‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 37 sur 91 · AU ROI DE FRANCE, LOUIS XIII · texte numérisé non relu

AU ROI DE FRANCE, LOUIS XIII

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L'avis du Saint pour le rétablissement des Carmes à Gex. — Impossibilité de leur assigner le revenu destiné au service des paroisses. — Travail et dévouement des Capucins. — Deux moyens de hâter l'entière conversion du pays.

Annecy, 21 janvier 1618.

Sire,

Pour obéir au commandement que Vostre Majesté me fait par sa lettre du dernier jour d'aoust 1617, que je n'ay receu sinon quatre mois après, je diray ce qu'il me semble sur la proposition que le Père Provincial des Carmes de la province de Narbonne (2) luy a faite, pour

( 1 ) Voir tome XVI, note ( i ), p. 176.

(2) De iôi 4 à 1618, la province des Carmes de Narbonne, de l'ancienne Observance, fut gouvernée par le P. Nicolas Perriquet. Au prix de grands travaux et sur la fin de son provincialat, dit l'historiographe de cette Province, il rentra en possession du couvent de Gex, ruiné depuis longtemps par les hérétiques. Né en Bourgogne vers 1571, Nicolas Perriquet avait reçu l'habit du Carmel dans le couvent de Dijon, à l'âge de douze ans, et prononcé ses vœux en 1587. Ayant fait de brillantes études à l'Université de Paris, il fut élu à diverses reprises définiteur et prieur de Dijon, de Semur et de Clairval. En 1629, il devient administrateur de Gex, puis, en 1631, prieur de Besançon, où il meurt vers 1639, grand pénitencier de la cathédrale. Le P. Perriquet écrivit des Sermons pour le Carême (Conciones Quadragesimales) et un traité De casibus conscientiœ reservatis, ouvrages aujourd'hui perdus. (Bibl. municip. de Dijon, Ms. 620 : Miscellanea atque Collectanea Fr . Roberti Bulle, Dijon, 177 1 ; Mém. du couvent des Carmes de Besançon, Besançon, 1768, pp. 290, 291.)

154 Lettres de saint François de Sales

le restablissement du couvent que ceux de son Ordre avoyent jadis a Gex (0; et attendu qu'il y a quelques restes des édifices et des biens dudit couvent, je croy bien, Sire, qu'il seroit bon qu îlz fussent remis en l'Ordre duquel ilz dépendent, a la charge que le service y fust fait selon la proportion du revenu qui en proviendroit. Et parce que maintenant il n'y a pas suffisamment pour entretenir une seule personne, s'il plaisoit a Vostre Majesté leur ordonner les cent cinquante livres sur les tailles, que ledit Père Provincial luy a demandées en aumosne, il pourroit par ce moyen y colloquer quelque habile et discret Religieux, qui, par les voyes ordinaires de la justice et des loix publiques, retireroit petit a petit les pièces esgarees dudit couvent, sans que pour cela aucun eust occasion de se plaindre, ni que personne en fust grandement incommodé.

Mais quant aux trois cens livres que ledit Père Provincial demandoit sur les autres revenus ecclésiastiques remis entre mes mains pour le restablissement de l'exercice catholique es églises du balliage dudit lieu, je ne voy pas que cela luy doive ni puisse estre accordé ; veu que tout est requis pour estre employé aux services et offices divins et a l'entretien et réparation des édifices sacrés, sans qu'on en puisse rien oster, ainsy que j'ay clairement fait voir audit Père Provincial par les contes de ceux qui, de la part de Vostre Majesté, ont esté establis et commis a la recette desditz revenus. Outre que, s'il y avoit quelque chose de plus, il devroit plustost estre destiné a l'accommodement des Pères Capucins qui, des plusieurs années en ça, résident audit lieu de Gex et y travaillent avec beaucoup de zèle et d'incommodités.

Et quant a ce que Vostre Majesté veut sçavoir, s'il seroit point plus a propos d'introduire en la ville dudit Gex quelque compaignie de Religieux reformés, je pense, Sire, qu'il n'y a point de doute, puisque les desvoyés ne sont pas moins attirés a la connoissance du bon chemin par les bons exemples que par les bonnes instructions.

( r ) Voir tome XV, note ( i ), p. 316.

Année 1618 155

Mais le reste des biens du couvent des Carmes estant si petit, servirent de peu a cela, qui ne peut estre fait que par le dessein exprès de Vostre Majesté et par union de quelque bénéfice riche, quand il viendroit a vaquer, ou par quelque autre libéralité royale. Et lhors, Sire, si Vostre Majesté me commandoit de nommer quelle compaignie j'estimerois plus propre pour ce lieu la, je nommerois celle des Prestres de l'Oratoire, bons a toutes sortes de services spirituelz et qui plus aysement peuvent se mesler parmi les adversaires (0.

Que si d'abondant Vostre xMajesté me commandoit de luy marquer un autre moyen grandement utile a l'avancement de la foy catholique en ce balliage de Gex, je dirois, Sire, que ce seroit d'y mettre des officiers catholiques ; et sans ce moyen icy, les autres n'opéreront que foiblement et lentement.

Je prie Dieu, ce pendant, qu'il comble de bénédictions Vostre Majesté, vostre couronne et vostre royaume ; qui suis et seray a jamais,

Sire,

Vostre très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

Franc5, E. de Genève.

Annessi, le 21 janvier 1618.

