‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 21 sur 91 · AU PÈRE PIERRE DE BERULLE (O · texte numérisé non relu

AU PÈRE PIERRE DE BERULLE (O

L'Evêque de Genève propose au fondateur de l'Oratoire un établissement daus son diocèse.

Annecy, 1 1 août 1617.

Monsieur,

J'ay bien sujet de vous remercier très humblement pour l'offre qu'il vous a pieu de me faire par l'entremise de monsieur de Forax (2); mays j'attens de vous rendre ce devoir jusques a ce que je sache si j'auray occasion de me praevaloir de la grâce quil vous plait me faire.

Cependant vous sçaves, comme je pense, quelle estime j'ay tous-jours faite de vostre Congrégation (3), et pour cela, des qu'il a pieu a Dieu par sa bonté de la faire esclorre, j'ay tous-jours désiré d'en avoir une Mayson en ce diocœse ; ce que je n'ay sceu faire jusques a présent, qu'a mon advis je puis reuscir de ce dessein. C'est en une ville ou nous aurions un prieuré de huit cens escus d'or de revenu fort liquide, l'église toute faite et presque ameublee, et le lieu beau, amené, près de Genève et Losanne, et auquel on vit presque pour néant, c'est a dire a fort bon marché. Reste qu'il vous playse de me faire

(1) Voir tome XII, note (1), p. 15;.

( 2 ) Guillaume de Bernard de Foras (voir tome XVI, note ( 1 ), p. 226). ()) Voir tomes XIV. note ( 1 ), p. 207 ; XV, Lettre dccxlv, p. 154; XVI, Lettres cm, p. 44, et cml, p. 135.

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sçavoir si vous voudries accepter le parti, et si nous pourrions y avoir d'abord huit prestres, puisque la fondation requiert cela, et si il se pourroit pas faire que l'un des huit exerçast la charge des âmes, aydé par les autres ; car cela estant, je n'auray plus a faire que d'obtenir le consentement de Son Altesse qui, je m'asseure, l'accordera volontier (»).

J'attendray donq de vos nouvelles pour ce regard, et vous conjurant de me recommander souvent a la miséricorde de Dieu, je demeureray a jamais, de toute vostre Congrégation en gênerai, et de vous en particulier,

Monsieur,

Très humble confrère et très affectionné serviteur,

Franc3, E. de Genève, xi aoust 161 7, Annessi .

A Monsieur Monsieur de Berule,

en la Cong011 de l'Oratoire.

A Paris.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Reims.

( 1 ) A la Sainte-Maison de Thonon, les choses ne marchaient pas aussi bien que l'Evêque de Genève l'aurait voulu ; il y avait bien des heurts entre les prêtres séculiers et les autres corps réguliers de rétablissement. Pour rétablir la paix et l'ordre, pour diminuer les frais, — car l'insuffisance des ressources était une des grandes causes de conflit — François de Sales ne vit pas de meilleur moyen que de remplacer les huit ecclésiastiques du Presbytère par huit Oratoriens. Cette pensée le poursuivra jusqu'à sa mort. Nous le verrons, dans les années 1620, 1621, 1622, agir persévéramment auprès du prince pour faire réussir ce projet; « sans cela, » écrit-il au duc de Savoie le 3 février 1622, « tout ce qui regarde l'église de Nostre Dame et les bastimens qui en depen- « dent s'en va ruiné. »

C'était donc le prieuré de Saint-Hippolyte qu'il offrait, le 11 août 1617, au fondateur de l'Oratoire. Première origine de la paroisse de Thonon, ce prieuré existait déjà au xne siècle, desservi par des moines de Saint-Benoît; sous la domination protestante, il devint propriété de la commune. On a vu, au cours de la correspondance (tomes XI, p. 309, XII, pp. 25, 33, 399, 426) les démarches multiples de M«r de Granier et du Prévôt pour le rachat du prieuré et son attribution aux PP. Jésuites qui devaient diriger le collège. Par Bulle du 13 août 1606, Paul V confirmait l'union de ce bénéfice à la Sainte-Maison, union consentie depuis 1601 par Charles-Emmanuel. Ses revenus étaient spécialement destinés à l'entretien du Séminaire. (Cf. Piccard, Mêm. de V Acad . Salés., tome V, et Lavanchy, id., tome XXXIII.)

