A MADAME DES GOUFFIERS, RELIGIEUSE DU PARACLET
(fragment)
Les sentiments que le Saint aimait à trouver dans une postulante. — A la Visitation, « toutes choses sont basses, » excepté « la prétention » des Religieuses qui l'habitent.
Annecy, vers fin janvier 1613.
Madame,
Puisque vous ne respires que l'imitation de la croix, de l'obéissance et humilité de nostre Sauveur, venes a la
(1) Son père, François Arnault des Gouffiers représentait l'une des premières maisons de Saintonge; le bon plaisir, la volonté même de Gabrielle de Fedict, sa mère, en avait fait une Religieuse du Paraclet. Elle céda à la violence, mais ne se résigna jamais à une existence qui, bien que conforme à ses goûts de grandeur, n'était pas de son choix. Un jour, Y Introduction a la Vie dévote tomba sous ses yeux. Cette lecture et la nouvelle que l'auteur avait donné à une Congrégation un idéal de vie encore plus parfaite, l'entraînèrent en Savoie. Au début de juin 161 3, Elisabeth des Gouffiers commençait un essai à Annecy ; elle mourut vers décembre 1621. Son labeur avait été court mais fécond : en moins de huit ans, elle avait procuré les fondations de Lyon, de Moulins et de Paris.
Parmi les collaboratrices des deux Fondateurs, on chercherait en vain une figure plus expressive et surtout plus originale dans la double acception du mot. C'était vraiment « un terrible esprit; » — le mot est de la Mère de Chantai. (Lettres, vol. Ier, p. 142.) Dans un corps faible, elle portait une âme d'une activité prodigieusement remuante, subtile pour concevoir les projets les plus ardus et non moins audacieuse pour les entreprendre, dévorant les contradictions, surmontant les difficultés d'où qu'elles vinssent, à force de ténacité et de souplesse, aussi capable d'amener doucement à ses desseins les volontés les plus hésitantes, que de les y réduire en les lassant par l'obstination de son vouloir. Avec cela, « une forte inclination a la hauteur et dignité « de vie, » une « incomparable aversion a la sousmission » et un esprit qui avait de la « peyne a rencontrer des âmes faites a son gré » et très « clairce voyant a treuver les a dire, non moins que douillet a les ressentir. » (Lettre du Saint à Mmc des Gouffiers, 9 juin 1620.) Les deux Saints l'aimèrent grandement, mais que de fois ils durent la porter sur leurs épaules (cf. Lettres de la Sainte, vol. Ier, p. 226), constamment partagés entre l'amour de la paix, le devoir de la gratitude pour les services rendus et l'obligation de défendre leurs Maisons contre ses exigences et ses ingérences inacceptables. On ne peut
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bonne heure chez nos Seurs de la Visitation. Mays vous vous representeres que la mayson en laquelle vous venes est une petite Congrégation encor mal logée, et en laquelle toutes choses sont basses, humbles et abjectes, hormis la prétention de celles qui y sont, qui n'est rien moins que de parvenir a la perfection de l'amour divin ( l ).
Revu sur le texte inséré dans YHistoire de la Fondation du ier Monastère de la Visitation de Lyon.
dire combien cette pauvre âme servit d'exercice à leur héroïque mansuétude. Elle allait toujours s'etnbarrassant dans d'interminables procès contre les siens : avis, supplications pressantes, Mme des Gouffiers n'entendait plus rien. Au mois d'août 1621, elle avait même quitté la Visitation, où d'ailleurs elle ne fut jamais Religieuse, pour « demeurer à la merci du monde. » Mais vint la maladie, qui sans doute ouvrit les yeux de la « chère Sœur ; » car, au dire de la Mère de Chantai, elle alla « à Dieu fort heureusement, après avoir souffert avec grande douceur, patience et résignation. » (Lettre à la Mère de Blonay, décembre 1621, vol. Ier, p. 600.)
( 1 ) Les lignes qu'on vient de lire semblent répondre à une lettre de Mme des Gouffiers que « M. l'Aumosnier de Belleville » aurait apportée au Saint en venant à Annecy. (Voir ci-dessus, pp. 333, 534.) Cette réponse ne dut pas se faire attendre : si elle ne fut pas remise à Claude de Sevelinges, assurément elle suivit de près son départ pour Lyon. La date approximative placée en tète de notre texte se déduit de ces conjectures.
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