‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 61 sur 88 · A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET ÉVÊQUE DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR PIERRE FENOUILLET ÉVÊQUE DE MONTPELLIER

Remerciements pour de beaux présents; le Saint en a fait part à ses amis. Un plaisir interdit. — Souhaits et message.

Annecy, fin janvier ou commencement de février 1613 (r).

Monseigneur,

Je ne puis dignement vous remercier des beaux presens qu'il vous a pieu m'addresser, que j'ay receus avec

(1) Hérissant (1758), en publiant cette lettre le premier, l'a adressée A un Seigneur ecclésiastique ; Biaise (1821), A un Evêque, et Vives, corrigeant

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une extrême joye, non certes pour leur valeur, qui est grande, mais parce que ce sont de grans tesmoignages du cœur que vous aves envers moy, m'estant envoyés avec bien du soin et incommodité (0. Et pour en retirer plus de gloire, je n'ay pas oublié d'en faire part a tous ceux de cette ville que j'estime capables de peser le bonheur que ce m'est d'estre aymé de vous, auquel ne pouvant donner avec contreschange, je fay pour le moins humble reconnoissance que mon devoir surpasse mes forces, lesquelles néanmoins vous les dédie toutes a l'honneur de vostre service.

Mais quel contretems ! Si, j'eusse esté si heureux d'aller a Paris cette année, selon le désir de monsieur nostre grand [ami (2),] pour recueillir autour de vous et de luy les fruitz de la plus excellente consolation que je pouvois avoir ! J'acquiesce néanmoins a l'ordonnance de la Providence céleste, laquelle au moins a permis que, pour mes péchés, ce playsir me soit interdit (3). J'espère que le voyage de Piémont, dont j'ay dessein pour ce primtems, impetrera de Son Altesse une si forte confiance en ma simplicité, que je pourray l'année suivante avoir ma juste liberté.

Ce pendant, allés, Monseigneur, dessus ce grand théâtre (4) et, suyvant Dieu comme vous faites, espérés toutes

maladroitement ses prédécesseurs, Au Duc de Savoie. Or, le vrai destinataire est certainement Msr Fenouillet, comme on peut le déduire de son départ projeté pour Paris, du ton de la lettre et de l'allusion à des Hayes, le « grand amy. »

La date est déterminée par la mention du voyage en Piémont qui, défait, eut lieu au printemps (cf. les lettres du 28 mars 1613). Le quantième approximatif se tire de l'allusion aux prédications du Carême qui appelaient à la capitale l'Evêque de Montpellier. En 1613, le mercredi des Cendres tombait le 20 février.

(1) Ces « beaux presens » ne seraient-ils pas du « piqu'ardent, » du « vin grec » ou vin de Grenache, dont le Saint parle au comte de Tournon le 11 avril et le 14 juin de cette même année ? L'incommodité de l'envoi, sa valeur, la distribution que François de Sales en fit à ses amis le feraient croire.

( 2 ) Antoine des Hayes.

(3) Voir ci-dessus, Lettre dcccx et pp. 297, 301, et ci-après, la lettre à des Hayes, 28 mars 1613.

(4) « Le 4, jeudi (mai 1613). — A neuf heures, en la grande salle, au sermon de M. Fenouillet, évêque de Montpellier. » (Journal de Jean Héroard, Paris, 1868, tome II, p. 120.) Le Prélat était donc à Paris, et probablement il prêcha le Carême au Louvre.

34^ Lettres de saint François de Sales

sortes de bons effectz, et vous employés pour le bien de l'Eglise et de la province pour laquelle vous vous achemines.

Mais usons («) doucement et toutesfois, si vous me croyés, un peu avidement de la présence du grand amy, que j'estime si grand pour moy, que je ne voy rien de si grand parmi toutes les grandeurs de Paris qui ne me semble petit en comparayson de sa bienveuillance. Que si quelquefois, comme je n'en doute pas, vous me favorises de quelque mention de nous ensemblement, je vous conjure, Monseigneur, que ce soit comme de

Vostre très humble et très obéissant frère et serviteur,

Franc8, E. de Genève.

(i) Les éditions précédentes portent disons, qui paraît être une erreur de lecture.

DCCCLII

Dans quelles vues de foi il faut considérer les absences et les séparations définitives.

Annecy, [fin janvier ou février 1 6 1 3 .]

A la vérité, je ne sçavois pas, ma très chère Fille, que vostre affliction eust si violemment opprimé vostre cœur ; mais quand je l'ay sceu, j'eusse volontier pris resolution d'aller vous porter le mien et, avec iceluy, toutes les consolations qu'il eust pieu a Dieu me fournir. Or, Dieu soit loué, dequoy vous vous accoises tout bellement a la suite de sa divine Providence.

Ma très chère Fille, estendes souvent vostre veuë jusques au Ciel, et voyes que cette vie n'est qu'un passage

(1) Mme de Travernay pourrait être proposée avec quelque vraisemblance, puisqu'elle avait perdu tout récemment un enfant. (Voir ci-dessus, note (1), p. 331, et la Lettre dcccxlv.)

Année 1613 347

a celle que Ton fait la ; quatre ou cinq mois d'absence seront bien tost passés. Que si nostre accoustumance et nos sens, amusés a voir et estimer ce monde et la vie d'iceluy, nous font un peu trop ressentir ce qui nous y contrarie, corrigeons souvent ce défaut par la clairté de la foy, qui nous doit faire juger très heureux ceux qui, en peu de jours, ont achevé leur voyage. En ces grandes occasions, ma très chère Fille, il faut faire voir la grandeur de nostre fidélité. Bienheureux sont ceux qui n'estiment jamais avoir rien perdu de ce que Dieu a receu a sa grâce.

