AU DUC ROGER DE BELLEGARDE (O
(inédite)
Un converti fugitif qu'il faut accueillir favorablement. — L'audace des hérétiques et le remède à y opposer.
Annecy, 25 avril 1618.
Monsieur,
Ce porteur, jeun'homme de Gex (2), quitte son pais et la mayson de son père pour éviter les inhumaines et continuelles persécutions qu'il y a rencontrées des qu'abjurant l'haeresie il a embrassé la foy catholique ; et c'est un grand cas, Monsieur, que cette faction de praetendus reformés, tolérée par l'indulgence du Roy, est si
(1) L'Autographe ne porte point d'adresse, mais sur le second feuillet, qui en a été détaché, on lit ces mots d'une écriture fort ancienne : Mr de Genève a Mr de Bellegarde. (Voir au tome XV, p. 293, la note sur Roger de Saint- Lary, duc de Bellegarde.)
(2) Sans doute Bursal, que le Saint recommandera de nouveau au gouverneur de Bourgogne le 9 juillet de cette même année.
Année 1618 199
insolente que de vouloir, par des voyes extraordinaires, empescher aux sujets de la coronne la liberté de servir Dieu selon la religion du Roy et du royaume, en laquelle l'Estat a esté et laquelle a tous-jours esté en l'Estat, il y a, grâces a Dieu, environ douze cens ans.
Monsieur, c'est pour cela que je vous ay supplié de nous faire avoir des magistratz catholiques en ceballiage de Gex(0, qui, par l'authorité qu'ilz posséderont, pourront donner le contrepoids a la multitude et malice des ennemis de la religion du Rx^ et du royaume, qui sont si hardis au mal et si pleins d'artifices pour l'exécuter que, s'ilz ne sont retenus de main forte, ilz ne cesseront d'empescher par toutes sortes de moyens violens le progrès de la conversion des âmes. Cependant, le favorable accueil et les grâces qu'il plaira a Vostre Grandeur de faire a ce jeun'homme qui recourt a vostre bonté, Monsieur, comme a son asyle, serviront de promesse a ceux qui sont si heureux d'estre appelles a la conversion, d'estre protégés envers ceux qui les voudroyent travailler et vexer pour ce sujet.
Au reste, Monsieur, c'est meshuy chose superflue de repeter les vœux de mon service, que j'ay fait a Vostre Grandeur, puisque lhonneur que j'ay de vous oser regarder et considérer comm'un père très affectionné fait son très aymable filz, met hors de doute le parfait respect et infini amour que mon ame a pour la vostre, que je supplie incessamment Nostre Seigneur de vouloir combler de sa grâce, et demeure invariablement,
Monsieur,
Vostre très humble et très obéissant serviteur, Franc8, E. de Genève.
25 avril 161 8, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Tours, chez les Religieuses du Saint-Esprit.
(r) Cette lettre à Bellegarde ne nous est pas parvenue; elle devait être de même date à peu près que celle à Louis XIII qui traite aussi de ce grave sujet. (Voir ci-dessus, Lettre mcccxcii, p. 155.)
2oo Lettres de saint François de Sales
MCDXVIII
Reconnaissance pour la protection accordée à de pauvres curés; prière de la continuer.
Annecy, 26 avril 1618.
Je fay en toute humilité action de grâces a Vostre Altesse de la lettre qu'ell'a escritte a monsieur le Marquis de Lans (2) affin qu'il mit ordre a faire payer les curés d'Armoy (3), de Draillens (4), qui de si long tems estoyent en extrême disette et prestz a quiter leurs charges si je ne les eusse soulagés (5).
J'espère, Monseigneur, que ledit seigneur Marquis effectuera l'intention de Vostre Altesse, ainsy qu'il m'a asseuré a mon retour de Grenoble ; et ne me reste qu'a la supplier très humblement de vouloir tous-jours ainsy protéger les affaires du service de Dieu, qui en suite multipliera ses grâces sur la vie et la personne de Vostre
(1) Un passage de la lettre du 25 août 1618 (voir plus loin) nous apprend que c'est le prince de Piémont qui écrivit, « environ les festes de Pasques, » au marquis de Lans. C'est donc à lui, et non au duc son père, que s'adressent ces lignes.
