AU CHANOINE AIMÉ ROUGE, SOUS-PRIEUR DE PEILLONNEX
Renseignements fournis sur un jeune prêtre.
Annecy, 15 juin 1612.
Monsieur le Sousprieur,
Nos messieurs les examinateurs (2) ont estimé que nous devions donner courage a M. de Marteret (3), puisqu'il a rendu un grand tesmoignage de vouloir dores-en-avant faire merveilles et quil est parti avec vostre licence, ainsy que vous tesmoignes par vostre lettre, me le renvoyant quant au dimissoire.
Je me recommande a vos prières, et suis
Vostre bien humble très affectionné confrère,
Françs, E. de Genève, xv juin 1612, a Neci.
A Monsr Monsr le Sousprieur de Pellionnex.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Montélimar.
( 1 ) Le titre de sous-prieur ou prieur claustral était donné au supérieur local de la Communauté, sous le régime des prieurs commendataires. Aimé Rouge était sous-prieur en 1606, quand François de Sales fit la visite canonique du Monastère; on le retrouve encore en 1626, dans la même charge. Il paraît avoit succédé à Jean-Louis Dupont, sous-prieur en 1 595. (Cf. Gavard, Peillonnex, 1901, chap. xi, xxiv, Me'm. de î'Acad. Sales., tome XXIV.)
(2) Le synode du 9 mai 1612 (cf. ci-dessus, note ( 1 ), p. 211) avait élu comme examinateurs : Louis de Sales, Etienne de la Combe, Claude Grandis, Philibert Roget, Nicolas Gottry, Claude-Etienne Nouvellet, Marc-Antoine de Valence, Janus des Oches, Louis Jacquier, Nicolas Garnier. (R. E.)
(3) Jean-François du Martherey sera plus tard destinataire. Ce jeune Religieux dut tenir ses promesses, puisqu'il fut ordonné sous*-diacre le 22 septembre 1612 et prêtre le 22 décembre suivant. (R. E.)
Le manque de ressources ayant empêché de relever les bâtiments du monastère (cf. tome XII, note (2), p. 242), la petite Communauté de Peillonnex dut se disperser et ses membres se ménager un abri dans des cures du diocèse. C'est dans cette circonstance que Jean-François du Martherey quitta le prieuré, avec RR. de Lagrange, de Livron, Dagand, Bené et Mulin. Toutefois, cet exode ne les libérait pas de leurs obligations monastiques, puisque le Saint fut sollicité après Pâques 161 5, par les syndics de Bonne, de dispenser de la résidence « Rd messire du Martherey. » (R. E.)
Année 1612 233
DCCLXXXVI
A MADAME DE CORNILLON, SA SOEUR (r) Une prétendante « de fort bonne famille et de très bonne mine. »
Annecy, 17 juin 1612.
Vive Jésus ! ma très chère Seur, ma Fille. Je [n'écris que deux mots, car] je suis sans loysir; mesme que demain il faut que j'aille estre l'aumosnier de nos Seurs de la Visitation pour la réception d'une fille de Dijon, de fort bonne famille et de très bonne mine, qui y est arrivée ce matin avec sa mère (2) et asses bien accompaignee. C'est un acquest que M. de Millet (3) et mes filles ont fait en leur voyage (4).
(1) Le ton du billet, le nom de « frère » qu'on lit avant la signature désignent avec une très grande probabilité la sœur du Saint.
(2) Le 18 juin 1612, la Mère de Chantai écrivait à M. Legros, à Dijon : « Nous avons reçu votre chère fille avec beaucoup de satisfaction... Demeurez en repos de cette chère petite âme, car elle a trouvé ici un père et une mère d'affection... Nous avons fait alliance de sœur, la bonne madame Legros et moi. Je la chéris et estime fort, c'est une brave et généreuse femme. » (Sainte J .-F. Frémyot de Chantai, sa Vie et ses Œuvres ; Lettres, vol. Ier, Paris, Pion, 1877, p. 9.) C'est tout ce que nous savons des parents de la nouvelle aspirante. Son père pourrait être Bernard Legros, avocat au Parlement, procureur à la Table de Marbre le 12 décembre 1623, et inhumé le 22 novembre 1637 à la Madeleine. (Palliot, Familles de Bourgogne, tome Ier, fol. 421.)
