A MADAME COTTIN
(inédite )
Recommandation à la destinataire de soumettre sa volonté à celle de Dieu.
Annecy, [fin avril ou mai 1618 (2).]
Ma très chère Fille,
En fin, le bon mary (3) m'a prié de vous recommander ce que vous sçaves vous avoir esté non seulement recommandé, mais commandé au nom de Dieu, a la volonté duquel il faut joindre et lier inséparablement la vostre. Or, faites le donq courageusement et pour l'amour de Celuy qui, pour vostre amour, a bien souffert la mort.
Atant, je suis
Vostre plus humble,
Franc5, E. de Genève.
(4) A Madle Madle Cottin.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Amiens.
(1) Complétons la note d'Isabeau d'Aspres ou Daspres (voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 376) en disant qu'elle était fille de Claude d'Aspres, « capitaine-châtelain, concierge des prisons à Grenoble. » mort avant i6o<>, et de Marguerite Coste. (D'après Prudhomme, Inventaire somm. des Archiv. de l'Isère, tome I, pp. 34, 357.)
(2) Ecrite pour contenir les désirs impatients de Mme Cottin de se retirer du monde, cette lettre paraît dater du retour des prédications du Carême en 1618.
(3) Denis Cottin, capitaine-châtelain de Grenoble, garde des prisonniers du Palais, huissier en la chancellerie près de la Cour. (Voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 376.) L'hypothèse émise au sujet de « M. le Maistre » (note (a), ibid.) ne suhsiste plus. Celui-ci n'est certainement pas le mari de Mme Cottin ; on peut proposer avec beaucoup de vraisemblance François Coste, Maître aux Comptes depuis 1592, et qui le fut jusqu'à sa mort, 1620. Ce serait un parent, le frère peut-être, de Marguerite Coste (voir note ( 1 ) ci-dessus), qui aurait pris le soin de la famille de sa sœur après le décès de Claude d'Aspres. (D'après Prudhomme, ubi supra, pp. 89, 90.)
(4) L'adresse est de la main de Jean-François de Sales.
Année 1618 215
MCDXXIII
A LA MÈRE FAVRE, SUPÉRIEURE DE LA VISITATION DE LYON (r)
Espoir d'aller à Lyon. — Le premier Président de Savoie et sa famille attendus à Annecy.
Annecy, 2 mai 1618.
Il faut tous-jours tesmoigner a ma très chère grande Fille que j'ay une continuelle mémoire d'elle, et un mot suffit pour cela.
Me voicy de retour (2), ma très chère Fille, et, parmi l'espérance de la paix (3), je nourris celle de vous voir en l'occasion du voyage de M. le Prince Cardinal, s'il est vray qu'il se face, comme nos courtisans m'asseurent(4). Si moins, je feray mon voyage a Saint Brocard (5), et allant ou revenant, je prendray la consolation de voir cette grandement très chère Fille, que mon ame ayme très singulièrement, et avec elle, ces autres chères filles qui l'environnent.
Ce pendant, le bon père viendra icy faire les Rogations avec nous, et madame la Présidente et les frères (6),
(1 ) Hérissant qui, le premier, a publié cette lettre, se trompe en l'adressant à la Mère de Bréchard (voir plus haut, note ( i ), p. 109) ; tout, dans le texte, indique la Mère Favre comme destinataire. Depuis Tannée précédente, celle-ci témoignait un ardent désir de revoir son bienheureux Père. (Voir à l'Appendice I, sa lettre du 26 septembre 1617.)
( 2 ) De retour de Grenoble (voir ci-dessus, note (2), p. 201).
(3) La paix était signée déjà, mais les puissances belligérantes n'en avaient pas encore rempli les conditions. (Voir ibid., note (4), p. 106.)
(4) Voir ibid., note (2), p. 138.
(5) Ici, l'éditeur de 1758 a lu : « Saint-Brocard » ; mais n'a-t-il pas mal lu ? car aucune localité de ce nom ne se trouve en France. Peut-être l'Autographe portait-il Saint Bonnet, seigneurie des Camus dans le Lyonnais. L'Evêque de Belley pouvait y avoir donné rendez-vous à son saint ami.
