A LA BARONNE DE THORENS. SA BELLE-SOEUR
Les consolations d'un « frère et Père tout ensemble. » — Rien de précieux ne s'acquiert sans peine. — Une joie de la Mère de Chantai.
Viuz-en-Sallaz, 30 juin 1617.
Vous pouves penser, ma très chère Fille, ma Seur, et je croy que vostre cœur vous le dit asses, que j'ay une extrême consolation dans le mien quand vous m'escrives de vos nouvelles ; car, puisqu'il a pieu a Dieu, je suis le cher frère et le Père tout ensemble, mais le plus affectionné et sincère que vous sceussies imaginer.
Or, faites donq bien, ma chère ame, vos petitz effortz, doux, paysibles et amiables pour servir cette souveraine Bonté qui vous y a tant obligée par les attraitz et bienfaitz dont elle vous a favorisée jusques a présent, et ne vous estonnes point des difficultés ; car, ma chère Fille, que peut on avoir de pretieux sans un peu de soin et de peine ? Il faut seulement tenir ferme a prétendre la perfection du saint amour, affin que l'amour soit parfait, l'amour qui cherche moins que la perfection ne pouvant estre qu'imparfait.
Je vous escriray souvent, car vous sçaves le rang que vous tenes dans mon esprit, le tout joignant nostre Mère, a laquelle je vous prie de me recommander ; car, bien que je luy escrive *, si est ce qu'il faut un peu * Epist. prœced. employer vostre entremise pour la recréer et res-jouir, d'autant qu'elle prend playsir a sçavoir que vous estes très parfaitement ma très chère fille et que vous me chérisses en cette qualité la.
( 1 ) La destinataire, que l'édition de 1626 et les suivantes désignent ainsi : Une Religieuse de la Visitation, est, à n'en pas douter, Marie-Aimée de Chantai, baronne de Thorens (voir tome XII. note (3), p. 328) ; mais l'absence d'allusion à son veuvage si récent fait croire que nous n'avons ici qu'un texte tronqué.
}6 Lettres de saint François de Sales
Dieu soit au milieu de vostre cœur et de celuy de nostre chère seur (0, qui est certes ma fille de tout mon cœur; au moins je le croy et le veux tous-jours croire pour mon contentement.
Françs, E. de Genève.
Le 30 juin 1617.
( 1 ) Françoise de Rabutin-Chantal, sœur de la destinataire. (Voir tome XII, note ( 1 ), p. 360.)
MCCCXXV