Je feray ce que vous me dites. Vives toute pour Dieu, ma très chère Fille, et me croyes

Vostre plus humble et très affectionné serviteur,

Franc8, E. de Genève.

DCCCLIII

A MADAME d'eSCRILLES

Affaires diverses. — Parmi les tracas temporels, il faut garder la sainte tranquillité et douceur de cœur.

Annecy, commencement de février 1613 (r).

Voyla des lettres qui m'ont esté rendues aujourdhuy, les unes venant de Chamberi, les autres de Bourgoigne. Vous m'excuseres, s'il vous plait, ma très chère Fille, si celle de monsieur de Genesia (2) est ouverte : ça esté sans malice quelconque que je l'ay fait.

Au demeurant, je parlay a monsieur de Treverney (3) asses longuement et doucement de vos affaires ; il me dit

( 1 ) Dans la lettre du 13 octobre 1612 à la même destinataire, le Saint promet de s'occuper de ses affaires ; il donne ici le résultat de ses démarches. L'entretien qu'il compte lui accorder avait été proposé déjà pour avant le Carême de 161 3 (ibid., p. 279); aussi la « venue » indiquée comme prochaine dans la présente lettre, suggère la date approximative que nous lui donnons.

( 2 ) Lancelot Guillet de Monthoux, seigneur de Genissia (voir note (3), p. 304).

(3) Balthazard de Mouxy, frère de la destinataire. (Voir le tome précédent, note ( 1), p. 333, et cf. ci-dessus, p. 279.)

34$ Lettres de saint François de Sales

qu'a son advis, vous vous trompies grandement en l'estime des biens de feu monsieur vostre père (0, et quil se treuveroit que vous avies esté portionnee très suffisamment. Or, la conclusion néanmoins fut quil se sousmettroit a ce qui en seroit advisé par telz arbitres et amis que Ton jugeroit convenable de choysir pour vuider les prétentions d'eux et de vous a l'amiable (2), qui est en somme le bon mot ; outre que vrayement il ne tesmoigna nullement de treuver mauvaise vostre recherche. Mays a vostre venue, qui sera peut estre bien tost (3), nous en parlerons plus amplement.

Cependant, ayes tous-jours souvenance de la sainte tranquillité et douceur du cœur, et de la parfaite remise de nos affections en la sainte providence de Dieu, a laquelle je vous supplie me recommander, ma très chère Fille, comme

Vostre plus humble parent et serviteur,

Franc3, E. de Genève.

[Je] salue humblement madame vostre mère (4), et a commodité, madame de la Flechere.

A Madame Madame d'Escrilles.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Poitiers.

(i) Pierre-Marc de Mouxy, seigneur de Travernay en Bresse, gentilhomme de la chambre du duc de Savoie, fils de François-Gabriel de Mouxy, seigneur de Lupigny, et de Claudine de Luyset, demeura dès l'âge de douze ans « es guerres et auz services des grands seigneurs, et vingt deux ans sans avoir esté dans la maison de son père. » Il épousa par contrat dotal du 17 mai 1573, Dlle Antoinette de Saint-Jeoire (voir ci-dessus, note (2), p. 279), et testa le 20 décembre 1602, instituant héritiers universels ses fils Balthazard et Melchior, auxquels il substitua ses filles Marie et Jeanne-Françoise.

(2) Mariée à neuf ans (cf. note (1), p. 278), Marie de Mouxy « avoit tout quicté et renoncé moyennant la dote qui luy fut constituée » alors. Plus tard, elle prétendit avoir droit à un « supplément de légitime. » Ce sont les « prétentions » dont il est question dans cette lettre. Le 28 octobre 1618, elles n'étaient pas encore « vuidees ; » les nièces qu'elle fit héritières de ses droits ce même jour (cf. note (2), p. 280), ne purent remplir leurs charges à l'égard du Monastère de la Visitation, et le 13 juin 1620 il fallut en venir à une transaction. (Archives de la Visitation d'Annecy.)

(3) Le mercredi des Cendres tombait le 20 février; c'est donc avant cette date que la destinataire revint à Annecy. (Cf. note ( 1 ) de la page précédente.)

(4) Voir ci- dessus, note (1).

Année 1613 349

DCCCLIV

A LA MERE DE CHANTAL

Un contrat qui va bien. — Promesse d'une visite et annonce d'une visiteuse.

Annecy, 9 février 1613 (1).

Voyla vostre contract que je vous renvoyé, ma très chère Fille; je croy quil va bien, ce que vous aves remarqué estant corrigé. M. de Blonnay ne me vit point hier au soir; sil vient me parler, je m'essayeray de le tirer aux 3 mille florins.

Voyla des lettres de Mme la Présidente (2), et une médaille et certains Agnus Dei et des livretz qu'ell'envoye a sa fille. Ce soir je vous iray voir, car j'ay des-ja demandé mon congé pour deux heures.

Mme de la Flechere viendra ce soir ou ce matin, et ira descendre droit chez vous, venant toute seule, sans fille de chambre, selon que vous verres par sa lettre.

Je ne sçai sil sera mieux que l'action de demain se face avant nostre Office ou après (3). Je voudrois que ce fut devant, pour accompaigner mon cher hoste (4) a l'Office, ou il veut estre.

( 1 ) L'allusion au « contract » et aux « 3 mille florins » fait supposer quelque arrangement pour la dot de Sœur Marie-Aimée de Blonay, à l'occasion de son oblation, laquelle se fit le 10 février 1613, dimanche de la Sexagésime : d'où la date de ce billet.

