‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 45 sur 91 · V. S. Illma quelle gratie che da me glie sonno desiderate · texte numérisé non relu

V. S. Illma quelle gratie che da me glie sonno desiderate

Di V. S. 111-,

, Humilissimo et certissimo servitore in Christo,

Franc0, Vescovo di Geneva.

Nel monasterio di Nostra Signora di Mians (0, alli 27 di Febraio 16 18.

Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation d'Annecy.

qu'il s'agit du service et de la gloire de sa divine Majesté, et du salut des âmes rachetées par le sang du Rédempteur. A lui soit honneur, gloire et bénédiction éternelle, et à vous, Madame, toutes les grâces que vous souhaite,

De Votre Seigneurie Illustrissime,

Le très humble et très assuré serviteur dans le Christ, François, Evêque de Genève.

Au monastère de Notre-Dame de Myans (0, le 27 février 16 18.

( 1 ) Le très antique sanctuaire de Notre-Dame de Myans est peut-être antérieur au xie siècle, et devint célèbre surtout à partir de 1248, date de sa miraculeuse préservation lors de l'écoulement du Mont-Granier. Deux siècles plus tard, grâce à la piété de Jacques de Montmayeur, il fut confié aux Religieux de Saint-François qui y demeurèrent jusqu'à la Révolution. C'est de leur couvent qu'est datée la présente lettre. — A la suite du Concordat, Myans fut érigé en paroisse, et le presbytère établi dans une partie de l'ancien monastère. De 1803 à 1860, des curés et des missionnaires desservirent alternativement paroisse et pèlerinage. Les Jésuites leur succédèrent jusqu'en 1877, époque à laquelle de nouveaux missionnaires diocésains ont repris la garde du sanctuaire vénéré. Une des plus belles manifestations catholiques du xixe siècle à Myans eut lieu le 17 octobre 1855. La statue monumentale de Notre- Dame de Savoie, placée au sommet du clocher de la chapelle, fut bénite solennellement ce jour-là, au milieu d'un concours de quarante mille fidèles et en présence de huit Evêques. (Cf. Maillet, Le pèlerinage de Notre-Dame de Myans, Chambéry, 1900. J

182 Lettres de saint François de Sales

MCDVI

AU PRINCE DE PIÉMONT, VICTOR-AMEDÉE (0 Les nécessités de la Sainte-Maison de Thonon. — Appel à la bonté du prince.

Notre-Dame de Myans, 28 février 1618.

La Sainte Mayson de Thonon ne peut subsister che (sic) par la bonté et libéralité de Son Altesse, qui en est la fondatrice, et laquelle partant est suppliée maintenant sur divers articles desquelz la resolution et exécution est nécessaire pour maintenir laditte Mayson, ainsy que le sieur Gilette (2), présent porteur, représentera (3).

Playse a Vostre Altesse Serenissime d'estre favorable a ce bon œuvre, comme elle Test ordinairement a toutes ; c'est la supplication seule que pour le présent je luy fay, et qu'elle me face la grâce de m'advouer tous-jours,

Monseigneur,

Son très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

Franc3, E. de Genève.

A Nostre Dame de Myans, le 28 febvrier 161 8.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

( 1 ) Le Saint mentionnant dans ces lignes « Son Altesse », il est évident qu'il s'adresse, non au duc de Savoie, mais à Victor-Amédée dont il désirait la recommandation auprès de son père Charles-Emmanuel.

(2 ) Pierre Gillette (voir tome XIV, note ( i ), p. 37).

(3) Les affaires restaient bien compliquées à la Sainte-Maison de Thonon (voir ci-dessus, note(i), p. 61); il fallait nécessairement aboutir à un accord au sujet du prieuré de Contamine (cf. ibid., note (4), p. 22, et pp. 117, 118) et de l'abbaye de Filly (voir tome XI, note ( 1 ), p. 252). Ce dernier bénéfice avait été acquis des Chevaliers des Saints Maurice et Lazare, le 4 octobre 1617, par la Sainte-Maison et le Chapitre de Saint-Jean-de-Maurienne ; mais en vertu d'un échange fait le même jour, la première restait seule propriétaire des revenus de Filly, tandis que le prieuré de Saint-Julien en Maurienne était attribué au second. (Cf. Lavanchy, Mém. de l'Acad. Sa/es., tome XXXIII, chap. 11, m.)

En cette année 1618, et sans doute après le retour de Piémont de Pierre Gillette, eut lieu un arbitrage réglant les droits respectifs du Presbytère et des Barnabites sur Contamine et Filly. (Turin, Archives de Y Opéra pi* Barolo, Paquet 221, n° 10.)