62 Lettres de saint François de Sales

MCCCXLII

A LA MÈRE DE CHANTAL ( INÉDITE

Que faire contre les bruyantes réclamations de deux femmes.

Annecy, vers mi-août 1617 (1).

Ma très chère Mère,

Voyci madame la fiscale qui crie tant qu'elle peut miséricorde (2), et la vefve crie aussi de son costé (3). Il

(1) Par contrat du 16 août 1617, Maurice Barfelly donne aux Sœurs de la Visitation, comme dot de sa fille Louise, une maison située « rue de l'Asie, » au nord du monastère et le joignant. En même temps, il leur vend, pour la somme de cinq mille florins, une autre maison et ses dépendances, sise derrière la première, à Test. Or, la maison donnée avait été acquise par le procureur fiscal, de la veuve Lachenal (voir note (3) ci-dessous); celle-ci y conservait encore « deux cabinetz » édifiés sur une allée formant voûte et conduisant de la rue de la Halle aux bâtiments vendus par Barfelly le 16 août. (Archives de la Visitation d'Annecy.) Les Religieuses furent donc certainement contraintes d'acheter encore ces deux pièces.

Ces détails fixent à peu près la date du billet et expliquent les gémissements des intéressées à l'affaire.

(2) Jacqueline, fille d'Antoine Déaclard ou Déaclaz, et d'une demoiselle Déage, femme de Maurice Barfelly, conseiller du duc de Nemours et procureur fiscal du Genevois (voir tome XVI, note (2), p. 257). Il faut reculer son mariage au-delà de 1591, date de la naissance de son fils Jean. Après plusieurs testaments, elle signe le dernier, à l'insu de son mari, le 10 octobre 1617, dans sa maison de Saint-Jorioz ; neuf de ses enfants y sont nommés. Le Ier mai suivant, Jacqueline était inhumée dans l'église de Saint-Dominique d'Annecy; aussitôt le procureur fiscal chercha à faire annuler l'acte du 10 octobre, alléguant la « frénésie » qui aurait tourmenté sa femme. En 1624, les débats duraient encore. (Mss. Lagrange.)

(3) Fille d'honorable François Rouz, Marie était alors veuve de « Me Jacques de Lachenal, en son vivant notaire » d'Annecy. Le 29 août 1618, elle contracte à son tour avec la Visitation pour la vente d'une maison, et, tenace pour le gain comme l'année précédente, elle fait nommer des experts pour l'estimation de son immeuble, réclame des dommages-intérêts pour le « transmarchement de ses ardes » et l'ennui « de s'aller loger ailleurs; » enfin, trouve moyen à cette occasion, de se débarraser de quatre créanciers, en passant toutes ses dettes au Monastère. Avant le 19 septembre 1619, la veuve Lachenal épousa Hugues Carron, fils de « feu honnorable Jeanton Carron, marchand de ceste dicte ville. » (Archives de la Visitation d'Annecy.)

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m'est advis que vous n'aves rien a faire en ceci, sinon de prendre ce que selon justice et rayson messieurs les députés (O vous bailleront, en le bien payant. Et quant au reste, la vefve ne sçauroit garder ce qu'elle praetend ; car, quand pour avoir ce qui vous est nécessaire de sa mayson on la luy aura payée, il se treuvera asses de gens qui feront tenir séquestré l'argent. Mais je ne puis bonnement m'expliquer par escrit ; ce sera demain matin, Dieu aydant. Cependant il faut renvoyer le tout a ce que messieurs les députés feront ; ce que je vous dis par ce que je crain (sic) que ladite madame la fiscale n'aille encor vous parler et crier alarme.