( 2 ) La présidente Favre.

(3) A la cérémonie d'oblation (cf. note (1), « le sainct Evesque... prescha sur ces paroles de David : Ordonne^ un jour solemnel, et amene\ la victime jusques à la corne de V autel. » L'office terminé, « il dit à la Mère de Chantai : Je croy que Dieu veut faire quelque chose d'extraordinairement bon de nostre chère Cadette. Sa bonté a daigné m'en donner de grands sentimens, et je ne me souviens pas d'avoir jamais rien offert à Dieu avec plus d'ardeur, ny de meilleur cœur, que cette pauvre petite colombe. » (Ch.-Aug. de Sales, La Vie de la Mère Marie Aymèe de Blonay, 1655, chap. v.)

(4) M. de Sevelinges, l'aumônier de Belleville, arrivé vers le 10 janvier (cf. ci-dessus, pp. 333, 334), devait avoir quitté Annecy; aussi croyons-nous que le « cher hoste » désigne M. de Blonay, venu apparemment tout exprès pour assister à l'oblation de sa fille.

350 Lettres de saint François de Sales

Bonjour, ma très chère Fille ; Nostre Seigneur soit a jamais le saint Amour de nostre unique cœur. Amen.

Je pense ce soir vous aller voir a trois heures. Dieu bénisse tout le cœur de ma très chère Mère.

Revu sur l'Autographe conservé à Annecy, chez les RR. PP. Missionnaires de Saint-François de Sales.

DCCCLV

A LA MÊME

(billet inédit)

Mesures à prendre à l'ouverture d'un testament. — Décès de Mmc de Miribel.

Annecy, 15 ou 16 février 1613(1).

Ma très chère Fille,

Soudain que vous aures nouvelles que le testament sera ouvert, envoyés appeller et prier mon cousin (2), et luy en confères, disant que vous aures besoin de son ayde, affin quesi le testament a lieu, le peu de bien qui en arrivera a la Congrégation arrive en paix et tranquillement (3).

Je pense que je vous verrey avant mon départ (4) ; au

( 1 ) Il s'agit sans doute dans ce billet du testament de Mme de Miribel (voir ci-dessus, note (2), p. 328), qui fut inhumée le 17 février 1613 et était « tres- « passée a l'aube du jour; » donc, le 15 au plus tôt, ou le 16.

( 2 ) Louis de Sales, prévôt du Chapitre de Genève (voir tome XII, note ( 1 ), p. 6).

(3) Mme de Miribel, pour reconnaître la charité de la Mère de Chantai et de ses compagnes qui l'avaient visitée, institua le Monastère héritier de ses biens (voir note (2), p. 328), « soû la charge de faire dire et célébrer tous les jours de l'an de son trépas une Messe des trépassez, et tous les samedis de chaque semaine, à perpétuité, une Messe de Nôtre Dame à son intention. » (Livre du Chapitre du Ier Monastère de la Visitation d'Annecy.) On verra que l'héritage, comme le Saint semblait le prévoir, n'arriva pas « tranquillement » à la Visitation. (Cf. note (3), p. 366.)

(4) Le Prélat devait probablement se rendre à Rumilly pour bénir le mariage de Claude-Françoise de Maillard avec Salomon de Murât de la Croix (cf. ci-dessus, note (1), p. 341), et ensuite, monter au château de Sales pour y passer les jours de Carême-prenant.

moins je vous escriray. Ce pendant, bon jour ma très chère Mère, ma Fille vrayement bien aymee mienne.

Je croy que vous sachies (sic) que cette bonne damoy- • selle (0 est trespassee a l'aube du jour.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Chambéry. (1) Mme de Miribel.

DCCCLVI

AU PÈRE DE LESSEAU, RELIGIEUX CELESTIN (0 Le Saint décline les louanges d'un poète avec une discrète humilité.

Annecy, 19 février 1613.

Mon Révérend Père,

Vous m'obliges trop de rendre tant de tesmoignages de vostre affection envers moy qui ay si peu de force pour correspondre a mon gré, par quelque bon effect de gratitude, a lhonneur que vous me faites, quoy qu'en vérité j'en aye un désir extrême. Et sur cela, je regrette que vostre esprit, digne de traitter des meilleurs sujetz, soit employé a favoriser un homme de si peu de mérite. C'est domage de broder si délicatement sur un vil bureau :

« Non omnes arbusta juvant humilesque miricae *. » * Virgil.,Eclog.,iv,

Cependant, mon Révérend Père, je vous remercie très humblement, et ne cesseray point de respandre sur vostre

(*) « Tout le monde n'aime pas les arbustes et les humbles bruyères. »

(1) Guillaume de Lesseau ou Lessau, novice à Mont-Castres près de Compiègne, y fit sa profession, et mourut en 1634 au monastère de Metz, après avoir résidé la plus grande partie de sa vie dans celui de Paris. Il cultivait les lettres avec succès, composait en vers, et sans doute il avait adressé au

personne mille et mille bons souhaitz a vase plein, ni d'estre toute ma vie, Mon Révérend Père,

Vostre très humble et très affectionné confrère serviteur en Nostre Seigneur,

Françs, E. de Genève.

xix febvrier 1613.

Au R. Père en N. S.

Le P. de Lesseau, de l'Ordre des Celestins. Lyon.

Revu sur l'Autographe conservé à Sens, dans le trésor de la Métropole.

saint Evêque de Genève quelque anagramme, peut-être même un sonnet à sa louange. Ce billet semble être une réponse à cet hommage poétique.