Année 1618 183

MCDVII

A MADAME DE VIGNOD

Un bouquet mystique à offrir aux Saints ; de quelles fleurs il faut le composer. — Saint Thomas d'Aquin. — Quel est l'ennui le plus importun. — Les menues tracasseries exercent l'amour de la propre abjection. — Avis pour supporter et corriger une petite fille d'humeur difficile.

Annecy, [février 1606-16 18 (1).]

Vous me demandes, ma très chère Fille, quel bouquet vous pourres donner a vostre Valentin (2)? Il doit estre fait de quelques petites actions de vertu, que vous prattiqueres exprès en faveur de ce Valentin céleste, et au bout de la méditation du matin, vous le luy presenteres, affin qu'il le consacre a vostre cher Espoux. Vous pouves aussi en cueillir quelquefois au jardin des Olives, sur le mont de Calvaire (je veux dire ces bouquetz de myrrhe de vostre saint Bernard), et supplier le céleste Valentin de les recevoir de vostre cœur et d'en louer Dieu, qui est comme s'il en respandoit l'odeur, puisque vous ne pouves ni asses dignement flairer ces divines fleurs, ni asses hautement en louer la suavité. Vous le pourres encor prier, ce brave Valentin, qu'il prenne aussi ce bouquet, et que de sa main il le vous face odorer, et mesme qu'il vous en rende quelqu'autre en eschange ; qu'il vous donne des gans parfumés, couvrant vos mains d'oeuvres de charité et d'humilité, et vous donne des brasseletz de corail, des chaisnes de perles; et ainsy faut

( 1 ) L'allusion si caractéristique à saint Bernard désigne comme destinataire une Religieuse de labbaye de Sainte-Catherine, et probablement la Sœur Bernarde de Vignod. (Voir tome XIII, note ( 1 ), p. 103.)

Quant à la date, elle reste obscure, car les avis de cette lettre ont pu être écrits depuis février 1606; à cette époque, Bernarde était déjà sous la direction du Saint. Le texte lui-même ne paraît pas d'une intégrité incontestable ; il pourrait y avoir une interpolation à partir du troisième alinéa. (Cf. tome XIV, note (1), p. 14.)

(2) C'est-à-dire au saint Protecteur que la Religieuse avait tiré au sort le 14 février. (Cf. le tome précédent, note ( 1 ), p. 423.)

184 Lettres de saint François de Saies

il exercer des tendresses d'amour avec ces heureux gentilzhommes de ce Roy de gloire.

Il me semble que ce fut saint Thomas d'Aquin que vous tirastes pour le mois : le plus grand Docteur qui aye jamais esté. Il estoit vierge, et la plus douce et humble ame qu'on sçauroit dire.

Or, parlons un peu de ce cœur de ma très chère Fille : s'il estoit a la veuë d'une armée d'ennemis, ne feroit-il pas des merveilles, puisque la veuë et le rencontre d'une petite fille maussade et escervelee le trouble si fort ? Mais ne vous troubles pas, ma très chère Fille, il n'est point d'ennuy si importun que l'ennuy qui est composé de plusieurs petites, mais pressantes et continuelles importunités. Nostre Seigneur permet qu'en ces petites rencontres nous demeurions courtz, affin que nous nous humiliions, et que nous sçachions que si nous avons surmonté certaines grandes tentations, ce n'a pas esté par nos forces, mais par l'assistance de sa divine Bonté

Je le voy bien, que par ces menues tracasseries il y a

force sujetz d'exercer l'amour ou l'acceptation de nostre

propre abjection : car, que dira-on d'une telle fille qui n'a

point fait proffiter et n'a point bien dressé ni donné bonne

action a cette petite fille ? Et puis, qu'est ce que nos

Seurs diront de voir que pour la moindre importunité

qu'une créature nous fait, nous nous desbattons, nous nous

plaignons, nous grondons ? Il n'y a remède, ma très

chère Fille. La fille de saint Athanase eust acheté cette

* Vide Collât. Pa- condition au prix de l'or *, mais ma fille n'est pas si

x^metlcfXL)lldCa ambitieuse : elle aymeroit mieux que l'occasion luy fust

la Vie dev., Part, ostee que d'entreprendre de la faire valoir. Recoures bien

III, ch. 1 (tom. III, 1 r

p. 127). a l'humilité, et pour ce peu de tems que cet exercice durera,

essayés-vous de la supporter en la présence de Dieu, et d'aymer cette pauvre chetifve pour l'amour de Celuy qui l'a tant aymee qu'il est mort pour elle. Ne la corriges pas, si vous pouves, en cholere ; prenes la peine qu'elle vous donne a gré, et me croyes tout vostre.