Sœur Marie-Marthe reçut l'habit le 21 septembre 1612, fit profession le 29 septembre 1613, et accompagna les Sœurs qui sortirent d'Annecy avec la Sainte, le 22 octobre 1618, pour faire la fondation du monastère de Bourges. Elle prit part à celle du couvent de Poitiers (6 novembre 1633), et c'est là qu'elle mourut le 25 juin 1651. « L'on voyoit en elle, en l'âge de soixante cinq ou six ans, avec un corps bien cassé, un esprit fervent qui ne respiroit que Dieu, qui ne parloit presque que de luy dans les récréations, qui estoit exacte au silence et a l'obéissance comme une novice. » La Sœur Legros exerça « les charges d'assistante, surveillante, portière, sacristine et infirmière avec beaucoup de charité et de support. » (Archives de la Visitation d'Annecy, Livre du Couvent et Circulaires de Poitiers.)
(3) Il n'a pas été possible de découvrir le personnage que le Saint désigne sous ce nom.
(4) Le voyage en Bourgogne, que la Mère de Chantai et la Sœur Favre avaient fait l'année précédente. (Voir plus haut, note ( r ), p. 98.)
234 Lettres de saint François de Sales
Je voudrois, mays je ne puis escrire a M. de la Forest (0 sur sa convalescence; ce sera donq a la première commodité.
Gloire soit au Père et au Filz et au Saint Esprit, dont nous célébrons la foy aujourd'huy (2).
Vostre très humble frère et serviteur,
Franc8, E. de Genève.
17 juin 16 12.
(1) Les membres de cette famille étant très nombreux, il est difficile de connaître celui qui est mentionné ici.
(2) En 1612, la fête de la sainte Trinité tombait le 17 juin.
DCCLXXXVII
A MADAME BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS-D'ORBE
( INÉDITE
Condoléances et consolations. — Le seul prix de cette vie mortelle. — Pour mourir, tous les moments sont « heureux » à ceux qui craignent Dieu. — L'Abbesse désire faire un voyage en Savoie; le Saint ne sait ni le lui conseiller, ni l'en dissuader.
Annecy, 18 juin 1612.
Hier bien tard cette bonne dame arriva (r), et ce matin elle prend mes lettres. Helas, ma chère Seur, que j'aurois bien besoin d'un peu plus de loysir pour laysser reprendre mon cœur, tout fasché de cette nouvelle que je viens de recevoir du trespas de madame nostre chère mère (2) ! Ma}^s puisque je ne puis, que vous diray-je, ma très chère Seur, sinon que voyla comme cette misérable vie mortelle est incertaine parmi nous, et que nous sommes encor plus misérables qu'elle, si nous l'estimons pour autre sujet que pour ce qu'elle nous sert de passage
(1) La « bonne dame » pourrait bien être Mmo Legros. (Voir la lettre précédente.)
(2) Françoise de Montholon, veuve de Claude Bourgeois de Crépy (voir tome XIII, note ( 1 ), p. 35),
Année 1612 235
a l'éternelle ; éternelle, ma très chère Fille, a laquelle nous devons sans cesse aspirer, en laquelle nos proches et nos amis se treuveront reunis avec nous d'une société indissoluble.
Mon Dieu, je voy, ce me semble, vostre pauvre cœur fort affligé, car je sçai que vous l'aves fort sensible en telles occasions. Mays, ma Fille, ayons patience; bien tost nos jours finiront, et nous passerons avec les autres, desquelz alhors nous treuverons la séparation fort courte.
Certes, si je ne connoissois l'ame de nostre defuncte et que je n'eusse sceu qu'ell' estoit bonne et craignoit Dieu, j'eusse esté plus estonné de la façon de son trèspas (0 que de son trespas mesme, tant j'ayme l'esprit au dessus de tout le reste. Mays une si bonne conscience est tous-jours asses preste, et ny a rien a craindre pour ceux qui craignent Dieu : tous les momens leur sont heureux. Je prieray Dieu, selon mon devoir, et pour son repos et pour vostre consolation.
