A MONSEIGNEUR PELLEGRINO BERTACCHI ÉVÊQUE DE MODÈNE
Renseignements demandés sur un étranger apostat, en faveur de sa femme convertie.
Annecy, 12 juin 1612.
Illustrissime) et Reverendissimo Signor mio osservandissimo,
Habbiamo qui in questa diocaesi un certo Crespiliano il quale è da Modena, et un pezzo fa venne a Genevra dove, fatta Tabiuratione délia santa fede catholica et datosi in preda alLheresia, fece professione di philosophia
Mon très honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur,
Nous avons dans ce diocèse un certain Crispiliani, originaire de Modène. Venu à Genève, il y a quelque temps, il y abjura la sainte foi catholique, et, livré en proie à l'hérésie, il professa la philosophie
(1) Pellegrino Bertacchi, né en 1567 à Castelnuovo (Garfagnana), dont il fut d'abord archiprètre, suivit le cardinal d'Esté à Rome, où il séjourna de 1605 à 1608. Elu évêque de Modène en février 1610, il administra son diocèse avec le zèle d'un vrai pasteur, alla à Madrid en 161 4 pour accompagner le même Cardinal et y retourna en 1622, en qualité d'ambassadeur extraordinaire. Revenu à Modène au mois de septembre, il y mourut le 22 août 1627. La fondation de la Congrégation de Saint-Charles, l'érection de nouveaux Instituts, la construction de nouvelles églises datent de son épiscopat. Mgr Bertacchi a laissé des ouvrages qui témoignent de sa sollicitude pour l'instruction et la sanctification des prêtres et des fidèles. (Cf. Tiraboschi, Biblioteca Modenese, 1781, tome Ier.)
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in quella malecletta città (0. Ilora, ritiratosi da Geneva nelle terre di questa istessa diocaesi che dipendono di Francia, ha pigliato mo-glie di casa molto honorata (2), la quale era pur hseretica. Et adesso, per gratia d'Iddio essendo Catholica, è in scrupule- del suo matrimonio perché alcuni gli han detto che detto Crespiliano de Crassi era o prête o frate professe-.
dans cette ville maudite (0. Ayant ensuite quitté Genève pour se retirer sur les terres de ce diocèse qui dépendent de la France, il prit, dans une famille très honorable, une femme également hérétique (2). Celle-ci, étant aujourd'hui devenue catholique par la grâce de Dieu, conçoit des scrupules au sujet de son mariage, parce que quelques personnes lui ont dit que ce Crispiliani de Crassy avait été prêtre ou religieux profès.
(1) Voici en substance ce qu'écrivait Vespasien Aiazza sur ce personnage, dans une lettre adressée de Thonon au Nonce de Savoie, le 14 avril 1612 (Archives Vaticanes, Savoia, 161) :
Un italien résidant près de Thonon, dans le territoire du roi de France, et se signant M. Crespiniani, se fait passer pour gentilhomme. Il écrit un livre où il récrimine à la fois contre la religion catholique et la religion prétendue réformée. A Genève, où il séjourna tout d'abord, son enseignement parut suspect et l'en fit exiler. Il aurait été évêque et secrétaire de Clément VIII, chose à peine croyable! Il pourrait plutôt avoir été le sacriste qui dépouilla, dit-on, la sacristie de Sa Sainteté et s'enfuit. De fait, on prétend que Crespi<niani avait apporté dans ces pays des ornements d'église fort précieux et plusieurs milliers d'écus. Peu de temps après son arrivée à Genève, il épousa la fille d'un gentilhomme savoyard, expulsé par l'édit de Son Altesse. Aujourd'hui, celui-ci est converti, tous les siens sont bons catholiques, et depuis quelques mois, la femme de cet italien a embrassé le catholicisme.
Aiazza recommande ensuite le secret et ajoute textuellement : « Le beaupère et les beaux-frères de cet italien sont mes amis, et je n'ai pas besoin de m'en faire des ennemis. » Ces dernières lignes expliquent le ton de réserve sur lequel sont données les informations précédentes : elles en garantissent aussi la valeur.
(2) Marc-Antoine Crispiliani, seigneur de Crassy au pays de Vaud, épousa, par contrat de mariage daté de 1604, où il est qualifié de « gentilhomme de Modene, » Amblarde Forestier, fille de Claude Forestier, seigneur d'Yvoire (voir tome XIII, note (1 ), p. 195), à laquelle il fit un don de mille écus d'or. (Archiv. départ, de la H,e-Savoie, E 59.) Le 25 décembre de la même année, le Conseil de Genève l'accusait d'être espion de l'Inquisition. Il devint, le 16 novembre 1615, propriétaire de la juridiction d'Yvoire, et mourut avant le 29 mars 1626, car dans un acte daté de ce jour, il est parlé des « hoirs de feu noble Marc Anthoine Crespelani... Ferdinand, Heleine et Marie Crespelani, » ses enfants. (Archives de la Visitation d'Annecy, Mss. Lagrange.)
Année 1612 231
Per questo vengho a supplicare V. S. Illma et Rma che si degni procurare che si sappia la verità di questo dubbio ; il che, a mio parère, sarà cosa facile, ogni minima disquisitione che se ne faccia in quella sua città. Et oltre che V. S. Illma et R,lia usarà in questo carità verso questa pûYer' anima délia moglie di detto Crespiliano, a me darà grand1 introduttione di convertire esso Crespiliano et mi farà una gratia délia quale io glie restarô ubligatissimo.
Et cosi sperando, bascio le sacre mani a V. S. Illma et Rma et le pregho dal Signor Iddio ogni vero contento.
Di V. S. Illma et Rma,
Humile et affettionatissimo servitore,
Franc0, Vescovo di Genevra.
Di Neci, alli xil di Giugnio 1612.
AU' Illmo et Rmo Sigr osservandissimo, Monsigr il Vescovo di Modena.
A Modena.
Revu sur l'Autographe conservé à Modène, Archives capitulaires.
Je viens donc supplier Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime de vouloir bien faire éclaircir ce doute : chose facile, à mon avis, pour peu qu'on fasse la moindre enquête dans sa ville natale. Outre la charité que Votre Seigneurie exercera à l'égard de cette pauvre femme dudit Crispiliani, elle me donnera grande ouverture pour convertir celui-ci et m'accordera une faveur dont je lui demeurerai très obligé.
Dans cet espoir, je baise les mains sacrées de Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, et souhaite que Dieu notre Seigneur lui donne tout vrai contentement.
De Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime, L'humble et très affectionné serviteur,
François, Evêque de Genève.
D'Annecy, le 12 juin 1612.
Au très honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur, Msr l'Evêque de Modène.
A Modène.
DCCLXXXV