Franc\ E. de Genève.

Annhe i 6 i 8 185

MCDVIII

AU DUC DE SAVOIE. CHARLES-EMMANUEL Ier Témoignage et intercession en faveur du P. Ange Calcagni.

Grenoble, 8 mars 1618.

Monseigneur,

Le Père Frère Angelo Calcagnio, Gardien des Observantins de Playsance (0, est prisonnier des il y a trois moys a Chamberi ; et par ce que je l'ay souvent veu a Annessi, ou il a quelquefois demeuré les moys entiers avec son frère (2), et n'ay jamais rien reconneu en luy contraire a la pieté et religion, je l'ay visité en sa prison, ou je l'ay treuvé comme un homme que le tesmoignage de sa conscience tient asseuré. Et par ce qu'il m'a demandé pour l'amour de Dieu mon intercession auprès de Vostre Altesse, je ne la luy ay peu refuser; c'est pourquoy, croyant fermement que rien ne se treuvera en cette occasion contre son innocence, je fay très humble supplication a Vostre Altesse de luy vouloir départir sa faveur pour sa briefve sortie et son renvoyé en son cloistre (3).

Dieu face de plus en plus abonder ses grâces sur la personne de Vostre Altesse, a laque (sic) je suis,

Monseigneur,

Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

Françs, E. de Genève.

(4) A Grenoble, le 8 mars 1618.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

(1) Voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 165.

(2) Roch Calcagni, écuyer du duc de Nemours. (Voir tome XIV. noce ( 1 ),

(3) Il y retourna au plus tard en juin, puisque le 23 de ce mois il signe des actes à Sainte-Marie de la Campagne.

( 4 ) La date est de la main de Georges Rolland.

i86 Lettres de saint François de Sales

MCDIX

a don juste guérin, barnabite

(inédite)

Louange à Dieu pour le bon et le mauvais succès de divers événements. — Confiance en la Providence et courage pour agir. — Pourquoi il faut tout tenter et tout sacrifier afin d'obtenir aux Sœurs de la Visitation le privilège du petit Office.

Grenoble, [vers 5-10] mars 1618 (1).

Mon Révérend Père, que je chéris comme mon ame propre,

J'ay receu il y a 4 jours vostre lettre du 14 febvrier. Or, Dieu soit loué de vostre arrivée en bonne santé et des peines que vous aves souffertes en chemin, comme encor du mauvais estât auquel vous aves treuvé l'affaire de la Visitation (2), contre l'espérance en laquelle on nous avoit nourri. (*) Si bona suscepimus de manu Domini, Job, h, 10. mala etiam cur non sustinemus * ? Mays je sçai si asseu-

rement que nos prétentions tendent a la plus grande gloire de Dieu, que je ne puis perdre l'espérance de les voir reuscir, après que sa divine Majesté aura un peu espreuvé nostre courage.

Mays pourtant, affin que de nostre costé nous attirions le bon succès par toute la sousmission quil nous sera possible, je vous diray, mon très cher Père : premièrement, que si vous voyes du jour qu'avec un peu d împortunité nous puissions obtenir les trois articles que nous

(*) Si nous avons reçu les biens de la main du Seigneur, pourquoi ne supportons-HOMs pas aussi les maux ?

(1) C'est en 1618 que D. Juste se trouvait à Rome pour les affaires de la Visitation. Quant au mois et au quantième, la première ligne du texte les indique approximativement, le voyage des lettres, de Rome à Grenoble, durant près de trois semaines.

(2) L'approbation des Constitutions, avec divers privilèges. (Cf. ci-dessus, Lettre mccclxxxvi, p. 140.)

Année 1618 187

demandons (0, je vous supplie de faire tout effort (*•) opportune y importune *.

2. Mais toutefois, si vous voyes qu'on ne les puisse pas obtenir tous trois, qu'au moins on tienne bon en la poursuite de celuy du petit Office ; car le grand Office dissiperoit et le lustre et la fin de cette Congrégation, puisqu'on ne pourroit pas le dire avec la gravité requise, ni avec la bonne prononciation, et que plusieurs femmes et filles foibles de veùe ou d'estomac, quoy que grandement devotes d'ailleurs, ne pourroyent estre receùes. Et je sçai en vérité que cet article fait une notable attraction des âmes. Ainsy, pourveu qu'on obtienne cet article, nous serons asses contens, encor qu'on refusera les autres, quoy que grandement désirables.