On attribue au même Religieux un poème élégiaque sur son frère Vincent, Célestin comme lui, et un ouvrage sur le Chapelet. D. Antoine Becquet, auquel nous empruntons ces indications, parle aussi, mais seulement par ouï-dire, d'un autre livre ascétique imprimé à Lyon, en 1618, qui aurait été dédié à saint François de Sales. (Qallicœ Cœîestinorum Congr. Ord. Sti Benedicti Monast. fundationes, etc., Parisiis, 1719.)

DCCCLVII

A MADAME BOURGEOIS, ABBESSE DU PUITS-D'ORBE

Solidité des affections plantées de la main de Dieu. — Intérêt que porte le Saint au Puits-d'Orbe. — Il faut faire souvent revivre les résolutions prises au temps de la ferveur. — Messages divers.

Annecy, 23 février 16 13.

Je suis certes bien marri, ma très chère Seur, ma Fille, que vous n'ayés receu mes lettres que souvent je vous ay escrites et addressees a Dijon, non point tant pour autre sujet que pour la consolation que vostre bon naturel vous fait recevoir quand vous voyés de mes escritz. Or sus, Dieu soit loué. Meshuy, quand nostre Mère de Chantai escrira a Bourbilly, je me serviray de l'occasion, puisqu'elle est plus asseuree.

Mais dites moy, je vous prie, ma chère Fille, eussies

Année 1613 353

vous bien peu croire qu'une affection plantée de la main de Dieu, arrousee par tant d'obligations que je vous ay et a vostre Mayson, fut sujette a diminution ou esbranslement ? Non certes, ma très chère Seur, ma Fille, il n'est pas possible qu'une amitié vraye et solide puisse jamais cesser.

Quelle joye dequoy vostre Monastère va si bien et qu'il fait honneur, devant Dieu et ses Anges, a M. de Sauzea * ! Certes, je ne suis pas Ange, mais je l'en * Cf. supra, p. 314. honnore davantage, et prie Dieu qu'il restablisse de plus en plus cette sainte famille en son amour. J'escrivis il y a quelque tems audit sieur de Sauzea une response assez ample aux siennes ; je ne sçai s'il l'a receuë.

Au reste, pour vostre particulier, faites souvent renaistre toutes les saintes resolutions qu'au commencement de nos ferveurs Dieu nous departoit si abondamment ; que si elles ne sont plus si sensibles, il n'importe, pourveu qu'elles soyent fermes et fortes. J'ay bien entendu tout ce que vous m'escrivés et me suffit. Dieu, par sa bonté, vous tienne tous les jours de sa très sainte main ; c'est une prière quotidienne que je luy fay.

Je vous remercie de la toile ; si vous venés l'esté prochain, vous nous communiquerés bien de la recette, et ce pendant on employera ce que j'en ay. Je dis, si vous venés, parce que, encor que ce me seroit un contentement extrême de vous voir a souhait en nos pauvres petites contrées, si est-ce que je ne voudrois pas tirer sur moy le contregré de messieurs vos proches, s'ilz en avoyent, en vous le conseillant, ni aussi prejudicier a ma consolation en ne vous le conseillant pas. Dieu vous inspirera ce qui sera pour sa gloire et la vostre. Ce pendant, il faudra donq escrire dans le livre quelque chose, a mesure que, parmi les fréquentes pensées que j'ay sur vous, il plaira a Nostre Seigneur jetter dans mon cœur des advis propres pour le vostre. .

Je salue infiniment toute vostre chère trouppe et spécialement nostre seur (M. Je salue encor M. de Sauzea,

(1) Françoise Bourgeois, prieure du Puits-d'Orbe.

Lettres V 2y

354 Lettres de saint François de Sales

si par fortune il est la. Mes frères sont tous vos serviteurs très humbles, sur tout mon frère de Boisy t1), qui n'est pas présent maintenant que j'escris; et si, je ne l'ay point adverti.

Aymés-moy tous-jours cordialement, ma très chère Seur, ma Fille, puisque de tout mon cœur je suis vostre. Dieu vous bénisse. Amen.

Vostre plus humble et très affectionné frère et serviteur,

Franc8, E. de Genève.

23 febvrier 16 13.

( 1 ) Jean-François.

DCCCLVIII

A M. CLAUDE DE BLONAY

Le destinataire n'ayant pas eu à se louer de son fils, « excessif en desseins, o le Bienheureux promet d'y porter remède. — Messages divers.

Annecy, 2 mars 1613.

Monsieur,

Je participe plus que nul autre a vostre desplaysir, lequel, a mon advis, ne durera plus guère quant a l'occasion pour laquelle vous l'aves maintenant ; car des-ja l'autre jour, que monsieur le Prieur vint a Sales, je luy fis la moytié de la resolution que je luy envoyé du tout maintenant. Mays pourtant, cet esprit-lâ voudra tousjours des occupations plus que suffisantes, car il est excessif en desseins (0.

(1) Jean-François de Blonay (voir tome XII, note (i), p. 298) fut admis dans la vie intime du Saint, partageant sa table, l'accompagnant plus d'une fois dans ses courses à Sixt, à Gex, à La Roche. « Le bon monsieur le Prieur, » écrivait-il confidemment à Mme de la Fléchère (novembre 1613), « a un esprit « attaché a ses imaginations, qui sont trop grandes et disproportionnées a « ses forces et a sa capacité, laquelle n'est pas de gouverner, mais d'estre

Année 1613 355

Il me demanda congé de faire certain livre pour imprimer, et je luy respondis fort convenablement, a mon ad\ is, quil pourroit s'exercer en cela, mais que de faire imprimer, c'estoit une chose a part. En somme, il faut quil agisse ou d'une façon ou d'autre. Quant a la prédication, il me dit que cela n'incommoderoit rien et que vous en séries content, et en fin quil vouloit faire quelque chose. Si vous juges que je doive faire quelque sorte d'autre remède, je le feray.