Et sur le sujet de vostre voyage par deçà, je ne sçaurois vous le conseiller, pour l'appréhension quej'ay quil ne vous incommode en vostre foible santé, ni ne sçaurois vous le dissuader, pour le très singulier contentement que j'aurois a vous tenir un peu parmi nous, en ces desertz. Je ne voy point de tems qui ne soit propre, pourveu que le voyage que M. le Grand (2) doit faire a Gex ne me contraigne d'absenter de cette ville (3) quand vous séries de deçà ; et c'est chose delaquelle je ne me puis rien promettre. Mais necessayrement il faut que je sois icy des le commencement de septembre jusques au 20, pour la célébration d'un Jubilé que nous y avons de sept ans en sept ans (4). Vous verres donq le tems que vous aggreeres, et m'en advertires, affin qu'autant quil
(1 ) D'après le Voyage littéraire de D. Martène et de D. Durand (tome Ier, Paris, 1717), François de Sales aurait prophétisé la mort de cette dame. Ce récit est contredit par le texte même du Saint.
(2) Le duc de Bellegarde.
(3) Ces prévisions se justifièrent; l'Evêque de Genève se rendit en effet à Gex le 14 juillet suivant. (Cf. ci-dessus, p. 172 et ci-après, p. 254.)
(4) Il s'agit des « grands Pardons » de Notre-Dame de Liesse. (Voir tome XIII, note ( 2 ), p. ror, et la lettre du 21 septembre 1612 au baron de Villette.)
236 Lettres de saint François de Sales
me sera possible je m'essaye de disposer mes affaires pour me treuver icy. Mays pour vostre santé, je vous en laisse la considération, et a vos médecins de delà (0.
Je pensois, mais je ne puis escrire a madame la Prieure nostre chère seur (2); vous l'asseureres bien de ma fidélité. En vraye vérité, vous n'aves point de cœur qui soit plus vostre que le mien. Dieu soit a jamais vostre consolation. Amen.
Vostre plus humble, très fidèle frère et serviteur,
Françs, E. de Genève.
XVIII juin 161 2.
Mme de Chantai n'ayant nul loysir, vous bayse les mains de tout son cœur et n'oubliera pas de rendre le devoir a Mme la chère defuncte.
Que j'escrirois volontier a monsieur d'Origni (3) ! mays je suis si pressé du départ de cette bonne dame, que je suis forcé de vous conjurer que ce soit par vostre entremise que je luy offre mon humble très affectionné service.
A Madame
Madame l'Abbesse du Puys d'Orbe.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Nancy.
( 1 ) Le voyage de l'Abbesse n'eut pas lieu cette année.
(2) Françoise Bourgeois (voir ci-dessus, note ( i ), p. 151).
(3) Guillaume Bourgeois, baron d'Origny, frère de la destinataire. (Voir le tome précédent, note(4), p. 131.)
DCCLXXXVIIT
AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL Ier Remerciements pour une grâce obtenue.
Annecy, 18 juin 1612.
Monseigneur,
"Vide su ra Fpist Apres que le sieur Chapperon a eu receu la liberté DccLxm. par la bonté et équité de Vostre Altesse *, il a voulu
Année 1612 237
aller a ses pieds pour luy en porter le très humble remerciment quil en doit. Et moy, Monseigneur, qui ay intercédé pour luy, je Taccompaigne encor en cett' action de grâces, et suppliant Nostre Seigneur quil comble de prospérité Vostre Altesse, je demeure,
Vostre très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,
Franc8, E. de Genève.
xviii juin 1612, a Neci.
A Son Altesse Serenissime.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. l'abbé Bianchetta, curé de l'Annonciade, à Turin.