3. Et plus tost que de mettre le grand Office en cette Congrégation, j'a}^merois mieux accepter le parti que Monseigneur de Lyon propose, pourveu qu'on le puisse impetrer du Saint Siège (2) : a sçavoir, que cette Congrégation demeurast en tiltre de simple Congrégation, avec les vœux simples, et qu'il pleut néanmoins a Sa Sainteté d'annuller et casser, ou déclarer nulz et de nulz effectz, tous les mariages que les Seurs (ce que Dieu ne veuille jamais permettre) voudroyent contracter après avoir faitz lesditz vœux simples, tout ainsy que Grégoire 13 a fait en faveur des Jésuites estudians (3). Ains, si cela se pouvoit obtenir, je l'aymerois mieux que toute autre

(**) a temps et à contretemps.

(1) Voir le tome précédent, Lettre mccxix, p. 238.

(2) Dans son Mémoire sur la Visitation fait en 1616 (cf. ibid., pp. 138 et 405), M^1" de Marquemont témoignait surtout la crainte que les Sœurs, n'ayant que des vœux simples, pussent rentrer dans le monde, y contracter des alliances valides, et causer ainsi dans leurs familles du trouble, du scandale et des procès. Peut-être avait-il écrit encore récemment à l'Evêque de Genève pour lui proposer ce moyen terme : laisser les vœux simples, mais faire attacher la solennité à celui de chasteté. (Cf. ci-dessus, Lettre mccclxxxi, p. 132.)

( 3 ) Le document en faveur des «Jésuites estudians» auquel le Saint fait allusion, est la Constitution Ascendente Domino, de Grégoire XIII, donnée le vm des calendes de juin 1584. 1 Cf. Instit. Soc. Jesu, Florentiae, 1 886-1891 , p. 94.)

II Tim., ult. 2.

chose, car toutes les difficultés cesseroyent ; mays j'ay grand peur que cela ne fut encor plus difficile a impetrer du Saint Siège, quoy que l'exemple des Pères Jésuites serviroit de beaucoup pour faciliter l'affaire.

4. Que si en fin on ne peut mieux faire, il faudra au moins tascher d'obtenir que cette Congrégation soit mise en tiltre de Religion, mais avec remission de l'obligation de dire le grand Office, tant en particulier qu'en gênerai, pour le plus long tems que se pourra, comme pour cinquante ans ou soixante ; car au bout dudit tems on obtiendroit peut estre bien une prolongation, quand le Saint Siège auroit veu par expérience que cette dispense reusciroit a plus grand bien. Enfin, cet article du petit Office est si important, que pour l'obtenir il faut se sousmettre a toute sorte d'autres rigueurs (0.

Je sçai que si Monseigneur de Lyon affectionne le bon événement de cette négociation, il le fera reuscir heureusement ; et bien que je ne luy escrive pas, respectant ses occupations, si ne laisse je pas de luy faire la révérence et vous supplier de Tasseurer de ma fidélité très humble a son service. Et quant a vous, mon Révérend Père, vous sçaves ce que je vous suis, c'est a dire que je suis vostre, sans reserve ni condition, et

Vostre serviteur et frère très humble, Franc5, E. de Genève.

(*) Al molto Rdo Padre osservandissimo, Il P. D. Giusto Guerini, délia Conge de Chierici regolari di S. Paolo.

Roma.

Revu sur l'Autographe conservé à l'évêché d'Asti (Piémont).

(*) Au très Révérend et très honoré Père, Le P. D. Juste Guérin, de la Congrégation des Clercs réguliers de Saint-Paul.

Rome.

f 1 ) Ce privilège du petit Office auquel tenait si fort le Fondateur fut accordé pour sept ans par Paul V, dans son Bref du 23 avril 1618. (Voir à l'Appendice I.) Urbain VIII, par Bref du 9 juillet 1626, le confirma à perpétuité.

Année 1618 189

MCDX

A M. CLAUDE DE QUOEX (0

Dévouement aux Religieux de Talloires en mémoire d'un ami défunt. « Multitude de bonnes occupations. »

Grenoble, 10 mars 1 6 1 8.

Monsieur,

Voyla les deux lettres pour l'affaire des Religieux de Talloire (2), que je veux servir, chérir et honnorer comme leur pieté et les désirs de mon pauvre aysné (3) requièrent ; car les désirs de ce defunct et sa fidèle amitié vivront a jamais en ma mémoire et en mes affections. Que si je n'ay pas escrit plus tost, ça esté sans ma coulpe, a cause de la multitude des bonnes occupations qui m'environnent, outre la principale des sermons (4).

Faites moy cependant lhonneur, je vous supplie, de persévérer a m'aymer, puisque je seray toute ma vie, et

( i ) Voir tome XII, note ( i ), p. 84.