Et bon soir de tout mon cœur, ma très chère Mère de tout mon cœur.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le chanoine Robert, doyen du Chapitre de Belley.

( 1 ) Barthélémy Flocard, Horace Bonfîls et Roch Calcagni sont nommés comme témoins dans l'acte de vente du 16 août 1617 (voir note ( r ) de la page précédente). Seraient-ce les « députés » chargés de régler les droits du vendeur et de ses voisins }

MCCCXLIII

A MADAME DE LA FLECHÈRE

Une dame « un peu brune » sur le Saint. — Pourquoi son protégé n'a pas été pourvu au concours.

Annecy, 28 août 1617.

Ma très chère Fille,

Je le croy que cette bonne dame (O sera un peu brune sur moy, par ce que ell' affectionne fort les serviteurs de sa mayson, et l'un d'iceux s'estant présenté au concours dernièrement (2) sous sa recommandation, ne fut pas

(1) Impossible de la désigner.

(2) Au concours du 18 août 1617. Il s agissait de pourvoir la cure de Douvaine ; elle fut donnée à Jean-Louis Questan. (Voir le tome précédent, note (3), p. 328.)

64 Lettres de saint François de Sales

prouveu, quoy qu'il soit certes fort capable. Mays a la première commodité, je luy feray sçavoir qu'il m'est impossible de le gratifier tandis quil ne sera pas prestre ni lié aux Ordres sacrés ; car, quelle apparence de donner les charges ecclésiastiques de telle conséquence a un qui n'est encor point ecclésiastique, au praejudice de plusieurs honnestes ecclésiastiques qui ont des-ja fait longuement l'exercice et qui ont bien servi l'Eglise? Je laisse a part qu'il n'est pas du diocaese, car en cela je me puis dispenser. Voyla, ma très chère Fille, tout le sujet qu'elle peut avoir. C'est grand cas comme l'esprit humain est ami de sa volonté, et comme chacun suit l'amour propre sans regarder ce qui est plus au service de Dieu ! Sur cela je luy escris l'advis requis pour l'affaire de monsieur le Prieur (O ; je ne sçai si cela accommodera son cœur, mais il me tardoit que je le fisse.

Au reste, M"e de Chantai (2) ne peut ne vous honnorer et chérir cordialement, puisqu'ell'est la fille de sa mère, et la mienne certes, car je l'ayme bien. Et je suis parfaitement vostre, mais je dis très absolument, et Jésus soit a jamais nostre vie. Amen.

xxvili aoust 161 7, Annessi.

A Madame [Madame] de la Flechere.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Annecy.

( 1 ) Probablement Jean-François de Blonay (voir tome XII, note ( 1 ), p. 298, et XV, note ( 1 ), p. 334).

(2) Françoise de Rabutin-Chantal était allée au commencement du mois d'août à Rumilly, auprès de Mmc de la Fléchère (Lettres de sainte J.-F. de Chantai, vol. I, p. 207); elle devait y être encore.

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MCCCXLIV

(inédite)

Paris et Grenoble en attente de TEvêque de Genève pour le Carême. — Mince bagage de science qu'emporte d'Annecy le jeune des Hayes. — Un engagé militaire en congé. — Souvenir douloureux de la mort de Bernard de Sales. — Capitulation devant une « batterie de pleurs ». — La tyrannie du péché .

Annecy, 50 août 161 7.

Je vous rens grâces très humbles de lhonneur que vous me faites, qui m'est certes infiniment prsetieux ; et pleut a Dieu que je peusse correspondre par autant de services comme j'ay de désirs !

Je suis encor incertain si j'iray a Paris ou si je retourneray a Grenoble, Son Altesse, laquelle m'a commandé l'un et l'autre, ne m'ayant encor voulu déterminer auquel des deux je m'attacheray (2).