Voir le fac-similé placé en tête de ce volume.
(2) Sigismond d'Est, gouverneur delà Savoie. (Voir tome XV, note (1),
(3) Né à Samoëns. Jean Musy y fut tonsuré le 11 juin 1565, par M«r Jean Péron, délégué de M«r de Bachod. Le 20 mai 1575, il obtient une dimissoire pour se faire ordonner prêtre, et devient sacristain de la Collégiale de Samoëns, le 12 mars 1 588. Après le retour des paroisses d'Armoy, Reyvroz et du Lyaud à la foi catholique (1589 et 1591), Jean Musy fut le premier à les desservir. Il mourut en octobre 1621. (R. E.)
(4) Saint François de Sales veut probablement parler du curé d'Orcier, Etienne Ollivier, qui avait la charge de secourir la paroisse de Draillant, en attendant qu'on pût pourvoir à un autre ordre de choses. (Voir ci-dessus, Lettre mcd, p. 168.)
( s Cf. tome XIII, p. 4?.
Année i 6 i 8 201
Altesse Serenissime, a laquelle je fay très humblement la révérence, et delaquelle, Monseigneur, je suis
Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,
Françs, e. de Genève, xxvi avril 16 18, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.
MCDXIX
A LA MÈRE DE CHANTAL, A GRENOBLE
Charmantes nouvelles de la Communauté d'Annecy. — Comment employer le 7ious et nostre. — Avis sur une dispense. — « Un peu de considération humaine » dans des désirs paternels. — Difficultés du mariage de Celse- Bénigne. — La pensée du Saint sur la Communion dans son Institut. — Craintes pour le voyage de la Mère de Chantai à Lyon. — Lettres aux dames de Grenoble ; recommandations à ce sujet.
Annecy, 30 avril (1) 16 18.
Il me tardoit bien fort, ma très chère et plus que très chère Mère, de vous escrire des icy, ou je suis arrivé, grâce Dieu, en bonne santé (2). Mais quel moyen, je vous prie, a cet abord, parmy ce flux et reflux de visites, et quelque affaire que j'ay treuvé pour Piedmont et Italie O) ? Certes, je n'ay esté que deux fois voir nos chères Seurs, qui font fort bien. Ma Seur Anne Marie est fort dévotement sage, comme vous n'en doutes pas (4); ma Seur
(1) L'ancienne copie qui nous a fourni ce texte, porte la date du jo may ; il y a évidemment ou erreur de copiste, ou distraction du Saint. La mention de la mort de Mme Barfelly (p. 208) ne laisse aucune hésitation pour le mois.
(2) Vers le 17 avril, mardi de Pâques, l'Evêque de Genève quitta Grenoble et se rendit à la Grande-Chartreuse, où il passa un ou deux jours. Il rentrait à Annecy le 21, après un court arrêt à Chambéry.
(3) Cf. la lettre précédente.
( 4 ) En l'absence de la Mère de Chantai, Soeur Anne-Marie Rosset exerçait la charge d'Assistante-commise. (Cf. tomes XIV, note ( 1 ), p. 230, et XVI,
202 Lettres de saint François de Sales
Paul Hieronime, a ce qu'on me dit, fait merveille (x), et vostre Econome fait des miracles, hormis que ma Seur Anne Jacqueline (2) luy parle tous-jours savoyard et de la monnoye de Savoye, et elle ne l'entend pas; il faut des truchemens (3).
