AU PÈRE RENÉ AYRAULT, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS
Compliments affectueux à un ancien « compaignon d'escole. » Deux prises de voile à la Visitation.
La Roche, [24-28 juin (2)] 1617.
Mon Révérend Père,
J'ay receu a beaucoup d'honneur la lettre que MlleFavreau(5)
( 1 ) Au bas de l'Autographe, qui ne porte plus d'adresse, se lisent ces mots : Cette epitre est écrite au R<t Père Ayraud, Recteur du Colege de la Compagnie de Jésus a Dole. — René Ayrault, bien digne par ses mérites et ses vertus de l'estime de saint François de Sales, était angevin. Né le 12 novembre 1567, moins de vingt ans après il fuyait la maison paternelle pour répondre à l'appel de Dieu et entrer chez les Jésuites. Son père, Pierre Ayrault, lieutenantcriminel au présidial d'Angers, le poursuivit à Paris, puis à Rome; mais le vaillant jeune homme cacha son nom et s'exila de nouveau, s'abritant en Allemagne pour échapper à ceux qui voulaient l'empêcher de servir Jésus- Christ. Cette vocation généreuse souleva, contre la Compagnie, une tempête qui eut un long retentissement, mais elle lui donna un homme dont la fermeté d'âme et la fidélité à Dieu ne pouvaient être suspectées. Le P. Ayrault, profès des quatre vœux le 5 novembre 1605, après avoir rempli les fonctions de professeur, fut, pendant vingt-trois ans, recteur dans les provinces de Lyon et de Champagne; envoyé à la Flèche en 1635, il y mourut le 18 décembre 1644. (D'après le P. de Guilhermy, Ménologe de la Compagnie de Jésus, et les Notes du R. P. Hafner, archiviste général de la Compagnie.)
( 2 ) Mois et quantième ont disparu de l'Autographe, mais le séjour du Saint à La Roche en 1617, et par suite la date exacte de cette lettre, se trouvent compris entre le 24 et le 28 juin.
(3) Marguerite Favrot naquit à Pontarlier en 1579 « d'une famille très honnorable et de parens tres-vertueux, » Antoine Favrot et Anne Brûle. Mariée bien jeune à un avocat de Poligny, Désiré Masson, elle resta veuve de bonne heure, et s'adonna sérieusement à la piété. Pour y faire plus de progrès encore, elle alla passer six ans en Lorraine sous la conduite d'un grand serviteur de Dieu ; plus tard, la réputation de l'Evêque de Genève l'attira en Savoie. Le 6 juin 1617, Mme Masson prit, avec l'habit de la Visitation, le nom de Sœur Françoise-Marguerite, et prononça ses vœux l'année suivante. Le Livre du Couvent fait ainsi son éloge : « Elle avoit un très bon jugement, et parloit avec beaucoup de sagesse et de considération. Elle avoit aussi un cœur grand, emporté a l'amour de la sainte pauvreté, a la sobriété et mespris de son corps. » Bientôt (en juillet 1620) nous trouverons sous la plume du saint Fondateur, tracé en quelques lignes, un portrait achevé de la vertueuse Religieuse, alors Assistante-commise à Annecy, « sage, cons- « tante et véritable servante de Nostre Seigneur; un peu sèche et froide
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et M"° d'Albamé (0 m'escrivirent de vostre part ; car, outre la douceur que je prens a me ramentevoir le tems auquel nous estions compaignons d'escole (2), vos mérites me font grandement estimer tous les tesmoignages quil vous plait me donner de vostre bienveuillance, laquelle je vous conjure de me vouloir continuer par vostre courtoysie, bien ayse de sçavoir que vous soyes arresté en nostre voysinage, sous l'espérance que, par ce moyen, il se pourra bien faire que j'aye encor un jour lhonneur de vous revoir.
Et cependant, je cheriray de tout mon cœur tout ce quil vous plaira de me recommander, comme je fay le sujet d'avoir soin plus particulier de ces deux damoyselles, desquelles Tune, madamoyselle Favreau, est desja voylee, et l'autre le sera soudain que je seray de retour d'un voyage que je vay faire a Thonon (3); et espère que l'un'et l'autre donneront [et recevront U)] réciproquement de l'édification et consolation en la Congrégation en laquelle elles ont esté appellees, puisque a ce commencement Dieu leur en donne de si bonnes arres.
« de visage, mais bonne de cœur; courte en paroles, mais moelleuse. » Sainte Jeanne de Chantai aima beaucoup cette âme virile et ressentit vivement sa mort, arrivée à Lyon le 29 octobre 1630. La Mère Françoise-Marguerite Favrot revenait alors de Marseille où elle avait fondé en 1623 une Maison de la Visitation. (Voir sa Vie par la Mère de Chaugy, dans Les Vies de VIII vénérables Veves. Religieuses de V Ordre de la Visitation Sainte Marie, Annessy, Jacques Clerc, mdclix.)
(1) Originaire du comté de Bourgogne, Claude d'Albamey demeura fort jeune orpheline de son père, Antoine d'Albamey, et de sa mère, Pierrotte de Vaulgrenant. Une de ses tantes, Religieuse de Saint-Bernard, se chargea de son éducation ; mais la jeune fille, quoique résolue de se donner à Dieu, ne voulut point s'engager dans le Monastère non réformé de sa parente, et préféra se mettre à la suite d'une dame son alliée. Elle avait près de quarante ans lorsqu'elle entendit parler de l'Institut fondé par l'Evêque de Genève; elle y demanda une place et fut agréée par les deux Saints qui l'honorèrent de leur affection et de leur estime. Sœur Claude-Thérèse prit part à l'établissement du Monastère de Belley (août 1622), et, quatorze mois après, à celui de Pont-à-Mousson. En 1636, elle passe au couvent de Metz comme Assistante, et revient mourir au Pont en 1643, ^e ll décembre. (D'après le Livre du Couvent, du ier Monastère d'Annecy.)
(2) A Paris, au collège de Clermont.
( 3 ) Le voyage dura de la fin de juin au 30 juillet, et la Sœur d'Albamey fut « voylee » le 5 août.
(4 ) Mots oblitérés.
3 2 Lettres de saint François de Sales
Playse a la divine Bonté de vous conserver et prospérer de plus en plus en son saint service, et je suis de tout mon cœur,
Mon Révérend Père,
Vostre plus humble, très affectionné confrère et serviteur,
Franc5, E. de Genève.
1 617, a La Roche.
Revu sur l'Autographe conservé à Beaufort, chez les Sœurs Hospitalières de Saint-Joseph.
MCCCXXIII
A LA MERE DE CHANTAL