.Monsieur Garin (5) vous dira toutes nos nouvelles et que nous renvoyons le jeune M. des Hayes (4), doux, amiable, courtois, a M. son père (5), mais non pas fort sçavant, ains seulement instruit d'un peu de latin et de quelques parties des mathématiques. Je m'asseure que monsieur son père s'en contentera, puisque il ne s'est rien peu faire davantage, quoy que nos Pères Barnabites, ayent coopéré de tout leur pouvoir.

( i ) Voir tome XIV, note ( i ), p. 4.

(2) Par lettres datées de Paris, 4 mai 1617, les marguilliers de Saint-Andrédes-Arts avaient invité François de Sales pour la station du Carême (cf. le tome précédent, note ( 1 ), p. 393). La décision de Charles-Emmanuel ne vint qu'en octobre; elle envoyait le Saint à Grenoble. (Voir ci-après, Lettre mccclxvi. p. 105, et à l'Appendice I. la lettre du duc de Savoie, 14 octobre.)

(3) Jacquelin Garin (voir ci-après, note (3), p. 107).

(4) Louis des Hayes, qui avait passé deux ans au collège d'Annecy. (Voir tomes XVI, note (5), p. 340, et XVII, Lettre mci, p. 27.)

(5) Antoine des Hayes (voir tome XII, note ( 1 ), p. 251).

Lettres VIII t

66 Lettres de saint François de Sales

Vous m'aves renvoyé M. de Barraux (*), affin quil eut quelque sorte de refuge vers moy en ce qui regarde son bonheur, c'est a dire vostre grâce. Pour cela, suis je obligé de vous asseurer que tous les jours il va de bien en mieux, s'estant rangé a la compaignie de M. le Marquis d'Aix(2), duquel il eut congé, après la misérable prise de Verceil (3), devenir icy, pour toutefois retourner dans peu de jours en Piémont, ou je ne vous diray point quelle perte vous et moy avons faite : vous, d'un serviteur fort asseuré, moy, d'un frère très aymable et qui entroit fort honnorablement en la connoissance et bienveuillance de son Prince (4). (*) Obmutui, Domine, et non aperui Ps. xxxvm, io. os meum, quoniam tu fecisti *. La playe est des-ja a moytié soudée, après trois moys.

La femme du sieur Gautier m'a forcé par ses larmes de vous supplier, Monseigneur, de recommander sa misère a son mari, ou plus tost la misère de ses filles, car quant a la sienne, elle ne nie pas de l'avoir méritée ( 5 ). Il ny a moyen de résister a cette batterie de pleurs, et cela m'excusera dequoy je prens cette confiance.

M. de Bellerive(6) avoit renvoyé en Piémont sa Marguerite, sur mes exhortations ; mais comme ce sont des

(*) Je me suis tu, Seigneur, et je n'ai pas ouvert ma bouche, parce que c'est vous qui l'aveç fait.

( i ) Le neveu de l'Evêque de Montpellier, Michel Fenouillet, seigneur de Barraux. (Voir tome XVI, note ( i ), p. 339)

(2) Louis de Seyssel-la-Chambre, marquis d'Aix (voir tome XIV, note (2), p. 89).

(3) Voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 42.

(4) Comme on l'a vu plus haut (note (4), p. 13), Bernard de Sales était mort le 23 mai.

(5) Peut-être s'agit-il de Jacquemine Falquet, femme d'honorable Claude Gauthier. Nous connaissons deux de leurs filles : Aymée et Jeanne-Claude, nées en 1591 et 1593. (Reg. par. d'Annecy.)