Hier je permis a la Seur Louise Marie (4) d'aller voir sa mère en compaignie de ma Seur Anne Marie, parce qu'on ne la pouvoit faire résoudre de se confesser, quoy qu'elle fust en tel danger que les médecins croyoient qu'elle deust mourir cette nuit ; ce qu'elle n'a pas encor fait, bien qu'a ce qu'on dit elle ne puisse pas aller loin. On luy a parlé des huit cens florins qu'elle avoit promis a la Mayson, mays elle a remis a le faire quand elle pourra au desceu de son mary ; on court donq fortune de les perdre (5).
Les Pères de Saint Dominique semblent vouloir m'obliger de leur jardin sans nous contraindre de vouloir le jardin des Barnabites ; toutefois je ne voy encor rien d'asseuré (6).
Le nous et nostre ne me deplaist pas, et toutefois il
( i ) La Sœur Paule-Jéronyme de Monthouz (voir au tome XVI, les notes ( i ) des pp. 2Ôr et 279) avait remplacé, comme Directrice, la Mère Péronne-Marie de Chastel partie pour Grenoble.
(2) Anne-Jacqueline Coste (voir tome XIV, note (2), p. 63).
(3) Rien d'étonnant que Sœur Françoise-Marguerite Favrot (voir ci-dessus, note (3), p. 30), native de Franche-Comté, eût de la peine à comprendre le parler savoyard de la bonne tourière.
(4) Fille du procureur fiscal Maurice Barfelly et de Jacqueline Déaclard, Sœur Louise-Marie fut baptisée le icr septembre 1602. (Reg. par. d'Annecy.) Son entrée au noviciat de la Visitation (août 1617) avait beaucoup facilité l'accord des Religieuses avec son père, au sujet des maisons destinées à agrandir l'enclos du monastère (voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 62). Elle prononça ses vœux le 9 septembre 1619, et fut envoyée en qualité d'Assistante à la fondation faite à Rumilly le 29 septembre 1625; elle y mourut le 14 octobre 1631, regrettée « de toute la Communauté, qui perdoit en ceste chère Sœur un rnodelle de bonté, douceur et cordialité sincère et colombine. » (Notice manuscrite, par la Mère de Chaugy, Archives de la Visitation d'Annecy.)
(■>) Déjà, « au desceu de son mary, » Maurice Barfelly, Jacqueline avait fait son testament le 10 octobre 1617 (voir ci-dessus, note (2 ), p. 62). Sa fille Louise n'y figurait que pour un legs de cinq florins; les huit cents promis au Monastère compensaient un peu la médiocrité de cet héritage! On ne les reçut pas. puisque la malade décéda ce jour même, 30 avril; et les anciens livres de comptes ne mentionnent aucun don de la famille Barfelly en l'année 1618.
(6) Voir ci-dessus, les notes (1) des pp. 86, 120.
Année 1618 203
faudra le modérer en sorte que par trop grande habitude de parler ainsy on ne rende pas les defautz, péchés, imperfections communs et les confessions inintelligibles aux confesseurs estrangers ; et partant, il semble quil suffiroit de dire nous et nostre de tout ce qui est vrayement commun, comme : nostre chambre, nostre chapelet, nostre travail, nostre Seur, nostre Mère, nostre exercice; car on peut bien dire : Je n'ay pas fait nostre exercice du matin, je n'ay pas esté a nostre disner, j'ay pensé dans nostre lict, et semblables (0.
Si pour ne point différer de donner l'habit a nostre Seur de Collesieu jusques après vostre despart (2), Monseigneur de Calcédoine O) veut dispenser du tems du premier essay, il faut accepter la dispense pour cette fois (4), et le supplier par après de n'en point dispenser que pour des dignes sujetz, attendu que la règle de cet essay est fort utile et salutaire a la Congrégation.
J'ay envoyé a ma Seur Anne Marie pour avoir le double du contract de monsieur le premier Président (5).
(1) « Quand les Sœurs parleront de leurs défauts et de ce qui touche a « leur personne, » écrivit plus tard le Fondateur au Coustumier et Directoire pour les Sœurs Religieuses de la Visitation Saincte Marie, « elles useront du « terme singulier,... mais en tout le reste elles parleront en plurier... » (Art. xxiv, Documents fort utiles.)
