' aura aggreable pour ce sujet *, tandis que je
DCCXCII. . .
continueray mes vœux pour sa prospérité, comme doit, Monseigneur,
Son très humble, tres-obeissant et très fidèle orateur et serviteur,
Franc8, Evesque de Genève.
A Neci, le xxvi may 1612.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de VEtat.
(1) Louis de Sacconay, qui était à cette date chamarier du Chapitre. (Voir tome XI, note ( i ), p. 305.)
DCCLXXIX
A LA MÈRE DE CHANTAL (billet inédit)
« Nostre fièvre » et « nostre teste ». — Les bonnes dispositions des syndics pour les agrandissements de la Visitation.
Annecy, 27 mai 1612 (1).
Ma très chère Mère,
Comme vous portes vous, je vous prie, a ce matin ? car hier vous fustes toute lasse et attachée de nostre fièvre ;
(1) La date est prouvée par la concordance du billet avec les délibérations du Conseil municipal d'Annecy, prises en la séance du lundi 28 mai 1612. (Voir note (2) de la page suivante.)
Année 1612 219
et je puis bien mieux dire de nostre fièvre que ma Seur Milletot (0 de nostre teste. Helas ! mon cœur vous donne mille fois le bonjour, aymant uniquement le vostre comme soy mesme.
Je fis hier vostre ordonnance envers Messieurs de la ville (2) que, sans mentir, nous obligent tout plein en l'estime et l'amour quilz tesmoignent a nostre Mayson. Je vous diray la resolution demain (3), Dieu aydant ; et cependant, conserves vous bien fort, ma très chère Mère, je vous en conjure, et mille mille fois bon jour.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. le marquis de la Prunarède, à Montpellier.
(1) Sœur Marie-Marguerite Milletot (voir ci-dessus, note (3), p. 6), qui abusait du pluriel en usage dès les premières années de la Visitation.
( 2 ) Le procès-verbal de la séance du Conseil municipal d'Annecy, du 28 mai 1612, s'exprime ainsi : « A esté proposé et remonstré, comme samedi dernier messieurs les scindics auroient visité M^1* le Revme Evesque de Genève; dont, entre autres propos, fut dict par luy quil desiroit quil pleut a la ville de bailler a la maison de la Religion de la Visitation (les Dames delaquelle ont acquis la maison des hoirs du sieur advocat de Gemilly, par authorité de Sa Sainteté) la place qui est entre la tour du Prieur de Talloires et celle dudit sieur de Gemilly, en rendant a ladite ville, ou baillant, tout le jardin du sieur de Talloires et la moitié de la tour d'icelluy... Et pour aultant que lesdites Dames baillent et offrent de place davantaige que celle qu'elles demandent, et qu'en ladite place ne se jette que des immondices qui aportent beaucoup d'incommodité, partant il semble que tel eschange aporte de proufict a la ville. Outre que lesdites Dames désirant au mesme lieu bastir leur église, elles affectionnent entièrement cette place. Sur quoy plaira a l'assembles d'ordonner ce qui sera respondu a Msr le Revrae a ce subject, et sur le tout pourvoir. »
« Messieurs les scindics, » Jean Floccard, Jean Crochet, Guillaume Méclard et François Marvin, se montraient, on le voit, tout disposés à condescendre aux désirs des saints Fondateurs.
(3) La « resolution » fut telle que le Saint pouvait l'espérer. « La Ville, » est-il dit dans le même procès-verbal cité à la note précédente, « en désirant d'observer la volonté de M*>rr le Rme Evesque de Genève, qui affectionne la susdite place pour lesdites Dames, pour y bastir leur église, » décide « qu'elle leur est accordée en contrechange de la place qu'elles ont proposé. »
220 Lettres de saint François de Sales
DCCLXXX
A LA MÊME
(fragment inédit)
Une postulante qui avait de la répugnance pour l'abjection ; comment traiter avec elle.
Annecy, vers fin mai 1612 (1).
(2) et il y a un quart d'heure
un'autre fois. En somme, je suis le meilleur de vos pères et le plus brave de vos enfans.
