A MONSEIGNEUR JEAN-PIERRE CAMUS ÉVÊQUE DE BELLEY
Il faut beaucoup souffrir des enfants en bas âge. — Quatre mots de saint Paul, règle des prédicateurs. — La patience et la doctrine.
Annecy, 7 mars 1 6 1 1 (1).
Monseigneur,
Je me res-jouis avec vostre peuple qui a le bien de recevoir de vostre bouche les eaux salutaires de l'Evangile, et m'en res-jouirois bien davantage, s'il les recevoit avec l'affection et reconnoissance qui est deuë a la peyne que vous prenes de les respandre si abondamment. Mays, Monseigneur, il faut beaucoup souffrir des enfans tandis qu'ilz sont en bas aage, et bien que quelquefois ilz mordent le tetin qui les nourrit, il ne faut pas pour- IITim., iv, 2. tant le leur oster. Les quatre motz du grand Apostre * nous doivent servir d'epitheme : Opportune, importune ; in omni patientia et doctrina (*). Il met la patience la première, comme plus nécessaire, et sans laquelle la doctrine ne sert pas. Il veut bien que nous souffrions qu'on nous treuve importuns, puisqu'il nous enseigne d'importuner par son importune. Continuons seulement a bien cultiver, car il n'est point de terre si ingrate que l'amour du laboureur ne fceconde.
(*) A temps et à contretemps ; avec toute la patience et la doctrine.
( 1) L'édition de 1626 porte la date de 1621, mais on sait que, sous la plume du Saint, 1621 peut se confondre à la lecture avec 1611. Cette dernière date est certainement plus probable, car il est presque prouvé qu'en 1621, Camus prêchait à Paris. « Pendant neuf ou dix années de suite, » nous dit-il, « je fus appelé à Paris pour y prescher en diverses églises les Avens et les Caresmes. » (Eloge de Pieté à la bénite mémoire de Mire Claude Bernard, etc., Paris, 1641.) Or nous savons par une lettre du Prélat à Mlle Le Gras, datée d'octobre 1623 (Archives des Lazaristes), qu'il dut, à partir de cette même année, interrompre ses prédications dans les chaires de la capitale.
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pattendray cependant les livres quil vous plaist me promettre, qui tiendront en mon estude le rang convenable a l'estime que je fais de leur autheur, et a l'amour parfait avec lequel je luy porte et porteray toute ma vie honneur, respect et révérence.
Je suis, Monseigneur,
Vostre très humble frère et très obéissant serviteur,
Franc3, E. de Genève. ( » ) Le 7 mars 16. . .
(1) « Le bon P. Poissard est venu de par delà le diocèse; il a veu le P. Desgranges, a qui il a fait connoistre le plan du pont de Secelles que Monseigneur a le projet de faire eslever au bas du couvent des Carmélites ( i ). Le pauvre peuple louera Dieu, car le service luy sera très utile. »
Ces lignes sont données en post-scriptum par Migne (tome VI, col. 869), qui ne les cite pas au tome V, col. 1291 ; elles ne se trouvent pas non plus dans l'édition princeps, ni dans le* suivantes, jusqu'à Biaise, Nouvelles inédites (1833), exclusivement. Ce dernier dit avoir reproduit cette lettre, avec le post-scriptum et sans date, d'après l'Autographe appartenant à M. de Monmerqué (2). Or, cette affirmation ne mérite pas absolue confiance, car l'éditeur a publié dans le même volume une lettre rejetée de notre Edition comme apocryphe (voir tome XIII, note ( 1), p. 192). Toutes ces raisons font paraître bien suspect le texte donné en 1833.
( 1 ) S'il s'agit de Seyssel, il faut noter qu'il n'y a jamais eu de couvent de Carmélites. (2) Une copie se conserve à la Bibliothèque publique de Lyon, Collection Coste, n° 16140.
DCLXVIII
A LA MÈRE DE CHANTAL
Le nom que le Saint avait d'abord adopté pour ses chères filles; pourquoi il le changea. — Sa dévotion à sainte Françoise Romaine. — Le « petit Batiste >> et « Celse Benine. »
Annecy, 9 mars 161 1 .