(6) Outre René de la Valbonne. la Mère Marie-Jacqueline Favre avait encore cinq frères vivants (voir tome XI, note (1), p. 70J. Il est difficile de dire lesquels d'entre eux devaient accompagner leur père et leur belle-mère à Annecy.
Le 19 mai, samedi précédant les Rogations, le Conseil de Ville délibère sur les présents à faire à Antoine Favre dont l'arrivée est imminente. Ce jour même, il fait offrir « a Monseigneur le Reverendissime Evesque de Genève..., qui sans doubte logera ledit Sr Président a son logis, et pour tant de faveur quil faict journellement a la ville,... ung cocq d'Inde, deux chappons et ung levrau. » (Reg. des Délib. municip.)
2i6 Lettres de saint François de Sales
ou nous ne serons pas sans parler de vous. De vous dire des nouvelles de Grenoble, ce seroit chose superflue, car nostre Mère vous en fera part suffisante 10. De celles d'icy, que vous diray je, sinon que tout y va très bien.
Reste que vous continuies aussi comme vous faites, que vous m'aymies tous-jours cordialement, et que vous priies Dieu pour mon cœur, affin qu'il vive tout a luy. Le vostre sçait bien que je suis sien.
D'Annessi, le 2 may 1618.
( 1 ) En retournant de Grenoble en Savoie, la Mère de Chantai passa par Lyon. (Voir ci-dessus, note (2), p. 205.)
MCDXXIV
A LA MÈRE DE CHANTAL, A GRENOBLE
(fragment) Petites violettes à transplanter en divers jardins.
Annecy, [commencement de mai 1618(1).]
L'esprit humain ne peut comprendre comment nos pauvres, basses et petites violettes de la Visitation sont désirées en plusieurs jardins (2). Revenes donq, ma chère Mère, pour tirer d'icy de ces petites plantes de bénédiction et les transplanter ailleurs, a la gloire de nostre doux Jésus, que je supplie de vous bénir.
( 1 ) Charles-Auguste (La Vie de la Mère Marie Aymée de Blonay, 1655, chap. vu) donne ce fragment comme ayant été écrit à la Mère de Chantai en 1615, lorsqu'elle était à Lyon ; une étude sérieuse permet de croire qu'il s'est mépris et que ces lignes furent envoyées en 1618, à Grenoble, alors que les demandes de fondations arrivaient de toutes parts.
(2) Outre les fondations déjà traitées en 1616 (voir le tome précodent, note (a), p. 141, et Lettre mclxxiv, p. 162) et celles qui se préparaient à la fin de 1617 (voir ci-dessus, Lettre mccclxxxiii, et note (4), p. 137), on peut encore citer celles de Bourges (voir ibid., note (3), p. 193), de Chalon-sur-Saône (cf. Lettres de la Sainte, vol. I, p. 210) et de Dijon. Pour cette dernière ville, le projet d'établissement avait été conçu dès 161 1 ; les demoiselles Bertot et Parise, promotrices de cette œuvre, la poursuivaient à travers d'inextricables difficultés qui ne furent vaincues qu'en 1622.
Année 1618 217
MCDXXV
(inédite ) Deux visites promises à la Mère Favre. — Lettres envoyées et reçues.
Annecy, 9 mai 1 6 1 8 ( 1).
Ma très chère Fille,
Je vous respons a petitz pointz, estant extrêmement pressé. Je croy que nostre Mère vous donnera le contentement que vous desires (2), car je la layssay résolue a cela, commune Mère très amoureuse de sa très chère fille ; et si ses forces et les nécessités de cette Mayson d'icy le permettoyent, je croy mesme qu'ell'iroit volontiers a Moulin.
J'espère que, quant a moy, j'iray et vers vous et a Moulin, passant a Paris, puisque on tient asseuré le voyage du Prince Cardinal pour cet esté, lequel ne reuscissant pas, au moins iray je vers vous, prendre la consolation de vous voir, et vostre chère trouppe, exceller en la sainte dévotion, comme l'on me dit que vous faites. Qu'a jamais Dieu en soit loué.
