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AU PÈRE LÉONARD LESSIUS, DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS

Pourquoi le Saint aime et vénère le P. Lessius. Trois livres du docte Jésuite; appréciation de François de Sales.

Annecy, 26 août 1 6 1 8.

Admodum Révérende in Christo Pater,

Attulit mihi Paternitatis Vestrae litteras dilectissimus nobis magister Gabriel (2), quae ut perhonorificae ita et jucundissimae mihi fuerunt. Amabam jampridem, imo etiam venerabar te nomenque tuum, mi Pater, non solum

Très Révérend Père dans le Christ,

Notre cher maître Gabriel (2) m'a apporté la lettre de Votre Paternité, dont j'ai été charmé autant qu'honoré. Depuis longtemps j'aimais, bien plus, je vénérais votre personne et votre nom, mon

(1) Entre les hommes illustres de la Compagnie de Jésus qui servaient alors Dieu et l'Eglise, le P. Léonard Lessius mérite un rang à part. Sa « science des choses divines rappelle les admirables contemplations de saint Denis l'Aréopagite, et » ses « vertus parurent dignes d'être proposées au Saint- Siège en vue des honneurs de la béatification. » Ainsi s'exprime le P. de Guilhermy dans son Ménologe de la Compagnie de Jésus (Paris, 1899, Germanie, seconde Série, Ire Partie, p. 59). Lessius, dont le vrai nom est Leys, était né à Brecht, près d'Anvers le Ier octobre 1554; à dix-huit ans, déjà maître èsarts, il entrait au noviciat des PP. Jésuites. Après avoir suivi deux ans à Rome les cours de théologie de François Suarez, il enseigna lui-même cette science sacrée pendant quinze ans à Louvain, et fut dix-sept ans préfet des études. Ses livres et la renommée de sa sainteté avaient rendu son nom célèbre. Bellarmin, et d'autres encore, essayèrent de l'attirer au centre de la catholicité ; mais son humilité l'empêcha de céder à ces instances. Il mourut à Louvain le 15 janvier 1623; ses ossements, retrouvés et reconnus, scellés après procèsverbal, reposent dans le chœur de l'église des Jésuites, à Louvain.

(2) Le Saint donne-t-il ici un nom de famille ou un nom de baptême? L'incertitude rend l'identification presque impossible. Toutefois on peut citer un Gabriel Bemmelius, de Bruxelles, que Val. Andréas signale de la manière suivante dans sa Bibliotheca Belgica (Louvain, 1643) : " Docteur en droit canon, de l'Université de Louvain, en 1612, personnage versé dans l'étude des sciences et des belles-lettres; auteur du Triumphos SS. Ignatii de Loyola et Francisci Xaverii, Sociel. Jesu, in Divos relatorum. Bruxell. 1622. »

Septuag.

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quia soleo quicquid ex vestra illa Societate procedit magnifacere, sed etiam quia sigillatim de Vestra Reverentiamultaaudivi praeclara primum, deinde vidi, inspexi et suspexi.

Vidi namque ante aliquot annos opus illud utilissimum De Justitia et Jure (0, in quo et breviter simul et luculenter difficultates illius partis theologiae, prae caeteris authoribus quos viderim, egregie solvis.

Vidi postea consilium quod a magni consilii An-

Is., ix, 6 ; juxta gelo * per te mortalibus datum est de vera Religione

eligenda (2); ac demum obiter vidi in bibliotheca Col-

legii Lugdunensis Tractatum de Prsedestinatione (3), et

Père ; non seulement à cause de l'estime que je fais toujours de tout ce qui tient à votre Compagnie, mais encore à cause des œuvres remarquables de Votre Révérence, dont j'ai d'abord entendu parler, et qu'ensuite j'ai vues, examinées, admirées.

En effet, j'ai lu, il y a quelques années, ce traité si utile De la Justice et du Droit (0, dans lequel, avec autant de concision que de clarté, vous résolvez excellemment, et mieux qu'aucun des auteurs que je connaissais, les difficultés de cette partie de la théologie.

