‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 63 sur 88 · AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON · texte numérisé non relu

AU COMTE PROSPER-MARC DE TOURNON

Dévouement du Saint pour M. de Charmoisy. — Malice de ses ennemis et crédulité du prince de Nemours. — Certhelot et M. de Servette.

Annecy, 1 1 avril 1613.

Monsieur,

J'escris a part ce billet pour laisser l'autre lettre en estât de pouvoir estre monstree a monsieur le marquis de Lans (0; et si je ne l'avois escritte si précipitamment, j'eusse voulu quil l'eut envoyée ou a monsieur le Chancelier (2), ou a quelqu'un qui eut entrepris de bien

( 1 ) « L'autre lettre » écrite à la même date pour « estre monstree » ne nous est pas parvenue.

(2) François Provana, comte de Collegno, fils de Jérôme Provana, coseigneur de Bussolino, et de Gentina Provana de Pianezza, d'abord reçu docteur en droit à Turin, devint le 27 juillet 1579 conseiller d'Emmanuel-Philibert,

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représenter a Son Altesse la malice et le venin des ennemis de nostre pauvre parent (0, qui est la, musse comme un lièvre dans Marcla (2), avec une fort exacte obéissance. Chacun est scandalisé du grand pouvoir que les accusations seules ont : sil suffit d'accuser, qui sera innocent ? Ceux qui connoissent M. de Servette (3), et je croy que Son Excellence le connoist, sçauront bien discerner de l'action d'hier. Certes, Bertelot n'avoit que faire de s'opposer a luy en la conduite des dames; car, comme vous sçaves, c'est un gentilhomme de si bon lieu, que, comme que ce soit, encor le faut-il respecter.

Or, il suffit si l'on peut faire l'office au pauvre parent des-ja banni du Genevois et serré dans une mayson seule. Pour moy, je voy tant de malice et de ruse en ses calomniateurs, et la voy si clairement, que je me sens obligé de parler et me semble que le silence seroit péché. L'importance est que l'office se face viste, car je m'asseure que ce matin, Berthelot despechera un homme, comme sachant bien que la plus grande force de sa ruse consiste en la diligence.

Si madame la Comtesse (4) nous envo}^e des bouteilles, on les emplira tant quil y aura du piqu'ardent ( 5), et si nous

duc de Savoie, sénateur et préfet de Mondovî. Référendaire d'Etat en 1584, deuxième et ensuite premier président de la Chambre des Comptes, il fut en même temps créé auditeur général de la milice, par lettres patentes du 7 décembre 1592; le 1e1* juin 160a, Charles-Emmanuel relevait à la dignité de grand-chancelier, qu'il garda jusqu'à sa mort, arrivée le 19 août 1625. C'est dans cette dernière charge qu'il seconda les efforts de saint François de Sales pour l'affermissement de la foi catholique en Savoie. (Notes de M. le comte Provana di Colle g no ; Cariche del Piemonte, etc., Torino, 1798, tom. I.)

(1) M. de Charmoisy (cf. ci-dessus, note (3), p. 327, et pp. 362, 365).

( 2 ) Le château et la seigneurie de Marclaz étaient l'une des possessions que la famille Vidomne de Charmoisy avait en Chablais. (Cf. tomeXI, note ( 1 ), p. 218.)

( 3) Bernard d'Allinges, seigneur de Colombier, reconnaît le 7 janvier 1612, le fief de Servette pour lui et ses neveux, Josué et Daniel. Le gentilhomme désigné par saint François de Sales paraît être Josué, fils d'Antoine d'Allinges, seigneur de Servette, et d'Esther d'Haraucourt. Grand capitaine, il se signala au combat de Palestre en Piémont (1614), devint seigneur de Coudrée, de Rochette et baron de Laringe. Le 12 juillet 1617, il épousa Louise-Pernette de Varax et testa le 30 août 1635. (Archives de la Visitation d'Annecy, Collection J. Vuy.)

(4) La femme du destinataire (voir plus haut, note (2), p. i),

(5) Cf. ci-dessus, note ( 1 ), p. 345.

eussions eu des ampolons a suffisance, nous n'eussions pas oublié de vous envoyer vostre part. Je feray tenir seurement la lettre au cousin (O lundi ou mardi, au fin plus tard.

J'espère avoir le bien de vous saluer (2) et redire que je suis,

Monsieur,

Vostre plus humble, très affectionné serviteur,

Françs, E. de Genève.

XI avril 1 6 1 3.

A Monsieur Monsieur le Comte de Tornon.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme la marquise Pensa, à Turin.

(1) M. de Charmoisy.

(2) A Turin, où le comte de Tournon se trouvait alors.

DCCCLXVIII

A M. CLAUDE DE QUOEX Renseignements pour une dispense de mariage à obtenir.

19 avril 1613 (1).