( 2 ) Voir ibid., note ( 1 ), p. 241, et tome XIV, note ( 1 ), p. 173. L'affaire en question concernait-elle le spirituel ou le temporel du Monastère ? Le saint Evêque s'occupait paternellement de l'un et de l'autre. (Cf. le tome précédent, Lettre mccxlviii, p. 296.)

(3) Philippe de Quoex, décédé le 24 janvier précédent (voir ci-dessus, note (2), p. 156). Il s'était beaucoup employé pour faire réussir la réforme du prieuré dont son frère, Claude-Louis-Nicolas, était prieur claustral. (Cf. tome XVI, p. 113, et Appendice II, p. 403.)

(4) Voir au tome VIII, pp. 343-369, les cinq sermons attribués avec beaucoup de probabilité à cette station de Carême. Dans une lettre du Ier février 1620 (voir à l'Appendice I), Artus de Lionne, seigneur d'Aoste, parle des fruits merveilleux des prédications de François de Sales dans la capitale du Dauphiné. Messieurs du Parlement témoignèrent du souvenir plein de reconnaissance qu'ils en gardaient, lorsque, plusieurs années après la mort du Bienheureux, ils offrirent, pour contribuer aux frais de sa canonisation, 1000 livres au 1" Monastère de la Visitation d'Annecy; ils rappelaient en même temps « que le saint Prélat avait prêché deux années de suite à Grenoble, sans vouloir recevoir d'honoraires, sauf ses déboursés. » (Extrait de l'Inventaire sommaire des Archives de l'Isère, par Prudhoinme, tome II, B. 2316.)

190 Lettres de saint François de Sales

de vous et de celle qui est toute vous mesme ( l ), Monsieur, Plus humble, très affectionné frère et serviteur,

Franç% E. de Genève.

x mars 1618, a Grenoble.

(*) A Monsieur [Monsieur] de Quoex, Conseiller [de S. G.]

et Collatéral premier au Conseil de Genevois.

Revu sur l'Autographe conservé à Chanibéry, Archives du Sénat de Savoie.

( 1 ) Le 3 juillet 1617, Philippe de Quoex écrivait de Thonon, où il avait suivi le Saint, à son frère le collatéral: «Je vous ay promis de vous donner ample information du faict duquel j'ay prins la commission a mon despart. Voicy donc la responce : La dame est de retour en cette ville... Pour sa personne, il n'y a rien a dire ; car elle est d'une très belle taille, vertueuse, dévote, mesnagere, et tellement accompagnée de bonnes qualités, quil n'est pas possible, a l'advis de Monseigneur et mien, d'en rencontrer une plus accomplie et de laquelle vous puissies avoir plus de contentement... Le mariage est petit; en un mot, il n'y a que la qualité de la dame fort considérable, car vous n'en trouveries jamais une mieux a vostre gré ny au mien... Monseigneur dict que vous ne feries pas mal de vous venir promener jusques icy, et verries le tout, car il y a de différence beaucoup a voir et ouïr dire ! » (D'après l'autographe communiqué en 1901 par M. Mugnier.) Claude suivit le conseil, alla en Chablais (cf. ci-dessus, note (2), p. 52), et peu après épousait Rose Forestier d'Yvoire, fille de Claude Forestier (voir tome XIII, note ( 1 ), p. 195) et de Françoise de Saint-Jeoire. Convertie à la foi catholique, sans doute en même temps que son père (1606), elle s'était mariée en 1610 à Claude de Prez qui la laissa veuve en 1614. De son mariage avec M. de Quoex, elle eut une fille, Louise-Françoise, filleule du Saint et de Mme de Charmoisy, qui perdit sa mère avant septembre 1624, et devint plus tard Religieuse de la Visitation au ad Monastère d'Annecy.

( 2 ) C'est Georges Rolland qui a mis l'adresse.

MCDXI

A MADAME DE LESCHERAINE (M Une visite manquée.

Grenoble, 10 mars 1618.

Madame, Je n'ay point servi monsieur de Lescheraine vostre

( 1 ) La seule dame de Lescheraine qui eût, en 1618, un fils adulte, est Catherine de Monthouz (cf. tome XV, note ( 1 ), p. 88). fille de Claude-Amé de Monthouz en Duyn et de Françoise Grimaldi. Elle avait épousé, en 1394, Antoine de Lescheraine (voir tome XI, note ( 1 ), p. 283).

Année 1618 191

filz (0, ains je ne l'ay mesme pas veu, ni hier quil prit la peine de venir céans tandis que je me praeparois au sermon, ni aujourd'huy qu'il m'a apporté vostre lettre, par ce qu'il n'a pas fait sçavoir son nom a celuy a qui il a parlé et que sa discrétion a esté trop grande a s'en retourner, me sachant en occupation. Mays, Madame, ne laisses pas, je vous supplie, pour cela de croire qu'en toutes occurrences je ne le serve de tout mon pouvoir avec particulière affection, comme estant de tout mon cœur, Madame,

Vostre plus humble, très affectionné serviteur,

Franc8, E. de Genève.