Monsieur Soudan ( l ) me demande tous-jours de pouvoir playder pour retirer les biens ecclésiastiques de sa parroisse, et dit que tout dépend de vous, a rayson des patentes. Il s'en rêva dans dix ou douze jours et ira conférer avec vous.

Nostre fille (2) se porte bien et tout ce qui est avec elle, avec un peu d'embarassement pour cet hseritage (3) ; mais j'espère que tout s'esclarcira bravement, Dieu aydant.

Je suis, Monsieur,

Vostre humble, très affectionné confrère,

2 mars 1613, a Neci.

A Monsieur Monsieur de Blonnay, Curé de Siez.

Revu sur l'Autographe conservé au château de Marin (Chablais), Archives de Blonay.

« gouverné. » En 161 5, M. de Blonay aurait vivement désiré servir de chapelain à la Visitation de Lyon, mais le saint Fondateur ne le jugea pas propre pour cet office. « C'est le meilleur homme, » disait de lui la Mère de Chantai; « s'il croyait conseil..., il serait saint. » (Lettre à la Mère de Blonay, 4 mars 1627, vol. III, p. 21.) Chargé de la cure d'Evian, Jean-François la résigna, non sans quelque peine, le 17 mars 1632. (R. E.)

( 1 ) Il nous a été impossible de découvrir le personnage désigné par ce nom, assez commun en Savoie.

(2) Sœur Marie-Aimée de Blonay, fille du destinataire.

(3) L'héritage de Mme de Miribel (voir ci-dessus, note (3), p. 350, et ciaprès, note (3), p. 366).

356 Lettres de saint François de Sales

DCCCLIX

AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL l'

Pourquoi le Saint n'a rien entrepris contre l'abbé de la Tour. Qu'on lui donne des commandements, il obéira.

Annecy, 4 mars 1613.

Monseigneur,

Sur les plaintes qui me furent faites de monsieur l'Abbé de la Tour(0, a rayson des bastonnades qu'il avoyt données au sieur Berthelot (2), la grandeur du respect que je doys a Vostre Altesse me suggéra de ne point entreprendre de justice sur la personne dudit sieur Abbé, puys qu'il estoit ambassadeur ordinaire de Vostre Altesse et n'estoit icy que par manière de passage, et de jour a jour en attente de retourner a l'exercice de son ambassade (3). Maintenant, Vostre Altesse pourra voir les informations prises a charge et descharge dudit sieur Abbé, que ce porteur a en main (4), et me donner sur cela ses commandemens, ausquelz j'obeiray avec la

( 1) Voir note ( 1 ), p. 27.

(2) Voir note (5), p. 327.

(3) Dans les premiers jours de janvier 1613, -Charles de la Tour résidait à Milan, sa ville natale, où il semble que sa mission avait surtout pour objet de renseigner le duc de Savoie sur les nouvelles du monde diplomatique et de la société milanaise. La question du Montferrat s'agitait alors. Jacques-Antoine, père de l'ambassadeur, tomba lui aussi en disgrâce, s'il faut en croire une lettre qu'il adressait le 2 octobre 1613 à son prince. En 161 5, le prieur commendataire de Talloires résigna le prieuré en faveur de César Perron ; cette cession pourrait bien être une suite des « bastonnades. »

(4) Le porteur doit être Jean Floccard, élu syndic le ier mai 1612, le même sans doute qui mourut le 27 avril 1617. (Reg. par. d'Annecy.) Il était bourgeois d'Annecy, avocat et docteur en droit. En 1612 et 1613 il fut assez souvent envoyé à Turin, au nom de la ville. C'est lui que le prince de Nemours chargea de notifier sa colère aux syndics à propos de l'affaire Berthelot. (Délib. munie ip. d'Annecy, 28 février 1613.)

Année 1613 357

fidélité qui me fait incessamment supplier Dieu pour la prospérité de Vostre Altesse, delaquelle je suis, Monseigneur,

Très humble, très obéissant, très fidèle serviteur et orateur,

Françs, E. de Genève.

A Neci, le 4 mars 161 3.

A Son Altesse Serenissime.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

DCCCLX

A MADAME DE LA CROIX d'aTJTHERIN (0

La vocation du mariage et le moyen d'y devenir fort sainte. — L'obéissance au confesseur. — Règlement de vie. — Conseils variés. — La crainte des vices et l'amour des vertus. — Douceur et humilité. — Une besogne que Dieu paie de mille consolations.

Annecy, 12 mars 161 3.

Dieu soit béni et glorifié de ce changement de condition que vous avés fait pour son nom, ma très chère Fille ; et je dis tous-jours ma très chère Fille, car ce changement ne changera rien en cette affection vravement paternelle que je vous ay dediee. Vous verres bien que si vous avés une parfaite résignation de vostre ame en la providence et volonté de Nostre Seigneur, vous marcheres en cette

( 1 ) La désignation de la destinataire est fondée sur les rapports assez étroits de cette lettre, à l'égard des conseils qu'elle renferme, avec les lettres du 23 juin 161 5 et du 3 novembre 1621 adressées, d'après les Autographes, à Mme de la Croix d'Autherin. Fille de Philiberte de Cartal et de noble Claude de Chapot, seigneur de Cezarche ou Césarches près de Conllans, et coseigneur de Cornillon, Jeanne-Antoine de Chapot (cf. ci-dessus, note (1), p. 92) avait épousé le 28 janvier 1613, noble Charles-Sébastien de Pradel Autherin, seigneur de la Croix. Sa famille était de la Tarentaise ; celle de son mari, de l'ancienne bourgeoisie de Chambéry, qualifiée noble dès le commencement du xvie siècle. (D'après les notes de M. le comte de Mareschal.) Jeanne-Françoise de Chapot (voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 325) était la sœur de notre destinataire.