Il est certain que je vous escrivis des Grenoble une fois par monsieur de Bauvillars, gentilhomme de Cremieu (3), et l'autre, ce me semble, par monsieur Orlandini, ecclésiastique, frère de l'une de nos Seurs (4).
(1) Le Saint n'a pas ajouté Tannée au quantième, mais les faits mentionnés dans ces lignes ne laissent aucun doute pour 1618.
(2) De s'arrêter à Lyon au retour de Grenoble. (Voir ci-dessus, note (2), p. 205, et p. 206.)
(3) Gaspard de Bernières, seigneur de Beauvillars. (Voir ibid.. note (4),
(4 La famille Orlandini était originaire de Florence; elle s'établit à Lyon vers le milieu du xvie siècle, en la personne de Guillaume Orlandini, négociant, qui fut sans doute le grand-père de l'ecclésiastique, messager du Saint, et de Catherine Orlandini qui, entrée au monastère de Lyon à l'âge de vingtquatre ans, y fut admise a l'habit le 12 août 1617, et reçut le nom de Françoise- Catherine. (Cf. ci-dessus, note (2), p. 174.) Elle fit profession le q septembre 1618 et décéda le 22 juillet 1623. (Livre du Chapitre et Livre du Couvent, du Ier Monastère de Lyon, transféré à Venise.)
218 Lettres de saint François de Sales
J'escris a Mlk de la Moutiere, que j'honnore grandement pour plusieurs raysons ( I ), et a monsieur TAumosnier (a). Je salue nos Seurs pour vous, et donneray vostre lettre a monsieur de Boysi (3) quand il sera de retour des chams ou il est. La chère belle et bonne seur (4) se porte bien, et nous tressaillons desja d'ayse en l'attente de monsieur le père et madame la Présidente dans dix jours (5).
Dieu soit au milieu de vostre cœur, et je suis de tout le mien, tout invariablement et très parfaitement vostre, ma très chère grande Fille, ma bien aymee Fille. Amen.
Vive Jésus !
ix may.
A ma très chère grande Fille, Supe de Ste Marie.
Revu sur l'Autographe conservé chez les Sœurs Bénédictines de Santa Cecilia, à Rome.
(1) Toutes les recherches faites pour identifier « Mlle delà Moutiere » sont restées sans résultat.
(2) Claude de Sévelinges, aumônier de Belleville, ancien confesseur de la Visitation de Lyon. (Voir tome XV, note (2), p. 333.)
(3) Jean-François de Sales.
(4) La présidente de la Valbonne.
(3) Voir ci-dessus, p. 215.
MCDXXVI
A LA MÈRE DE CHANTAL, A GRENOBLE
(iNÉDITB )
Encore l'affaire des jardins. — Les lettres de M. de Granier. — Difficultés au sujet d'un contrat de mariage. — Roses changées en épines. — La clarté dans les affaires.
Annecy, 10 mai 1618 (1).
Ma très chère Mère, Je vous ay escrit ce matin (2) avant que de prendre le
( 1 ) La mutilation de l'Autographe Ta laissé sans signature et sans date. Il est facile pourtant de déterminer l'année et presque sûrement le quantième : la Mère de Chantai quitta Grenoble pour Lyon en mai 1018. et la lettre annoncée ici à Mme Liotard est datée du 10 mai.
(2) Cette lettre n'a pas été retrouvée.
Année 1618 219
gelap du bon monsieur de Granieu (x), et ay respondu a vos deux lettres du ier et 7° de ce moys. Tout maintenant je reçois celle du 5 et j'adjouste ces deux motz.
Les Pères de Saint Dominique m'ont offert un parti pour avoir ce morceau de jardin dont nous avons besoin, sans toucher a celuy des Pères Barnabites (2), mais parti si impossible et, si je ne me trompe, desraysonnable, qu'en fin ce n'est rien. Dieu y mettra sa main, sil luy plait, et nous en fera treuver d'autres.
