A M. FRANÇOIS FYOT DE BARAIN
Grande union des chanoines de Saint-Pierre de Genève avec leur Evèque. — Celui-ci soutient leurs droits dans un procès avec la ville de Seyssel.
Annecy, 3 septembre 1618.
Monsieur,
J'ay un Chapitre autant bien qualifié qu'il se peut dire ;
c'est pourquoy, outre le devoir que j'ay au service de
Dieu et de l'Eglise, j'en ay un bien particulier a mes
Chanoynes, qui, par un asses rare exemple, ne sont
Act., iv, 32. qu un cœur et qu'un' ame * avec moy au soin de ce
( 1 ) François Fyot, seigneur de Barain et de Vauginois — dont le nom a été mal lu par Hérissant (1758) qui imprime Frotbarain, ou mal écrit par un secrétaire du Saint chargé de mettre l'adresse — était né à Dijon le 20 novembre 1560. Tout dévoué à Henri IV, il s'endetta de plus de vingt-quatre mille livres pour le service du Roi qui le fit conseiller du Parlement, séant à Semur, en 1592. Il fut encore commissaire de la Chambre de justice, conseiller d'Etat, et l'un des juges du maréchal de Marillac qui s'opposèrent à sa condamnation. Intègre et savant magistrat, humain et bienfaisant envers les infortunés, Fyot de Barain, plus connu sous le nom de Fyot de Vauginois. mourut en 1636, doyen de sa compagnie. Il fut inhumé dans l'église Saint-Etienne de Dijon où l'on dressa à sa mémoire un monument sur lequel sa seconde femme, Christine Morin, fit graver une inscription. (D'après Palliot, Le Parlement de Bourgogne, 1649; Girault, Essais hist. etbiogr. sur Dijon, 1814, etc.)
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dioccese. Pour cela, Monsieur, j'implore avec eux vostre justice et pieté pour la conservation de leur tlroit en l'affaire qu'ilz ont avec messieurs les scindiqs et habitans de Sessel (0, lesquelz, si je ne suis grandement trompé, ont bon besoin d'estre rangés et remis en devoir? tant envers les ecclésiastiques qu'envers le magistrat (2).
Mays de cela, Monsieur, vous en discerneres et jugeres, tandis que priant Dieu qu'il vous face de plus en plus abonder en sa grâce, je veux estre a jamais de tout mon cœur,
Monsieur, (3)
Vostre
Annessi, 3 septembre 16 18.
A Monsieur [Monsieur] Fiot [de] Barain, Conseiller du Roy au Parlement de Bourgoigne.
Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation d'Amiens.
( 1 ) En 1618, Seyssel avait pour syndics : noble Louis de Vigniod, seigneur de Bioleaz, et spectable Claude Montanier.
(2) Le procès entre le Chapitre de Saint-Pierre de Genève et les habitants de Seyssel durait depuis 161 5 (voir tome XVI, note ( 1 ), p. 334). Il reprit avec une nouvelle activité en 1618; au mois de juillet, le Conseil de Seyssel envoyait deux messagers à l'Evèque de Genève pour traiter de cette affaire à l'avantage de la ville, et un député à Dijon, Jehan Girard, pour en surveiller la marche auprès du Parlement. Le 28 novembre suivant, c'est Hector Parpillion, coseigneur de Chappelle, qui prend à son tour, dans le même but, le chemin de Bourgogne. Il fallut attendre jusqu'au n août 1627 l'arrêt de la Cour. Il donnait raison aux chanoines; mais les conclusions furent adoucies par ceux-ci dans la transaction du 13 janvier 1631. (Archiv. de Seyssel, Délib. du Conseil de Ville, reg. n° 3, et liasse n° 74.)
(3) L'Autographe a été mutilé; mais l'éditeur de 1758 nous a conservé signature, date et adresse.
284 Lettres de saint François de Sales
MCDLXVIII
Remerciements pour l'accueil fait au président Crespin. — Naufragé abordant au havre de grâce. — Le voyage du Cardinal de Savoie est toujours incertain.
Annecy, 4 septembre 1018.
Monseigneur,
On ne remercie pas le soleil dequoy il fait le jour, ni la lune dequoy elle esclaire la nuit, parce que c'est leur nature. Ni je ne vous remercieray pas du bon accueil que vous aves fait a monsieur le Président Crespin (0, soit que vous l'ayes fait selon la générosité de vostre esprit, qui vous est naturelle, soit que vous l'ayes fait selon la bienveuillance que vous me portes, de laquelle l'habitude est passée meshuy en nature par la multitude de l'exercice que vous en faites continuellement. Seulement vous diray je que je prie Dieu d'en estre le rémunérateur, luy qui en est l'autheur en vous.
Au demeurant, comme je loue le désir que ledit sieur Président a de finir ses jours en nostre vocation ecclésiastique, comme dans un havre de grâce pour passer au havre de gloire après cette si rude tempeste et l'essay des plus cruelz orages du monde, aussi suis je de vostre advis, que ce soit après s'estre enrayé pour un peu du naufrage duquel il sort.
Nous sommes icy en paix, mays non pas du tout exemptz des ressentimens de la guerre passée (2); playse a Dieu qu'ilz ne dégénèrent pas en recheute.
Pour moy, je ne sçay encor si j'iray a Paris ou non, cette incertitude dépendant de celle du voyage de Monseigneur le Prince Cardinal (3) et de celle qui est ordinaire es cours; ou, pour ne point mentir, je ne dis rien,
(1) Jean-Georges Crespin (voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 56). (a) La guerre du Montferrat définitivement terminée par la reddition de Verceil, le 15 juin 1618. (Voir ci-dessus, note (3), p. 336.) (3) Voir ci-après, note (3 ), p. 396.
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sinon peut estre qu'il est vray, et peut estre que non. Mais je dis toutefois qu'il est vray, et ne sera jamais autrement, que je suis de tout mon cœur invariablement, Monseigneur,
Vostre très humble et très obéissant frère et serviteur,
Franc8, E. de Genève.
4 septembre 16 18, a Annessi.
Revu sur une ancienne copie conservée à la Visitation de Toulouse.
MCDLXIX