(6) Georges Plonjon, seigneur de Bellerive et de Collonges, était fils de Henri Plonjon et de Catherine de Chàteauneuf. Issu de deux familles hérétiques, il s'allia avec une protestante de Montpellier, Jeanne de Pluviers (1602). L'année suivante, il entre au Conseil des Deux-Cents, et en reste membre jusqu'en 1610; à cette date, une prise de corps décernée contre lui l'en fait exclure. Dès 1604, le Consistoire s'était occupé de prévenir la ruine de sa maison qu'acheminait « la pauvre conduite de ce mesnage ; » ce fut bien pire

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diablesses familières dont on ne se peut défaire après qu'on leur a fait hommage, on m'a dit qu'ell' est retournée d'elle mesme, comme philtree et transportée de la passion de l'amour de cet homme ; mais quant a la vouloir espouser, il proteste de ny avoir jamais pensé. Je le vis l'autre jour passant a Gex (0, et croyois, quelques jours après, de les assembler, ouïr et accommoder, mays je ne fus pas si heureux de la voir ni le revoir ; encor veux je pourtant m'en essayer. La tyrannie du péché est cruelle ; elle oste le jugement, oûy mesme a ceux qui n'en ont point.

Je prie Dieu quil vous conserve et comble de toute sainte prospérité, demeurant a jamais,

Monseigneur,

Vostre très humble et très obéissant frère et serviteur,

Françs, e. de Genève.

30 aoust 161 7, Annessy.

A Monseigneur Monseigneur l'Evesque de Monpelier, Conseiller d'Estat de Sa Majesté.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Montpellier.

en 1617 ; le Conseil de Genève remplit ses Registres du récit des « vitieux deportements » de M. de Bellerive, et des démarches faites auprès du marquis de Lans pour qu'il l'oblige « de pourvoir a l'entretenement et nourriture de sa femme et enfants qui sont en extrême nécessité. » Le Consistoire de Montpellier lui-même s'émeut en faveur de Jeanne de Pluviers et la recommande par lettres à « Nos Seigneurs de Genève. » Les efforts des Consistoires et du Conseil échouèrent ; les ministres de la foi catholique réussirent mieux. Le 12 septembre 1617, les Registres notent que les Capucins « ont esté, avec l'Evesque d'Annecy, instrumens de la reconciliation du sieur de Bellerive avec sa femme. » Celle-ci est appelée le lendemain devant le Consistoire pour recevoir des « remonstrances, avec défenses de plus fréquenter ny retirer en sa maison lesdits Capuchins. » Les défenses ne furent sans doute pas respectées, car, plus tard, on retrouve Mms de Bellerive catholique, et l'un de ses fils, revêtu de l'habit de saint François d'Assise. Quant à Georges Plonjon, il fut emprisonné à Chambéry à la fin de ce mois de septembre 1617, sous diverses inculpations, notamment pour « s'estre du tout mal gouverné en Piedmont, » où il était allé pour le service de Charles-Emmanuel. Son testament est du 5 avril 1619; sa mort précéda le 10 février 1627, date du testament de son fils aîné. (D'après Y Armoriai de Savoie et les Reg.du Conseil de Genève, 1603-1617.)

( 1 ) Le Saint était revenu depuis un mois déjà de son voyage de Gex. Voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 55.)

68 Lettres de saint François de Sales

MCCCXLV

AU PRÉSIDENT ANTOINE FAVRE (inéditb)

Une distraction de François de Sales. — Démarches de Mme de Thorens pour recouvrer les armes de son mari. — Inquiétudes au sujet de la santé de la présidente de la Valbonne.

Annecy, 30 ooût 1617.

Monsieur mon Frère,

Hier, parmi un tracas importun, escrivant a monsieur de Charmoysi mon cousin (0, et ayant volonté de vous escrire, je fermay sa lettre comme si c'eust esté a vous, sur le sujet de la maladie de madame la Présidente de Genevois ma nièce (2). Je croy que vous m'excuseres aysement, et mon cousin aussi, qui connoisses asses mon esprit sujet aux evagations.

Maintenant, c'est au nom de ma seur de Thorens (3) que je vous escris, et vous présentant son très humble baysemain, je vous supplie de la favoriser en ce qui se pourra bonnement faire pour le recouvrement de certaines armes de feu mon frère son mari, dont ce porteur vous déclarera les particularités ; vous remerciant très humblement encor de la part de cette seur du soin quil vous plaist d'avoir es occurrences des affaires de feu mon frère, que nous allons demeslant le mieux que nous pouvons, pour payer cinq ou six cens escus de debtes quil a laissés, en attendant de voir ce que la providence de Dieu fera naistre de sa vefve enceinte.