Vous vous resouviendres bien de ce que vous me dites de M. de Grenier et de ses lettres (3); j'ay sceu que c'est, et m'est advis que c'est si peu de chose, que si vous n'en pouves parler fort doucement et imperceptiblement, il ne seroit presque pas bon d'en rien dire, de peur d'effaroucher cette pauvre fille qui se promet tant de consolation de vostre veue (4) ; et peut estre les termes généraux suffiront, sil ne se présente d'autre biais bien propre pour venir aux particuliers.
Si vous voyes quil y ayt quelque messeance de manger en mesme table avec vostre conducteur, vous pourres bien manger dessus vostre lit, comme lasse, et y faire manger auprès de vous vostre conducteur.
Vrayement, je seray bien ayse de revoir M. de la Gran, que j'honnore chèrement pour la bonté de son cœur au
(1) François de Gratet, seigneur de Granieu, Faverges, Dolomieu, le Bouchage, etc., fut trésorier général de France en Dauphiné, comme son père, Pierre-Jacques de Gratet, qui avait mérité cette charge par son dévouement au Roi pendant les guerres civiles. Sa mère était Clémence Rabot, sœur du président d'Illins. Il épousa (25 avril 1 595) Laurence de Ferrus (voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 595), et l'aimable vertu de sa compagne l'attira bientôt à une vie très sérieusement chrétienne ; les pauvres et les Religieux purent l'appeler leur père et leur appui. Quand Mme de Granieu se mit sous la conduite de l'Evèque de Genève, son mari eut une large part des bénédictions et des grâces qui descendirent sur la famille par l'entremise du Serviteur de Dieu. Il apprit surtout de lui, dit un ancien historien, à « finir saintement ses jours. » (Menestrier, Vie de Laurence de Ferrus, dame de Granieu, dauphinoise, Lion, Brun, 1898.)
(2) Voir ci-dessus, p. 202.
( 3) Sans doute le Saint veut parler de lettres écrites par Denis de Granier (voirie tome précédent, note (1), p. 525) à la Mère Favre. Celle-ci avait une certaine influence sur le trop inconstant chanoine ; elle devait s'en servir heureusement plus tard pour le ramener dans la bonne voie.
(4) Voir la lettre précédente.
service de Dieu (0. Nous avertirons affin qu'on face la profession au teins que vous désirés <2).
Que je suis en peine, ma très chère Mère, de crainte que nostre mariage, dont nous nous promettions tant de consolation, ne se rompe (î); car de ne pas communiquer très clairement et sans replys toutes les difficultés quil y a, a M. de Chantai (-0 et a Monseigneur de Bourges (5), il ny a point d'apparence ; et de les leur communiquer, il y a toute apparence que Monseigneur de Bourges se rebutera de voir que cette terre dont on avoit parlé ne soit pas terre, ains une mayson seulement ; que mesme on ne la veuille donner que pour après le trespas, et non aux noces; que l'argent n'est pas exigeable pour estre colloque a propos des affaires que Ton a, et que l'on veuille tant de pompe, que deux ou trois mille escus ne suffiront pas : de sorte que rien ne demeure qui puisse bien contenter son esprit que vous connoisses, sinon la fille, que tout le monde avoue estre digne d'amour. Et puis, cette méthode de se desfaire du gentilhomme que vous sçaves (6), engendrera elle pas indubitablement
( i ) Le prieuré de Lagrand, au diocèse de Gap, remonte au xie siècle. D'abord de la dépendance du Saint-Sépulcre d'Acquapendente (Italie), puis de l'abbaye de Cluny, il devint lui-même chef de nombreux prieurés, églises ou filleules. Depuis le 23 janvier 1609, son prieur et seigneur était Louis de Simiane de la Coste, fils de Jean-Baptiste de Simiane et de Marie de Portes, qui possédait encore le prieuré de Saint-Michel-de-Connexe et un canonicatà Grenoble. Ce digne ecclésiastique fut un des premiers et des principaux bienfaiteurs de la Visitation de Grenoble; pendant plusieurs années (1656-1664), sans avoir le titre de Père spirituel du Monastère, il en remplit avec zèle toutes les fonctions au nom de l'Evêque, M^1" Pierre Scarron. (D'après YI/iventaire somm. des Archiv. des Hautes-Alpes, par l'abbé Guillaume, tome VIII, et YHist. de la Fondation de la Visitation de Grenoble.)