X mars 16 18, a Grenoble.

A Madame Madame de Lescherayne.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Denarié, à Chambéry.

( 1 ) Pierre-Louis, unique fils de la destinataire, fut seigneur de la Compote, Montagny, etc. Il teste le 14 février 1640, laissant l'usufruit de ces seigneuries et des biens qu'il possédait à Saint-Jean de la Porte et aux Bauges, à Aurélie Becche. sa femme, dont il n'avait pas eu d'enfant.

MCDXII

A LA MÈRE DE CHANTAL

(fragment) A quelle condition Dieu bénit les entreprises. — Sortie d'« avettes ».

Grenoble, 11 mars 1618.

En fin, ma chère Fille, nous venons de conclure avec nos bonnes dames l'establissement de nostre Monastère (0. Tout le monde applaudit a ce dessein ; nostre bonne dame la Présidente Le Blanc ( 2 ) a une sainte ardeur pour cela, et moy j'ay une espérance très douce que Dieu

(1) L'établissement d'une Maison de la Visitation à Grenoble, qui se préparait depuis 1616 (voir le tome précédent, note (2), p. 343, et ci-dessus, note (2), p. 152).

(2) Voir le tome précédent, notes (3), p. 22, et ( 1 ), p. 366.

r92 Lettres de saint François de Sales

bénira ses intentions, si nous sommes si heureux que de nous humilier comme il faut devant luy, qui veut bien se glorifier en nostre petitesse.

Je vous prie, ma très chère Mère, de préparer doucement nos petites avettes pour faire une sortie au premier beau tems, et venir travailler dans la nouvelle ruche pour laquelle le ciel prépare bien de la rosée (0.

( i ) La Mère de Chantai, emmenant avec elle les Sœurs Péronne-Marie de Chastel, Claude-Agnès Joly de la Roche, Marie-Marguerite Milletot, Marie- Antoine Thiollier, et les quatre Novices grenobloises, partit d'Annecy vers le 4 avril. La petite troupe demeura deux jours à Chambéry, chez le président Favre, et arriva le 7, veille du dimanche des Rameaux, dans la capitale du Dauphiné.

MCDXIII

A la même

(fragment inédit)

Pronostic sur une Novice.

Grenoble, 15-fin mars 16 18 (1).

Il faut que la Seur Anne Françoise face abnégation du désir qu'elle a de demeurer a Annessi (2), parce qu'elle

(1) Il est difficile de préciser exactement la date de ce fragment; tout ce qu'on peut assurer, c'est qu'il est postérieur à celui du 11 mars, et a précédé les premiers jours d'avril.

(2) Ame pleine de courage et d'énergie, Mlle de Glézat avait triomphé d'abord de l'amour du monde pour se ranger à la vie dévote sous la direction de l'Evêque de Genève. Victorieuse ensuite de l'amour de sa mère qui, veuve depuis peu et passionnée pour sa fille, cherchait à la retenir auprès d'elle, la prétendante était venue se consacrer à Dieu à Annecy (voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 148), où elle prit le voile de la Visitation et le nom d'Anne-Françoise le 22 février 1618. Lorsqu'il s'agit de retourner à Grenoble, sa ville natale, elle appréhenda de se retrouver près de sa famille et de ses anciennes connaissances, et fit part à la Mère de Chantai, et par elle au saint Evêque, de ses craintes et de son désir de rester en Savoie. Les lignes du texte sont une partie de la réponse du Fondateur; Sœur Anne-Françoise réalisa pleinement les prévisions qu'il y exprime. Intelligente, fort bien douée pour tous les emplois, elle rendit de très grands services au Monastère de Grenoble, qu'elle

Année 1618 193

sera un bon pilier d'observance et mesme, un jour, une bonne Supérieure de la Mayson de Grenoble.

Revu sur le texte inséré dans Y Histoire de la Fondation de la Visitation de Grenoble.

gouverna comme supérieure de 1655 à 1641 . Sa vertu fut à la hauteur de ses talents, et peut se résumer dans ces mots d'une ancienne annaliste : « Ses paroles aussi bien que ses actions ne respiraient que sainteté. » (Hist. de la Fondation de la Visitation de Grenoble.) Sœur Anne-Françoise mourut le 11 avril 1649, à l'âge de soixante-trois ans.

