A LA SOEUR DE BLONAY, NOVICE DE LA VISITATION
Ce qui rend certaines tentations inoffensives. — La petitesse et l'enfance spirituelle.
Annecy, [octobre ou novembre 1612.]
Il n'y a point de danger en ce qui vous est arrivé, puisque vous le communiques ; mays notés, ma très chère Fille, que Dieu a commencé ses visitations en
(1) Marie-Aimée de Blonay (voir la note de son père, Claude de Blonav, tome XII, p. 124), née le 13 décembre 1590, entra la dixième à la Visitation, le 25 janvier 1612. Professe le 10 février 1613, elle contribua, en 1615, à la fondation du Monastère de Lyon, et le gouverna de 1622 à 1628, et de 1631 à 1637. Supérieure au couvent de Bourg-en-Bresse en 1638, elle fut rappelée à Annecy en 1641, pour succéder à sainte Jeanne-Françoise de Chantai, et mourut le 15 juin 1649.
La vie de la Mère de Blonay a été racontée par Charles-Auguste de Sales ( 1 ) ; il fallait la bonne grâce de son style et sa candeur de piété pour peindre au
(1) Paris, 1655; réimpression en 1873, Nancy.
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vostre ame sur le sentiment et l'exercice de la petitesse, bassesse et humilité (O, pour appreuver l'advis qui vous est donné de bien vous réduire a ce point et d'estre vravement une petite fille : je dis toute petite, en vos yeux, en vos exercices, en obéissance, naïfveté et abjection de vous mesme; petite, et un vray enfant, qui ne cache ni son bien ni son mal a son père, a sa mère, a sa nourrice (2).
C'est en attendant que nous en parlions plus amplement. Dieu soit tous-jours au milieu de vostre cœur, ma très chère Fille.
naturel cette vierge qui, toute enfant, avait blessé le cœur de Dieu. Dès le berceau, notre Saint l'avait chérie et cent fois bénie (cf. le tome précédent, note ( 1 ), p. 101), émerveillé de la précocité de son intelligence perçante et raisonneuse, de sa facilité à spiritualiseï toutes choses et de sa tendresse ingénieuse pour les malheureux. Il lui avait légué son esprit et son cœur; on le vit bien, car, naturellement ardente, pressante et sévère jusqu'alors, elle devint toute autre après la mort du Bienheureux. La « petite colombe, » ainsi qu'il l'appelait, ne manqua ni de force ni de prudence dans la pratique du gouvernement. Il convient de la mettre au rang des premières Mères de l'Institut de la Visitation, qui ont coopéré de plus près et le plus efficacement à la pensée et à l'œuvre des deux Fondateurs. La tendresse et la confiance de sainte Jeanne-Françoise de Chantai envers la Mère de Blonay se trahissent à toutes les pages des innombrables lettres qu'elle lui a écrites. C'est là que, même après la lecture de Charles-Auguste, l'on trouvera des traits nouveaux pour compléter et parfaire le portrait de l'éminente Supérieure.
( 1 ) A l'âge de quinze ans, Aimée avait ressenti une grande blessure pour sa fierté, en se voyant obligée de céder le pas dans l'église de Saint-Paul, à une dame qui possédait une terre dont les de Blonay avaient été jadis les seigneurs. Elle s'endormit dans son banc et fut gratifiée d'un songe, où elle se vit rebutée de la Sainte Vierge, qui lui dit : « Vous n'estes pas assez petite pour moy, qui ay fait choix d'estre abjecte et la dernière en la maison de mon Dieu. » (Voir sa Vie par Charles -Auguste de Sales, chap. xxi.) Les paroles du saint Fondateur semblent faire allusion à ces premières « visitations. »
(2) Les derniers mois de son noviciat, Sœur Marie-Aimée se trouvant tentée violemment, n'osait, par orgueil, s'en déclarer. (Cf. ibid., chap. v.) Voilà pourquoi le Saint l'exhorte à tout dire naïvement à lui-même, à la Mère de Chantai et à la Directrice. Ces particularités indiquent que le présent billet aurait été écrit entre octobre et novembre 1612.
292 Lettres de saint François de Sales
DCCCXX
A LA MÈRE DE CHANTAL
(billet inédit)
Annonce de visiteuses.
Annecy, [novembre 161 2 (1).] Ma très chère Mère,
Cette bonne dame est ma chère tante (2) et digne de caresses ; sil vous plaist, elle pourra bien entrer et ses filles (3). Mais ne vous lasses pas.
Les deux Religieuses de Bon et de Bonlieu U) ont
( 1 ) Le rapport qui paraît exister entre ces lignes et un billet de la Mère de Chantai (voir la note suivante), suggère la date de 1612. Le mois de « novembre » se déduit des nouvelles de sa santé, compromise par de graves indispositions, les mêmes sans doute, dont elle se remettait à peine à la fin de ce mois. (Cf. la lettre du 22 novembre à Mme de la Fléchère.)
(2) En 1612, la Mère de Chantai écrit à la fin d'un billet qu'elle adresse au Saint : « J'ai vu' la bonne tante; oh! que c'est une vénérable dame ! » (Sainte J. -F. Frémyot de Chantai, sa Vie et ses Œuvres; Lettres, vol. Ier, Paris, Pion, 1877, pp. 8, 9.) On pourrait proposer avec quelque vraisemblance Pernette de la Faverge (cf. tomes XI, note (2), p. 354, et XII, note (1), p. 152); veuve et chargée de six enfants depuis 1606, elle manquait de loisirs pour faire le voyage de La Roche à Annecy. Il est donc très probable que la Sainte ne la connaissait pas encore.
(3) Les filles de la « bonne tante » seraient : Aimée, pupille en 1608, et Jeanne-Michelle qui avait quinze ans.
(4) Il est impossible de les désigner, parce ,que d'autres Religieuses que celles qui nous sont connues, ont pu venir à Annecy ; la clôture, en ce tempslà et dans ces maisons, permettait ces sorties ou les tolérait.
Le prieuré de Bonlieu sous Sallenôves, le plus ancien monastère de femmes du diocèse de Genève, dut appartenir primitivement à des Bénédictines. On ignore la date de sa fondation; elle paraît remonter au xie siècle, mais son existence n'est signalée que dans un inventaire fait en 11 10. Vers 1120, le prieuré fut occupé par des Religieuses Cisterciennes venues du monastère du Betton, en Maurienne; au siècle suivant, un essaim de Bonlieu fondait le couvent de Sainte-Catherine, sur lequel il garda, pendant quelques années, une sorte de suprématie. (Cf. tome XIII, note (4), p. 116.) Dans ses projets de réforme des monastères de son diocèse, saint François de Sales avait proposé de transférer à Annecy ou à Rumilly les Cisterciennes de Bonlieu ; cette translation, longtemps discutée, ne s'effectua qu'en 1648. Les Religieuses se fixèrent
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envie d'arrester ce soir avec vous ; vous leur pourres faire cette charité.
Bon soir, ma très chère Mère, a laquelle je suis tout en Dieu et tout vostre.
Revu sur l'Autographe qui, en 1895, appartenait à S. E. le Cardinal Sanfelice.
à Annecy, au faubourg de Bœuf, et y demeurèrent jusqu'en 1755; à cette époque, ayant acheté le monastère des Bernardines établies au Pàquier-Mossières, elles lui donnèrent le nom de Bonlieu, qui est resté à ce massif de bâtiments. Moins de vingt ans plus tard, les Dames de Sainte-Catherine furent réunies à celles de Bonlieu ; la révolution les dispersa en 1793. (Cf. Mém. de î'Acad. Sales., 1892, tome XV.)
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