(2) Trois Novices attendaient le retour de la Fondatrice, et sans doute aussi le règlement de leur contrat, pour prononcer leurs vœux. C'étaient les Sœurs Claude-Catherine de Vallon (voir tome XIV, note ( 1 ), p. 354).. Hélène-Marie Le Blanc et Anne-Catherine de Beaumont (voir ci-dessus, note (6), p. 204). La première fit profession le 23 mai et les deux autres le 27.
(3) Le projet de mariage entre Celse-Bénigne de Rabutin-Chantal et Huguette Liotard. (Voir ci-dessus, p. 205, et la lettre suivante.)
(4) Celse-Bénigne, fils de la Mère de Chantai.
( 5 ) André Frémyot tenait lieu de père aux enfants de sa sainte sœur. Il devait, pour faciliter le mariage, avantager son neveu d'une pension et donner les bagues à la fiancée. (Cf. Lettres de la Sainte, vol. I, p. 245.)
(0) Un autre prétendant, sans doute, d'Huguette Liotard.
Année 1618 221
des querelles, puisque il s'est declairé de sa prétention a M. de Chantai et a moy, a qui mesme il a monstre Tescrit ? En somme, il arrive souvent en ce monde que les roses se convertissent en espines.
J'ay pensé que je devois escrire un mot a Mme Lyotart *, * Bpist. seq. laquelle je ne nie pas qu'elle ne me dit qu'elle ne vouloit pas donner cette pièce, qu'ell'appelloit terre, qu'hors du contract de mariage : dequoy je me remis, comme des autres particularités, a ce qui seroit avisé entre vous, comme peu expert en telles affaires. Ce sera pourtant grand domage si ce mariage ne se fait, car a mon advis, les parties se fussent fort entr'aymees, et les parens contentés de cette aymable fille. Pour moy, je faisois conte de quinze mille escus bien revenans en argent, et quinze mille en la terre; car si ell'eut esté terre de cinq cens escus de revenu, elle les valoit fort bien. Et néanmoins, si on fait 24 mille qui soyent franchement et clairement asseurés et recevables, quant a l'argent, selon la nécessité des affaires de M. de Chantai, je pense que l'on devra passer outre. C'est une belle chose que la clarté es affaires. J'ay a contre cœur tout (0
En somme, je recom-
[mande] supplie d'accroistre en
crainte filiale et parfaite
ces daines : ma Seur Barbe Marie (v,
madame de Granieu, avec toutes
en esprit continuellement.
A ma très chère Mère
Madame de Chantai.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Chambéry.
( 1 ) La moitié du second feuillet de l'Autographe a été coupée; nous donnons ce qu'il en reste, en laissant aux lignes leur disposition première, afin que le lecteur se rende compte de ce qui manque. L'adresse se trouve au verso, soit à la quatrième page.
( 1 ) La présidente Le Blanc de Mions.
Lettres de saint François de Sales
MCDXXVII
A madame liotard (0
Regrets du Saint en apprenant les obstacles qui s'opposent à la conclusion d'une alliance. — Prière de la faciliter.
Annecy, 10 mai 1618.
Madame,
J'ay sceu par une lettre de madame de Chantai, que le désirable mariage qui fut conclu en mon logis se treuvoit plein de difficultés en l'esclaircissement des articles particuliers; et je confesse que, le croyant si convenable et propre au contentement des parties et de leurs amis, je ne puis m'empescher d'en estre en peyne (2). En suite de quoy, comme je conseille a madame de Chantai de ne point s'arrester a la diminution des espérances que nous avions des biens, aussi vous conjure-je, Madame, d'apporter de vostre costé tout ce qui peut faciliter et rendre douce et aggreable l'exécution d'une si bonne
( 1 ) La lecture de la lettre précédente et du présent texte suffit à fixer la destinataire.