Ouy, ma chère Fille, ouy sans opiniastreté, nous changerons le nom de Seurs Oblates (0, puisque cette expression
(i) On lit dans Y Année Sainte (ancien Ms.), à la date du 9 mars : « Nôtre Père saint François de Sales avoit une dévotion particulière pour sainte
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desplait si fort a ces messieurs!1) ; mais nous ne changerons jamais le dessein et le vœu éternel d'estre a jamais les très humbles servantes de la Mère de Dieu. Renouvellés-en la promesse en vostre Communion; j'en feray de mesme au Sacrifice de la Messe.
Helas ! il y a aujourd'huy douze ans que j'eus la grâce de célébrer dans le monastère de cette sainte vefve Romaine (2), avec mille désirs de luy estre dévot toute ma vie. Comme elle est nostre sainte Patronne, il faut qu'elle soit nostre modèle. Elle aymoit bien autant son petit Batiste (3) que vous aymés vostre Celse Benine ; mais
Françoise, que l'Eglise honore aujourd'hui. Le célèbre monastère de la Tour des Miroirs est un des lieux de pieté qu'il visitoit avec plus de tendresse dans les deux voiages qu'il a fait à Rome... Nous avons vu dans les premiers Mémoires qu'il fit pour commencer nôtre Institut, qu'il nous donnoit pour modèle la conduite de sainte Françoise : même, il nous nommoit les Sœurs Oblates de la Sainte Vierge. » (Cf. le tome précédent, note ( i ), p. 349.)
Le bienheureux Fondateur empruntait ce nom à l'illustre veuve romaine, qui l'avait donné à ses compagnes le 15 août 1425, lorsqu'elle les affilia aux moines Olivétains de Sainte-Marie-la-Neuve, sous l'appellation d'Oblates, du mot offero, oblatus, qui remplaçait celui de profiteor, professus. (Cf. le tome précédent, note (2), p. 330.) Et dans la Congrégation de sainte Françoise, ce n'est pas seulement le nom de ses Religieuses qui lui avait plu tout d'abord ; leur vie séparée du monde, qui n'exigeait pas un costume monastique, et s'accommodait des vœux simples annuels et de l'absence de clôture, avait souri au Saint, ce cadre de vie extérieure, souple et aisé, lui ayant paru suffisant pour servir de bordure et de haie à la vie intérieure de ses filles.
( 1 ) Ces « messieurs » étaient les nombreux amis de la Congrégation naissante. Le nom d'Oblates n'était pas alors en usage en France.
(2 ) François de Sales fit cette visite à la Tour des Miroirs en 1599, lorsqu'il vint à Rome avec M. de Chissé. A cette époque, la cause de la canonisation de la vénérable Fondatrice venait d'être reprise, et l'espoir de la voir aboutir avait ravivé la dévotion du peuple romain. Cette circonstance explique l'empressement du pèlerin de Savoie à visiter l'antique monastère.
(3) Jean-Baptiste Ponziani naquit en 1400 et fut baptisé en l'église de Sainte-Cécile du Transtevere. Avant d'évacuer Rome en 1409, le comte de Troja, capitaine du roi de Naples, Ladislas Durazzo, exigea comme otage le fils aîné de Françoise ; mais l'enfant fut bientôt rendu à sa mère. En 1410, les Napolitains emmenèrent de nouveau le fils de la Sainte, restée seule avec ses deux autres enfants, Evangéliste et Agnès, qu'elle perdit peu après. A la mort de Ladislas (6 août 1414), Laurent Ponziani, avec son fils Baptiste, revint de l'exil et de la captivité. Celui-ci épousa (1417) Mobilia, d'abord légère et futile, et bientôt transformée par la sainteté de Françoise. Il en eut deux enfants, Girolamo et Vannozza. Baptiste survécut à sa sainte mère ; on voit encore son tombeau dans la sacristie de Sainte-Cécile, jadis la chapelle des Ponziani.
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elle laissa a Dieu l'entière disposition d'en faire a sa volonté, et il en fit un enfant de salut. Ainsy je l'espère du cher enfant de ma très chère Mère.
Revu sur un ancien Ms. de Y Année Sainte, conservé à la Visitation d'Annecy.