J'ai vu depuis le conseil que, par votre intermédiaire, l'Ange du grand conseil donne aux pauvres mortels touchant le choix de la vraie Religion (2). Enfin, passant à Lyon, j'ai vu dans la bibliothèque du Collège, votre Traité de la Prédestination {)). Comme il arrive

( 1 ) De Justitia et Jure cxterisque virtutibus cardinalibus, libri I V. Ad 2. 2. D. Thomœ, a quœst. 47 usque ad quœst. 161. Authore Leonardo Lessio e Societate Jesu, S. Theol. in Academia Lovaniensi prof essore. (Lovanii, ex officina Joannis Masii. Anno mdcv.) L'archiduc Albert, gouverneur des Pays-Bas, faisait toujours placer ce livre devant lui, à côté de l'épée de la justice, dans la salle où il rendait ses jugements. (Ménologe, etc., ubi supra.)

(2) Cet ouvrage convertit un grand nombre d'âmes, entre autres le comte Jean de Nassau. Il fut publié à Anvers sous ce titre : Quœ fides et religio, sit capessenda, Consultatio. Auctore Leonardo Lessio, Soc. Jesu, S. Theologiae Professore. (Antverpiae, ex officina Plantiniana, apud Joannem Moretum,

CID.IDC.IX.)

(3) Déjà dans des traités précédents, Lessius avait émis sa pensée sur ce grave sujet. Les disciples de Baïus le dénoncèrent comme novateur, et les Universités de Louvain et de Douai prononcèrent contre lui la censure. Vengé par Sixte-Quint, le docte Jésuite soutint avec plus d'ardeur sa thèse, et l'exposa dans le livre dont parle ici saint François de Sales : De gratia efficaci Decrefis Divinis liberiate Arbitrii et Pracscientiœ Dei conditionata Disputatio

Année 1618 273

quamvis nonnisi sparsim ut fit oculos in eum injicere contigerit, cognovi tamen Paternitatem Vestram sententiam illam antiquitate, suavitate ac Scripturarum nativa authoritate nobilissimam, de praedestinatione ad gloriam post praevisa opéra, amplecti ac tueri. Quod sane mihi gratissimum fuit, qui nimirum eam semper, ut Dei misericordiae ac gratise magis consentaneam, veriorem ac amabiliorem existimavi (0, quod etiam tantisper in libello de Amore Dei indicavi *. • Uv. III, chap. v.

Cum igitur ita erga Paternitatis Vestrae mérita, quam dudum laudaverant apud me opéra ejus, afFectus essem mirifice, profecto gavisus sum me tibi vicissim utcumque etiam charum esse. Quod ut semper contingat, et dictum magistrum Gabrielem commendatissimum habebo, et si quid unquam potero, quod tibi placerê cognoscam, id exequar quam impensissime.

Valeat intérim Reverenda Paternitas Tua, et te Deus

en ces occasions, je n'ai pu qu'y jeter rapidement les yeux ; cela m'a suffi pour me rendre compte que Votre Paternité y embrasse et soutient cette doctrine, qui a pour elle l'antiquité, le charme propre et le pur sens de l'Ecriture, de la prédestination à la gloire en suite de la prévision des œuvres. Cette constatation m'a été d'autant plus agréable, que moi-même j'ai toujours regardé cette opinion comme plus vraie et plus aimable, en tant que plus digne de la grâce et de la miséricorde divine ( : ). Ainsi l'ai-je indiqué dans mon petit livre de Y Amour de Dieu.

Ayant de tels sentiments pour vos mérites dont vos œuvres ont fait depuis longtemps l'éloge auprès de moi, mon Père, est-ce merveille si je me suis réjoui en voyant à mon tour l'amitié dont vous voulez bien m'honorer ? Pour que vous me la continuiez toujours, je tiendrai maître Gabriel pour très recommandé, et je n'épargnerai rien, à l'occasion, de ce que je saurai vous être agréable.

En attendant, j'envoie à Votre Paternité tous mes souhaits de santé. Que Dieu, jusqu'à la vieillesse et au dernier déclin de l'âge, ne

apolovetica, Leonardi Lessii e Societate Jesu, S. Theoî. in Academia Lovaniensi Professoris. Duce aliœ ejusdem Auctoris Disputationes : altéra de Prcedestinatione et Reprobatione Avgelorum et hominum, altéra de Prœdestinaiione Christi. (Antverpiae, ex officina Plantiniana, apudjoannem Moretum, mdcx. ) ( 1 ) Voir tome IV de cette Edition, p. xli, et tome XIII, note ( 2 ), p. 326.

