A M. BÉNIGNE MILLETOT
Recommandation en faveur d'un ami engagé dans un procès. Voyage du Prince Cardinal de Savoie différé.
Annecy, 15-17 janvier 1618 (1).
Monsieur mon Frère,
Vay-je point trop souvent a vostre porte ? Vous importune-je point par mes si fréquentes supplications ? Certes, je ne dois, ni ne puis, ni ne veux manquer au devoir que j'ay a monsieur le Marquis d'Aix (2), qui me fait la faveur de m'aymer très particulièrement et que pour ses rares qualités j'honnore parfaitement. Or, il a un'affaire devant la cour (3) et, de bonne fortune, en la Chambre de la Tournelle en laquelle vous estes (4) ; et je vous supplie donq très humblement, Monsieur mon Frère, de la (sic) gratifier de vostre appuy au soutènement de son bon droit, puisque mesme il implore mon
(1) Cette lettre a dû être écrite entre celle du 13 janvier, au même destinataire, et celle du 18, d'après laquelle le projet de voyage du Cardinal de Savoie est de nouveau retardé. (Voir ci-après, p. 151.)
(3) Louis de Seyssel (voir tome XIV, note (2), p. 89).
(3) Il était en procès avec Mme de Vellepesle de Villeneuve (voir le tome précédent, notes ( 1 ) et (4), p. 361); la cause avait été probablement portée au Parlement de Dijon.
(4) Instituée par Charles VII en 1436, modifiée en 1452 et 1519. la Chambre de la Tournelle jugeait en dernier ressort les affaires criminelles. Elle prenait son nom de ce que sa « composition se faisait par l'effet d'un roulement, pour que l'habitude de connaître des affaires criminelles n'atténuât pas la mansuétude désirable du juge. » Elle ne pouvait connaître des affaires civiles qu'incidemment. Son ressort s'étendait non seulement « aux jugements des juges inférieurs, comme les juges royaux et seigneuriaux, mais encore aux décisions de certains juges extraordinaires, comme l'Amirauté, la Connétable, les lieutenants de police, etc. »
Les fonctions des membres de la Grand'Chambre se partageaient avec celles de la Tournelle, c'est-à-dire que les présidents à mortier et les conseillers attachés à la Grand'Chambre faisaient à tour de rôle six mois de service à la Grand'Chambre et six mois à la Tournelle. (D'après Moreri, 1740, tome VIII, et Dalloz, Répertoire de jurisprudence, « Organisation judiciaire, » nos 71, 97» loi.)
intercession auprès de vous, sachant le bien que j'ay d'estre advoùé vostre frère.
Le voyage du Prince Cardinal de Savoye estant différé pour quelque tems et, comme je croy, jusques a carneval (0, je suis par conséquent d'autant esloigné de l'espérance que j'ay que par quelque rencontre ce voyage me pourra donner le bonheur de vous voir. Mays ce pendant je ne laisseray pas de vous avoir présent a mon ame, ni de prier Nostre Seigneur qu'il vous comble, et madame ma seur (2), de toute sainte prospérité, qui suis,
Monsieur mon Frère,
Vostre très humble et très affectionné frère et serviteur,
Françs, E. de Genève.
[A MonsieurJ Monsieur Milletot, seigr de Villy,
Conseiller du Roy au Parlement de Bourgoigne.
Revu sur l'Autographe qui se conservait au Grand Séminaire de Besançon.
( 1 ) Ce voyage ne fut effectué qu'en octobre. (Voir ci-dessus, note ( 2 ), p. 138.) (2) La femme du destinataire (voir ibid., note ( 1 ), p. 148).
MCCCXC
A madame de blanieu (0
Le prix de la paix; sa récompense. — Deux moyens de la conserver.
Annecy, 18 janvier 1018.
Madame,
Conservés-le donq bien, ce cœur, en ce juste contentement qu'il a de se sentir en paix avec son Dieu ; paix de laquelle le prix n'est point au monde, non plus que la recompense, puisqu'elle vous est acquise par le mérite
(1) D'après l'édition de 1626, la destinataire est la même que celle de la lettre du 3 avril 1617 ; donc Marguerite de Sassenage, dame de Blanieu. (Voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 362.)
Année 1618 151
du sang de nostre Sauveur, et qu'elle vous acquerra le Paradis éternel, si vous la gardes bien. Faites-le donq, ma très chère Fille, et ne fuyes rien tant que ce qui la vous peut oster. Et vous le feres, je le sçai bien ; car vous invoqueres Dieu, affin qu'il vous en continue la grâce, et prendres soin de bien prattiquer ce que je vous ay conseillé, que j'espère de confirmer par mon retour, puisque, comme j'ay opinion, le voyage de ce Prince que je devois accompaigner est retardé (0.
Ce pendant, faites-moy part a vos prières, puisque je ne cesseray jamais de vous souhaiter toute sorte de bonheur, et seray toute ma vie,
Ma très chère Fille,
Vostre très humble et très affectionné serviteur, Franc5, E. de Genève.
Le 18 janvier 161 8, Annessi.
(1) Voir ci-dessus, note (2), p. 138.
MCCCXCI