‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 56 sur 91 · AU ROI DE FRANCE, LOUIS XIII · texte numérisé non relu

AU ROI DE FRANCE, LOUIS XIII

Petite mer agitée. — Eloge des PP. Célestins. — Double sentiment de l'Evêque de Genève en approchant le trône de France.

Annecy, 31 juillet 1618.

Sire, La Congrégation des Cœlestins, agitée maintenant en

France de quelque contention (O, espère que la venue

( 1 ) L'Institut des Célestins prit le nom de son fondateur, Pierre de Murrone, quand celui-ci devint le Pape Célestin V. Urbain IV l'approuva en 1264, et en fit une Congrégation bénédictine.

La ferveur première s'était peu à peu ralentie dans la province française, formée sous Philippe-le-Bel. Au commencement du xvue siècle, le Provincial, Charles de Champigny, voulut essayer une réforme. Pour réussir, il fonda deux noviciats, l'un à Paris, l'autre à Avignon, et déposa plusieurs prieurs réfractaires au rétablissement de l'ancienne observance ; toutes ces mesures furent sanctionnées par l'autorité Apostolique. — A l'instigation de Claude de Marseille, le prieur déposé de Paris, les Visiteurs de l'Ordre citèrent à leur barre le Provincial. Celui-ci, malgré son appel au Pape, fut à son tour démis de sa charge, et même plus tard jeté en prison. Le conflit dura longtemps entre les partisans et les adversaires de la réforme. Enfin, Paul V écrivit à l'Abbé général des Célestins, Celse Americi ou Amerighi, et l'envoya visiter tous les monastères de l'Ordre en France, avec plein pouvoir pour juger les causes qui avaient été déférées au Saint-Siège. (Bref du 21 mai 1618, Archives Vaticanes ; cf. Becquet, Gallicœ Cœlestinorum Congregationis Ord. S. B., monasteriontm fundationes, virorumque vita aut scriptis illustrium elogia historica, Parisiis, 1719.)

256 Lettres de saint François de Sales

de son Abbé gênerai, qui est de plus commis expressément par nostre Saint Père le Pape, calmera et accoysera aysement leur petite mer ; mais sur tout, si l'œil de Vostre Majesté en favorise le dessein (O.

C'est de quoy, Sire, vostre justice et pieté est suppliée très humblement par cette trouppe de très fidèles sujetz et très devotz orateurs que Vostre Majesté a en cet Ordre, tous-jours jusques a présent de grande édification, et mesme sous vostre couronne royale, laquelle les a aussi tous-jours gratifiés de sa spéciale protection. Et puisque il a désiré que j'adjoustasse ma très humble recommandation a leur demande (2), je le fay, Sire, avec toute révérence, quoy que je me sente très indigne d'approcher le trosne de Vostre Majesté, parce que la renommée de vostre debonnaireté et dévotion me promet autant d'accès auprès de vostre esprit royal que ma bassesse me donne de juste sujet de respect et de vénération.

Playse a la souveraine miséricorde de Dieu de vous bénir, Sire, d'une très longue et très heureuse et tressainte royauté, souhait continuel que je fay pour

Vostre Majesté, comme estant

Son très humble et très obéissant orateur et serviteur, François, Evesque de Genève.

Annessi, le xxxi julliet 1618.

Revu sur l'Autographe conservé à Paris, Bibliothèque Nationale, Fonds français, 17362, p. 157.

( 1 ) Le seul monastère de l'Ordre qui eût le titre d'abbaye était celui du Saint-Esprit de Murrone, dans la Pouille, et il servait de résidence au Supérieur ou Abbé général. Celse Americi avait déjà ce titre en 1606. Son séjour en France eut tout le succès qu'on en espérait. Après avoir été présenté au Roi par le Nonce, il commença la visite des monastères, tint le Chapitre général le 17 octobre, à Paris, et repartit pour Rome vers la fin du mois, laissant toutes les discordes apaisées et la ferveur prête à refleurir. La Congrégation française des Célestins, ainsi renouvelée, s'unit à la Congrégation de Saint- Maur. (D'après un registre conservé à Paris, Archiv. Nat., LL 1503, fol. 54 seq., et une lettre du Nonce Bentivoglio au Cardinal Borghese, 24 octobre 1618, La Nun^iatura di Francia, etc., vol. III, p. 52.)

(2) Voir la lettre précédente.

Année 1618 257

MCDLIII

A LA MERE DE CHANTAL

(inédite)

Vraie cause du peu de santé d'une Novice. — Que faire en face de caprices inguérissables.

Annecy, 31 juillet 1618 (1).

J'escrivoys au Roy *, ma très chère Mère, quand ma * Epist. praeced. Seur Anne [Jacqueline (2)] est arrivée.

Je ne voy pas qu'il y ayt autre chose a dire en l'affaire de nostre chère Seur, sinon qu'il faut au plus tost faire le renvoy de cette pauvre fille (3). Madame [de] Brochenu, sa tante (4), me dit a Grenoble qu'elle desiroit [qu'on] la renvoyast en la Mayson de Grenoble, estimant [que l'air] luy seroit plus propre ; c'est pourquoy il ny [aura pas] grande difficulté de la renvoyer, en disant [que ce] n'est pas l'air, mais la volonté de cette fille [qui l']afïlige. Il faudra pourtant luy faire sçavoir a [bon]n' heure son renvoyé, et le faire charitablement.

[Ce n']est pas mauvais signe, mais bon, quand il se fait ainsy quelque petite purgation ; et comme ce seroit

( 1 ) La date est fixée par ces paroles du Saint : « J'escrivoys au Roy... » C'est bien de la lettre de 1618 qu'il s'agit; l'affaire traitée dans ces lignes ne laisse point de doute à ce sujet.

(2) Sœur Anne-Jacqueline Coste, première tourière de la Visitation. (Voir tome XIV, note (2), p. 63.)

Les mots entre crochets [ ] ont disparu de l'Autographe par suite d'une déchirure.

(3) Il y avait alors à la Visitation de Lyon une Novice dauphinoise : Marguerite de Revel, fille de Laurent de Revel, seigneur de Chasselay, et de Polixène d'Aquin ; sa réception à la vêture est notée au 4 juin 1617 dans le Livre du Chapitre. Elle quitta le monastère peu après cette lettre, et, en 1623, elle épousait Paul Janon du Perron, avocat au Parlement, qui, par ce mariage, fut substitué aux nom et armes de la branche aînée des Revel. (Cf. Rivoire de la Bâtie, Armoriai du Dauphiné, p. 517.)

(4) Philippe de Peyre, dame de Bourchenu, porta en dot cette terre à son mari, Ennemond Moret, conseiller au Parlement de Grenoble. C'est à la requête de celui-ci que fut dressé le contrat de mariage de sa nièce, Marguerite de Revel. (Cf. ibid.)

Lettres VIII 17

258 Lettres de saint François de Sales

cruauté de renvoyer les filles par nos caprices, aversions ou inclinations, aussi seroit ce cruauté de les retenir contre les leurs, quand ilz ne sont pas guérissables.

Bon jour, ma très chère Mère; après disné j'auray le bien de vous voir, car j'ay donné parole a nostre seur d'Aiguebelette (0.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Caen.

(1) Françoise-Melchionne du Four, femme de René Chabod-Lescheraine, seigneur d'Aiguebelette. (Voir tome XIV, note (i), p. 393.)

MCDLIV

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