‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 67 sur 88 · LETTRE DU PERE JEAN DE VIDLARS DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LETTRE DU PERE JEAN DE VIDLARS DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS

Monseigneur,

Vide p. 6\, not.(:). * Vostre humilité, ma condition et mon humeur me défendent la flatterie et commandent la congratulation pour les biens que ma Mère, qui, de ses eaux salutaires, m'a engendré en vie éternelle, reçoit par vous. Il est vray, Monseigneur, je ne suis qu'un pécheur et le dernier de nostre Compaignie ; mais Dieu me donnoit des mouvemens si vifs d'asseurer madame de Chantai que le Ciel luy vouloit donner l'eau de la Samaritaine par le canal de vos lèvres, que si les Anges fussent venus troupes a troupes pour m'en dissuader, je ne crois pas qu'ilz l'eussent peu faire, parce que l'impression estoit du Roy des Anges.

Et m'a semblé, depuis que vostre naissante Congrégation est commencée, que je4'ay veùe comme une Hierusalem nouvellement descendante du Ciel. Oh ! que je me suis écrié de bon cœur : Bénite soit la première pierre de cet édifice ! Oh, qu'elle est polie ! C'est un marbre bien taillé, marbre blanc, que le cœur de cette digne vefve, dont j'ay autrefois tant honoré les vertus et dont je venere maintenant la sainteté. Il est blanc, ce cœur, par la pureté de ses intentions ; il est poli, par les diverses afflictions qui, en guise de coups de marteau, ont osté toutes les superfluités et l'ont jointe au point du lieu sacré ou elle devoit estre posée, et vostre ingénieuse main a gravé sur ce marbre poli, pour un monument éternel de gloire a Dieu, ces quatre belles paroles qui sont les 'devises de vostre cœur : Vive Jésus!

' cf. Epist. Dcxcin, Vive Marie * ! 1 out a Dieu, tout pour sa gloire !

N'ay-je pas donc sujet de dire : Bénite soit la pierre, béni soit l'ouvrier, et béni soit éternellement l'Architecte céleste qui, dans son idée éternelle, avoit fait le projet de cet édifice ? Il me semble, Monseigneur, que cette Congrégation manquoit encor a l'Eglise, et que Dieu vous ait suscité en nos jours pour l'ériger. Certainement,

(1) Voir tome XII, note (1), p. 343.

Lettres de quelques correspondants 389

Nostre Seigneur a visite son peuple, et faut croire que la bénédiction de commencement s'estendra avec une amplification nombreuse : car, que manquoit il aux foibles, que cette médiocrité? que falloit il aux vefves, que cette douceur? que pouvoyent désirer les robustes et ferventes, que cette mortification ? Vous avez, mon très cher et digne Seigneur, dressé un temple de Salomon en ce siècle, voyla les trois estages : que reste il a ces âmes bienheureuses destinées a l'habitation d'iceluy . que d'entrer dans le Sancta Sanctorum de l'éternelle félicité ?

Monseigneur, donnés moy quelque petite part aux prières qui se feront dedans ce temple. Il me reste de recourir a vous pour cet effect, car je crois que madame de Chantai ne me refusera pas cette grâce, puisqu'elle sçait mes besoins, et de plus, que je suis

Vostre très humble, obéissant serviteur, fils, pénitent, Jean de Villars, Jésuite.

De Dijon, ce 24 juillet 161 1.

Revu sur le texte inséré dans YHistoire de la Fondation du ier Monastère de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DE MADAME DE SAÎNT-CERGUES

DCCCLXXI.

* La réception de celle dont il vous a pieu m'honorer a apporté * vide Epist. dcl* une telle joye et consolation en mon ame, qui me sembloit, la lisant, que je vous voioyt présent. Je me condamnois neantmoinsen ce que vostre bonté et courtoisie, joiend au soien quil vous plaist avoir de mon bien et salut, m'avoit prévenue, encore que la faute ne provenoit pas d'obliance ni moins de reconnoissance de mon devoir ; car il y a plus de huict jours que j'avois dressé une lettre pour vous l'envoyer à la première comodité. Mais d'autant qu'elle contenoit quelque avis plains (sic) de difficulté et fâcherie ou je me suis trouvé reduicte, il m'a semblé qui me seroist plus séant de m'en taire pour le présent, remettant à nostre première veùe à le vous dire de bouche ; qui sera, comme j'oze espérer, bien tost, puis que nous approchons

390 Appendice

de la feste qui vous donne subject de venir à Thonon (0. Je m'en rejouis infiniment, me promettant que ce ne sera sans avoir l'honneur de vous voir en passant, ou bien à vostre maison de Vieu (2).

Cependant, je vous diray (Monseigneur) comme par la grâce et support de mon Dieu je persévère en l'exercise ou il vous a pieu réacheminer, qui apporte un grand repos à mon ame et contentement à mon esprit parmi les traverses et fâcheries qui faut supporter en ce monde. Je me rafïreschis aussi la mémoire tous les jours des bonnes et salutaires instructions qui vous a pieu me despartir, en la lecture des beaux livres que je tiens chèrement de vous, Monseigneur, ou je trouve le remède à tous mes maux. Ne reste si non à me les sçavoir bien appliquer et en bien user.

Le Seigneur m'en fasse la grâce, sil luy plaist, et me doinct mériter de me nommer à tousjours, Monseigneur,

Vostre très humble et obéissante fille, sœur et servante,

J. de Cartal.

De Lucinge, ce 29 julliet 161 1.

Revu sur l'Autographe inédit, qui, en 1895, appartenait à Mme Doroz, née d'Arcine, à Besançon.

( 1 ) La fête de la Nativité de la Sainte Vierge ; on se rappelle, en effet, que dès le 7 septembre 161 1 saint François de Sales se trouvait à Thonon, où il présida l'ouverture du Jubilé. (Cf. Lettres dccx, dccxii.)

(2) Viuz-en-Sallaz, chef-lieu du mandement de Thy, qui appartenait aux princes-évêques de Genève depuis 1185. (Cf. tome XIII, p. 301.)

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