Il me sembla que vous m'eussies marqué le jour de saint Claude. Il me semble qu'il ne faut pas estonner cette fille si ell'est tentée (3), ains seulement la bien examiner sur le désir d'estre de la Congrégation, et si on la treuve foible, luy donner loysir d'y penser, affin qu'elle se resoulve sans preecipitation ; car il m'est advis que ce soit une bonne fille, mais qui a répugnance a l'abjection, et par ce qu'ell'a l'esprit fort, elle ne peut bonnement le plier du tout pour encor.
Bon jour, ma très chère Mère, vives saintement. Je prie Dieu pour nostre fille (4), que je sceu seulement hier estre malade. Dieu soit nostre cœur et nostre vie.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.
(1) La date de l'année est proposée sous toutes réserves; elle se déduit de l'écriture, qui ressemble beaucoup à celle des billets adressés vers la même époque à la Mère de Chantai, et du rapprochement qu'on peut faire entre ce fragment et la Lettre dcclxxiv. (Voir ci-dessous, note (3). L'allusion au « jour de saint Claude, » 6 juin, permet de placer ces lignes vers la fin du mois précédent.
(2) Le haut de l'Autographe a été coupé.
(3) « Cette fille tentée... qu'il ne faut pas estonner, » pourrait bien estre la « damoyselle si brave » dont il est parlé plus haut (p. 213). Entrée au commencement de mai, elle aurait eu le loisir de témoigner d'abord beaucoup de ferveur et de « désir d'estre de la Congrégation ; » puis, le moment de prendre l'habit approchant, c'est-à-dire le 6 juin, « jour de saint Claude, » elle aurait inspiré des craintes à la Mère de Chantai. De fait, elle ne persévéra pas, car son nom est absent des listes des Religieuses reçues dans ce même temps.
(4) Françoise de Chantai.
Année 1612 221
DCCLXXXI
A LA MEME
Beauté du Ciel après l'Ascension du Sauveur. — Aspirations pieuses. — La seule chose qui donne du prix à l'éternité des biens, d'après saint François de Sales. — La glorification du corps de Notre-Seigneur et de notre corps.
Annecy, [31 mai 161 2 ( 1 ).]
Je vous donne la jo}re dequoy nostre Sauveur est monté au Ciel, ou il vit et règne, et veut qu'un jour nous vivions et régnions avec luy. O quel triomphe au Ciel et quelle douceur en la terre ! Que nos cœurs soyent ou est leur thresor *, et que nous vivions au Ciel, puis que * Matr., vi, ai. nostre vie * est au Ciel. * Coioss., m, 4.
Mon Dieu, ma Fille, que ce Ciel est beau, maintenant que le Sauveur y sert de soleil* et la poitrine d'ice- * Cf. Is., lx, 19; luy, d'une source d'amour de laquelle les Bienheureux p c"' x' boivent a souhait *! Chacun se va regarder la dedans et *Cf.Ii.,ult.,xx,is. y void son nom escrit d'un caractère d'amour, que le seul amour peut lire et que le seul amour a gravé *. • Cf. ibid., lxh, Ah Dieu ! ma chère Fille, les nostres y seront-ilz pas ? Si seront, sans doute ; car bien que nostre cœur n'a pas l'amour, il a néanmoins le désir de l'amour et le commencement de l'amour. Et le sacré nom de Jésus n'est-il pas escrit en nos cœurs ? il m'est advis que rien ne le sçauroit effacer. Il faut donq espérer que le nostre sera escrit réciproquement en celuy de Dieu. Quel contentement quand nous verrons ces divins caractères marqués de nostre bonheur éternel !
( 1 ) Cette lettre semble avoir été écrite une année où les deux Saints se trouvaient dans la même ville pour la fête de l'Ascension. Il faut donc exclure 1611, le Bienheureux ayant célébré cette solennité à Gex, et 1613, année de son voyage à Milan-Turin : reste 1612. A cause de l'appellation de « Mère », qui n'y paraît qu'une fois, la lettre serait moins bien placée au-delà de 1613.
Malgré l'analogie des idées et la concordance du dernier alinéa avec la pensée générale, ce texte nous paraît interpolé; l'avant-dernier alinéa pourrait bien appartenir à une autre lettre. Toutefois, à défaut de preuves certaines, nous le laissons ici.