Au reste, je vous supplie très humblement de commander que nous soyons advertis de Testât de la maladie de nostre Présidente, car en vérité nous en sommes en

(1) Claude de Vidomne de Chaumont, seigneur de Charmoisy. (Voir tome XII, note ( 1 ), p. 216.)

( 2 ) Andrée de Nicolle de Crescherel, femme de René Favre de la Valbonne, nommé président de Genevois au mois de juillet précédent. (Voir ci-dessus, Lettre mcccxxxix, p. 57.)

(3) La veuve de Bernard de Sales, baron de Thorens.

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peine jusques a l'inquiétude inclusivement, et les Dames de la Visitation n'oublient pas a prier Dieu, comme aussi que sa bonté vous veuille conserver. Je suis. Monsieur mon Frère,

Vostre très humble et obéissant frère et serviteur,

Franc8, E. de Genève.

Annessi, 30 aoust 161 7.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Turin.

MCCCXLVI

A MADAME DE BLANIEU (0 Comment ne pas dévier du chemin des ordonnances divines.

Annecy, 30 août 1617.

Que faites-vous, ma très chère Fille? car voyla le mot que vous voules. Mon cœur pense souvent au vostre et, si vous entendies son langage, il vous demande si vous estes tous-jours au pied de la Croix, ou je vous laissay, c'est a dire tous-jours attachée a la tressainte volonté de Dieu, pour ne fourvoyer ni a droitte ni a gauche (ni aux contentemens ni aux afflictions, ni entre les amis ni entre les ennemis) du chemin de ses ordonnances *. Je le croy, *Cf. Ps. cxvm, 32,

1 t--ii ^ • r* 3 5 ; Prov., iv. ult.

certes, ma très chère .bille, et je vous en conjure. Ces jours s'escoulent, l'éternité s'approche : passons si droit qu'elle nous soit heureuse.

Ce sont les souhaitz que je fa}' sur vous, ma très chère Fille, a qui je suis fort affectionnement

Vostre très humble serviteur en Nostre Seigneur,

Franc5, E. de Genève.

Ce 30 aoust 161 7, Annessi.

(1) Dans l'édition de 1626, cette lettre précède celle du 3 avril 1617 dont l'Autographe a été heureusement retrouvé (voir le tome précédent, Lettre mccxcii), et est adressée à la même personne. Nous pouvons donc, presque avec sûreté, indiquer Marguerite de Sassenage, dame de Blanieu, comme destinataire. (Voir ibid., note ( 1 ), p. 362.)

70 Lettres de saint François de Sales

MCCCXLVII

A LA MÈRE DE CHANTAL Attente et désir du saint Evêque.

Annecy, 5 septembre 161 7 ( 1 ).

Helas, ma très chère Mère, si j'osois j'irois; quand il sera a propos, faites le moy sçavoir. Certes, mon ame est en peine. Dieu, par sa bonté, nous veuille donner l'ame de cet enfant et la vie de la mère, que j'ay dedans mon cœur comme ma pauvre très chère petite fille (a).

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives Barolo.

( r ) Quelques heures suffirent à la naissance, à la mort et à la sépulture du fils posthume de Bernard de Sales. Or, il fut enterré le 5, d'après les Registres paroissiaux ; ce billet a donc été écrit ce jour-là même, de très grand matin, peut-être même dans la nuit.