MCDXIV

Espérance d'un prochain revoir. — Projets de fondations à Bourges et à Paris ; celle de Grenoble va se faire. — Un bienfaiteur de la Maison de Moulins. — Œuvres dont Dieu « tiendra bon comte ».

Grenoble, 29 mars 1618.

Ma très chère Fille,

Accablé des sermons et de miU'autres surcharges, je vous diray que vous pouves, a mon advis, recevoir ces filles pour soulager vostre Mayson et gratifier ceste damoyselle d'honneur qui le désire (0, puisqu'il ny a nul inconvénient, les personnes estant si discrettes que la discipline n'en sera point incommodée.

Encor me confirme-on que cett'esté se fera le voyage de Monseigneur le Cardinal (2) ; qui me donne espérance de vous voir. Monseigneur de Bourges, a la vérité, veut faire une Mayson a Bourges, mais ce ne sera pas si tost (3) ; cependant on en fait une en cette ville, ou nostre

(1) Il est fort difficile de dire quelles sont « ces filles » et la « damoyselle d'honneur m qui les recommandait; Y Histoire de la Fondation de Moulins ne fournit aucun renseignement positif à ce sujet. On peut cependant suggérer le nom de Mme du Feu. dont les deux filles entrèrent fort jeunes à la Visitation (voir le tome précédent, note ( 1 ). p. 346).

( 2) Maurice de Savoie (voir ci-dessus, note ( 2 ), p. 138).

( 3 ) Lorsque la baronne de Chantai obtint le consentement de son père pour commencer la Congrégation, son frère, André Frémyot, archevêque de Bourges

Lettres VIII \y

Mère sera dans huit jours (0, et on travaille a Paris pour un'autre (2). Dieu soit loué de tout.

Asseures monsieur le gênerai de Palierne (3) que je suis fort humblement son serviteur, honnorant de tout mon cœur la grâce que Nostre Seigneur luy fait de le tenir en son saint amour et service. Et de toutes les assistences quil vous fait, sa divine Majesté luy en tiendra bon comte ; comnVil fera aussi de la patience et du courage que vous prattiqueres a maintenir et avancer cette Mayson la, laquelle reuscira un jour dautantplus grande qu'elle semble croistre plus lentement.

Dieu soit au milieu de vostre cœur et de vostre chère trouppe. Mays je salue a part ma Seur Marie Avoy (4), ma Seur Françoise Gabriele (5) et ma Seur Jeanne Marie, ma nièce (6), et suis vostre très absolument, ma très chère Fille.

A Grenoble, le 29 mars 161 8.

(7) A Madame Madame de Brechard, Supérieure des Seurs de Ste Marie la Visitation. A Moulins.

Revu sur un fac-similé de l'Autographe, conservé à la Visitation d'Anne

voulait en placer le berceau dans sa ville épiscopale. N'ayant pu l'obtenir, il crut au moins avoir le droit de faire venir sa sœur auprès de lui dès que les fondations commencèrent. (Voir le tome précédent, note (2), p. 101.) En 1617, il revint à la charge et parut tout près de réussir (cf. Lettres de la Sainte, 10 avril 1617, vol. I, p. 191); toutefois la Mère de Chantai ne put partir pour Bourges que dans l'automne de 1618, et le nouveau Monastère fut établi le 15 novembre de cette année-là.

( 1 ) La sainte Fondatrice et ses Filles arrivèrent à Grenoble le 7 avril. (Voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 192.)

(2) Dès 1613, il fut question de porter dans la capitale de la France une semence du nouvel Institut (cf. tome XVI, p. 92'. Mais c'est Mme des Gouffiers qui était encore destinée dans les secrets de la Providence, pour préparer cette fondation (cf. tome XVII, p. 346). Partie de Moulins vers le 15 octobre 1617, aussitôt arrivée à Paris elle s'employa avec son zèle ordinaire à ce saint ouvrage qui fut accompli le Ier mai 1619.

(3) Trésorier général de France en Bourbonnais, Nicolas de Palierne sera plus tard destinataire.

(4) Soeur Marie-Avoye Humbert (voir le tome précédent, note (1), p. 263).

(5) Sœur Françoise-Gabrielle Bailly (ibid., note , 1 ), p. 261).

(6) Sœur Jeanne-Marie Vincent de la Croix (ibid., note ( 1 ), p. 264).

(7) L'adresse n'est pas de la main du Saint.

Année 1618 195

MCDXV

A DON JUSTE GUÉRIN, BARNAB1TE (0

A quoi les Sœurs de la Visitation emploieront-elles le temps si elles ne disent le grand Office ? — Deux réponses à cette objection.

Grenoble, 16 (2) avril 1618.

