AU PÈRE NICOLAS POLLIENS, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS
(inédite)
Une bonne fille qui ne pourra pas être si tôt consolée. « Le livret » que prépare le Saint.
Gex, 17 juillet 161 2.
Mon Révérend Père,
J'affectionne extrêmement de donner satisfaction a la bonne fille pour laquelle vous m'escrives ; son oncle, et
( 1 ) Les lettres qui sont adressées à ce Religieux dans les deux tomes précédents sont écrites sur le même ton d'amitié, et le désignent ici comme destinataire avec une très grande vraisemblance.
246 Lettres de saint François de Sales
sur tout vostre tesmoignage m'y oblige (0. La petitesse, néanmoins, du logis et l'incommodité des Filles de la Visitation ne permettront pas encor sitost qu'elle soit consolée. Faites moy ce bien, mon Révérend Père, de m'escrire en quelz termes nous en demeurasmes a Chamberi, par ce que n'en ayant pas distincte mémoire, selon mon imbécillité, je n'en puis pas si bien parler a ces Dames quil seroit requis.
Je travaille après le livret que vous souhaites (2), et seres des premiers a qui j'en dedieray une copie, si jamais Dieu me le fait voir au jour.
Je suis, plus que vous ne sçauries croire, Mon Révérend Père,
Vostre plus humble confrère et serviteur,
Franc5, E. de Genève.
XVII julliet 1612.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Montélimar.
(1) Cette « bonne fille » serait-elle Mlle Bellot, que nous trouverons à la Visitation en janvier 1613 ? Dans ce cas, l'oncle pourrait être M. Boursier, dont il sera parlé plus loin.
(2) Le Traitté de l'Amour de Dieu.
DCCXCVI
A MADAME DE TRAVERNAY (O
Ce qui donnait à François de Sales « un particulier contentement. » — Pourquoi et comment les tracas sont utiles au progrès spirituel. — Un sentiment qui rend légers tous les déplaisirs.
Du pays de Gex, 20 juillet 1612.
Madame,
Sçachés que j'ay un particulier contentement, quand je reçois de vos lettres, de voir que, parmi beaucoup
(1) L'appellation de « Madame », qui permet d'éliminer Mme de la Fiéchère, le titre de « compère » à la signature et le rapport de cette lettre à celles adressées précédemment à Mme de Travernay semblent désigner cette dernière comme la destinataire la plus probable,
d'empeschemens et de contradictions, vous conserves la volonté de servir Nostre Seigneur ; car c'est la vérité que si vous estes bien fidèle entre ces traverses, vous en aures d'autant plus de consolations que les difficultés que vous aves auront esté grandes. Je pense en vous quand moins vous le pensés, et vous voy avec un cœur de compassion, sçachant bien combien vous aves de rencontres en ce tracas parmi lequel vous vives, qui vous peuvent divertir de la sainte attention que vous desires avoir a Dieu. Pour cela, je ne veux point cesser de recommander a sa divine Bonté vostre nécessité ; mays je ne veux pas aussi laisser de vous conjurer de la rendre utile a vostre avancement spirituel.
Nous n'avons point de recompense sans victoire, ni point de victoire sans guerre. Prenés donq bien courage, et convertisses vostre peyne, qui est sans remède, en matière de vertu. Voyés souvent Nostre Seigneur qui vous regarde, pauvre petite créature que vous estes, et vous voit emmi vos travaux et vos distractions ; il vous envoyé du secours et bénit vos afflictions. Vous deves, a cette considération, prendre patiemment et doucement les ennuis qui vous arrivent, pour l'amour de Celuy qui ne permet cet exercice vous arriver que pour vostre bien.
Eslevés donq souvent vostre cœur a Dieu, requerés son ayde, et faites vostre principal fondement de consolation au bonheur que vous aves d'estre sienne. Tous les objetz de desplaysir vous seront peu de chose, quand vous sçaurés d'avoir un tel Amy, un si grand support et un si excellent refuge.
Dieu soit tous-jours au milieu de vostre cœur, Madame ma très chère Fille, et je suis de tout le mien,
Vostre humble et très affectionné compère et serviteur,
Le 20 julliet 161 2.
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DCCXCVII