« La bonne madame Liotart... n'a pas peut estre encor bien despouillé la « robbe du monde, ni perdu la coustume de parler selon la sagesse du monde, » écrit le Saint à la Mère de Chantai à la fin d'avril 1618. (Lettre mcdxix, p. 205.) Cependant, depuis plusieurs mois, Marguerite du Solier, fille de Jean du Solier, sieur de la Mure, et veuve (1603) de Jean Liotard, président à la Chambre des Comptes du Dauphiné, souhaitait se retirer à la Visitation de Lyon « pour lui servir de passage au dessein » qu'elle avait « de se consacrer à Dieu. » (Lettres de la Sainte, 17 septembre 1617, vol. I, p. 222.) Mais elle n'avait « point de disposition pour la Religion, » la Fondatrice est obligée de le reconnaître, tout en regrettant que u cette pauvre femme-là » ne pût être « assistée et aidée » comme elle l'aurait voulu. (Ibid., 25 juin 1618, vol. I, p. 265.) La charitable Sainte recommandera encore Mmc Liotard à la sollicitude de la Mère de Chastel, supérieure à Grenoble, oubliant aiusi le défaut de désintéressement et de loyauté qui fit rompre un projet de mariage fort goûté de son fils Celse-Bénigne. On trouve encore Marguerite du Solier signataire d'un acte en 1623.
(2) Voir ci-dessus, note (2), p. 205.
Année 1618 223
œuvre, et de prendre la méthode la plus claire et franche. Et ce pendant, je demeure très asseurement, Madame,
Vostre plus humble serviteur
Françs, E. de Genève.
10 may 16 18, Annessi.
Je souhaitte mille et mille bénédictions a Mesdamoyselles vos filles, que je chéris et honnore de tout mon cœur, et suis leur serviteur (0.
( 1 ) Huguette Liotard avait deux sœurs aînées : Catherine, mariée à Jean de Dorgeoise la Tivolière, et Marguerite, femme de Gabriel de Grôlée de Mépieu, qui demeura l'amie fidèle et dévouée de la Mère de Chantai. Celle-ci écrira en 1630 : « Pour notre chère madame de Mépieu, c'est une petite âme que j'aime bien. » (Lettres, vol. III, p. 451.) Elle fut une des bienfaitrices de la Visitation de Crémieux.
MCDXXVIII
AU DUC DE NEMOURS, HENRI DE SAVOIE (0 Recommandation en faveur d'un avocat.
Annecy, 11 mai 1618.
Monseigneur,
En cette vacance de Testât d'advocat de Vostre Grandeur en ce Conseil de Genevois, advenue par la promotion de monsieur Ouvrier a celuy de sénateur (2), jecroy que le sieur Mottier sera proposé a Vostre Grandeur ; et je puis dire que si elle luy fait la grâce de le recevoir en cette charge, elTen sera extrêmement bien servie, non seulement par ce que c'est l'un des plus dignes advocatz que nous ayons en ce païs, mais aussi par ce qu'il
( 1 ) Bien que l'Autographe ne porte point d'adresse, le titre de « Vostre Grandeur » et le sujet de la lettre désignent clairement le correspondant du Saint.
(2) Henri Ouvrier (voir tome XVI, note (4), p. 60) fut reçu au Sénat le 13 juin 1618.
224 Lettres de saint François de Sales
affectionnera ardemment son devoir (O. Et les effectz de ce véritable tesmoignage en seront mes garens ; qui me fait le proférer hardiment, priant au reste la divine Bonté qu'elle face abonder Vostre Grandeur en bénédictions, et demeurant, Monseigneur,
Vostre très humble et très obéissant orateur et serviteur,
Françs, e. cje Genève.
XI may 1618, Annessi.
Revu sur l'Autographe conservé à Paris, Bibliothèque Nationale, Fonds français, 5809, fol. 80.
