‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 62 sur 91 · A LA PRÉSIDENTE DU FAURE · texte numérisé non relu

A LA PRÉSIDENTE DU FAURE

(inédite)

Lettres qui soulagent au lieu de surcharger. — Demande et promesse de prières.

Annecy, 22 septembre 1618.

Vous ne sçauries, je vous asseure, Madame, m'escrire trop souvent, ni donner du divertissement a mes occupations par vos lettres, qui plus tost me soulagent par la consolation que j'ay de sçavoir des nouvelles de vostre cœur qui m'est extrêmement cher, et que je prie de tout le mien de vouloir continuer sa charité envers mon ame, la recommandant souvent a Nostre Seigneur ; comme de mon costé je ne cesseray jamais de vous souhaiter la tressainte persévérance, avec un continuel accroissement en l'amour céleste de sa divine Majesté, qui est le comble de tout bonheur. Demeurés en paix, ma très chère Fille, et bénisses de plus en plus la Bonté divine qui vous veut toute pour elle.

Je suis sans fin, d'un cœur nompareil, Madame,

Vostre plus humble, très fidèle serviteur,

Françs, E. de Genève.

22 septembre 1618.

A Madame Madame la Présidente du Faure.

Revu sur une copie conservée à la Visitation d'Annecy.

286 Lettres de saint François de Sales

MCDLXX

A madame de granieu (0

Ne pas craindre d'écrire souvent. — Le souhait du Saint pour l'âme de sa chère fille. — Espérance d'un revoir.

Annecy, 22 septembre 1618.

Vous faites certes très charitablement, ma très chère Fille, de irTescrire souvent, car en vérité, vos lettres me consolent et recréent extrêmement, puis que Dieu a voulu que mon cœur soit si paternel qu'il ne se peut dire plus, pour vous, qui estes réciproquement ma fille très Cf. Philip. ,uit., t. désirable * es entrailles de nostre Sauveur. Faites donq tous-jours bien ainsy, escrives moy tous-jours quelques motz, et moy, quand je pourray, je vous rendray soigneusement la pareille.

Dieu est bon, ma très chère Fille, et puis qu'il luy a pieu de vous donner le désir de son pur amour, il le rendra un jour parfait. C'est cela que souvent je luy demande pour vostre chère ame, ma Fille, laquelle j'ayme comme la mienne propre.

Je vous escris sans loysir et seulement pour respondre a vostre petit billet; un'autre fois que j'auray plus de commodité, je respondray a vos deux précédentes, et qui sçait si dans le moys prochain jepasseray a Grenoble (2)? J'en ay certes quelqu'esperance : soit fait selon le bon playsir de Dieu. Je suis vostre.

F., E. de Genève.

22 septembre 1618, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de la Côte-Saint-André.

(1) Impossible de voir l'adresse, l'Autographe étant collé sur un carton; cependant il n'est pas difficile de reconnaître Mmc de Granieu dans cette « fille très désirable » que poursuit le désir du « pur amour », et qui écrit souvent de petits billets au saint Evêque de Genève.

(2) Il y passa en effet dans la seconde quinzaine d'octobre, comme le témoigne une lettre de la Mère de Chantai à la Mère de Chastel. (Lettres, vol. I, p. 284.)

MCDLXXI

A DOM BRUNO d'aFFRINGUES, GÉNÉRAL DES CHARTREUX (0 Messages affectueux par un Capucin en route pour la Chartreuse.

Annecy, 22 septembre 1618.

Mon très Révérend Père,

Outre le désir que j'ay de me ramentevoir souvent en vostre bonne grâce, ce bon Père Capucin, qui est grandement de mes amis, m'en a reveillé la volonté quand il m'a dit qu'il alloit exprès voir cette sainteté (sic) solitude en laquelle (*) beneplacitum est Deo habitare in ea * ; * Ps- LXVII> liet que particulièrement il desiroit de vous bayser les mains, poussé de la renommée qu'il a pieu a Dieu que vous ayes, qu'il honnore avec inclination comm'estant du voysinage du lieu de vostre naissance (2).

Ainsy donq, mon très Révérend Père, je vous salue très humblement par cette entremise, et vous souhaitant toute sainte prospérité, je demeure a jamais

Vostre très humble et très affectionné serviteur et confrère,

Françs, E. de Genève.

xxii septembre 1 6 1 8, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Trappe de Westmalle (Belgique).

(*) il a plu à Dieu d'habiter

( i ) Le feuillet qui portait l'adresse a été détaché de l'Autographe; la « sainte solitude » semble désigner la Chartreuse comme demeure du destinataire, tandis que le titre de « très Révérend Père » et l'allusion à « la renommée» indiquent clairement D. Bruno d'Affringues. (Voir tome XVI, note ( i ), p. 200.)

(2) Quel est le Capucin du diocèse de Saint-Omer qui, en septembre 1618, allait d'Annecy à la Grande-Chartreuse, pour visiter D. Bruno? Un document imprimé de 1618, porte le nom d'un P. Jacques de Saint-Omer qui aurait assisté, comme représentant des Provinces de Flandre, au Chapitre général tenu à Rome cette année-là, et n'aurait quitté la Ville éternelle qu'après le 8 juillet. En rentrant en France à pied, il pouvait passer par Annecy au mois de septembre. (Note du R. P. Edouard d'Alençon, archiviste général des FF. MM. Capucins. | Mais où et quand avait-il connu l'Evèque de Genève r

288 Lettres de saint François de Sales

MCDLXXII

A MESSIEURS LES AVOYERS ET LES MEMBRES DU CONSEIL DE VILLE DE FRIBOURG (x)

Gracieuses offres de service. — Pourquoi le Saint veut toujours obliger les magistrats de Fribourg.

