‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 68 sur 88 · LETTRE DE DOM SENS DE SAINTE-CATHERINE FEUILLANT O · texte numérisé non relu

LETTRE DE DOM SENS DE SAINTE-CATHERINE FEUILLANT O

Mon très digne Père et mon Pasteur bien aimé,

vide P. 160, not.(i). * Les petits chiens, [qui] aiment grandement leurs maistres et que leurs maistres aiment bien, ne laissent pas de les importuner

(1) Sens ou Sans Beauner fit profession en 1586, dans la Congrégation des Feuillants, à l'âge de dix-sept ans. Supérieur général pour la première fois, de 1607 à 1610, il exerça encors cette charge de 1614 à 1620, et mourut saintement à Rome le 12 octobre 1629.

Lettres de quelques correspondants 391

quelquefois de leurs griffes, mesme en leur tesmoignant qu'ils les aiment et en les caressant. Ainsi, Monseigneur, je vay, avec les griffes de ma plume, vous carresser comme mon cher maistre, et vous demander quelques unes des miettes qui tombent sous vostre table, lorsque vous rompe le pain de salut a vos chères Filles.

Mais, Monseigneur, vous ne [me] pardonnerié jamais si je vous racontois les louanges que l'on donne a ce Père et a ses Filles. L'on dit que c'est la perfection de ce siècle ; et, vous laissant a part pour pardonner a vostre modestie et contenter vostre humilité, le bon Père de Saint Malachie * me disoit l'autre jour, qu'il consideroit * ^ tom. xnr, not. devant madame de Chantai et la voioit en esprit comme un soleil, et chacune de ses filles estoit un rayon pour esclairer ce siècle.

(0 Et moy, mon unique Seigneur, quand je considère vostre Congrégation devant Dieu, je la vois aussi haute en amour comme vous l'avez faite profonde en humilité, et j'espère que bientost la France, jalouse du bien de nos montagnes, voudra partager ce bonheur avec elles; j'espère, dis je, que comme les plaines sont plus propres a s'estendre que les monts et vallées, que dés que vous auré fait quelques Maisons en nos quartiers, ce sera jetter madame de Chantai comme un grain dans ces plaines, qui raportera au centuple. Dieu me rende digne de voir nos terres ensemencées de cette bonne semence, et je prie Dieu de luy donner l'arrousoir d'en haut, par les bénédictions, et l'arrousoir d'en bas, par les bons accueils que cette Congrégation mérite recevoir par tout, quand ce ne seroit qu'a la considération de son Fondateur et de la Fondatrice, que j'honore sans difficulté, selon le conseil de l'Apostre, comme l'autel sacré de Dieu.

Et après vous avoir supplié en toute humilité, Monseigneur, de luy demander un Ave pour moy [et] a toutes ses Filles, je demeure Vostre très obéissant fils, Dom Sens de Ste Catherine, indigne Feuillant. De vostre Maison, ce 3e février 1612.

Revu sur le texte inséré dans l'Histoire de la Fondation du ier Monastère de la Visitation d'Annecy.

(1) Migne, tome IX, col. 83, a publié cet alinéa, avec plusieurs changements; le reste est inédit.

392 Appendice

LETTRE DE M. JEAN-LOUIS DE CHEVRON SEIGNEUR DE BONVILLARD l1)

Monsieur,

vide Epist. dcclxix. * Je vous prierey m'excuser si je vous importune de ces deux moctz pour vous prier représenter, si vous voz (sic) treuvé en commodité, a messieurs de Chivron mes nepveuz (2), aux fins que, avec vostre assistance et du sieur de Villette nostre cousin (3), puissions faire noz partaiges sans aulcunes formallités de justice, ains par voye d'amytié, comme le debvoir nous oblige. J'ey par plusieurs foys prié lesdictz sieurs mes nepveuz de prendre une journée pour y resouldre en vostre présence, lesqueîz ne si veullent entendre, ains desmeurent saysis de tout, a mon grand préjudice, veu les grandz charges et debtés qui sont deubz sus noz biens (4).

Et sur ce, j'attendrey d'avoir de vous, nouvelles, en priant Dieu

(1 ) Voir plus haut, note ( 1 ), p. 208.

(2) Hector de Chevron, frère du correspondant du Saint, et Jeanne de Menthon avaient quatre fils: Bernard (voir plus haut, note ( 1 ), p. 207); Prosper, dit baron de Chevron, qui épousa Victoire Borella; Philippe, chevalier de Malte, et Benoît-Théophile qui devint archevêque de Tarentaise (cf. tom. XIII, note (2), p. 344). Ce sont apparemment les deux premiers que M. de Bonvillard désigne ici.

(3) Le baron Amédée de Villette, cousin-germain d'Hector et de Jean-Louis de Chevron.

(4) Les différends survenus pour les seigneuries de Chevron et Bonvillard, d'abord entre les trois frères, Hector, Jean et Jean-Louis de Chevron, ensuite entre ces deux derniers et leurs neveux Bernard et Prosper (voir note (2) ci-dessus), ne prirent fin qu'en 1616. Voulant les terminer « par voye amiable, » les parties se soumirent, par « acte de compromis » daté du 8 juillet, « a l'arbitrage, décision et jugement » de saint François de Sales et du baron de Villette, choisis pour « surarbitres. » La transaction fut passée à Annecy, « en la maison de Monseig1" le Rme Evesque de Genève. » (Archives de Giez, Projet if arbitrage, minute.)

Lettres de quelques correspondants 393

qu'il vous aye en sa protection, et suis, appres vous avoir baisé très humblement les mains, Monsieur,

Vostre bien humble et affectionné cousin et serviteur,

J. L. de Chivron.

A Bonviliard, ce 21e mars 16 12.

Revu sur l'Autographe inédit, conservé à la Visitation de Pignerol.

Page 1