(1) Les désirs du Saint ne se réalisèrent pas; les Carmes eurent gain de cause, et rentrèrent dans leur couvent le 30 juillet 1618. En 1669, un décret du P. Mathieu Orlandi, Général et Visiteur apostolique de l'Ordre, fixa à sept le nombre des Religieux du Monastère de Gex, et même à huit, si, comme ils en avaient l'espoir, ils pouvaient parvenir à augmeuter leurs revenus. (D'après les Notes du R. P. Marie-Joseph du S. Cœur, C. d., aumônier du Carmel de Corioule, Belgique.)

156 Lettres de saint François de Sales

MCCCXCIII

A LA MÈRE DE CHANTAL

Départ d'une belle âme pour le Ciel. — Une demeure toute de paix. Confiance en Dieu, et regrets sur les morts.

Annecy, 24 janvier 1618(1).

Ma très chère Mère,

Quand on m'a osté d'auprès de vous, ça esté pour monsieur de Sainte Catherine (2), mais je pensois que ce fust un accident comme Vautre fois; et voyla que ça esté pour luy faire saintement dire dix ou douze fois : Vive Jésus ! et protester qu'il avoit toute son espérance en la mort de Nostre Seigneur : qu'il a prononcé avec beaucoup de force et de vivacité, et puis s'en est allé ou nous avons nos prétentions, sous les auspices du grand saint Paul (3). Dieu qui nous V avoit donné pour son service, le nous a osté pour sa gloire : son saint nom job, i, ai. soit béni * !

(1) Comme la lettre suivante, celle-ci a été datée pour la première fois par Hérissant, tome III, p. 416. Mais le quantième qu'il lui attribue n'est pas juste. C'est le 24 janvier, et non le 25, que moururent D. Simplicien Fregoso et Philippe de Quoex; nous en avons le témoignage dans les Acta Collegii, qui mentionnent au 24 le décès du premier, et dans les Registres paroissiaux d'Annecy qui inscrivent au 25 les funérailles du second (1).

( 2 ) Philippe de Quoex (voir tome XII. note ( 1 ), p. 30). Ce digne ecclésiastique, premier prêtre, premier chanoine, et confesseur de l'Evèque de Genève, eut la consolation d'être visité par lui soir et matin pendant les dix jours de sa maladie. La veille de sa mort, François de Sales voulut lui administrer luimême les derniers Sacrements, et, ne pouvant se résoudre à le quitter, fit apporter son souper près de ce lit de souffrance dont il ne s'éloigna ensuite que sur les pressantes instances de son entourage. Comme le frère du mourant, Claude-Louis-Nicolas de Quoex, s'affligeait de la perte qu'il allait faire : « Il ne faut point pleurer, mon tilz, » lui dit le saint Prélat, « nostre frère sera bienheureux; je l'ay demandé chaudement a Nostre Seigneur, et il nous a faict sçavoir qu'il le vouloit. Dominas est ! » (Dépos. de Claude-Louis- Nicolas de Quoex, Process. remiss. Gebenn. (I), ad art. 27.)

(3) M. de Sainte-Catherine expira à 3 heures de l'après-midi, donc aux premières Vêpres de la Conversion de saint Paul.

( 1 ) C'est à tort qu'au tome XII on a rectifie aux Errata la date du 24 donnée p. 50, note ( 1 ), pour indiquer celle du 23.

Année 1618 157

Demeures cependant en paix, avec mon cœur, au pied de la providence de ce Sauveur pour lequel nous vivons et auquel, moyennant sa grâce, nous mourrons. Dieu reparera cette perte et nous suscitera des ouvriers en lieu de ces deux (0 qu'il a pieu retirer de sa vigne pour les faire asseoir en sa table *. Mais tenes vostre cœur en paix, * Luc, car il le faut; et, comme dit l'Escriture *, pleures un * Eccii Peu sur les trespassés, mais pourtant loues Dieu en consolation, puisque nostre espérance est vivante. A men.

(1) D. Simplicien Fregoso, Barnabite (voir tome XVI, note (2), p. 231), était mort le matin du même jour, à 7 heures. « Attendez-moi, dom Père Simpliciain, attendez-moi! » s'écria fortement Philippe de Quoex un instant avant de rendre le dernier soupir, « voulant dire que tous deux iraient ensemble au Ciel. » (Arpaud, Vie de Mgr D. Juste Guérin, Anneci, 1837. liv. I, ch. xi.)

xxii. 1 r.

MCCCXCIV

(fragment) Mort de deux grands serviteurs de Dieu. — Admirable acquiescement du Saint,

Annecy, 24 janvier 1 618 (1).

Ma très chère Fille,

Il faut demeurer coy en ce que Dieu dispose et ordonne ; nous l'avons mesme fait ce jourd'huy. A 7 heures du matin, nous avons perdu pour cette vie le P. D. Simplicien, et a trois heures le bon monsieur de Sainte Catherine, deux grans serviteurs de Dieu, sans qu'il y aye presque

( 1 ) Le texte donné par l'édition de 1629 est non seulement tronqué, mais sans doute composé de deux fragments, dont le premier parait s'adresser à la Mère Favre. Le double décès mentionné dans ces lignes en indique la date. (Voir la lettre précédente et les notes qui l'accompagnent.)

Quant au second fragment, il trouvera sa place plus loin.

158 Lettres de saint François de Sales

aucun malade en cette ville. O Providence céleste ! sans esplucher vos effectz, je les adore et embrasse de tout mon cœur, et acquiesce a tous les evenemens qui en succèdent par vostre volonté.

MCCCXCV

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