‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 60 sur 91 · AU CHANOINE HONORÉ DES ÉCHELLES · texte numérisé non relu

AU CHANOINE HONORÉ DES ÉCHELLES

L'inconstance, loi des choses de ce monde; les amitiés saintes en triomphent. — Désir de quelques jours de repos à Belley. — La demeure des Filles de la Visitation ici-bas, leur demeure dans l'éternité. — Eloge de la Mère de Chantai.

Annecy, [août-septembre 1618.]

Entre les incertitudes du bienaymé voyage qui nous devoit assembler pour plusieurs moys, Monsieur mon très

( 1 ) Le second alinéa de cette lettre parlant évidemment de Msr Camus, le notable Ecclésiastique ou Y Ecclésiastique de distinction que les éditeurs précédents assignent comme destinataire à ces lignes, appartenait donc au clergé de Belley. La probabilité est presque une certitude pour Honoré de Belli des Echelles, fils de Jean de Belli, seigneur des Echelles et de Vareilles, et de Catherine de Belli. Il fut, dit Guichenon (Hist. de Bresse et de Bugey, 1650, Partie III, continuation), « prestre, chanoine et primicier en l'église cathédrale de Belley, officiai et vicaire général » de cet évêché, et testa le 27 février 1635. — Sainte Jeanne de Chantai parle souvent de M. des Echelles au cours de sa correspondance; dans un billet inédit, elle fait ainsi l'éloge de ce digne ecclésiastique qui fut Supérieur de la Visitation de Belley : C'est

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cher Frère, je ne regrette rien tant que de voir différer le bonheur que nos cœurs se promettoyent de se pouvoir entretenir a souhait sur leurs saintes prétentions!1); mais le monde et tous ses affaires sont tellement sujetz aux loix de l'inconstance, qu'il nous en faut souffrir Tincommodité, tandis que nos cœurs disent : (*) Non mo- *$. xxix, 7. vebor in œternum *. Non, rien ne nous esbranlera en

l'amour de la Croix et en la chère union que le Crucifix a fait de nos espritz. Mais voyci le tems qu'il faut employer l'advantage que nostre amitié a au dessus de celle des enfans de ce monde, et la faire vivre et régner glorieusement, nonobstant l'absence et division des séjours ; et cela, a cause que son autheur n'est point lié au tems ni au lieu. Certes, mon très cher Frère, ces amitiés sacrées que Dieu a fait sont indépendantes de tout ce qui est hors de Dieu.

Oh ! si j'estois véritablement Théophile, comme vostre grand Prélat m'appelle (plus selon la grandeur de sa charité que selon la connoissance qu'il a de mes infirmités), que je vous serois aggreable, mon très cher Frère ! Mays si vous ne me pouves aymer parce que je ne le suis, aymes moy affin que je le sois, priant nostre grand Androphile qu'il me rende par ses prières son Théophile. J'espère d'aller faire dans quelques jours un peu de saint repos auprès de luy, qui est nostre commun phœnix, pour odorer les bluettes de cinnamome dans lesquelles il veut mourir, pour plus heureusement revivre parmi les

(*) Je ne serai jamais ébranlé.

« un des sages, capables et vertueux Pères spirituels qui soient dans l'Ordre, auquel j'ai une pleine confiance, tant pour sa rare probité, que pour l'entière affection qu'il a pour toutes les Maisons de la Visitation ; outre que notre Bienheureux Père nous l'a donné, qui l'aimait chèrement. »

Hérissant attribue à cette lettre la date de 1617 ; mais il est impossible de la faire concorder avec les divers événements qui y sont mentionnés. Celle que nous proposons convient, à la rigueur, à tous; cependant il faut reconnaître que nous pouvons bien nous trouver en face d'un texte composé de plusieurs fragments d'époques différentes.

( 1 ) Il s'agit du voyage à Paris, où l'Evêque de Genève devait se rencontrer avec celui de Belley et son grand-vicaire.

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flammes de l'amour sacré duquel il escrit les saintes propriétés dans une histoire qu'il compose (x).

Mays, qui vous a peu dire que nos bonnes Seurs de la Visitation ont esté traversées pour leurs places et bastimens (2) ? O mon cher Frère, (*) Dominus refugium factus est nobis * : Nostre Seigneur est le refuge de *Ps. lxxxix, i leurs espritz, ne sont elles pas trop heureuses? Et comme nostre bonne Mère, toute vigoureusement languissante, me dit hier, si les Seurs de nostre Congrégation sont bien humbles et fidèles a Dieu, elles auront le cœur de Jésus, leur Espoux crucifié, pour demeure et séjour en ce monde, et son palais céleste pour habitation éternelle.

Il faut que je dise a l'oreille de vostre cœur, si amoureusement aymé du mien, que j'ay une suavité d'esprit inexplicable de voir la modération de cette chère Mère et le desengagement total des choses de la terre qu'elle a tesmoigné parmi toutes ces petites traverses. Je dis ceci a vostre cœur seulement, car j'ay fait resolution de ne rien dire de celle qui a entendu la voix du Dieu d'Abraham : (**) Egredere de terra tua, et de cognatione tua, et de domo patris tui, et veni in terra quam monstravero tibi *. En vérité, elle le fait, et plus que cela. Or, il me *Gen.; xu, 1. reste de la recommander a vos prières, parce que les frequens assautz de ses maladies nous donnent souvent des assautz d'appréhension, bien que je ne cesse d'espérer

(*) Le Seigneur est devenu notre refuge.

(**) Sors de ton pays, et de ta parenté, et de la maison de ton père, et viens en la terre que je te montrerai.

( 1 ) Si cet alinéa est de 1618, il s'agit de La Mémoire de Darie, composée vers ce temps-là par l'Evêque de Belley, mais publiée seulement en 1620. L'auteur y raconte en style de roman la vie et la mort de Marie-Aimée de Chantai, baronne de Thorens ; elle y est désignée sous le nom de Darie, et son mari sous celui de Chrysante; le Saint lui-même y figure sous le nom de Théophile. L'allusion est évidente; elle peut être de 1618. Est-elle postérieure à l'impression de 1620 } V a histoire » destinée à faire voir « les saintes « propriétés de l'amour sacré, » serait alors : Agathonphile on les Martyrs Siciliens, Agathon, Philargyrippe, Tryphine et leurs associés : histoire dévote ou se découvre l'art de bien aymer pour antidote aux deshonnestes affections. Le privilège est du 17 décembre 1620.

( 2 ) Voir ci-dessus, notes ( 2), p. 6, et ( 1 ), p. 86.

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que le Dieu de nos pères multipliera sa dévote semence comme les estoilles du ciel et le sablon qui se void Gen., xxii, 17. sur V arène des mers *.

Mais, mon Dieu, c'est trop dire en ce sujet, ou je ne voulois rien dire. Toutefois c'est a vous, a qui toutes choses sont disables, puisque vous aves un cœur incomparable en dilection pour celuy qui, avec un amoureux respect, vous proteste qu'il est incomparablement,

Monsieur,

Vostre très obéissant et très aymant serviteur et confrère en Jésus Christ,

Franc3, E. de Genève.

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