Apoc, 11, 17.
222 Lettres de saint François de Sales
Pour moy, je n'ay rien sceu penser ce matin qu'en cette éternité de biens qui nous attend, mais en laquelle tout me sembleroit peu ou rien, si ce n'estoit cet amour invariable et tous-jours actuel de ce grand Dieu qui y règne tous-jours. Mon Dieu, ma chère Mère, que j'admire la contrariété qui est en moy, d'avoir des sentimens si purs et des actions si impures ! car vrayement il m'est advis que le Paradis seroit emmi toutes les peynes d'enfer si l'amour de Dieu y pouvoit estre, et si le feu d'enfer estoit un feu d'amour, il me semble que ces tourmens seroyent désirables. Je voyois ce matin tous les contentemens célestes estre un vray rien auprès de ce régnant amour. May s d'où m'arrive-il que je n'ayme pas bien, puisque des maintenant je puis bien aymer? O ma Fille, prions, travaillons, humilions-nous, invoquons cet amour sur nous.
Jamais la terre ne vit le jour de l'éternité sur son rond jusques a cette sainte feste, que Nostre Seigneur, glorifiant son cors, donna, comme je pense, envie aux Anges d'avoir de pareilz cors, a la beauté desquelz les cieux et le soleil ne sont pas comparables. Ah ! que nos cors sont heureux d'attendre un jour la participation a tant de gloire, pourveu 'qu'ilz servent bien a l'esprit en cette vie mortelle !
Franc8, E. de Genève.
Année 1612 323
DCCLXXXII
AUX ÉMINENTISSIMES CARDINAUX DE LA SACRÉE CONGRÉGATION DES RITES ( l )
( MINUTE
L'une des opinions maudites de Calvin. — Dévotion des catholiques de Savoie au bienheureux Amédée. — Pourquoi les membres de la Sacrée Congrégation des Rites doivent faire avancer sa canonisation.
Annecy, 2 juin 1612.
Illustrissimi et Reverendissimi Signori Padroni miei colendissimi,
Fra le maledette et anathematizate opinioni che dal nefando Calvino furono insegnate con maggior vehementia et impudentia nella misera città di Geneva, una
Mes très vénérés, Illustrissimes et Révérendissimes Seigneurs,
L'une des opinions maudites et réprouvées que l'infâme Calvin enseigna avec plus d'ardeur et d'impudence dans la malheureuse cité de Genève, ce fut le mépris des Saints qui régnent au Ciel avec
(1) La Sacrée Congrégation des Rites a été fondée par Sixte V, qui, dans sa Bulle Immensa œterni Dei, du 28 mars 1588, lui assigna son rôle et délimita ses attributions. Elle a pour but de régler tout ce qui touche au culte divin, et en particulier de diriger la procédure à suivre dans la canonisation des Saints. (Voir Annuaire pontifical catholique, par M.sr Albert Battandier, année 189g, p. 421.)
En 1612, la Sacrée Congrégation se composait de treize Cardinaux : François de Joyeuse (voir tome XII, note ( 1 ), p. 411). — François-Marie del Monte, Préfet de la Congrégation dès 1607 jusqu'à sa mort. Sixte V l'avait créé cardinal-diacre du titre de Sainte-Marie in Dominica, en 1588; il occupa successivement les sièges de Preneste et d'Ostie, et mourut, doyen du Sacré- Collège, le 27 août 1627.
Robert Bellarmin (voir tome XIV, note (3), p. 405); Jean Garsia Millino (voir ibid., note ( 1 ), p» 416).
Pierre-Paul Crescenzio, créé le n août 1611, par Paul V, cardinal-prétre des Saints Nérée et Achillée, après avoir occupé plusieurs sièges, mourut le 19 février 1645) évêque de Porto.
Jean-Baptiste Leni, cardinal-prctre du titre de Saint-Sixte (24 novembre
224 Lettres de saint François de Sales
fu il dispregio de' Santi che con Christo regnano in Cielo, onde il nome loro cercô con ogni modo possibile di mettere fuor di memoria, di profanare le reliquie loro, burlarsi délie loro intercessioni et bestemmiare contra li loro meriti et gl'honori che ad essi si devono.