(2) La Mère de Chantai quitta Grenoble après le 10 mai, passa par Lyon, et revint à Annecy dans la dernière semaine du mois.
(3) Alphonse de la Croix de Chevrières, fils de Jean de la Croix (voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 357) et de Barbe d'Arzac. Il fut sacré à Lyon le 9 novembre 1615, avec le titre d'évêque de Chalcédoine et comme coadjuteur de son père à l'évêché de Grenoble, dont il devint titulaire en 1619. L'année suivante, il donne sa démission, et meurt à Saint-Marcellin en 1637. Il avait eu le brevet de conseiller d'Etat, et possédé les prieurés de Notre- Dame de Grosse, en Normandie; de Beaulieu, à Angoulême ; d'Aubigny en Nivernais, et de Saint-Pierre de Joigny, dans le Perche. (Moreri, 1740, tome III.)
(4) La dispense ne fut point accordée; Sœur Marie-Hippolyte Collisieux ne prit l'habit que le 31 juillet. Cette première novice du nouveau Monastère appartenait à « une honneste famille de Grenoble, » disent les anciens Mémoires. Ils ajoutent qu'elle reçut bientôt de Dieu un don d'oraison très élevé et que la Providence la gratifia de souffrances non communes, supportées généreusement par la fervente Religieuse jusqu'à sa mort qui arriva le ier août 1648. Elle avait environ cinquante-deux ans. (D'après sa Notice manuscrite, par la Mère de Chaugy.)
( '•) ) Antoine Favre.
204 Lettres de saint François de Sales
Et a propos de monsieur le premier Président, madame la Première (0 m'a fait entendre, en passant a Chamberi, quil desiroit bien que sa fille fust employée a Turin, si on la peut bonnement retirer de Lion; ce que je ne pense pas (2). M. de la Roche (3) m'en dit autant de la sienne (4), et par conséquent vous voyes, ma chère Fille, quil y a un peu de considération humaine en ces bons pères ; néanmoins je vous dis tout, affin que vous le consideries et ruminies pour vostre retour, et peut estre que Ton ne demandera des Seurs de deçà que pour un court emprunt. Mais laissons cela.
Je parlay a M. Carra (5), qui ne presse nullement la réception de sa fille, et luy est indiffèrent que ce soit ou un jour ou un autre (6). Ma Seur Françoise Marguerite, ce me semble, n'aura achevé son année de probation
(i) Philiberte Martin de la Perouse, femme d'Antoine Favre.
(2) C'était bien la Mère Marie-Jacqueline Favre que les deux Fondateurs destinaient à la fondation du Monastère de Turin, alors très prochaine, semblait-il. (Cf. ci-dessus, note (1), p. 177.) Mais l'Archevêque de Lyon n'était pas disposé à laisser partir la « grande Fille. » En 1620 seulement, à force de démarches et d'instances, on put la déprendre de la Maison de Bellecour pour l'employer à établir celle de Montferrand (cf. tome XV, note ( 1 ), p. 178), sans perdre l'espoir de lui faire passer les monts. Jusqu'en 1627, chaque fois que se renouent les négociations pour l'établissement de la Visitation à Turin, sainte Jeanne de Chantai rappelle à la Mère Favre qu'elle doit y coopérer ; mais quand, en 1638, la petite troupe des fondatrices put enfin se diriger vers la capitale du Piémont, cette grande Religieuse était décédée depuis dixsept mois.
(3) Jean Joly, seigneur de la Roche et d'Alery (voir tome XIII, note ( 1 ), p. 364).
(4) Sœur Claude-Agnès Joly de la Roche, alors à Grenoble avec la sainte Fondatrice. Elle sera pins tard destinataire. (Cf. tome XV, note (2), p.158.)