Lettres VII i 18

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P». lvx, 18. usque in senectam et senium nunquam derelinquat *,

sed canos tuos benedictionibus Cœli omet et compleat. Admodum Reverendae Paternitatis Vestrae,

Humilis et addictissimus frater ac servus in Christo,

Francs, Episcopus Gebennensis.

Annessi Gebennensium, xxvi Augusti 1618.

Admodum R. P. in Christo Patri Leonardo Lessio, Societatis Jesu Theologo clarissimo.

Revu sur deux fac-similé de l'Autographe, conservés à la Visitation de Nancy et à celle de Fribourg.

retire jamais de vous sa main protectrice, et que les bénédictions du Ciel, dont je le prie de vous combler, soient l'ornement de vos cheveux blancs.

Je suis, de Votre très Révérende Paternité,

Le très humble et très dévoué frère et serviteur dans le Christ, François, Evêque de Genève.

Annecy en Genevois, le 26 août 16 18.

Au très Révérend Père dans le Christ, Léonard Lessius, Eminent théologien de la Compagnie de Jésus.

MCDLXII

A DON JUSTE GUÉRIN, BARNABITE

Chant de victoire avant le triomphe. — Un contrat rompu. Désir d'avoir quelques livres.

Annecy, 27 août 1618.

Je ne vous escris jamais qu'avec précipitation, mon Révérend Père, maysilfaut (sic) mieux pourtant quelque chose que rien. Je chantay, l'autre jour, la victoire avant le triomphe, quand je vous escrivis que nous estions d'accord avec les Pères de Saint Dominique ; car, comme le contract a esté dressé, il (sic) n'ont pas volu tenir parole, de sorte quil faudra marcher dans les termes de la justice, laquelle si ell'est un peu bien administrée, ilz

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se repentiront d'avoir refusé dix mille florins de ce qui n'en vaut pas cinq cens. Or, je voy bien que, quoyjqu'on leur donnast, ou un autre jardin, ou autre chose, il sera impossible de les ranger, car ilz s'obstinent par pure tentation. La rupture du contract se fit hier seulement, et je n'ay encor pas eu loysir de penser a ce qu'il faut faire sur cela; mays, y ayant pensé, je le vous escriray (0.

Cependant, tenes moy continuellement en vostre cœur, comme un homme qui est parfaitement vostre et ne sera jamais que vostre, et vostre d'une façon nompareille.

Je seray bien ayse si je puis avoir la Règle de saint Augustin, d'Italie (2), car j'ay celle des Augustins de France (3), outre la latine qui est en ses Œuvres *; et * EPist- CIXqui pourroit avoir les Constitutions des Angéliques (4),

( 1 ) Le Fondateur voulait absolument terminer à l'amiable le procès pendant entre les PP. de Saint-Dominique et les Religieuses de la Visitation depuis septembre 1617 (voir ci-dessus, note (1), p. 86). La défaite qu'il déplore dans cette lettre ne lui fit pas perdre courage; car le 15 septembre suivant, une transaction était enfin signée entre les deux parties, en présence de l'Official, Jean-François de Sales, l'Evêque étant alors à Sixt. La Congrégation de la Visitation Sainte-Marie, en la personne de Georges Rolland agissant pour elle, outre les dix mille florins qu'elle devait payer pour la pièce de terre cédée, acceptait encore des conditions de construction très onéreuses au point de vue pécuniaire. (Archives de la Visitation d'Annecy, Livre des contrats permanents.)

(2) Une version italienne de la célèbre Règle venait d'être imprimée en 1617 pour les Frères de Saint-Jean-de-Dieu : Regola di Sto Agostino con Vespositione di Ugone da S. Viitore, et Constitutioni délia Religione del divoto Giovanni di Dio. Roma, Stamp. délia Caméra Apostolica. 1617.

( 5 ) La Règle prescrite par S. Augustin aux Nonains et Religieuses, extraite de son epistre CIX et tournée de latin en françois par Jean de Chabanel... avec le Miroir des Religieuses et autres petits traictez de dévotion. (Tolose, Vve de J. Colomiez, 1612.)

