A DOM PIERRE DE SAIITT-BERNARD DE FLOTTES FEUILLANT
Un grand désir du Saint. — Envoi d'un ouvrage. — Les PP. Capucins en Savoie.
Annecy, 10 juin 1612 (2).
Certes, mon Révérend Père, je désire grandement de pouvoir tirer de la presse de mes inutiles occupations
( 1 ) Pierre de Flottes, né à Limoges, mort à Bordeaux le 14 septembre 1666, entra au noviciat de l'Ordre des Feuillants, à Paris, le 8 septembre 1600, et s'adonna au ministère de la prédication; bientôt, il y excella. Les principales chaires de France retentirent de sa parole; elle « plaisait au plus haut degré, » dit Morotius. Mais dom Pierre de Saint-Bernard n'avait pas seulement les qualités de l'orateur; « la sainteté de sa vie et une chaleur vivifiante pénétraient dans les profondeurs de l'âme et y produisaient des fruits abondants. » Il exerça dans son Institut les charges de provincial, de prieur et de conseiller du Général. Son grand mérite lui acquit d'illustres amitiés, en particulier celle de François de Sales. C'est lui qui fit, étant prieur de Lyon, « une très élégante oraison funèbre » de son saint ami, en présence des Religieuses de la Visitation de Bellecour, dans le service célébré le 30 décembre 1622(1). (Charles-Auguste, Histoire, etc., liv. X.) A la fin de la « harangue, qui fut moins funèbre que panegirique,... chascun, » dit François Favre (Process. remiss. Gebenn. (II), ad art. 16), « publioit le Serviteur de Dieu sainct. »
(2) La date résulte des indications que fournit le texte sur un ouvrage du Saint et sur les fondations des PP. Capucins en Savoie. (Voir notes (2), (3) de la page suivante.)
( 1 ) Dans la même église et l'année suivante, l'orateur prononça une seconde oraison funèbre. Elle parut à Lyon en 1624, avec une épître dédicatoire à JVUr Jean-François de Sales, sous ce titre : Oraison pour l'anniversaire de feu... Mre François de Sales... Prononcée le jour des Innocents, 27 (sic) décembre 162).
228 Lettres de saint François de Sales
quelque petite besoigne de dévotion, qui, en quelque sorte, corresponde aux augures que vostre charité en fait (0; mays il est très vray que je n'ose nullement espérer cela pour maintenant. Ce que j'ay de plus prest, qui regarde la conduite des ecclésiastiques de ce diocœse (2), je le remettray, Dieuaydant, a ce porteur, non seulement par ce qu'il est mon diocaesain et quil a des-ja esté employé en semblable occasion, mays par ce aussi que vous le voules, puis que je suis de tout mon cœur, Mon Révérend Père, et très asseurement,
Vostre très humble et très affectionné frère et serviteur,
Françs, E. de Genève.
Mon Révérend Père, je vous escris tout a fait sans loysir et presque sans haleine, ce matin de la Pentecoste. Presque toutes nos chaires sont occupées par les RR. Pères Capucins, qui ont huit Maysons, la plus part nouvellement fondées (3); et si, je vous puys dire que, excepté celle de cette ville, je n'oserois en présenter une
( 1 ) Serait-ce après avoir lu X Introduction h la Vie dévote que le destinataire aurait fait ces « augures » auxquels saint François de Sales désire « correspondre »? Et la « petite besoigne de dévotion » ne serait-elle pas le Traitté de V Amour de Dieu, auquel il donnait alors ses loisirs?
(2) Le 8 février 1612, TEvêque de Genève signe la préface, et le 9 mai suivant, à ses prêtres réunis en Synode, il présente le texte d'un ouvrage qui avait pour titre : Rituale Sacrameniorum ad prœscriptum Sanctœ Romance Ecclesiœ, jussu Reverendissimi Patris Francisci de Sales, Episcopi et Principis Gebennensis, editum, ad usum Ecclesiœ et Diœcesis Gebennensis, etc. Lugduni, apud Joannem Charvet, 1612. — Manifestement, le Rituale Sacrameniorum regardait « la conduite des ecclésiastiques ; » c'est sans doute un exemplaire de cet ouvrage qui fut communiqué à dom Pierre de Saint-Bernard.
(3) D'après le Nécrologe des FF. Mineurs Capucins, par le P. Eugène de Bellevaux (pp. xiv-xix), voici la date de fondation des Maisons qui furent établies dans leur province dite de Savoie, du vivant de saint François de Sales : Chambéry, 1575-1576; Saint-Jean-de-Maurienne, 1580; Annecy, 1593; Montmélian, 1596; Thonon, 1602; Saint-Julien-en-Genevois, 1602; Saint- Maurice en Valais, 1603; en 1612, les trois couvents de Gex, Moûtiers, Rumilly; La Roche, 1617; Sallanches, Aoste et Belley, 1619.
En mentionnant les « huit Maysons » des PP. Capucins, le Saint n'a pas voulu parler seulement des couvents établis dans son diocèse; car, d'après la liste précédente, on voit que, même après 1619, le territoire ecclésiastique de Genève ne comptait que sept fondations. Le chiffre donné dans cette lettre s'applique donc à toutes les fondations de Savoie et se trouve vérifié en 1613.
Année 1612 229
a quelque prédicateur qui, pour y venir, eut besoin de faire une journée.
Au R. P. en N. S.
Le Père Dom Pierre de St Bernard,
Prédicateur Feuillenlin. — A Lion.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. Léon Clugnet, à Fresnes-les-Rungis (Seine).
DCCLXXXIV