(5) Paul de Beaumont-Carra, fils de Jean de Beaumont et d'Antoinette de Lambert, épousa (contrat dotal du 15 septembre 1580) Antoine-Charlotte de Divonne. Quarante-quatre ans après, la Mère de Chantai écrivait à la fille du vieux seigneur (24 mars 1624) : « Priez pour M. votre père, lequel se porte si bien que l'on parle de le remarier. » (Lettres, vol. II, p. 278.) Il ne paraît pas que ce projet ait eu de suite. Le 26 décembre 1632, Paul de Beaumont fait son testament, voulant être enterré dans le tombeau de sa famille, à Saint-François de Chambéry.
(6) Ce fut en revenant de Grenoble par Chambéry que le Saint parla à M. Carra au sujet de la profession de sa fille, Anne-Catherine, novice à la Visitation d'Annecy depuis le 23 avril 1617. La cérémonie n'eut lieu qu'après le retour de la Fondatrice, le 27 mai 1(718. La note de la Mère Anne-Catherine de Beaumont sera donnée plus tard.
Année 1618 205
que la veille de saint Claude, avec ma Seur Michel et ma Seur Claude Jacqueline (0.
Je seray bien marry si le mariage de monsieur de Chantai ne reuscit au gré de ceux quil regarde, et ne m'estonne pas toutefois si la bonne madame Liotart va un peu moins rondement que nous n'avons pas fait de nostre costé, car elle n'a pas peut estre encor bien despouillé la robbe du monde, ni perdu la coustume de parler selon la sagesse du monde. Je serois partant bien ayse de sçavoir en gros comme cela se sera passé, ne me pouvant empescher de cette curiosité, a cause du contentement que je souhaite a vostre Celse Bénigne, et certes, encor a cette fille, que j'ayme pour l'amour de ma très chère Mère, comme si c'estoyent mes frère et seur(2).
Je consens très librement que nostre très chère Seur Peronne Marie (3) communie trois, voire quatre et plus encor de fois la semaine jusques a l'édition des Règles, et que tous-jours une des Seurs communie avec elle ; et quand elle ne communiera pas, qu'une Seur communie,
(1) L'année de probation ne s'achevait entièrement que le jour même de saint Claude, car c'était le 6 juin 1617 qu'avaient reçu le voile les Sœurs Françoise-Marguerite Favrot (voir ci-dessus, note (3), p. 30), Marie-Michelle Viallon de Nouvelles (ibid., note (1), p. 29) et Claude-Jacqueline Joris. Cette dernière, fille de Claude Joris, de Chambéry, et de Claude Chavent, était entrée au monastère en mars 1617, à l'âge d'environ trente ans. Elle fit profession avec ses deux compagnes le 7 juin 1618, mais pour le rang des Sœurs domestiques ; cependant ses continuelles infirmités ne lui permirent pas de se livrer longtemps aux travaux pénibles, et c'est par une vie de souffrance et de prière qu'elle se sanctifia. Elle mourut le Ier mars 1636. (Livre du Noviciat et Livre du Couvent, du Ier Monastère d'Annecy.)
(2) Un projet de mariage entre Celse-Bénigne de Rabutin-Chantal et Huguette, troisième fille du président Jean Liotard et de Marguerite du Solier, était déjà fort avancé. Le jeune baron, en quittant sa mère (voir ci-dessus, Lettre mcccxcvii, p. 162), s'était rendu à Grenoble, et, le ro mars, un acte avait été passé en présence de François de Sales. Des difficultés surgirent depuis, tant de la part de l'Archevêque de Bourges, André Frémyot, que de celle de Mme Liotard, mère de la fiancée (voir ci-après, note ( 1 ), p. 222) ; elles venaient principalement du règlement de la dot, comme on le verra bientôt.