DCCLXXXIX
A MONSEIGNEUR MICHEL d'eSNE, ÉVÊQUE DE TOURNAI
(inédite)
V Introduction a la Vie dévote attire à son auteur les louanges d'un Prélat étranger. — Gratitude du Saint. — Son oraison pour Genève. — Remerciements pour un envoi de traductions.
Annecy, 21 juin 1612.
Monseigneur,
Je cheriray des-ormais le pauvre petit livret de Y Introduction a la Vie dévote plus tendrement que je
(1) Michel d'Esne, seigneur de Bétencourt, né en 1540, après avoir suivi la carrière des armes, entra dans les Ordres et reçut la prêtrise le 5 janvier 1589. Promu le 29 novembre 1597 au siège de Tournai, il l'occupa durant dix-sept années. Son amour pour la poésie et ses nombreuses occupations littéraires ne l'absorbèrent pas tout entier; il gouverna son diocèse avec un zèle éclairé et se fit remarquer par d'intelligentes libéralités en faveur des bibliothèques. M^r d'Esne mourut le ier octobre 1614. (D'après la Biographie nationale, tome VI, Bruxelles, 1878.)
La présente lettre est une réponse; celle du vénérable Prélat est donnée à l'Appendice.
n'ay fait, puis qu'il m'a acquis lhonneur de vostre sainte bienveuillance, et me sentiray de plus fort obligé au P. Irenee(I) qui, le premier, m'a donné la consolation de me le faire sçavoir. Mays c'est en fin a vostre bonté a laquelle j'en dois le très humble remerciment, qui s'est rendue si favorable et a l'œuvre pour l'appreuver, et a l'autheur, pour l'aymer.
Je vous en fay donq très humblement action de grâces, et des bons souhaitz que vous faites pour mon restablissement dedans ma misérable ville de Genève, pour laquelle je fay cette courte orayson : C*j Domine, aut convertatur, aut evertatur ; sed, pro tua pietate, potius convertatur quam evertatur, et « quod nostra peccata prœpediunt, indulgentia tuœ propitiatio- * Coiiect. in Miss, ni s acceleret *. »
Dom.IVAdventus. , , . , , ,.,
Je garderay pretieusement les traductions qu il vous a pieu m'envoyer (2), non seulement par ce que ce genre d'escritz m'est fort aggreable, mais par ce que ce me sera un tiltre du bien que j'ay de participer a vos bonnes grâces, lesquelles je vous supplie, Monseigneur, me conserver comm'a un homme qui les estime et révère autant que nul autre, et lequel, confessant quil ne les a jamais méritées, espère néanmoins quil ne méritera jamais de les perdre, puisque libéralement elles luy ont esté concédées.
Dieu multipliera vos ans si mes vœux sont exaucés, et en vos ans, ses célestes bénédictions, et tous-jours vous
(*) Seigneur, ou qu'elle se convertisse, ou qu'elle soit détruite; mais, par votre miséricorde, qu'elle se convertisse plutôt, et « ce que nos péchés retardent, puisse-t-il bientôt s'accomplir par l'indulgence de votre propitiation. »
( 1 ) Nous ignorons quel est ce P. Irénée.
(2) La Blbliotheca Belgica, ire série, tome IX, donne la liste de tous les ouvrages de Michel d'Esne. On peut citer ses traductions françaises des Vies de sainte Françoise Romaine, par Penia (1608); de sainte Lyduwine, par Brugman (1609); de saint Ignace de Loyola, par Maffei, et de saint François de Borgia, par Ribadeneyra, Ces deux dernières parurent en 1613.
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m'aymeres affectionnement, comme celuy qui est et sera invariablement,
Monseigneur, Vostre très humble et tres-obeissant indigne confrère et très fidèle serviteur en Nostre Seigneur,
Franc5, E. de Genève.
Jour de la Feste Dieu 1612, a Neci.
A Monseigneur Monseigneur le Rme Evesque de Tournay.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. le comte de Nédonchel, à Tournai (Belgique).
DCCXC
A M. CLAUDE DUPANLOUP, CURÉ DE LA MURAZ (0 Le saint métal et la dévotion à saint Théodule.