( 4) Fondées par la comtesse de Guastalla en 1534 (voir tome XVI, note ( 1 ), p. 246), les Angéliques furent en 1536 placées par Paul III sous l'autorité des Clercs réguliers de Saint-Paul. Par l'ordre de saint Charles Borromée, le Vénérable Charles Bascapé, Barnabite, et plus tard Général de son Institut, leur dressa des Constitutions ; mais le grand Cardinal voulut laisser au temps d'en faire l'épreuve, et ne les fit pas publier. L'approbation définitive fut donnée par le cardinal Frédéric Borromée, et elles simprimèrent pour la première fois en 1626, sous ce titre : Cosiitu^iotti e Regole del monastero di S. Paolo di Milano, formate da S. Carlo, Cardinale Arcivescovo, e confermate con autorita Apostolica dall'Illmo Sig. Cardinale Borromeo, successore, Vanno 1625. (In Milano, pei gl'impressori Archiepiscopali, mdcxxvi.) François de Sales n'eut donc jamais ce livre entre les mains; mais il en avait pu voir le manuscrit lors de son voyage à Milan, en 1613.

276 Lettres de saint François de Sales

elles serviroyent beaucoup. — Je suis ce que je viens de dire, plus que vostre.

xxvii aoust 16 18.

(0 Au R. Père en Nostre Seigneur, Le R. P. Don Juste Guerin,

Prévost en la Congreg011 des Clercz de S1 Paul. A Thurin, aux Barnabites.

Revu sur l'Autographe appartenant à Mlle Adélaïde Vuy , à Carouge (Genève). ( 1 ) L'adresse est de la main de Jean-François de Sales.

MCDLXIII

AU DUC DE SAVOIE, CHARLES-EMMANUEL 1er

Les victimes d'un désastre aux pieds de Son Altesse. — L'Evêque joint ses supplications aux leurs pour obtenir la pitié du prince.

Annecy, 30 août 1618.

Monseigneur,

Ces pauvres gens de la Vald'Aux, comme esperdus d'une ruine présente qui les accable, n'ont sceu ou se jetter a refuge qu'aux pieds de Vostre Altesse (r). Et certes, je ne voy nullement qu'une main moins forte et un (sic) providence moins paternelle que la vostre, Monseigneur, les puisse garentir; car je pense qu'ilz n'ont a se plaindre principalement que de leur malheur, contre lequel rien ne peut leur donner allégement que le bonheur d'estre regardés en pitié de Vostre Altesse, a laquelle Dieu, qui void leur extrême misère, inspirera, comm'ilz espèrent, quelque moyen favorable pour les retirer de ce gouffre.

( 1 ) La vallée d'Aulps, dans le Haut-Chablais, sétend sur une longueur de trente kilomètres du confluent des trois Dranses aux limites du Valais. Quel desastre l'avait désolée ? Eboulement ou inondation r L..S recherches faites .1 1 rujet n'ont eu aucun succès, non plus que celles relatives au résultat de la requête du Saint.

Année 1618 277

C'est ce en quoy j'implore avec eux la grâce de Vostre Altesse, a laquelle faysant très humblement la révérence et souhaitant le comble de toute sainte prospérité, je demeure,

.Monseigneur,

Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,

Franç% E. de Genève.

xxx aoust 1 6 1 8, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Turin, Archives de l'Etat.

MCDLXIV

A DON JUSTE GUÉRIN, BARNABITE

(fragment)

Affectueux reproches à un ami qui ne prend pas assez de soin de sa santé.

Annecy, 30 août 1 6 1 8.

O mon cher Père, vous aves donq esté malade deux fois en si peu de tems? C'est signe que vous n'aves pas asses soin de conserver vostre santé, et néanmoins vous estes obligé d'avoir ce soin la, pour servir tant mieux nostre grand Maistre et ses enfans, puisque vostre vocation vous y astreint. Faites le dores-en-avant, mon très cher Père ; mais je vous le dis tout de bon, et avec tout le cœur que j'ay pour vous et de tout le crédit que j'ay envers vous. (O

(1) Le P. Arpaud, en citant ces lignes dans la Vie de D. Juste Guérin, termine ainsi : « Le reste porte des affaires qu'il lui recommande pour la gloire de Dieu. » Il est regrettable que le texte complet n'ait pu être retrouvé.