Huguette, ayant dû renoncer à l'alliance du baron de Chantai, épousa Antoine Rostaing d'Urre, seigneur d'Aiguebonne, marquis de Treffort en 1648, lieutenant-général des armées du Roi en Italie, etc. Veuve vers 1655, elle vivait encore en 1661. (D'après Guy Allard, Dictionnaire du Dauphiné, et Rivoire de la Bâtie, Armoriai du Dauphiné.)
( 3 ) Sœur Péronne-Marie de Chastel (voir tome XV, note ( 1 ), p. 133), destinée à prendre le gouvernement de la nouvelle Maison de Grenoble.
2o6 Lettres de saint François de Sales
en sorte que tous-jours quelque Communion se face tous les jours; car je me confirme tous-jours plus au désir que je vous ay communiqué, qu'en cette Congrégation la Communion y soit quotidienne de quelques unes des Seurs a tour, pour le souhait que le sacré Concile de Trente fait de voir que quelqu'un communie a chaque •Sess.xxn.deSa- Messe *, ainsy que je le declareray plus a plein aux
crif. Missae, c. vi. .
* Vide Constit. xxi. Règles *.
Je croy fermement que ma Seur Barbe Marie (0, m'ayme singulièrement, et n'a pas tort, ni aussi madame de Granieu (2), qui m'est a la vérité précieuse.
J'ay envoyé a ma Seur Françoise Marguerite pour faire arrester les mille ducatons a Dole (3). On me tourmente fort icy a l'occasion de vostre passage a Lion, d'autant, dit on, qu'il vous pourroit causer du mal : a quoy je vous supplie de prendre soigneusement garde, car penses si rien m'est si cher, après la sainteté de nostre ame, que la santé de ma Mère (4). Je pense que j'ay tout dit quant aux affaires.
Faites vous hardiment communiquer les lettres que j'ay
escrit a ma Seur Barbe Marie, car il y en a, a mon advis,
♦Vid.tom.praeced., qui sont bien bonnes *. Puisque vous voules tout avoir, j'en
Epist. mccxciv, , r . . . .,,. ... , ,.
mccci. ay escrit une bonne une fois a madame de Vissilieu o),
et si j'ay du loysir, j'en escriray une autre a madame de
* Epist. seq. ia Baume (6) et vous l'envoyeray a cachet volant *;
mais il la faudra bien cacheter, car je ne sçay pourquoy, mais il est vray que les advis secretz frappent mieux le cœur jusques a ce que l'on soit fort avancé au renoncement de son propre amour.
Je salue d'un cœur incomparablement paternel toutes
( i ) La présidente Le Blanc.
( 2 ) Laurence de Ferrus, darne de Granieu (voir le tome précédent, note ( i ),
(3) Sans doute ces mille ducatons faisaient partie de la dot de la Sœur Françoise-Marguerite Favrot, qui fut versée au mois d'août par M. Clément, venant de Dole à Annecy pour assister à la profession de ses deux filles.
( 4] Voir ci -dessus, note ( 2 ), p. 203.
( 5) Marguerite de la Croix de Chevrières, dame de Veyssilieu (voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 371).
(6) Catherine de la Croix de Chevrières, femme de Pierre de la Baume. (Voir note ( 1 ) de la lettre suivante.)
Année 1618 207
nos chères Filles (0, quej'ayme tous les jours plus, m'estant advis que je dois cela a l'affection qu'elles ont de bien servir Dieu. En somme, je me repose en vous comme a moy mesme pour bien faire mes honneurs et mes amours envers ces bénites âmes qui m'ayment pour l'amour de Nostre Seigneur.
Il faut remettre les lettres que j'escriray a madame de la Baume et a madame de Pisançon (2) et a madame Odoyer(3), a M. d'UrmeU), affin quil les rende, car il le désire. Madame la conseillère Le Maistre me pria de la vous recommander, et sans doute elle a besoin qu'on asseure son ame, pleine de bonne volonté, mais un peu sujette aux abattemens de courage et melancholie : ce pourquoy il la faut encourager et un peu prendre par la main (5).
