Baruch. n
•Apoc, iv, 9, v, soit honneur, gloire et bénédiction *.
Le pauvre chevalier est encor la, qui aura esté spectateur de ce triste trespas, et peut estre en sera-il le sectateur (2).
Dieu soit béni en la vie et en la mort des siens. Amen.
Vostre très affectionné serviteur,
Françs, E. de Genève.
Cette lettre, ma très chère Fille, a esté escritte a trois reprises, et je la ferme ce jourd'huy, 29 may 161 7.
( 1 ) Lors de la révolte du duc de Nemours. « Il fut illustre dans sa patrie, » dit un historien, par ses « beaux faits de guerre, à la vûë même de son Prince ; utile à son pays, dans les troubles émus par la faction et la violence du capitaine de la Grange et autres gens de bruit et de tumulte. » (De Hauteville, La Maison naturelle de St Fr. de Srt/^s, Paris, 1669, Ire Partie, p. 226; voirie tome précédent, notes (2), p. 266, et (3), (4), p. 284.)
(2) Janus de Sales, chevalier de Malte, ne suivit pas alors son frère dans la mort; il vécut jusqu'en février 1640. (Voir tome XV, note (3), p. 362.)
MCCCXVI
a madame de cornillon, sa sœur (0
Cris de douleur et larmes de tendresse au sujet de la mort de Bernard de Sales. — Détails sur ses derniers jours. — La vertu de sa veuve.
Annecy, 50 mai 1617.
O Dieu, ma pauvre très chère Seur, que j'ay de peine pour le desplaysir que vostre cœur souffrira sur le trespas de ce pauvre frère, qui nous estoit a tous si cher ! Mays il n'y a remède : il faut arrester nos volontés en celle de Dieu, qui, a bien considérer toutes choses, a grandement favorisé ce pauvre défunt, de l'avoir osté d'un siècle et d'une vocation ou il y a tant de dangers de se damner.
(1) Gasparde de Sales, lemuie de Melchior de Cornillon. (Voir tome XIV, note (1), p. 158.)
Pour moy, ma chère Fille, j'ay pleuré plus d'une fois en cette occasion, car j'ay mois tendrement ce frère, et n'ay sceu m'empescher d'avoir les ressentimens de douleur que la nature m'a causés ; mais pourtant, je suis maintenant tout résolu et consolé, ayant sceu combien il est trespassé dévotement entre les bras de nos Pères Barnabites (O et de nostre chevalier (2), après avoir fait sa confession générale, s'estre reconcilié trois fois, avoir receu la Communion et l'Extrême Onction fort pieusement. Que luy peut on désirer de mieux selon l'ame ?
Et selon le cors, il a esté assisté en sorte que rien ne luy a manqué. Monseigneur le Prince Cardinal (3) et Madame la Princesse (4) l'envoyèrent visiter, et les dames de la cour luy envoyèrent des presens pour sa bouche ; et en fin, Monseigneur le Prince Cardinal, après son trespas, envoya douze flambeaux avec les armoiries de Son Altesse, pour honnorer son ensevelissement.
Dieu donq soit a jamais béni pour le soin qu'il a eu de recueillir cette ame entre ses esleus ! car en somme, que devons nous prétendre autre chose ?
Il ne se peut dire combien sa pauvre petite vefve a
( 1 ) Le mourant fut assisté surtout par D. Juste Guérin (cf. la lettre précédente, p. 15), alors confesseur des Infantes, et ami intime de François de Sales. Il choisit pour sa sépulture l'église des Barnabites, Saint-Dalmaze (voir le tome précédent, note (5), p. 173), et on grava sur sa tombe cette épitaphe latine :
Intitere, mortalis, humanarum rerum vicissitudinem, catastrophen, fallaciam. Bernardus, Baro Salesius et Torentinns, Sabaudus, Francisci Salesii Episcopi et Principis Gebennensis f rater, stremiissimus Allobrogicœ îegionis prœfectns, ipso œtatis flore, fœlicissimis magnorum honorum auspiciis, incredibili de sua bellica virtute, industriel et victoriis, apud Serenissimos Sabaudiœ Principes et amicos spe concitata, dum duodecim militum Centurias ad sui Ducis castra e Sabauiia jideliter et fortiter cogit, importuno, infcelici, lethali tuorbo corripitur, quem sentiens, Divinis mysteriis religiosissime susceptis et a Clericis Regularibus Sancti Pauli, quos in vita summopere diîexit, etiam in morte dividi minime passas, clecto in hac Ecclesia sepulchro, ad cœlestes acies magno sui relicto desiderio evolavit. Vixit annos triginta quatuor, mortuus anno Domini millesimo sexcentesimo decimo septimo, decimo Calendas Junii. (D'après Charles-Auguste de Sales, Histoire, etc., liv. IX, éd. latine, 1634.)
( 2 ) Janus de Sales.
(5) Le cardinal Maurice de Savoie, quatrième fils de Charles-Emmanuel. (Voir tome XIII, note ( 1 ), p. 545.)
( 4 ) Marguerite de Savoie, duchesse de Mantoue. (Voir tome XVI, note ( 1 ),
Lettres VIII
18 Lettres de saint François de Sales
tesmoigné de vertu en cette occasion. Nous la garderons encor icv quelques jours ( ! ), jusques a ce qu'elle soit bien rassise. Jamais homme ne fut plus généralement regretté que celuy ci.
Or sus, ma très chère Fille, consolons nos cœurs le mieux que nous sçaurons, et tenons pour bon tout ce qu'il a pieu a Dieu de faire; car aussi, tout ce qu'il a fait est Cf. Eccii., xxxix, très bon *.
Je rens cette lettre commune a mon très cher frère (2)
et a vous, avec espérance de vous voir bien tost. Dieu
bénisse a jamais vostre cœur, ma très chère Seur, ma
Fille, et je suis sans fin très parfaitement tout vostre, et
Vostre plus humble frère et serviteur,
Franc5, E. de Genève.
('i ) Au départ de son mari pour Turin, Marie-Aimée s'était retirée auprès de sa mère, à la Visitation d'Annecy.
(2) Melchior de Cornillon, mari de la destinataire. (Voir le tome précédent, note (1), p. 154.)
MCCCXVII