358 Lettres de saint François de Sales

vocation, vous y aures bien de la consolation et deviendres fort sainte a la fin. C'estoit ce qu'il failloit a vostre esprit, puisque vous aves rencontré ce gentilhomme si plein de bonne inclination.

Vous aves tort de faire scrupule de rompre le jeusne, puisque l'advis du médecin le porte.

Conduisés-vous en la Communion au gré de vostre confesseur, car il luy faut donner cette satisfaction, et vous ne perdrés rien pour cela ; car ce que vous n'aurés pas par la réception du Sacrement, vous le rencontreres en la sousmission et obéissance.

De règle pour vostre vie, je ne vous en donneray que celle qui est dans le livre ( l ) ; mais si Dieu dispose que je vous puisse voir et il y a quelque sorte de difficulté, je vous respondray. Il n'est nul besoin que vous m'escrivies vostre confession : que si vous aves quelque point particulier duquel vous desiries conférer avec mon cœur, qui est tout vostre, vous le pourrés.

Soyés bien douce ; ne vives point selon vos humeurs et selon vos inclinations, mays selon la rayson et la dévotion. Aymés vostre mari tendrement, comme vous ayant esté donné de la propre main de Nostre Seigneur. Soyés bien humble erîvers tous.

Vous deves avoir un grand soin de ranger vostre esprit a la paix et tranquillité, et estouffer ces mauvaises inclinations que vous aves, par une attention a la prattique des vertus contraires, en vous resolvant d'estre plus diligente, attentive et active a la prattique des vertus. Et marqués ces quatre paroles que je vous vay dire : vostre mal vient dequoy vous craignes plus les vices que vous n'aymés les vertus. Si vous pouvies provoquer un peu profondement vostre ame a l'amour de la prattique de la douceur et de la vraye humilité, ma chère Fille, vous séries brave ; mais il faut y penser souvent. Faites la préparation du matin *, et en somme prenés a prix fait cette * vide Introd. à la besoigne que Dieu vous payera de mille consolations ; et

Vie dev.y Partie II, , , , ,., , -,

chap. x. pour cela, n oublies de souvent eslever vostre cœur en

(i) V Introduction h la Vie dévote.

Année 1613 359

Dieu et vos pensées a l'éternité. Lises, au nom de Dieu, tous les jours un peu, je vous en prie.

Faites cela pour moy, qui tous les jours vous recommande a Dieu, et je prie son infinie Bonté qu'a jamais

elle vous bénisse.

Franc5, E. de Genève.

Ce 12 mars 161 3.

DCCCLXI

A M. CLAUDE DE BLONAY

Le Saint renonce par charité à la consolation d'avoir un ami pour compagnon de pèlerinage. — Voyage à Turin, à pied ou à cheval, suivant les circonstances.

Annecy, 28 mars 1613.

Monsieur,

Par vostre lettre et par ce que j'ay peu apprendre de monsieur de Sainte Catherine (0, je voy que c'est une grande incommodité a monsieur l'Abbé (2) de faire nostre pèlerinage, lequel pourtant il n'entreprend que purement pour me favoriser (3). May s sur tout considérant quil est incommodé de sa santé, j'entre en extrême appréhension que ce ne luy soit une peyne trop grande de se mettre en voyage. Obliges moy donq, je vous supplie, de le conjurer, par toute la bienveuillance quil me porte, de ne point se mettre au hazard, ni en la despence, ni en la peyne et travail de ce chemin, puisque il n'y regarde que ma seule consolation, laquelle, je confesse, seroit grandement languissante si je la recevois avec tant d'incommodité d'une personne que je chéris et respecte tant.

Quant a moy, le voyage de Thurin qui m'a esté ci devant volontaire, m'est a présent nécessaire pour plusieurs

( 1 ) Philippe de Quoex.

(2) Vespasien Aiazza, abbé commendataire Abondance.

(3) Le vénérable ecclésiastique devait servii de « Raphaël » aux pèlerins. (Voir ci-dessus, p. 267.)

360 Lettres de saint François de Sales

raysons (0 ; et y estant, je passeray aysement a Milan pour rendre la vénération de si longuemain destinée au sepulchre du glorieux saint Charles (3). Et bien quil y eut quelque chose de ce qu'on dit des excommunications, je ne laisserois pas de irTacheminer, espérant qu'en toutes occasions Dieu me fera la grâce de ne point m'oublier du devoir que j'ay a l'Eglise et au Prince.

Somme toute, ne permettes pas que monsieur l'Abbé prenne cette si grande incommodité, et sur tout quil mette en compromis sa santé , car ce me seroit un'excessive peyne de le voir en peyne et un continuel mesayse de le voir en danger. Mays sur tout, ne manques pas de m'avertir au plus tost de ce que vos remonstrances auront opéré ; car selon l'advis que je recevray, je disposeray autrement de mon despart, et peut estre de la circonstance du voyage, d'aller a pied ou a cheval jusques a Thurih.

