‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 26 sur 91 · A SA SAINTETÉ PAUL V · texte numérisé non relu

A SA SAINTETÉ PAUL V

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L'Evêque de Genève implore une dispense pour les pauvres Clarisses de son diocèse. — Son but est de leur faciliter l'observance de la Règle et la vie de prière.

Annecy, 17 septembre 1617.

Beatissime Pater,

Extant in hac diaecesi Gebennensi duo Monasteria Ordinis Sanctae Clarae, quorum unum ex civitate Gebennensi in civitatem Annessiacensem (2), alterum, ex oppido Orbensi in oppidum Aquianense (3), haereticorum injuria et violentia ante sexaginta annos expulsa, secesserunt. Cumque Sorores dictorum xMonasteriorum, inter varias et frequentissimas paupertatis et mendicitatis aerumnas, vitam hactenus utcumque traxerint et sustentaverint ; nunc tamen, post tôt haereticorum incursiones, ac diuturnorum bellorum clades, cum diaecesis ista, miseranda paupertatevexata, illarum mendicitati occurrere deinceps minime valeat ; ad pedes Beatitudinis Vestrae humiliter

Très Saint-Père,

11 y a dans ce diocèse de Genève deux Monastères de l'Ordre de Sainte-Claire, transférés, depuis plus de soixante ans, l'un de la cité de Genève en celle d'Annecy (2), l'autre de la ville d'Orbe en celle d'Evian (3), lorsque l'injustice et la violence des hérétiques chassèrent les Religieuses de leurs couvents. Les Sœurs de ces Monastères ont pu, jusqu'à ce jour, tant bien que mal, traîner et soutenir leur vie au milieu d'épreuves diverses et nombreuses, conséquence de la pauvreté et de la mendicité. Mais désormais, ce diocèse, cruellement appauvri par les fréquentes incursions des hérétiques et les ravages de longues guerres, ne peut plus répondre à leurs demandes de

( 1 ) Voir tome XIII, note ( i ), p. 6g.

(2) Voir ibid., note (2), p. 74.

(3) Voir tomes XI. note (2), p. 293, et XVII, note (3), p. 538.

90 Lettres de saint François de Sales

prostratae, illius providentiam Apostolicam summis votis orant, utinposterum, per ejus placitum et dispensationem, illis liceat praedia et alia bona immobilia in communi possidere (l\ quemadmodum cum aliis ejusdem Ordinis Sororibus, Gratianopoli degentibus (2), minusque egentibus, pro Apostolicae Sedis paterna charitate, dispensatum esse omnes probi rerum spiritualium aestimatores laudaverunt.

Sic enim fiet ut molestissimis anxietatibus animi, quae in tanta rerum omnium inopia spiritum propemodum extinguunt, liberatae et solutae, alacriter in cseteris Regulis sui Ordinis adamussim servandis, ac Dei laudibus

secours. Humblement prosternées aux pieds de Votre Béatitude, elles adressent à Votre providence Apostolique les vœux les plus ardents pour qu'elles puissent, sous son bon plaisir et avec sa dispense, posséder en commun des biens fonds et autres immeubles ( « ). Cette dispense a déjà été accordée, à Grenoble, par la paternelle charité du Saint-Siège, à d'autres Sœurs du même Ordre, moins pauvres que celles-ci (2). Tous les justes appréciateurs des choses spirituelles ont loué cette mesure.

En effet, libres et affranchies par ce moyen des pénibles anxiétés qui, dans un si grand dénûmentde toutes choses, semblent presque étouffer l'élément spirituel, elles se rendront avec ardeur parfaites observatrices des autres règles de leur Ordre ; et, avec plus de

( i ) Le 19 janvier 1618, après une audience accordée par le Saint-Père au Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation des Evêques et Réguliers, celle-ci concédait aux Clarisses du diocèse de Genève l'autorisation demandée. (Archiv. des Ev. et Rég., Regesta (Moniales), vol. 1618.)

(2) Jean d'Armagnac, gouverneur du Dauphiné au xve siècle, à la prière instante de Jeanne Baile, fille d'un président au Parlement de Grenoble, obtint pour cette ville, en 1469, du Pape Paul II, la Bulle de fondation d'un Monastère de Religieuses sous la Règle de Sainte-Claire, selon la réforme de sainte Colette. Le puissant protecteur des Clarisses étant mort, le projet fut ajourné. Jeanne Baile alla prendre le voile au couvent du même Ordre à Chambéry, et en revint en 1478 pour commencer la maison de Grenoble. Elle y mourut en odeur de sainteté. Ce Monastère était encore dans toute sa ferveur quand, en 1614, Paul V, par une Bulle du 4 novembre, lui accorda le pouvoir de recevoir des biens meubles et immeubles et d'en jouir Cette permission ne parut pas une faveur aux généreuses Filles de Sainte-Claire ; elles n'en usèrent pas et gardèrent leur pauvreté comme leur plus cher trésor. Chassées de Grenoble à la Révolution, les Clarisses y sont revenues en 1878. (D'après de Franclieu, Jeanne Baile et les Clarisses de Grenoble, 146S-18SJ, Lyon, 1887.)

Année 1617 91

celebrandis, necnon pro Ecclesiae precibus fundendis, longe fœlicius, facilius et attentius incumbant et persévèrent.

F. E. Gebennensis.

Annessii Gebennensium, 17 Septembris 161 7.

joie, de facilité, d'attention et de persévérance, elles s'adonneront à célébrer les louanges de Dieu et à prier pour l'Eglise.

François, Evêque de Genève.

Annecy en Genevois, 17 septembre 1617.

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