Annecy, 21 juin 161 2.
Monsieur le Curé,
Voyla du saint metail que j 'envoyé pour vos parroissiens, qui, esperans des bénéfices par l'intercession de saint Théodule qui l'a béni (2), devront tascher d'assister a la Messe qui se célébrera a son honneur au jour que nous avons marqué de sa feste au Manuel (3). Vous feres reposer ledit metail dans l'église jusques a ce qu'il le faille jetter (4), ce que vous feres avec la chappe, [ou] au moins avec le surplis et l'estole.
(t) Claude Dupanloup, né à Evires dans les Bornes, de Jean Dupanloup, reçut la tonsure et les Ordres mineurs le 17 décembre 1588, le sous-diaconat le 23 décembre 158g, et fut ordonné prêtre le 19 décembre 1592. Dès le 28 novembre précédent, il avait été institué curé de La Muraz; c'est en cette qualité qu'il fit son testament le 9 juin 1621 et signa un codicille le 30 sep-* tembre 1639. (R. E.; Mss. Lagrange, vol. A, pp. 250-252.)
( 2 ) Voir tome XIII, note ( 2 ), p. 277.
(3) Ce Manuel n'est autre que le Rituale Scier amentorum publié par saint François de Sales cette même année. (Voir ci-dessus, note ( 2 ), p. 228.) La fête de saint Théodule s'y trouve fixée au 16 août.
(4) C'est-à-dire, le faire fondre.
240 Lettres de saint François de Sales
Je me recommande a vos prières et de vos parroissiens, et suis
Vostre confrère très affectionné,
Françs, E. de Genève.
A Neci, le jour Feste Dieu 1612.
Revu sur l'Autographe appartenant à M. le Mis Costa de Beauregard, à Paris.
DCCXCI
A LA MÈRE DE CHANTAL
La rose, symbole des vertus de saint Jean-Baptiste. — Son amour pour la Sainte Vierge et son Enfant. — Deux lis dans une rose.
Annecy, [24 juin 1612 (1).]
Voyés vous une rose, ma très chère Fille ? Elle représente le glorieux saint Jean, duquel la vermeille charité est plus esclattante que la rose, a laquelle encor il ressemble parce que, comme elle, il a vescu emmi les espines de beaucoup de mortifications.
Mays pensés comme ce grand homme avoit gravé au milieu de son cœur la Sainte Vierge et son Enfant despuis le jour de la Visitation, auquel il ressentit, le premier des mortelz, combien la Mère de cet Enfant et l'Enfant de cette Mère estoyent aymables. Hors de cette Mère et de cet Enfant, rien ne doit occuper le cœur de ma Fille et de son père. Qu'a jamais ce glorieux et divin Jésus vive et règne en nos espritz, entre les bras de sa sainte Mère, comme en son throsne fleurissant !
Et voyla donq, ma très chère Fille, un bouquet spirituel ou vous voyes deux lys dans une rose, l'un qui est né dans l'autre, et qui tous deux bénissent, de l'odeur de leur suavité et de la perfection de leur beauté, la
( 1 ) Le ton des lettres précédentes sur la fête de saint Jean-Baptiste (voir tome XIV, p. 320, et ci-dessus, p. 74) et la phrase finale de celle-ci permettent d'indiquer cette date comme approximative.
Année 1612 241
rose des cœurs qui, par une parfaitte mortification poignante, vivent nuds, despouillés et quittes de toute autre chose pour eux. Hé, qui nous fera la grâce que nous savourions bien le miel que cette Mère abeille fait au milieu de cette fleur aymable ?
Bon soir, ma très chère Mère ; le bon soir a toutes nos Seurs.
Françs, E. de Genève.
DCCXCII
A MESSIEURS LES CHANOINES DE SAINT-JEAN DE LYON ( l )
( MINUTE
Le Saint voudrait bien accepter l'invitation du Chapitre, mais à cause du silence du duc de Savoie, il se dégage de sa promesse.
Annecy, 25 juin 1612.