Monsieur,

Outre le désir que j'ay de vous saluer, je me suis souvenu que j 'a vois oublié de vous supplier d'envoyer a Romme pour monsieur de Monthouz Guillet et sa femme; ce que néanmoins j'avoys promis de faire audit sieur de Monthouz, lequel réciproquement m'a promis de vous donner argent pour cet effect. Il s'appelle Gabriel Guillet; elle, Marie de Maillard (2). Et quant a

(1) Claude de Quoex reçut cette lettre le 21 avril, et ce même jour, François de Sales partait de Saint-Jean-de-Maurienne. (Cf. la lettre suivante.) C'est probablement de cette ville ou de Chambéry qu'il écrivit ces lignes.

(2) Claire-Marie de Maillard, qui était fille du comte Prosper-Marc de Tournon et de Philiberte de Beaufort, mourut le 29 septembre 1645; Gabriel Guillet de Monthoux décéda le 25 août 1630. Le 10 novembre 1609, à Annecy

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elle, (*) contraxit bona flde anno cetatis suce duodecimo ; prolem susceperunt (*) et scandalosa esset separatio. Ut raque autem partium est sub potestate patris; impedimentum est in tertio^).

Je pass'outre, Monsieur, plein d'espérance que, nonobstant toute sorte d'oppositions, Nostre Seigneur nous donnera victoire (3). Aymes moy tous-jours cependant, et me tenes, Monsieur, pour

Vostre humble, très affectionné frère et serviteur,

Franc6, E. de Genève.

XIX avril 161 3.

Je salue bien humblement madame ma chère seur (4).

(5) A Monsieur Monsieur de Quoex, Conseiller de Monseigneur et son premier Collatéral en Genevois.

Revu sur l'Autographe conservé à Chambéry, Archives du Sénat de Savoie.

(*) elle a contracté de bonne foi, à l'âge de douze ans ; ils ont eu un enfant (0, et il y aurait scandale s'ils se séparaient. Les deux parties sont sous le pouvoir du père ; l'empêchement est du troisième degré.

le père de ce dernier, Janus Guillet, seigneur de Monthoux et de Pougny, lui avait donné tous ses biens, sous la réserve de son entretien et de celui de sa femme, Jeanne-Aimée de la Fléchère. Le même jour, Gabriel Guillet se rendit à Rumilly, et le contrat de mariage fut passé chez le comte de Tournon, dans la chambre appelée la Chambre dorée. (Cf. Mcm. de la Soc. Sav. d'hist. et d'arche ol., tome XXIV, 1886, pp. xxxvi, xxxvn.)

( 1 ) Le nom de cet enfant ne nous est pas connu.

( 2 ) La dispense ne vint de Rome qu'en 161 5 ; le Saint la donna le 22 septembre de cette année, et lui-même bénit le mariage deux jours après. (Voir plus haut, note ( 1 ), p. 2.)

( 3 ) Allusion à l'affaire Berthelot-Charmoisy. (Cf. ci-dessus, note ( 1 ), p. 360.)

(4) Bernardine de Chissé, femme du destinataire.

(5) L'adresse, écrite par un secrétaire, paraît être de la main de Georges Rolland.

374 Lettres de saint François de Sales

DCCCLXIX

A LA MÈRE DE CHANTAL

(inédite)

Une halte en Maurienne. — Sollicitude du Saint en voyage.

Saint-Jean-de-Maurienne, 21 avril 161 3.

Ma très chère et très honnoree Mère,

Me voyci en la quatriesme journée (O, partant de Saint Jan de Maurienne, ou Monsieur TEvesque (2) nous a logés cordialement. Vives joyeuse, ma Mère vrayement toute bonne, en Nostre Seigneur, que je ne cesse point de supplier quil luy playse remplir de plus en plus nostre cœur unique de son tressaint et pur amour.

Je vous supplie de dire a M. Michel (3) qu'il face Taumosne aux Pères Capucins (4) tout ainsy que si nous y

( 1 ) Le premier dessein du bienheureux Prélat était de faire le voyage à pied, mais il déféra aux instances de ses amis et monta à cheval. Il partit à onze heures du matin, le 15 avril, escorté « d'une grande suitte des plus apparents de la ville. » (Charles-Auguste, Histoire, etc., liv. VIII.) Les compagnons de son pèlerinage furent entre autres, MM. de Blonay et Floccard, le baron de Thorens et probablement Jean-François de Sales ; Georges Rolland, François Favre et Noël Rogeot. « On ne vit peut être jamais despelerins plus saintement apliqués ; le silence et l'oraison etoient leur occupation ordinaire... nôtre Bienheureux Père leur donnoit chaque jour le point de méditation, en les invitant a demander, par l'intercession de saint Charles, le zèle qui lui etoit nécessaire pour la conduite de son diocèse. » (Ancien Ms. de Y Année Sainte, 25 avril.)

(2) Philibert-François Milliet (voir tome XII, note (3), p. 195).

(3) M. Michel Favre, aumônier du Saint.