Mon Révérend Père,

Quant a la demande que fait le bon seigneur duquel vous m'escrives, sur l'occupation des Seurs de la Visitation en cas qu'elles ne disent le grand Office, il y a deux raysons.

La première, que les Seurs disant le petit Office gravement et avec pauses, elles y employent autant de tems comme la pluspart des autres Religieuses en mettent a dire le grand Office, sans autre différence, sinon que les unes le disent avec plus d'édification et meilleure prononciation que les autres (3). Certes, il y a huit jours, qu'estant en un monastère près de cette ville U), je vis

( i ) Le destinataire, désigné sous le titre à"un Religieux dans toutes les éditions précédentes, n'est autre que D. Juste Guérin, alors à Rome, où il traitait les affaires de la Visitation. (Cf. la lettre au même, ci-dessus, p. 186.)

( 2 ) Cette lettre a dû être écrite non d'Annecy, où l'Evêque revint le 21 avril, mais de Grenoble ; c'est pourquoi nous corrigeons la date, 26 avril, donnée par les autres éditeurs, et qui provient sans doute d'une erreur de lecture ou d'une faute d'impression. Le début semble indiquer que le texte a été tronqué.

(3) Voir ci-dessus, Lettre mccclxxxvi, p. 140.

(4) Il s'agit sans doute du monastère des Ayes ou de celui de Montfleury, l"un et l'autre voisins de Grenoble. (Voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 102.) Le premier, abbaye de l'Ordre de Cîteaux, datait de l'année 1160, et avait été fondé par Marguerite de Bourgogne, femme du dauphin Guigues VIII. En 1618, l'Abbesse, Adriane de Chambéran, ne gouvernait plus qu'une Communauté dégéoérée, dans laquelle pourtant commençaient à poindre des germes de réforme. (Cf. Guy Allard, Dictionnaire du Dauphiné, tome I.)

Quant au couvent des Dominicaines de Montfleury, depuis sa fondation (1342) par le dauphin Humbert II, il était resté l'asile de la noblesse et de la vertu. (Cf. ibid., tome II.) Le Saint y trouvait des parentes de toutes ses filles spirituelles de Grenoble, et des âmes déjà très avancées dans la perfection.

196 Lettres de saint François de Sales

des choses qui pouvoyent bien faire rire les huguenotz ; et des Religieuses me dirent qu'elles n'avoyent jamais moins de dévotion qu'a l'Office, ou elles sçavoyent de faire tous-jours beaucoup de fautes, tant faute de sçavoir les accens et quantités, que faute de sçavoir les rubriques, comme encor pour la précipitation avec laquelle elles estoyent contraintes de le dire; et que ne sachant ni n'entendant rien de tout ce qu'elles disoyent, il leur estoit impossible, parmi tant d'incommodités, de demeurer en attention. Je ne veux pas dire pourtant qu'il les faille descharger, sinon quand le Saint Siège, ayant compassion d'elles, le treuvera bon ; mais je veux bien dire pourtant qu'il n'y a nul inconvénient, ains beaucoup d'utilité, a laisser le seul petit Office en la Visitation. En somme, mon Révérend Père, ce petit Office est la vie de la dévotion en la Visitation.

La deuxiesme responce est qu'en la Visitation il n'y a pas un seul moment qui ne soit employé très utilement en prières, examen de conscience, lecture spirituelle et autres exercices.

Je m'asseure que le Saint Siège favorisera cette œuvre, qui n'est ni contre les loix, ni contre Testât religieux, et qui luy acquiert beaucoup de maysons d'obéissance en un tems et en un royaume ou il en a tant perdu ; et puisque mesme il n'y a pas tant de considérations a faire pour des maysons de filles, d'autant qu'elles ne font nulle conséquence pour les autres Ordres, ni ne peuvent estre occasion de plaintes aux autres fondées sous autres statutz. La seule considération de la plus grande gloire de Dieu me donne ce désir, et l'utilité de plusieurs âmes capables de servir beaucoup sa divine Majesté en cette Congrégation, avec la seule charge du petit Office, incapables autant de pouvoir suivre le grand Office. Sera-ce pas une chose digne du Christianisme qu'il y ait des lieux ou retirer ces pauvres filles qui ont le cœur fort, et les yeux ou la complexion foible (0?

Pour le reste, mon Révérend Père, travailles diligem-

f 1 ) Voir ci-dessus, note ( i ), p. 188.

Année 1618 197

ment a faire reùscir l'entreprise de nostre Séminaire, car j'ay opinion qu'il sera meshuy nécessaire (0.

Vostre frère et serviteur,

Franc9, E. de Genève.

Le .. avril 161 8.

( 1 ) Voir ci-ciessus, note (3), p. 141.

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