J'apprens que vous aussi et monsieur le Curé de Bons (3) ne feres pas qu'avec incommodité ce voyage, et je vous prie, mais de tout mon cœur, de ne vous en incommoder nullement U) et de dissuader aussi ledit Curé de Bons; car plustost que d'incommoder mes amis en chose non nécessaire, je romprois le voyage tout a fait. Response, je vous prie, et ne vous mettes en peyne que de me venir voir icy après Pasques, pour conférer de ce que je pourrois

( 1 ) La piété seule avait d'abord porté le Saint à entreprendre ce voyage ; des raisons d'amitié et de zèle lui firent hâter son départ. (Cf. note ( i ) de la page suivante.)

Il fallait prendre de vive voix, et sans tarder, la défense de M. de Charmoisy et des gentilshommes annéciens que la malice et la ruse des calomniateurs perdaient de plus en plus dans l'esprit, des princes. (Voir la lettre suivante et celle du n avril 1613.) D'autre part, l'intérêt bien entendu de la Congrégation et de son avenir, à mesure que ses membres augmentaient, semblait exiger qu'on lui ménageât l'appui de la cour de Savoie. Enfin le Prélat, justement ému de la triste situation où se débattait le collège Chappuisien d'Annecy, voulait traiter avec le duc de son relèvement. On verra que ces diverses négociations aboutirent.

(2) C'est vers la fin de février 1612 que ce pèlerinage avait été décidé. (Voir plus haut, note ( 1 ), p. 171.)

(3) Jean Mangier (voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 38). Nous ignorons s'il fit le pèlerinage.

(4) M. de Blonay ne se laissa pas persuader et accompagna le saint Evêque en Italie.

Année 1613 361

utilement entreprendre auprès de Son Altesse pour nos affaires ecclésiastiques ; puis, laisses moy faire mon petit fait, et vous verres que tout ira bien et sans bruit. Mays voyes vous, je vous recommande très estroittement ce mien désir, et suis sans fin,

Vostre humble, très affectionné confrère,

Françs, E. de Genève.

xxviii mars 16 13.

Je reçois des nouvelles pour lesquelles peut estre je seray obligé de partir un peu plus tost ( x ) ; ainsy faut il changer selon le tems, mais sur tout selon ce que Dieu permet par sa providence.

A Monsieur Monsieur de Blonnay, Curé de Siey, Praefect de la Ste Mayson.

Revu sur l'Autographe conservé au château de Marin (Chablais), Archives de Blonay.

(1) « Il y a quelques années, » dépose Georges Rolland (Process. remiss. Gebenn. ( I ), ad art. 27), « pour deffendre l'innocence » des gentilshommes impliqués dans l'affaire Berthelot, « le Bienheureux escripvit plusieurs lettres aux Princes, lesquelles n'ayant assez d'effect, il se resoulut luy mesme d'en parler de vive voix, et pour cela il advança le voyage... au sepulchre de sainct Charles. »

DCCCLXII

A M. ANTOINE DES HAYES

Détails rétrospectifs sur l'affaire Berthelot et l'internement de M. de Charmoisy. — Conseils adressés à Philothée par l'entremise du destinataire. — Le Saint désirerait avoir la liberté d'aller à Paris l'année suivante.

Annecy, 28 mars 161 3.

Monsieur,

Vous verres, je m'asseure, par la lettre que monsieur de Charmoysi vous escrit, comme des le despart de

362 Lettres de saint François de Sales

madame de Charmoysi (0 il a receu le desplaysir de se voir comme banni de cette ville, par un exprès commandement que Son Altesse luy a fait de s'en retirer et ne plus y revenir, sur l'impression la plus fause du monde que Monseigneur de Nemours a receu de la part de quelques calomniateurs, que les bastonnades données au sieur Berthelot avoyent esté conseillées par monsieur de Charmoysi (2) ; dont mondit Seigneur de Nemours a entrepris le ressentiment si chaudement, que nous en sommes tous estonnés. Et peu s'en est fally que l'un de mes frères, chevalier de Malte (3), n'a esté ordonné a la prison (bien que tout le tems de la querelle il fut avec moy a Sales), seulement par ce quil est grand ami du sieur Abbé de Talloyres (4) et qu'il l'avoit fort visité après les bastonnades. Or néanmoins, j'espère que dans peu de jours

( 1 ) Mme de Charmoisy partit au mois de mars pour Paris, s'y arrêta quelques semaines et gagna ensuite la Normandie. Le 25 février 1614, elle quittait la capitale pour revenir en Savoie. (Cf. J. Vuy, La Philothée de St Fr. de Sales, 1878-1879, vol. I, chap. xii, et vol. II, p. 137.)

(2) Voir note (3), p. 327, et la Lettre dccclix.

(3) Né en 1588, Janus de Sales, le dixième enfant de M. et de Mme de Boisy, étudia d'abord au collège d'Annecy dès sa sixième année, puis à Lyon, où il fut envoyé au mois d'octobre 1608, en vue de « prendre ses lettres... pour s'en aller à Malte et y faire profession » dans l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Le chevalier devint ensuite « gentil-homme ordinaire de la Chambre de Son Altesse, » et successivement « cornette du commandeur d'Andelot,... maréchal de camp, » chef de la cavalerie de Savoie. Après s'être distingué en Piémont par son courage militaire, « il fut fait gouverneur de la citadelle et château de Nice, » où il finit pieusement ses jours en février 1640. (De Hauteville, La Maison naturelle de St Fr. de Sales, Paris, 1669, Parties I, II.) A la joviale rondeur, à la bravoure de l'homme de guerre, ce gentilhomme alliait la dévotion et la foi profonde d'un vrai chrétien. Il eut beaucoup à souffrir des rancunes de Berthelot qui, « pour des frivoléries, comme de ne le saluer pas, » avait fait de grandes plaintes contre lui. (Lettre du Saint au comte de Tournon, 14 juin 1613.) Le marquis de Lans les avait sans doute accueillies; car, par plus d'un rapport adressé aux syndics d'Annecy, il essaya de diminuer la gloire et le bon renom du généreux chevalier. (Process. remiss. Gebenn. (I), déposition de F. Roget, ad art. 31.) Janus de Sales accompagna jusqu'à Seyssel sou bienheureux frère en novembre 1622, « incessamment arrousant les chemins de ses larmes. » (Charles-Auguste, Histoire, etc., liv. X.) En souvenir de lui, il se dévoua avec une grande sollicitude aux Religieuses de la Visitation, dont il procura l'établissement à Nice le 29 juillet 1635. Sainte Jeanne- Françoise de Chantai l'appelait son « très cher et bien aimé frère » et lui portait une cordiale et sainte affection.

