‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 54 sur 91 · AU DUC ROGER DE BELLEGARDE · texte numérisé non relu

AU DUC ROGER DE BELLEGARDE

Inquiétudes au sujet de la santé du destinataire et action de grâces pour sa guérison. — Que faire pour le bien de la vie conservée. — Recommandation en faveur d'un nouveau converti.

Annecy, 9 juillet 1618.

Monsieur mon très cher Filz,

Je ne vous sçaurois dire de combien d'afflictions mon cœur a esté tourmenté parmi les incertitudes de vostre santé. Que de divers advis j'ay receus il y a environ deux mois ! Mais Dieu soit loué, qu'après avoir pleuré et amèrement regretté sur vostre trespas, qu'on m'avoit annoncé, je bénis sa divine Majesté et la supplie avec une incomparable consolation pour vostre vie que, certes, vous deves meshuy chérir, Monsieur mon très cher Filz, puisque vous voyes combien elle est désirée, comme très utile, par tant de gens de bien ; car on m'escrit de Gex que parmi tout vostre gouvernement (0 on a fait des actions de grâces publiques a la divine Bonté pour vostre guérison. Et en ce pais mesme de deçà, si on ne les a fait publiques, on les a fait générales, et moy je les ay fait très particulières, comme ayant receu en vostre conservation un des plus singuliers bienfaitz que j'aye receus il y a long tems.

Aymés-la donq vostre chère vie, Monsieur mon très cher Filz, et faites ensuite deux choses pour son bien . L'une sera de la conserver soigneusement par les moyens

( 1 ) Le duc de Bellegarde était gouverneur de la Bourgogne, de la Bresse et du Bugey.

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convenables, estayant et appuyant l'infirmité d'icelle et le penchant que l'aage et les maladies luy ont causé, par le repos et règlement propre a cela.

L'autre, et la première, sera que, si jusques a présent vous aves eu intention de dédier tous les momens de vostre vie présente a l'immortalité et éternité de la future, vous en redoublies la resolution et les vœux, contant les jours et les heures, et les employant affectionnement a vostre advancement en l'amour divin, a l'amplification de la pieté parmi les mondains, et en somme, a l'exécution des saintes vertus que la grâce de Dieu et vostre bon naturel vous ont fait aymer et désirer il y a long tems. Pour moy, je ne cesse point, certes, de prier a ce dessein, que par un asseuré pressentiment je voy des-ja, ce me semble, tout exécuté, avec un surcroist de contentement indicible de sçavoir combien monsieur vostre frère ( r ) fraternise heureusement pour ce regard.

Au demeurant, Monsieur mon Filz, le jeune Bursal, de Gex (2), s'estant converti a la foy catholique par la bonté de Dieu, a tant receu de mauvais et indignes traittemens en sa patrie par ses bourgeois et mesme par ses proches, qu'il a esté contraint de se retirer a Paris, ou il a pensé de pouvoir treuver quelque condition de service pour s'entretenir ; et nos ecclésiastiques de Gex m'asseurent qu'il est fort bon enfant. Ce qui me fait vous supplier très humblement, Monsieur mon Filz, d'avoir quelque soin de luy, affin que l'on voye que ceux qui abandonnent cette fause religion pour embrasser celle du Roy et du royaume, qui est la seule vraye religion, ne sont pas abandonnés de ceux qui tiennent les meilleurs rangs au service du Roy et de la coronne.

Vives longuement, heureusement et saintement ; c'est le souhait personnel, Monsieur mon Filz, de

Vostre très humble et très obéissant serviteur,

Franç% E. de Genève.

Ce 9 julliet 161 8, a Annessi.

( 1 ) Le baron de Termes (voir le tome précédent, note ( i ), p. 130). (a) Cf. ci-dessus, p. 198, la lettre au même, du 25 avril.

MCDXLVII

(inédite)

Envoi d'une lettre pour Mme des Gouffiers. — Comment vivre au-dessus du monde et de ses embûches.

Annecy, 18 juillet 1618.

Ma très chère Fille,

Je vous supplie de faire donq seurement tenir cette response que je fay a madame de Gouffiez (2), puisqu'elle désire tant de l'avoir. Le parti qu'elle propose pour vous est incomparable, sil reuscit, et pourra mesme fort facilement obtenir de Rome le petit Office a perpétuité.

Courage, ma très chère Fille, tenes vostre esprit haut eslevé au dessus de ce monde et de toutes les embusches qu'il nous tend. Je veux dire, ma très chère Fille, que vostre cœur ayant toute sa confiance en la bonté de celuy de Nostre Seigneur, vous deves vivre joyeusement, paysiblement et généreusement en vostre charge, que sa divine providence fera et portera avec vous. Ainsy soit il.

Vostre, très parfaitement vostre, ma très chère Fille, croyes le bien, car ainsy est il.

F. E. de Gen.

18 julliet 1618.

A ma très chère Fille.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mme Gaulard, à Auxonne (Côte-d'Or).

( 1 ) Le Saint n'a pas mis à l'adresse le nom de la destinataire, mais celle-ci est désignée avec certitude par l'envoi d'une lettre pour Mme des Gouffiers.

(2) Elisabeth Arnault des Gouffiers (voir tome XV, note ( 1 ), p. 343), après avoir procuré l'établissement des Religieuses de la Visitation à Moulins (voir tome XVII, note ( 1 ), p. 256), et y être restée dix-huit mois, s'employait maintenant à préparer une fondation à Paris. (Cf. ci-dessus, note (2), p. 194.)

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