(4) La fondation du couvent des Capucins d'Annecy se fit en 1593, par les libéralités de Charles-Emmanuel, duc de Genevois-Nemours, et celles de son frère Pierre-Jacques de Savoie. Mgr de Granier consacra l'église et la chapelle du monastère (31 août 1597), édifié sur les bords du lac. Il eut pour premier gardien le vénérable Jean de Maurienne, et jusqu'à la Révolution, il soutint sa réputation de ferveur et d'austérité. En 1821, la ville ayant acquis les bâtiments, y établit un hôpital qui subsiste encore. (Voir Mercier, Souvenirs hist. d'Annecy, 1878, chap. xvi ; Nécrologe, etc., par le P. Eugène de Bellevaux, p. xvi.)

Saint François de Sales, attaché, comme l'on sait, à la famille franciscaine, « donnoit des bonnes aumosnes... particulièrement aux RR. PP. Capucins... Il alloit quelquefois manger avec eux, y faisant porter le disner pour tous. » (Process. remiss. Gebenn. (I), dépos. de Ste J.-F. de Chantai, ad art. 27.)

Année 1613 375

estions, et que si les Dames de Sainte Claire (0 ont besoin de vin, mesme pour les malades, il leur en donne.

O ma très chère et vraye Mère, Dieu vous bénisse de ses plus profondes bénédictions, avec toute la chère trouppe, spécialement la malade (2). Vostre filz (3), vostre neveu (4), tout cela vous donne le bon jour. Qu'a jamais soyons nous a Dieu, vous comme moymesme, moy comme vous mesme, puisqu'il a ainsy pieu a sa divine Bonté, a laquelle soit gloire es siècles des siècles. Amen.

xxi avril 161 3, a Saint Jan de Maurienne.

A Madame Madame de Chantai, Supérieure de la Visitation.

A Neci.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Uedem (Prusse rhénane).

( 1 ) Voir tome XIII, note ( 2 ), p. 74.

(2) Sœur Claude-Françoise Roget (voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 369).

(3) Le baron de Thorens.

(4) Probablement, Jean-François de Sales que la Sainte se plaisait à nommer son « neveu. »

DCCCLXX

A LA MEME

Comment attendre l'issue d'une maladie. — Dans quels sentiments faut-il sortir de cette vie et acquiescer à la Providence divine.

[Fin avril-mai 161 3 (1).]

Il faut attendre, ma très chère Mère, l'événement de cette maladie le plus doucement qu'on pourra, avec parfaitte resolution de se conformer a la volonté divine

(1) Le texte que nous donnons ici est dégagé des interpolations où il se trouve entremêlé dans les éditions précédentes. S'agit-il des enfants de la Mère de Chantai ou des filles spirituelles des deux Fondateurs? L'allusion semble viser ces dernières ; d'ailleurs, le ton résigné du Saint fait plutôt penser à la maladie de la Soeur Roget. (Voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 369.) La date proposée est fondée sur ces conjectures.

376 Lettres de saint François de Sales

en cette perte, si perte se doit nommer l'absence de quelque tems, qui, Dieu aydant, sera réparée par une présence éternelle. Hé, que bienheureux est le cœur qui ayme et chérit la volonté divine en toutes occurrences ! O si une fois nous avons nostre cœur bien engagé a cette sainte et bienheureuse éternité : Allés, ce dironsnous a tous nos amis, allés, chers amis, allés en cet Estre éternel a l'heure que le Roy de l'éternité vous a marquée ; nous y irons aussi après vous. Et puisque ce tems ne nous est donné que pour cela et que le monde ne se peuple que pour peupler le Ciel, quand nous allons la, nous faysons tout ce que nous avons a faire. Voyla pourquoy, ma Mère, nos anciens ont tant admiré le sacrifice

* Gen., xxii, 1-12. d'Abraham *. Quel cœur de père ! Et vostre sainte com-

patriote, la mère de saint Symphorien, par le traict de

* inirod. h la Vie laquelle je finis mon livre * !

dev., Part. V, chap. r\ T\' AT 1 • c ^ j

xvin. (Vid.tom. m, U Dieu, ma Mère, laissons nos enfans a la mercy de

P- 366-) Dieu, qui a laissé le sien a nostre mercy ; offrons luy la

vie des nostres, puisqu'il a donné la vie du sien pour

*Cf. Joan., m, 16; nous*. En somme, il faut tenir les yeux fichés sur la

Providence céleste, a la conduite de laquelle nous devons,

de toute l'humilité de nostre cœur, acquiescer. (0

Dieu vous bénisse, et marque vostre cœur du signe éternel de son pur amour. Il faut devenir très humblement saintz, et respandre par tout la bonne et suave odeur de nostre charité. Dieu nous face brusler de son saint amour et mespriser tout pour cela ; Nostre Seigneur soit le repos de nostre cœur et de nos cors ! Tous les jours j'apprens a ne point faire ma volonté et faire ce que je ne veux pas. Demeurés en paix entre les doux bras de la divine Providence et dans le giron de la protection de Nostre -Dame.

Franc5, E. de Genève.

(i) Ici, les anciens éditeurs avaient interpolé plusieurs phrases tirées de lettres de différentes dates; entre autres, les lignes 3-7 de la lettre du 8 avril. (Voir note (1 ), p. 370.)

I Joan., iv, 9.

MINUTE

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