Messieurs,
Je prens a tant d'honneur la recherche quil vous a pieu de faire de mes prédications pour l'Advent et Caresme prochain, que si vostre rang en l'Eglise et le mérite de tant de personnages signalés desquelz vostre compaignie est composée ne m'avoit des-ja obligé a vous honnorer et respecter, je ne laisserois pas de l'estre extrêmement par cette favorable semonce que, de vostre grâce, vous m'aves faitte, a laquelle je vous supplie de croire que j'ay fidellement correspondu par un sincère désir d'y satisfaire. Et a cet effect, ne pouvant bonnement partir de cette province ou ma charge me tient lié, sans Taggreement de
(1) Le Chapitre métropolitain de Lyon se composait de trente-trois membres. Les dignitaires étaient à cette date : Jean Mellet de la Besnerie, doyen; Antoine de Gibertés, archidiacre; Hector de Crémeaux, précenteur; Thomas de Meschatin La Faye, chantre; Louis de Sacconay, chamarier; Claude de Salemard de Ressis, sacristain ; Jacques d'Amanzé, custode ; Guichard de Chantelot, prévôt de Fourvière ; Laurent de Siiniane, maître du chœur. (D'après les notes de M. E. Beyssac, érudit lyonnais.)
Lettres V 1 6
242 Lettres de saint François de Sales
Son Altesse, non seulement j'ay fait supplication pour * Vide supra, Epist. l'obtenir *, mais ay conjuré un de ceux que je croyois estre
DCCLXXVIII.
plus propre, affin d'en solliciter l'entérinement.
Or, voyant que jusques a présent je n'ay aucune response et que si, par adventure, je la recevois négative dans quelque tems, la faveur que vous m'aves faitte de me souhaitter seroit suivie du desplaysir de n'avoir ni mes sermons, ni peut estre ceux des autres prédicateurs sur lesquelz, a mon défaut, vous pourries avoir jette les yeux, d'autant que ce pendant ilz se pourroyent engager ailleurs : cela, Messieurs, fait que je vous supplie de ne plus continuer envers moy l'honneur de vostre attente et de colloquer ce vostre choix (0 en quelqu'autre qui ayt plus de liberté que moy pour l'accepter. Vous ne pourres que beaucoup gaigner au change, si l'on a esgard a la suffisance, puisqu'en cette partie-la je suis inférieur a tous les prédicateurs qui hantent les bonnes villes et montent es grandes chaires, comme la vostre. Mais quant a l'affection de vous rendre du service et du contentement, je pense que malaysement eviteries vous de la perte, puisqu'en vérité j'ay le cœur tout plein d'amour et de révérence pour vous, et d'ardeur et de zèle pour l'avancement de la vraye pieté en vostre ville.
Que si, après ces longueurs qui sont ordinaires es cours, la response de Son Altesse m'arrivoit selon vostre désir et le mien, et qu'il vous pleust me conserver l'eslection que vous avies faite de moy pour une autre année, je vous asseure, Messieurs, que je conserveray de mon costé la volonté que j'avois prise de suivre la vostre; volonté que je vous offre des maintenant avec un bien humble remerciement, pour demeurer toute ma vie,
Messieurs,
Vostre bien humble et très affectionné confrère et serviteur en Nostre Seigneur,
Franc5, E. de Genève.
Le 2 5 juin 1612, a Neci.
(1) L'édition de 1626 porte « ceux de vostre choix »; la leçon adoptée semble devoir être la vraie.
Année 1612 243
DCCXCIII
AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er
Recommandation en faveur d'un gentilhomme offensé qui demande justice.
Annecy, 30 juin 1612.
Monseigneur,
Ce gentilhomme, qui a en ce païs plusieurs alliés dignes de recommandation, recourt a la justice de Vostre Altesse Serenissime pour tirer rayson d'un homme qui est maintenant a Thurin, des-ja remarqué pour desloyal (0, ainsy qu'on luy a fait entendre. Et bien que la justice ne soit desniee a personne, si est ce que, si Vostre Altesse le reçoit en sa spéciale protection pour ce regard, il espère qu'il jouira beaucoup plus tost des fruitz qu'il en prétend ; et pour cela, il implore sa bonté, a quoy j'adjouste ma très humble intercession, qui suis,
Monseigneur,
Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur
de Vostre Altesse Serenissime, Françs, E. de Genève.