278 Lettres de saint François de Sales

MCDLXV

A un religieux (0

(fragment)

Course rapide d'une âme vers le sommet de la perfection. Le mystère d'un nom.

Annecy, 15-fîn août 1618 (2).

Mon Révérend Père,

En fin vostre bonne Nièce a surmonté généreusement toutes les difficultés et tous les obstacles qu'on opposoit a son dessein. Elle est dans le noviciat, et je vous asseure que si elle persévère a courir, comme elle commence, dans les voyes de Dieu, elle se treuvera bien tost au sommet de la montagne du Seigneur (3). Elle ne m'a pas

( 1 ) Nous lisons dans la Vie de la Mère Marie-Marguerite Michel (voir note (3) ci-dessous) : « La famille des Clément, dont elle est sortie, a donné à divers Ordres religieux des personnes d'un mérite extraordinaire. » Mais ne sachant à quel Ordre appartenait le destinataire, les recherches faites pour le découvrir ont été fort difficiles, et elles sont malheureusement demeurées infructueuses.

(2) M"2 Michel prit l'habit de la Visitation le 13 août 1618, jour où ses deux tantes maternelles, Marie-Gabrielle et Anne-Marguerite Clément, faisaient profession. François de Sales ne dut pas tarder à donner à l'oncle les bonnes nouvelles de sa nièce; c'est la raison de notre date approximative.

( 3 ) Pour arracher au siècle et à l'amour du plaisir cette âme dont il voulait faire un vase d'élection, Dieu avait dû employer le tout puissant moyen de la croix. Plus tard. Marie-Marguerite s'en réjouissait et s'en humiliait : « Comme les Israélites s'ils n'eussent pas été battus et froissez de coups, ils n'auroient point pensé d'aler au désert pour faire des sacrifices au vrai Dieu, » disait-elle, « de même je n'aurois pas non plus pensé à venir lui faire des sacrifices dans la Religion, s'il ne m'avoit pas châtiée jusqu'à me déboiter les os. » La petite vérole l'avait défigurée, deux accidents douloureux la rendirent boiteuse, et chaque épreuve fut précédée d'une apparition mystérieuse ne laissant aucun doute sur son but divin. Sous cette ruine de la beauté extérieure, vivait une âme ornée des dons de l'esprit et du cœur, que les Fondateurs aimèrent et cultivèrent spécialement. Dès qu'elle eut le voile noir (1620), François de Sales voulut que la conduite des Novices lui fût confiée; « elle étoit née, » ass'irait-il. « pour la direction. » La Sainte le reconnaissait aussi : '< Dieu vous a donné un talent particulier pour cela, » lui écrivait-elle alors que vingt-cinq filles se pressaient dans son noviciat de Besançon. La Mère Marie-Marguerite Michel, après avoir gouverné les Monastères de Belley et de Dijon, commençait (1630) dans cette capitale de la Franche-Comté, la série de ses fondations;

caché que la grâce divine luy avoit fait remarquer que ces trois noms de Marie, Marguerite, Michel, luy imposoyent l'obligation d'estre une fille d'orayson, de mortification et de victoire. Je ne doute point qu'elle n'en vienne la, et qu'elle ne soit un jour une grande servante de Dieu

Fribourg, Dole, Salins, Soleure, Gray, Gruyère, lui durent des Maisons de la Visitation; son zèle l'eût volontiers conduite jusque sur la terre lointaine du Canada pour y porter la semence de son Institut. Les contradictions et les souffrances ne lui manquèrent pas ; cette grande Religieuse les supporta avec autant d'humilité que de courage : « Ne vous affligez pas, mes enfants, » disait-elle à ses Filles, « ce ne sera pas l'œuvre de Dieu qui sera détruite, ce ne sera que mon orgueil et ma témérité. » Verceil et Arône furent les derniers monastères témoins des vertus de la Mère Marie-Marguerite. Elle fut supérieure au premier de 1657 à 1662; élue au second cette même année, elle y mourut trois mois après son arrivée, le 29 août. (Voir sa Vie par la Mère de Chaugy, dans Les Vies de plusieurs Supérieures de l'Ordre de la Visitation Sainte Marie, Anneci, Fonteine, mdcxciii.)

MCDLXVI

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