‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 46 sur 91 · A LA PRÉSIDENTE LE BLANC DE MIONS · texte numérisé non relu

A LA PRÉSIDENTE LE BLANC DE MIONS

Aimable et ferme correction de François de Sales à une de ses filles spirituelles excessive en ses témoignages d'estime et d'affection.

Annecy, 22 avril 1618.

Ma très chère Fille de mon cœur,

Sçaches que j'ay une fille laquelle m'escrit que mon esloignement a fait approcher ses douleurs ; que si elle ne tenoit ses yeux, ilz verseroyent autant de larmes que le ciel jette des gouttes d'eau, pour pleurer mon despart ; et semblables belles paroles. Mais elle passe bien plus avant, car elle dit que je ne suis pas homme, mais quelque divinité envoyée pour se faire aymer et admirer, et, ce qui importe, elle dit qu'elle passeroit bien plus outre, si elle osoit.

Que dites vous, ma très chère Fille ? Vous semble-il qu'elle n'ayt pas tort de parler ainsy ? Ne sont ce pas des paroles excessives? Rien ne les peut excuser que l'amour qu'elle me porte, lequel est certes tout saint, mais exprimé par des termes mondains. Or, dites luy, ma très chère Fille, qu'il ne faut jamais attribuer, ni en une

( 1 ) La lecture des lettres adressées à Ennemonde Chausson, femme du président Le Blanc de Mions, ne permet pas de douter que ces lignes n'aient la même destinataire. (Voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 566, et cf. note ( 1 ). p. 386.)

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façon ni en l'autre, la divinité aux chetifves créatures, et que penser encor de pouvoir passer plus outre en louange, c'est une pensée desreglee, ou au moins de le dire ce sont paroles désordonnées ; qu'il faut avoir plus de soin d'éviter la vanité es paroles qu'es cheveux et habitz ; que des-ormais son langage soit simple, sans estre frisé. Mais pourtant, dites-le luy si doucement, amiablement et saintement, qu'elle treuve bonne cette réprimande, laquelle part du cœur plus que paternel que vous connoisses, comme fille certes très chère de mon cœur, mais fille en laquelle j'ay mis toute confiance.

Dieu soit a jamais nostre amour, ma très chère Fille, et vives en luy et pour luy éternellement. Amen.

Le 22 avril 1618.

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