‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 19 sur 91 · AU PRÉSIDENT JEAN-GEORGES GRESPIN · texte numérisé non relu

AU PRÉSIDENT JEAN-GEORGES GRESPIN

(fragment inédit)

Raisons d'un retard à écrire.

Annecy, [commencement d'août] 1617.

J'esteis en Chablaix quand je receu la première lettre quil vous pleut de m'escrire, et j'attendois response de •Vide supra, Epist. la supplication que j'avois faite a Son Altesse*, pour pouvoir m'asseurer de celle que j'avois a vous faire.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Casa Cottolengo.

(1) Nous savons déjà la triste aventure de ce président, meurtrier de sa femme, et que l'immense charité autant que l'exacte justice du Saint avaient protégé auprès du duc de Savoie. (Voir le tome précédent, note (4), p. 390, et ci-dessus, Lettre mcccxxix, p. 42.) Ces données permettent de penser que le présent fragment appartient à une lettre dont il fut destinataire, et en fixent en même temps la date d'une manière approximative.

Crespin comptait parmi les familiers d'Antoine Favre; après avoir été son disciple, il l'avait suivi au Sénat en 1585 comme avocat, et comme séuateur en 1597. Depuis 1615, il était second président de la Chambre des Comptes. L'émoi fut grand à Chambéry quand, le 15 avril 1617, commença contre lui, au sujet de l'homicide de la dame Présidente, sa femme, une procédure criminelle. Elle dura jusqu'à la fin d'avril, et fut peut-être portée à Turin par René Favre, parti pour le Piémont le 28 de ce même mois. Puis, sans doute sur l'ordre du prince, on tâcha de faire le silence sur cette affaire ; mais Crespin résigna ses fonctions et se retira à la Grande-Chartreuse. Un ami de François de Sales l'y accueillit, ayant égard, assurait-il, « a ses mérites et aux bons offices de la sainte affection qu'il a toujours démontrée a ce qui concerne le bien de nostre Ordre. » (Lettre de D. Bruno d'Affringues à Favre, 10 octobre 1617. Cf. Mugnier, Hist. du Président Favre, Paris, 1902-1903, pp. 427-431.) L'asile était-il trop austère ou trop proche de la Savoie? Dans l'été de 1618, l'infortuné Crespin s'en allait vers un autre ami de l'Evêque de Genève, M8r Fenouillet, avec l'espérance de « finir ses jours en » la « vocation eccle- « siastique, comme dans un havre de grâce... après cette si rude tempeste. »(Voir plus loin la lettre du 4 septembre 1618, et à l'Appendice I, celle du Président au Saint.) En effet, en 1632, nous le retrouvons encore à Montpellier, bienfaiteur de la Visitation de cette ville, et recevant à ce titre une lettre de la Mère de Chantai, où elle le traite de « Votre Révérence. » L'année suivante, la Sainte écrit à la Mère de Marigny : « Voilà M. Crespin que je voudrais bien que vous eussiez assez de crédit pour arrêter en Languedoc et l'empêcher de retourner en Savoie. » (Lettres, vol. IV, 1879, pp. 84 et 186.) Il dut suivre ce sage et prudent conseil, car rien n'indique qu'il soit revenu dans un pays dont il était si tristement sorti.

Année 1617 57

MCCCXXXIX

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