(1) La recommandation du Saint eut son effet : Robert Mottier, originaire de Thônes, docteur ès-droits, devint avocat au Conseil de Genevois. Il acquit le titre de noble en 1621, par son élection de premier syndic de la ville d'Annecy. (Reg. des Délib. municip.)
MCDXXIX
A madame de la fléchère
Un mal moins grand qu'on ne pensait. — Prochain retour de la Mère de Chantai.
Annecy, 15 mai 1618 (1).
J'ay esté bien en peine d'abord, mais en fin j'ay sceu, ma très chère Fille, que ce n'estoit que les attaques ordinaires. Dieu soit loué ! Du reste, nous en parlerons avec un peu plus de loysir quand vous viendres icy ; et cependant, voyla un billet de nostre Mère, que j'ay ouvert commaddressé a [ma] fille et très chère fille. Elle sera icy de vendredi en huit jours (2).
(1) La date de l'année, qui manque sur l'Autographe, est justifiée par l'annonce d'un retour de la Mère de Chantai à Annecy pour la fin du mois de mai; ce qui ne se présente qu'en 1618.
(2) Voir ci-dessus, note (2), p. 203. François de Sales écrit ces lignes un mardi; le vendredi suivant tombait, par conséquent, le 18, ce qui fixerait au 25 l'arrivée de la Fondatrice. Elle n'eut lieu en réalité que le 26. (Voir ci-après, Lettre mcdxxxi, p. 227.)
Année 1618 225
Dieu, par sa bonté, vive et règne en nos cœurs. Amen. xiiiii may.
A Madame Madame de la Flechere.
Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.
MCDXXX
A M. GUILLAUME DE BERNARD DE FORAS
Témoignage d'amitié. — Ombre à la joie du saint Evêque au sujet du mariage de Henri de Nemours.
Annecy, 18 mai 1618.
Monsieur mon Frère,
Quelle apparence y auroit il de laisser partir ce porteur, de mes amis et confrères, sans luy donner ces quatre motz? car ne faut il pas, le plus souvent que l'on peut, ramentevoir cette juste et inviolable affection plus que fraternelle que mon cœur a envers vous ? Il est vray, Monsieur mon très cher Frère, plus l'honneur et le bien de vous revoir m'est différé, plus ce sentiment va croissant en moy.
Au reste, on nous a annoncé de toutes partz le mariage de Sa Grandeur (0 ; mais j'attens que vous me le faciès sçavoir, avant que j'en tesmoigne ma joye, comme je dois, a sadite Grandeur, avec laquelle je me res-jouirois bien davantage si on ne nous asseuroit pas, par la mesme
( 1 ) Dès 1609, il était question du mariage de Henri de Nemours avec la petite-nièce du premier mari de sa mère, Anne de Lorraine, duchesse d'Aumale, fille de Charles de Lorraine (cf. tome XIV, note ( 1 ), p. 184). En 1611, le projet avait été rompu sur les vaines espérances que le politique Charles- Emmanuel donna à son cousin de lui accorder l'infante Catherine (cf. tome XV, note (2), p. 79). Déçu dans son attente, le duc de Nemours renoua ses anciennes négociations, et, non sans difficulté, les fit heureusement aboutir. Le 14 avril 1618, par l'intermédiaire de Jacques de Montgommery, seigneur de Courbazon, à qui il avait passé procuration, le prince signait à Bruxelles l'acte de son mariage avec Anne de Lorraine.
Lettres VIII ,t
226 Lettres de saint François de Sales
nouvelle, qu'elle se resoult de ne venir plus icy. Or sus, la Providence divine sçait ce qu'elle a a faire de nous. Cependant, aymes tous-jours constamment, Monsieur mon Frère, celuy qui, a jamais, sans cesse et sans reserve, est et veut estre
Vostre très humble frère et serviteur,
Ce 18 may 1618.
On dit tous-jours que Monsieur le Cardinal fera son voyage, et que je l'accompagneray (O.
A Monsieur [Monsieur] de Foras, Gentilhomme de la Chambre de M. le Duc de Nemours. A Paris.
(1) Voir ci-dessus, note (2), p. 138, et pp. 193, 213.
MCDXXXI