‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 58 sur 88 · A M. ETIENNE DUNANT, CURÉ DE GEX · texte numérisé non relu

A M. ETIENNE DUNANT, CURÉ DE GEX

(inédite) Pouvoirs donnés à un curé ; avis et recommandations diverses.

Annecy, 16 janvier 1613.

Monsieur le Curé,

Vous pourres donques célébrer le mariage entre ce Claude Pietrequin et la fille de la Croix blanche (0, puis que monsieur de Siccard(2), qui vaut cent tesmoins, asseure quil ny a rien du costé dudit Pietrequin qui empesche, et que d'ailleurs la chose presse du costé de la fille.

Je ne suis pas d'advis que vous advertissies si tost le commis a Thueri (3), jusques a ce quil ayt rendu du

( 1 ) Au verso de l'Autographe, on lit de la main du destinataire : « Congé pour le mariage de La Vallée et la fille de la Thoennette, etc., 18 janvier 1613. »

Le 12 septembre 1609, François de Sales voulant sortir de Genève, qu'il venait de traverser (voir le tome précédent, pp. 196, 216, 223), « la porte de Gex » se trouva «fermée à l'occasion de la Presche. C'est pourquoy il fust contrainct... d'arrester l'espace d'une heure... au logis de la Croix blanche. » (Charles-Auguste, Histoire, etc., liv. VII.) Sans doute, c'est la fille de l'aubergiste ou une servante de cette auberge que le Saint mentionne dans la présente lettre; « Claude Pietrequin » et « La Vallée » semblent désigner un seul et même personnage.

(2) M. de Siccard était un magistrat catholique du pays de Gex. Quand l'Evêque de Genève fit une ordonnance pour régler le service divin dans ce bailliage, le 20 novembre 1 6 1 3 , il nomma ce gentilhomme parmi les conseillers dont il fallait prendre l'avis dans « les choses ardues et difficiles. » Il rendit en effet de précieux services à la cause de la foi, parmi les inextricables difficultés que rencontra le bienheureux Prélat dans le rétablissement du culte.

(3) D'après un mémoire du Saint (9 novembre 1612), nous voyons qu'il s'agit ici de Jean Gay, fils de Pierre Gay et de Jacquemine Filliod, de la paroisse de Fleyrier. Le 15 août 1632, il dépose qu*il est « prebstre et vicaire perpétuel de La Tour (Faucigny)... aagé d'environ cinquante six ans. Il y a environ trente huict ans, » ajoute-t-il, « que je cognois fort bien le bienheureux François de Sales, parce que j'estois Annessy au collège au mesme temps

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service a peu près de l'argent quil a receu, car il n'a point quitté ces (sic) partis prsecedens et tumbera tousjours sur ses pieds ; de sorte quil suffira de l'advertir quand on sera prest d'en colloquer un autre. Voyés ce qui sera requis estre fait pour celuy qui sert a Chalex (0, et moy j'appreuveray vostre advis.

Mon cousin Chaudens (2) m'oblige fort, et tascheray de m'en revancher. Monsieur le baillif (3) m'ouvre un moyen pour éviter le bruit qui pourroit naistre pour la chapelle (4), qui est de sursoyr a tout jusques a retour

quil prit l'habit d'ecclésiastique... J'ay eu continuellement charge d'ames, tant a Sainct Joyre et La Tour, riere la domination de Son Altesse, qu'a Thoyry, en la terre de Gex, riere la France. » (Process. remiss. Gebenn. ( I ), ad 2um interrog. et art. 10, 28.) Sous-diacre le 20 mai 1595, prêtre le 14 février 1598, Jean Gay devint recteur, le 10 octobre 1603, de la chapelle de Notre- Dame de Consolation dans l'église de La Tour, et le 28 avril 161 5, vicaire perpétuel de l'église paroissiale elle-même. Le 23 août 1649, ^ résigna son bénéfice en faveur de Nicolas Gay. (R. E.)

( 1 ) Le 29 janvier 1590, Révérend Henri Ginon arracha aux mains des hérétiques la paroisse de Challex. Il céda la place, le 19 septembre 1614, à Jean Curton, ordonné prêtre le 19 décembre 1609. Celui-ci travailla avec beaucoup de fruit, reçut son titre officiel de curé le 29 décembre 1625 et mourut en septembre 1656. (R. E.) Nous ignorons si c'était l'un de ces deux prêtres, ou même un troisième, qui desservait Challex en 161 3.

(2) Très probablement François de Choudens (voir le tome précédent, note (3), p. 212), notaire à Gex en 1612, le même qui figure dans le Procèsverbal des sieurs Milletot et de Brosses à la date du 27 juillet 1612. (Cf. plus haut, note (2), p. 254.)

(3) François de Boyvin, baron du Villars-sous-Salève (voir tome XII, note(i), p. 417).

(4) Cette chapelle doit être l'une des trois suivantes :

1. — La chapelle de Saint-Gras, fondée en l'église paroissiale de Thoiry, où Jeanne-Gasparde de Menthon, veuve de Henri de Livron, seigneur de Mattignin et d'Allemogne, veut être inhumée « au tumbeau du predict sieur deffunct, » par déclaration testamentaire du Ier mars 1617. (Archives de la Visitation d'Annecy, Collection J. Vu)}.) Les seigneurs de Livron nommaient à cette chapelle.