(2) « Ma douleur est a l'extrémité de la mort, »> disait la baronne de Thorens aux premières heures de son veuvage ( Vie manuscrite, par la Mère de Chaugy). Il ne fallut en effet que trois mois et demi à cette profonde douleur pour conduire Marie-Aimée à la tombe. L'enfant qu'elle attendait la retenait seul ici-bas ; sa naissance s'annonça inopinément au milieu de la nuit du 4 au !> septembre. On dut renoncer à faire transporter la jeune femme dans la maison qui lui avait été préparée; la Mère de Chantai reçut elle-même son petit-fils à son arrivée en ce monde, et, pressée par l'urgente nécessité, lui donna sans retard le baptême ; « après quoy, » dit la Mère de Chaugy (ibid.), « ce pauvre petit tourna aussy tost les yeux vers son tumbeau quil les heut ouvers pour voir la lumière du monde, expirant presque aussy tost quil commença a respirer. »

MCCCXLVIII

A LA MÊME

(fragment inédit)

Visite différée.

Annecy, 5 septembre 1617 (1).

Ma très chère Mère, J'ay esté sur le point de vous aller [voir] et dire la

( 1 ) L'écriture, le format du papier, indiquent comme très probable l'année 1617, et ces lignes semblent faire suite au billet précédent. Elles seraient donc de la matinée du <j septembre.

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Messe en vostre église ; mais ce qu'on m'a dit [duj mauvais chemin m'a arresté, outre que j'ay quelque [opinion] que je ny doive pas aller encor maintenant. Pour (0.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Fribourg. (1) L'Autographe a été mutilé.

MCCCXLIX

A M. LAURENT SCOTTO (0

(inédite) Un bénéfice prêt à vaquer.

Annecy, 7 septembre 161 7.

Illustre et molto Reverendo Signor,

In fretta, con queste quattro righe, dico a V. S. che il signor Nicolô Clerico (2) non ha mai voluto resignar la capella (3), ne alcun altro beneficio, quantumque egli sia un pezzo fa ammalato. Per questo, V. S. farà bene di prevalersi del tempo et procurar di haver la nominatione de quelli che han \\ juspatronatus, perché H medici

Illustre et très Révérend Seigneur,

Par ces quatre lignes, je dis en hâte à Votre Seigneurie que M. Nicolas Clerc (2) n'a jamais voulu résigner la chapelle (?) ni aucun autre bénéfice, quoiqu'il soit malade depuis longtemps. C'est pourquoi vous ferez très bien de profiter du temps et de tâcher d'en obtenir la nomination par ceux qui ont le droit de patronage, car les

(i) Voir le tome précédent, note ( i ), p. 292.

(a) Voir tome XI, note ( 1 ), p. 345.

(3) Le mourant était bénéficier de la chapelle de Notre-Dame et de saint Jean-Baptiste dans l'église de Saint-iSicolas de Villa-en-Michaille, et de celle du Saint-Esprit de l'église de Saint-Félix dont il était aussi curé. Par son testament, du 4 septembre, il désignait Claude Clerc pour recteur de la première; la seconde fut attribuée à Philibert Hudry, le 2 octobre, sur présentation des syndics. (R. E.) C'est peut-être de celle-ci dont parle le Saint.

72 Lettrrs de saint François de Sales

certificano che ben presto detto signor Nicole morirà (x). D'il che, non havendo potuto far meglio, ho pensato di dover dar aviso a V. S., alla quale io son con tutto il cuore,

Affettionatissimo servitore et fratello, Franc", Vescovo di Geneva.

In Annessi, alli 7 di Settembre 161 7.

AU' Illustre et molto Rdo Sigr, 11 Sigr Lorenzo Scotto, Capellano di S. A.

Revu sur l'Autographe conservé à Milan, Archives du prince Trivulzio.

médecins assurent que M. Nicolas mourra bientôt (1). Aussi, n'ayant pu mieux faire, j'ai pensé devoir en avertir Votre Seigneurie, à qui je suis de tout cœur,

Très affectionné serviteur et frère, François, Evêque de Genève.

Annecy, 7 septembre 1617.

A l'Illustre et très Révérend Seigneur,

M. Laurent Scotto, Chapelain de Son Altesse.

(1) Il dut mourir avant le 21 septembre, date de l'acte de présentation de Philibert Hudry par les syndics.

MCCCL

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