Per questo, corne per via di antiperistasi, nel restante di questa diocesi li popoli catholici, con fervor particolare, si essercitano in celebrare et invocare li Santi ; fra quali li predecessori nostri hebbero grandissima divotione al Beato Amedeo, Duca terzo, corne dalle honorate immagini sue in parecchi luoghi si vede, che con le insegne di santità nelle chiese si vedono. Ma perché egli non è canonizato, non se gli fa quell'honor publico et solenne [che]
Jésus-Christ. Dans ce but, il tâcha par tous les moyens d'effacer le souvenir de leur nom, de profaner leurs reliques, de tourner en ridicule leurs intercessions, de blasphémer contre leurs mérites et les honneurs qui leur sont dus.
C'est pourquoi, par une sorte de réaction, les populations catholiques du reste de ce diocèse s'appliquent avec une ferveur spéciale à honorer et à invoquer les Saints. Parmi ceux-ci, le bienheureux Amédée, troisième, duc [de Savoie,] fut de la part de nos ancêtres l'objet d'une très grande dévotion : c'est ce qu'attestent ses images, vénérées en plusieurs lieux dans les églises avec les attributs de la sainteté. Mais, parce qu'il n'est pas canonisé, on ne lui rend pas cet honneur public et solennel qui est dû à l'éminence et à la réalité de
1608), qu'il échangea plus tard contre celui de Sainte-Cécile. Il était évêque de Ferrare et archiprêtre de Latran, quand il mourut le 3 novembre 1627.
Horace Lancellotti, nommé le 17 août 161 1, .cardinal-prêtre du titre de Saint-Sauveur, mourut le 9 décembre 1620.
Antoine-Marie Gallo (voir tome XIV, note ( 1 ), p. 272). — Odoard Farnese, créé cardinal-diacre du titre de Saint-Eustache, par Grégoire XIV, le 6 mars 1591, mourut le 21 février 1626 ; il était évêque de Frascati.
André Baroni-Peretti, le 5 juin 1596, fut créé cardinal par Clément VIII, et devint successivement, sous Urbain VIII, évêque de Preneste, d'Albano et de Frascati. Il mourut le 3 août 1629.
Jean-Baptiste Deti, fait cardinal le 3 mars 1598, mourut vers le 14 juillet 1630, évêque d'Ostie et doyen du Sacré-Collège.
Ferdinand de Gonzague (voir ci-dessus, note (1), p. 202). — Louis Capponi mourut le 7 avril 1659; il avait été créé cardinal par Paul V, le 24 novembre 1608, et nommé archevêque de Ravenne par Grégoire XV.
(Voir Ciaconius, Hist. Pontif. et Cari., 1677, *om- IV.)
Année 1612 225
all'altezza et verità délia santità sua è débite Et quantunque in varie occurrentie habbiano molti provato quanto sia la sua intercessione giovevole a chi, con vera fede in Dio, aile sue orationi ricorre, tuttavia altri non ardiscono invocarlo sin tanto che dalla santa Chiesa vengha annumerato fra Santi.
Il che vedendo che da tutto il Stato del Serenissimo Duca di Savoya vien con sommo affetto desiderato, et massime dalli Reverendissimi Arcivescovo di Torino (O et Vescovo di Vercelli (2), vengho anch' io, con tutte le forze dell' animo mio, a supplicare la Santa Sede Apostolica che si degni far questa gratia a tutti questi popoli circonvicini *. Et perché in queste occasioni Sua Beati- * Cf. supra, Epist. tudine non suole fare cosa veruna senza il consiglio et assenso délia Sacra Congregatione délie Signorie Vostre Illustrissime et Reverendissime, per^questo vengho anco
ses mérites. De fait, en plusieurs circonstances, un grand nombre de personnes ont éprouvé l'efficacité de son intercession en faveur de ceux qui, avec une vraie confiance en Dieu, recourent à ses prières ; d'autres cependant n'osent l'invoquer tant que la sainte Eglise ne l'a pas mis au nombre des Saints.
