‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 12 sur 91 · INÉDITE · texte numérisé non relu

INÉDITE

Paternelle sollicitude pour la santé de la Mère de Chantai. — Ne pas se contenter d'attendre les âmes, mais leur aller au-devant. — La pureté en ce monde. — Désirs d'une sainte mère pour sa fille.

Viuz-en-Sallaz, 29 juin 1617 (1).

Je suis tous-jours bien brave homme a me porter bien icy et par tout, et n'y a rien a craindre, ma très chère Mère. Mais, comme me pourrois-je empescher d'estre en peine de ce que je suis la, quant a la santé ? Pour Dieu, ne parles pas beaucoup, soulages vous, et vous tenés un peu tranquille tant d'esprit que de cors ; car le premier accident vous arriva après le traitté avec M. de la Roche (2), ou vous ne fustes pas sans parler avec affection, et puis le tracas des malades (3) fit venir le second. Travailles, ma

( 1 ) L'Autographe n'a pas de date d'année ; mais celle que nous ajoutons est prouvée par l'allusion à la maladie de la Sœur Marie-Gasparde d'Avisé, et par le « traitté avec M. de La Roche. »» (Cf. les Lettres mcccxxi, et mcccxxxi, p. 49-)

(2) Ce traité eut lieu le 22 juin 1617. Il s'agissait de la vente des vignes situées à Chavoire, sur lesquelles était constituée en partie la dot de la Sœur Claude-Agnès Joly de la Roche. (Voir le tome précédent, note (4), p. 329.)

(3) Plusieurs Sœurs du Monastère d'Annecy étaient alors atteintes de graves maladies. « Toutes nos malades sont hors de péril de mort, » écrit la Mère de Chantai le 3 juillet suivant; « elles nous ont fait belle peur, mais surtout la pauvre Sœur Marie-Gasparde; elle la peut bien compter pour une. » (^D'après l'Autographe; voir Lettres, vol. I, p. 200.)

Année 1617 33

très chère Mère, mais tout bellement, tout doucement, tranquillement.

Je suis consolé que nos pauvres filles soyent un peu allégées, car je les chéris d'un cœur plus que paternel toutes, et vous sçaves que j'ayme particulièrement cette pauvre Marie Gasparde de tous tems, et, maintenant qu'elle est malade, encor plus tendrement (0. Nous continuerons a faire prier pour elles.

J'ay pensé sur cette chetifve fille dont je vous escrivis; et en fin, si elle veut faire une retraitte pour se résoudre, il faut non seulement la recevoir, mais, sil se pouvoit, luy aller au devant (a). Qui sçait si Dieu aura pitié d'elle et luy pardonnera ? Son mauvais naturel ne m'estonne point, car Nostre Seigneur fait quelquefois les enfans d'Abraham des pierres*. La conversion ne dépend pas *Matt.,in, 9. de la nature, mais de la grâce. Je voy que cette venue apportera de l'incommodité, mais, peut estre, bienheureuse incommodité, qui se prend pour recueillir l'estranger par l'hospitalité spirituelle. Saint Pierre, prince des pœnitens, est devant mes yeux, qui fut si doux aux pécheurs après quil ne le fut plus.

Je suis bien en peine de l'autre chère fille, que nous chérissons tant en suite de la dilection de sa mère (3); car je

(1) Voir ci-dessus, Lettre mcccxxi, p. 27.

(2) Quelques jours après, la Mère de Chantai mandait à la Mère Favre, Supérieure à Lyon : « Nous écrivons un mot à M. l'Aumônier ( 1 ) en réponse de celle qu'il avait écrite à Monseigneur pour M"e Bellot. Si cette pauvre créature veut, nous la retirerons ici et lui ferons de grand cœur l'assistance qu nous sera possible ; mais, comme nous vous avons déjà mandé, il n'y a moyen que vous lui donniez l'entrée en votre Maison de Lyon. Or, si elle ne cherche que Dieu et sa réconciliation avec sa Bonté, elle agréera de venir ici; sinon, la divine Majesté se contentera de notre bonne volonté. » (Lettre du 3 juillet citée plus haut.)

Le rapprochement de ce texte avec celui du Saint permet d'indiquer presque avec certitude la « chetifve fille » qui, plus d'une fois déjà, avait été l'objet de la charité miséricordieuse de l'Evêque de Genève et de la sainte Fondatrice. (Voir tomes XV, note (1), p. 335; XVI, Lettres dccclxxxiv, p. 21, CMi.vm, p. 155, et note ( i ), p. 319.)

(3) C'est Françoise de Charmoisy qui préoccupait le Bienheureux; elle est clairement désignée par ces mots, dans une lettre des premiers jours de

( 1 ) Claude de Sevelinges, aumônier de Belleville, ancien confesseur de la Visitation de Lyon. (Voir tomes XV, note ( 2), p. 333, et XVII, note ( 1 ), p. 335.)

Lettres Vlil 3

ne sçai bonnement comme en parler a sa mère, qui en recevra bien du desplaysir, estant bien esloignee de cette humeur-la. Je m'essayeray de l'attirer en confession et de la faire bien confesser, car de la dépend sa délivrance. Il est vray, ma très chère Mère, il y a peu de pureté en ce monde, sinon celle que la pcenitence opère et la vie

dévote.

Or bien, je vous escriray a toutes occurrences, ma très chère Mère, mon cœur et ma vie ne pouvant subsister avec consolation que par l'unité quil a pieu de faire a Dieu de nous, affin quaeternellement nous fussions siens.

Madame de la Flechere de ce pais ( « ), qui vint hier faire sareveùe, vous bayse millefois les mains. C'est une sainte ; elle a grand désir de vous aller voir et de vous mener une sienne brave fille a mon gré, laquelle est aagé (sic) de 19 ans, et, par ouï dire, est un peu touchée d'estre de la Visitation ; et cette bonne mère, qui en brusle, estime que la veùe la fera résoudre (*).

Dieu vous conserve, ma très chère Mère, et remplisse a jamais nostre unique ame de son très pur amour. Amen.

A Viu, le jour des deux saints amans, saint Pierre et saint Paul.

A ma très chère Mère.

A la Visitation.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de San Vito al Tagliamento

(Italie).

juillet- « la fille de la petite seur. » (Lettre mcccxxxi, p. 49) On a vu en effet (tome précédent, p. 39), que François de Sales en écrivant à la Mère de Chantai, se plaisait à donner l'appellation de « petite seur » à M"e de Charmoisy Françoise, la seconde de ses enfants, avait à cette époque environ quatorze ans; sa note sera donnée dans la suite de la correspondance.

(O La fille du baron d'Avully, Madeleine de Saint-Michel, veuve de François de la Fléchère, seigneur de Rovorée. (Voir tome XI, note (s), p 100, et cf. tome XVII, p. 120.)

(a) Il paraît bien qu'elle ne se résolut pas à embrasser la vie religieuse; car Jacquemine ou Jacqueline de la Fléchère, seule fille de Madeleine de Saint-Michel et du seigneur de Rovorée, épousa par contrat dotal du 39 avril ,610 Charles de Compois, baron de Féternes, auquel elle apporta les seigneuries de la Fléchère et de Rovorée. Six enfants naquirent de ce mariage; leur mère, décédée avant le 8 août 1669, figure encore dans une transaction de 1653.

Année i (-> i 7 3 5

MCCCXXIV

Page 1