30 juin 1612, a Neci.
A Son Altesse Serenissime.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
( 1 ) Les noms de l'offenseur et du gentilhomme offensé n'ont pu être retrouvés.
244 Lettres de saint François de Sales
DCCXC1V
A madame de la fléchère
Les Constitutions de la Visitation. — Messages variés.
Annecy, 13 juillet 161 2.
Ces quattre motz vous feront grand bien, ma très chère Fille, pour vous dire que j'ay receu vostre lettre dernière et que je pars demain de grand matin pour, si je puis, me rendre au giste a Gex (0. Je suis marri que la copie que je vous envoyay des Constitutions de la Visitation est si incorrecte; mais je pense que vous entendres bien le sens. Je ne puis monter a Sainte Catherine; j'escriray un mot a propos, et vous verres Madame l'Ancienne a Rumilly (2), ainsy qu'on m'a dit.
Demeures en paix auprès de Nostre Seigneur, que je supplie vous bénir et rendre toute sienne. Amen.
Ce porteur estant tout mien et l'un des plus vertueux et devotz prestres, je luy ay dit quil vous donnast en main ce billet.
La chère cousine est a Presle (3) des il y a, je pense, dix ou douze jours, et je ne l'a vois pas veu (sic) dix ou douze jours au paravant, de sorte quil y a long tems que je ne l'ay pas veùe ; mays elle se porte pourtant [bien] et est tous-jours fort désireuse de s'avancer au service de Nostre Seigneur.
Madame de Chantai vous salue très cordialement, estant un peu enbesoignee pour faire accommoder la
( 1) Le Saint partit en effet le lendemain pour le pays de Gex, où il devait prendre possession de plusieurs églises. (Cf. ci-dessus, pp. 172, 235.)
(2) Jéronyme de Maillard, qui avait gouverné l'abbaye de Sainte-Catherine. (Cf. plus haut, p. 2ii.) Le rendez-vous de Rumilly était sans doute chez sa mère, devenue la belle-sœur de Mme de la Fléchère depuis qu'elle avait épousé en secondes noces Charles de la Forest.
(3) Mme de Charmoisy, car il s'agit d'elle, avait maison et vignobles à Presle, hameau de Menthon-Saint-Bernard, non loin du lac d'Annecy.
Année 1612 245
nouvelle mayson (0. Je m'en vay tantost luy dire a Dieu, et je vous le dis aussi, suppliant sa divine Bonté que de plus en plus elle vous face abonder en ses grâces. Amen. Vive Jésus !
Au cher mari mille salutations, et autant de bénédictions a ma petite filleule (2).
xiii julliet 161 2.
Madame Madame de la Flechere.
Revu sur l'Autographe appartenant à M>r Nunès, Archevêque d'Evora (Portugal).
(1) Le nombre des Religieuses augmentant tous les jours, la maison de la Galerie se trouva trop petite ; il fallut donc chercher un logement plus vaste et qui facilitât aussi davantage la visite des malades. Le 14 juin 1612, les Fondateurs achetèrent de M. Philippe Nicollin, avocat au Conseil de Genevois, une maison « toute joignante aux murailles de la ville, vers la halle et sur le port du lac. » (Charles-Auguste, Histoire, etc., liv. VIII ; cf. ci-dessus, note (2), p. 219.) La femme de l'avocat, Nicoline Baltazar, étant propriétaire de l'immeuble, figure dans l'acte de quittance comme ratifiant la vente « pour le pris de dix mil cinq centz florins, monoye de Savoye, trois ducattons d'espingles et une pièce d'estamine pour faire une robbe a elle predicte damoyselle Baptessard. » (Archives de la Visitation d'Annecy.)
(2) Françoise-Innocente (voir le tome précédent, note (1), p. 56).
DCCXCV