Aussi, voyant avec quelle ardeur cet événement est désiré dans tous les Etats du sérénissime duc de Savoie, et particulièrement par les Révérendissimes Archevêque de Turin ( 1 ) et Evêque de Verceil ( 2 ), je viens à mon tour supplier de toutes les forces de mon âme le Saint-Siège Apostolique, afin qu'il daigne accorder cette faveur à tous les peuples environnants. Or, comme d'ordinaire Sa Béatitude ne fait rien en de telles occasions sans l'avis et l'assentiment de la Sacrée Congrégation de Vos Seigneuries Illustrissimes et Révérendissimes,
(1) Mgr Charles Broglia (voir tome XII, note ( 1 ), p. 224, et cf. ci-dessus, variante (j ), p. 175).
(2) Jacques Goria, né à Villafranca d'Asti, précepteur de Maurice de Savoie, fut nommé par le Pape Paul V évêque de Verceil, le 17 août 1611. Pendant trente-sept ans, ce Prélat administra son Eglise avec autant de courage que de désintéressement. Il se montra le bienfaiteur des Religieux Feuillants, fit couronner avec grande solennité l'image de la Bienheureuse Vierge, vénérée dans le sanctuaire du mont d'Oropa, et mourut en 1648. (Voir Ughelli, Italia sacra, Romre 1652, tom. IV, col. 1 1 29.)
Lettres V 15
Matt., v, 15.
a supplicarle che vogliano giovare et favorire quest' opéra tanto pia : opéra che agrinimici de' Santi farà gran confusione, alli devoti sarà di gran consolatione, alli Prencipi sveglierà l'appetito d'imitatione, et a tutta la Chiesa darà materia di allegrezza et beneditione ; ma in particolare a questa desolata diocesi nella quale nacque et fu allevato quel gran Prencipe, il quale, secondo il nome suo, fu tanto amato et amatore d'Iddio.
Che si corne egli con tutto il cuore magnificô il nome divino, cosi anco sua divina Maestà essaltô il suo con tanta multitudine di veri miracoli, che quando se ne faranno le informationi, si vederà chiaro che è providentia d'Iddio che questa canonizatione sia stata differita sin adesso, acciô che abondando ildispregio de' Santi fra gli heretici di questi contorni, molto a proposito si met- *Cf.Eccii.,xxvi,22; trà inanzi agi' occhi loro questa lampada * che fu accesa fra li predecessori loro, nella quale vedano una vita di mirabile pietà et miracoli di mirabile chiarezza.
Et cosi, non dubitando punto che le Signorie Loro Illustrissime et Reverendissime habbiano piacere di promovere un' opra tanto desiderabile, facendole humil
je les supplie également de vouloir bien servir et favoriser une œuvre de si haute piété. Elle causera aux ennemis des Saints une grande confusion, consolera grandement les âmes dévotes, éveillera dans les princes le désir d'imitation, enfin elle sera un sujet d'allégresse et de bénédiction pour toute l'Eglise, mais surtout pour ce diocèse désolé où naquit et fut élevé ce grand Prince qui, ainsi que son nom même l'atteste, fut tant aimé de Dieu et l'aima si ardemment.
11 exalta de tout son cœur le nom divin, mais en retour, la divine Majesté a glorifié le sien, et par une telle multitude de vrais miracles, qu'on verra clairement, au moment des informations, que cette canonisation a été différée jusqu'ici par une providence de Dieu. Dans ces pays, en effet, les hérétiques ont un grand mépris pour les Saints ; il est donc fort à propos de mettre devant leurs yeux cette lampe qui brilla jadis parmi leurs ancêtres : ils y verront une vie d'une piété admirable et des miracles d'une merveilleuse évidence.
Je ne doute point que Vos Seigneuries Illustrissimes et Révérendissimes ne prennent plaisir à faire avancer cette cause si justement
Année 1612 227
riverentia, pregho nostro Signore Iddio che le dia la santa pienezza délie sue gratie.
Di Annessi, alli 2 di Giugnio 161 2.
désirée ; aussi, leur offrant mes humbles hommages, je prie Dieu notre Seigneur qu'il leur donne la sainte plénitude de ses grâces. D'Annecy, le 2 juin 1612.
DCCLXXXIII