A LA PRÉSIDENTE DE B0UQUER0N
Comment le respect règle les témoignages de l'affection. — Souhaits des gens de bien et contradictions au sujet de la fondation du Monastère de Grenoble. — Le service de Dieu, unique bonheur en ce monde.
Annecy, 18 janvier 1618.
Madame,
Si jamais ma bouche a refusé de vous nommer ma fille, c'a esté sans le consentement de mon cœur, qui des le premier abord du vostre sentit bien que Dieu luy donnoit
(1) Par les voyageuses grenobloises de janvier 1618, étaient venues pour le Saint des lettres de M. et de Mme de Bouquéron. (Cf. Lettres de sainte J.-F. de Chantai, vol. I, p. 236.) L'Evêque dut confier sa réponse aux personnes qui avaient accompagné les prétendantes à la Visitation; elles quittèrent Annecy au plus tôt le 18 janvier (Livre des comptes du Ier Monastèie). Nous sommes donc fondés à croire que ces lignes s'adressent à Antoinette
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une forte et invariable affection, toute vrayement paternelle pour vous; mais on n'ose pas tous-jours parler comme on desireroit, sur tout quand on doit du respect a ceux qui portent les mesmes tiltres que nous voudrions avoir. Certes, puisque vous le voules, je ne sçaurois aussi plus me priver de ce contentement.
Et vous diray donq, ma très chère Fille, que je suis bien ayse que ces filles soyent venues icy faire l'apprentissage du sacré mestier que par après elles iront exercer, comme j'espère, dedans le pais de leur naissance et de mon affection (*) : pour moy, je n'en puis plus douter, voyant cette générale concurrence des souhaitz qu'en font tant de gens de bien. Cependant il est fort certain, comme vous dites, que ce bon œuvre ne se fera pas sans quelques contradictions ; car, comme seroit-il bon autrement ? Mais pour cette dame, je ne croy pas qu'elle la face longue, puisqu'elle est vertueuse et de bon esprit ; Cf. Ps. xxxii, 10. et puis, Dieu dissipe les cogitations humaines * par sa science céleste (2).
Or sus, ma très chère Fille, continués tous-jours a servir ce divin Maistre et Sauveur de vostre ame en pureté et douceur d'esprit : c'est l'unique bonheur que nous pouvons prétendre, et l'infallible asseurance de le
Camus, femme du président Gaspard Béatrix-Robert de Bouquéron depuis le 27 septembre 1588. Elle était fille de Claude Camus, seigneur de Vaize, etc., trésorier de France à Lyon, et d'Anne Grollier. L'une des premières, à Grenoble, elle se mit sous la direction de François de Sales, et son dévouement actif et généreux fut acquis aux Filles de la Visitation. La présidente de Bouquéron mourut en 1630 (cf. Lettres de la Sainte, vol. III, p. 551). N'ayant pu, selon ses désirs, se retirer au monastère de Grenoble, elle aurait voulu au moins avoir place dans sa sépulture, et fit pour cela un legs de 600 francs. Ses enfants envoyèrent le legs; mais ne purent se résoudre à voir déposer leur mère hors du tombeau de la famille. (Hist. de la Fondation.)
( 1 ) A Grenoble (voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 148).
( 2) L'établissement de la Visitation à Grenoble, si ardemment souhaité dès qu'on avait connu le saint Evêque de Genève en Dauphiné (voir le tome précédent, Lettres mcclxxix, p. 343, et mcclxxxiii, p. 348), trouva des contradicteurs aussitôt qu'il fut sur le point de s'effectuer. Une fondation projetée par les Récollets était désirée par plusieurs personnes qui essayèrent de détourner à son profit le zèle des partisans de la Visitation. On réussit même à gagner pour un temps l'esprit de M«r de Chalcédoine, coadjuteur de l'Evêque de Grenoble. L'orage ne s'apaisa que pendant le Carême. (Voir ci-après, Lettre mcdxii, et note ( 1 ), p. 192.)
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posséder éternellement consiste a Taymer en ce monde fidèlement et confidemment.
Je ne suis pas hors d'espérance de vous revoir ce Caresme, et de vous dire de vive voix, comme je le dis de tout mon cœur, que je suis,
Ma très chère Fille,
Vostre très humble et très affectionné serviteur,
Françs, E. de Genève.
Le 18 janvier 161 8.
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