Vives toute en la vie et en la mort de Celuy qui vit pour nous faire mourir a nous mesme, et est mort pour nous faire vivre a luy mesme *. Ainsy soit il, ma très * Cf. 11 Cor., v, 15. chère et très unique Mère. Amen.
Je ne vous dis rien de madame de Bouqueron et de ses filles (6), car vous sçaves asses de quel cœur je suis pour elles et pour mesdames de Saint André (7). Or sus, vive
(1) Les Sœurs de la nouvelle fondation. (Voir ci-dessus, note (1), p. 192.)
(2) Anne Bally, fille de Jean Bally, conseiller au Parlement, et de Catherine Oddoz ou Odde de Triors. Elle était devenue la belle-sœur des dames de la Baume et de Veyssilieu par son mariage avec Jean de la Croix de Chevrières, seigneur de Pisançon, maître de camp d'infanterie.
(3) Marguerite de Fay, femme de Jean-Claude Audeyer. (Voir le tome précédent, note (7 ), p. 389.)
( 4) Jean-François d'Ulme, chanoine de Grenoble, qui sera destinataire. (Cf. ibid., note (2 ), p. 390.)
( 5) Fille d'Antoine de la Porte et d'Hélène Cousin, Lucrèce épousa le n décembre 1591, Jean-Louis Le Maistre. qui mourut doyen des conseillers au Parlement de Grenoble en 1627. (D'après des Notes de M. le comte de Terrebasse.)
(6) Antoinette Camus, dame de Bouqueron (voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 151), eut six filles : Marie et Laurence qui épousèrent Sébastien et Artus Pourroy ; Virginie, mariée à Aymar Marnais; Françoise, dame de Chailliol depuis 1617 (voir ci-dessus, note (1), p. 128) ; Anne et Mérite qui s'allièrent à Pierre Ifitalier et à Charles du Peloux. Nous ignorons la date de leurs mariages ; quelques-unes pouvaient être encore auprès de leur mère en 1618.
( 7 ) Honorade de Simiane, fille de François de Simiane, seigneur de la Coste, et de Claire Guérin, avait épousé, par contrat passé à Forcalquier le 12 février
208 Lettres de saint François de Sales
Jésus! Amen. Cachetés bien ces lettres après que vous les aures veuës, et les remettes au bon M. d'Urine auquel j'escris quil les donne. J'abonde un peu en dilection et es paroles d'icelle en ce commencement ; vous sçaves que c'est selon la vérité et la variété de ce vray amour que j'ay aux âmes. Maintenes moy bien es bonnes grâces de celles que Dieu veut estre plus de mon soin.
C'est le 30 [avril] 1618.
Je ne vous envoyé pas le contract (0, d'autant que je n'ay peu le faire copier, et si il me semble quil ne soit pas trop bien fait ; mais je vous en escriray plus amplement. Dieu soit béni éternellement dans le cœur de ma très chère Mère comme dans le mien propre.
Aymes bien madame de Granieu, car quant a madame Barbe Marie, il y a si long tems quil ne le faut plus dire. J'ay receu la lettre que vous m'escrives, du 22 de ce mois, allant donner la dernière bénédiction a madame la procureuse fiscale qui a perdu tout sentiment (2).
Faites bien sécher les cachetz volans, afïin qu'on ne s'apperçoive que les lettres ayent esté veuës.
Revu en partie sur une ancienne copie conservée au icr Monastère de la Visitation de Marseille.
1572, Artus Prunier, seigneur de Saint-André-de-Rosans, président au Parlement du Dauphiné, et Tun des plus signalés personnages de son temps. Honorade devint veuve le 4 mai 1616.
Sa belle-fille était Marguerite de Bellièvre, femme de Laurent de Prunier Saint-André. (Voir le tome précédent, note (3), p. 389.)
( 1 ) Le contrat du président Favre (voir ci-dessus, p. 203).
(2) Mme Barfelly (cf. ibid., p. 202).
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