2. — La chapelle de Sainte-Catherine à Saint-Jean de Gonville, dont Louis et Bernard de Livron, avec Jeanne-Gasparde de Menthon (voir ci-dessus), avaient acquis les biens par un acte de vente du 26 juillet 1569, autorisé par Grégoire XIII et confirmé par Emmanuel-Philibert, duc de Savoie. (R. E.)

3. — La chapelle ou église du Crozet, dont il est question dans le Procèsverbal de Gex. Elle faisait partie du membre de Crozet, annexé à la commanderie des Feuillets, de l'Ordre de Malte, laquelle était située sur la commune de Chàtenay en Bresse. Claude de la Verchère en fut commandeur de 1610 à 1615 ; dans une lettre au Saint, non datée, mais qui doit être de janvier 1613 (voir à l'Appendice), il revendique les biens et l'église de Crozet, dont l'Evêque

du P. François (0. Qui a tems, a vie ; mais il faudroit que monsieur de Livron (2) voulut donner ce loysir a l'affaire : a quoy le P. Michel Ange (3) et vous, pourres le disposer. Nous attendrons les nouvelles apportées par le sieur de Farnex (4), et cependant espérerons qu'elles sont bonnes, puisquil n'est pas empressé de les délivrer. Je me recommande a vos prières, estant, Monsieur le Curé,

Vostre humble, très affectionné confrère,

Françs, E. de Genève.

XVI janvier 161 3.

Je vous prie, par la première commodité, de m'advertir

de Genève avait pris possession le 26 juillet 1612. Il faut savoir que la famille de Livron avait un droit partiel à la dîme des deux hameaux de Crozet; ce qui expliquerait son intervention dans cette affaire.

(1) Le P. François de Chambéry, Capucin (voir ci-dessus, pp. 129 et 298).

(2) Les seigneurs de Livron de Thoiry demeuraient à Thoiry dès le xive siècle. Henri de Livron devint en 1552 seigneur d'Allemogne, qu'il acheta de Jean de Menthon, son beau-père ; Louis de Livron, son fils aîné, se déclare « bon, vray et loyal catholique... romain, » dans son testament daté de 1620. Un autre fils, Bernard, seigneur d'Allemogne, assistait à l'assemblée des bourgeois du pays de Gex, réunis le 16 juillet 1612 au logis du sieur de Brosses. ''Procès-verbal de Gex.) C'est apparemment de celui-ci que la lettre fait mention. Il épousa D,le Louise-Gabrielle de Laude de la Vulliane ou Veillane, qui fut veuve en 1613 ; toutefois, l'inventaire des biens du défunt n'eut lieu que le 17 septembre, d'où l'on peut inférer qu'il vivait encore en janvier de cette année. (Archives de la Visitation d'Annecy, Collection J. Vuy, et notes de M. Vidart, de Divonne.)

(3) Un Capucin de ce nom se trouvait à Gex avec « Frère François de Beugey, » lorsqu'en l'hôtel du sieur de Brosses, l'Evêque de Genève étant présent, il fut donné lecture, le 16 juillet 1612, de l'arrêt du Conseil privé de Sa Majesté pour l'exécution de l'Edit de Nantes. (Procès-verbal de Gex.) Sans exclure le P. Michel-Ange d'Avignon, on pourrait proposer avec plus de vraisemblance le P. Michel-Ange de Remiremont, qui demeura jusqu'en 161 1 dans la custodie de Savoie. Gardien du couvent de Chambéry en 1608, il devint dans la suite (la Province de Savoie étant indépendante) définiteur de la Province de Lyon en 1617, 1619, 1630, et provincial en 1620-1622. (Notes du R. P. Eugène de Bellevaux.)

(4) Pierre Chevalier, seigneur de Fernex, fils d'Andrée d'Aubonne et de Paul Chevalier, le premier député régulier à la cour de France, célèbre dans l'histoire de Genève par ses négociations auprès de Henri IV et de Louis XIII en faveur de la cité. Le « sieur de Farnex, » député aux Etats-Généraux de 1614, fut, dit-on, moins bon patriote. (Voir De Crue, Henri IV et les députes de Genève, 1901.) C'est lui qui, au cours de la tournée des commissaires royaux de Gex (juillet 1612), fit entendre avec une courageuse opiniâtreté les revendications de ses coreligionnaires. (Cf. Procès-verbal, et note ( 1), p. 294.)

34° Lettres de saint François de Sales

quand nous pourrons loger un curé a Sacconex (0, c'est a dire quand nous aurons les moyens.

A Monsr Monsr le Curé de Gex.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. Defrance, à Villers-devant-Orval

(Belgique).

(i) Pierre Poncet fut, comme nous l'avons dit plus haut (note (3), p. 60), institué curé de Sacconex le 19 décembre 1618, après résignation de M. Claude de Cheynel. A cause de sa pauvreté, le Grand-Sacconex (aujourd'hui dans le canton de Genève) avait été confié à la charité d'un curé voisin.

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