(4) Charles de la Tour (voir plus haut, note ( 1 ), p. 27, et note (3), p. 356).

Année 1613 363

tout cela se passera, et Monseigneur de Nemours, selon sa bonté, sera marri d'avoir fait faire du mal a monsieur de Charmoysi et d'en avoir désiré a tant d'autres ses plus fidèles et affectionnés serviteurs et sujetz (0.

Mays ce pendant, il faut que madame de Charmoysi tienne bonne contenance et ne face nulle sorte de plaintes qui puissent venir a la connoissance de monsieur de Jacob ( 2 ) , ains que luy parlant, elle tesmoigne une grande asseurance que la bonté de Son Altesse et de Monseigneur de Nemours regardera bien tost favorablement son mari et sera offencee contre ceux qui luy ont voulu procurer du mal. Ce que je vous dis, Monsieur, par ce que vous pourres mieux dire a cette bonne dame comm'elle se devra comporter que je ne sçaurois le luy escrire, bien que je luy en touche un mot.

Enfin, tout nostre Caresme s'est passé en cette pauvre petite ville a nous défendre presque tous des calomnies qu'on jettoit indifféremment sur le tiers et le quart, a rayson de ces misérables bastonnades. Eusse-je pas esté mieux si mon bonheur eut permis l'effect de vostre volonté, et que j'eusse presché en vostre chaire (3) et jouy de la douceur de vostre conversation et de la présence de Monsieur nostre Evesque qui est là (4)? J'espère, dans le moys, partir pour Thurin (5), ou je feray tout ce qui me sera possible aiïin d'avoir ma liberté pour l'année suivante (6); car le désir du bien que j'attens de vostre

(1) «Tout cela» dura encore de longs mois. Jusqu'au mois d'octobre, saint François de Sales multiplia lettres et démarches en faveur de ses amis. Le 4, il remercie le duc de Nemours pour leur mise en liberté, mais ils ne pouvaient pas encore rentrer à Annecy. Enfin, le 9 novembre suivant, des Hayes écrit à M. de Cbarmoisy la joie qu'il éprouve d'apprendre sa « pleine et entière liberté. » (Voir J. Vuy, ouvrage cité, vol. II, p. 133.)

(2) Guillaume-François de Chabod, seigneur de Jacob, alors à Paris en qualité d'ambassadeur de Savoie. (Cf. tome XI, note (2), p. 209, et tome XIV, note (1), p. 217.)

(3) Voir ci-dessus, Lettre dcccx, p. 271, et pp. 301, 345, 346.

(4) M«*r Fenouillet, évêque de Montpellier, qui prêchait le Carême à Paris. (Cf. ci-dessus, Lettre dcccli.)

(5) Le Saint partit le 15 avril. (Cf. la lettre précédente.)

( 6 ) Le désir si persévérant du bienheureux Prélat et celui de son ami furent encore déçus. Le 20 mai 1613, François de Sales écrit à des Hayes que le duc de Savoie s'oppose à ce projet, quoique « avec des paroles tant honnorables

364 Lettres de saint François de Sales

veùe et du rencontre de tant de gens d'honneur qui, pour vostre considération, me recevront en leur conversation, est extrême dedans mon cœur. La volonté néanmoins de Dieu en soit faite, et luy playse vous combler de toute santé et vra}^e félicité, avec madame vostre chère digne compaigne et toute vostre mayson.

C'est le souhait perpétuel, Monsieur, de

Vostre très humble, très affectionné serviteur,

Françs, E. de Genève.

28 mars 161 3, a Neci.

Monsieur, j'escris en sursaut, c'est pourquoy je ne vous envoyé pas les papiers du conte fait entre mes frères et les agens de madame la Duchesse de Mercœur (0, comme je feray bien tost, puisque vostre bonté s'estend a vouloir en recevoir la peyne.

Monsieur [Monsieur des] Hayes, Maistre d'hostel du Roy, Gouverneur et Baillif de Montargis.

Revu sur l'Autographe conservé au Ier Monastère de la Visitation de Rouen.

« que rien plus. » Qn voit par la même lettre, que son mauvais vouloir venait d'une pensée de méfiance adroitement semée dans son esprit contre MM. de Gharmoisy et des Hayes.

(1) Il s'agit du paiement de la terre de Thorens, lequel ne fut complètement effectué que le 26 décembre 1615. (Voir tomes XII, pp. 125, 195, et XIII, pp. 171, 196.) Les agents qui intervinrent au nom de la duchesse à diverses dates, étaient M. Le Tellier et M. de la Porte. (Voir tome XIII, note ( 1 ), p. 196, et tome XII, note ( 1 ), p. 194.) Des Hayes avait jadis prêté de l'argent pour cet achat. (Cf. ci-dessus, p. 202.)

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