Annecy, 23 septembre 1618.

Messieurs,

Jamais il ne se présentera occasion de vous rendre service, que je ne remployé avec toute l'affection et sincérité que Vos Excellences pourroyent désirer ; et non seulement par le devoir d'amitié et voysinage, mais par une spéciale inclination que j'ay envers vostre très catholique, très pieuse et très illustre Republique et Seigneurie, je m'estimeray tous-jours fort heureux quand je pourray exécuter vos désirs. Ainsy, ces bons et devotz ecclésiastiques s'en revont promeuz aux saintz Ordres (2), marri que je suis que une quantité d'occupations qui me sont survenues en ces deux jours ne m'ayent permis de les caresser a mon gré, selon l'affection que je porteray toute ma vie a tous ceux qui me seront recommandés de Vos Excellences, que je prie Dieu vouloir combler de

(1) L'Autographe étant encadré, on ne peut voir l'adresse, si elle existe ; mais sur l'encadrement se lisent ces mots : « Lettre écrite de la propre main de S1 François de Sales A leurs Excellences de Fribourg. »

En 1618, Charles de Montenach était l'avoyer régnant ; il n'assista pas cependant à la séance du Conseil, du 8 octobre, dans laquelle on lut le message de l'Evêque de Genève, réponse à celui des magistrats de Fribourg, en date du 6 septembre (voir à l'Appendice I). L'avoyer Nicolas de Diesbach présida cette assemblée, formée des conseillers Python, Alex, Paccot, Gerwer, Lary, Erhart, Zimmerman, Mayer, Gottrau, Kessler et Vonderweidt. (Note de M. Tobie de Raemy, archiviste de l'Etat de Fribourg.)

(2) A l'ordination générale faite par le Saint le 22 septembre 1618, Pierre Salbiner, fribourgeois, du diocèse de Lausanne, reçut la tonsure, les Ordres mineurs et le sous-diaconat ; Balthazard Weber, de même origine, fut ordonné diacre. (R. E.) Du premier, nous ne savons rien ; le second devint en 1622 curé de Dirlaret, puis, de 1623 à 1632, de la paroisse d'Ueberstorf, et on le trouve en 1634 chanoine de l'église collégiale de Saint-Nicolas de Fribourg. (D'après une Note de M. de Raemy.)

Année 1618 289

bénédictions, et sa tressainte Mère de les conserver sous sa douce protection, qui suys très cordialement, Messieurs,

Vostre plus humble et très affectionné serviteur, amy et voysin,

Franc5, E. de Genève.

xxiii septembre 1618, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Fribourg.

MCDLXXIII

A LA MÈRE DE CHANTAL François de Sales seconde, sans les connaître, les désirs de la Mère de Chantai.

Annecy, [1613-octobre 1618 (1).]

Ma très chère Mère,

Voyla les lettres, et celle que j'escrivois quand ma Seur Anne Jacqueline (2) est venue, estoit a M. de Leaval (3). Regardes donq si vos désirs ont du pouvoir sur mon esprit, que ne les sachant pas, je les seconde. Qu'a jamais les divines inspirations fassent de si puissantes influences en nostre cœur, que sa volonté soit parfaitement faite en nous. Amen. Vive Jésus !

Revu sur une copie déclarée authentique, conservée à Turin, Archives de l'Etat.

( i ) Ne pouvant préciser de quel M. de Léaval il est question dans ces lignes, on ne peut que leur donner une date extrêmement vague. Elles sont postérieures à 1612, ainsi que l'indique l'appellation de « ma très chère Mère », et antérieures au 18 octobre 1 6 1 8 , puisque la mention de la Sœur Anne-Jacqueline prouve la présence des deux Saints à Annecy.

(2) Sœur Anne-Jacqueline Coste, tourière de la Visitation. (Voir tome XIV, note (2), p. 63.)

(3) Un M. de Léaval fut choisi, en 1619, par TEvèque de Genève et le président Favre, pour gouverneur de Henri de Charmoisy après la mort de son père. C'était un gentilhomme savoisien, d'une fortune médiocre, mais d'une vertu éprouvée. Il suivit son pupille en Piémont et s'acquitta avec dévouement de sa mission auprès de lui jusqu'en 1621, sembic-t-il.

Lettkes Viil 19

290 Lettres de saint François de Sales

MCDLXXIV

A LA MÊME

(billet inédit) Une bannière, ou une croix de confrérie à restaurer.

Annecy, [1616-octobre 16 18 (1).]

Voyla la plus belle des trois. Qui auroit le loysir d'y mettre un autre rideau, il ne la connoistroit pas, ou bien qui en osteroit le boys pour la luy rendre plus portable. Mays tenes bien comte, car en somme, je suis homme qui ne veux rien perdre.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le baron de Viry, au château de Cohendier (Haute-Savoie).

(1) Ce billet a été écrit tandis que les deux Fondateurs étaient à Annecy, donc, au plus tard, en 1618. D'autre part, l'écriture semble postérieure à celle de 1613-1615. C'est tout ce qu*il est possible de dire.

MCDLXXV

A LA MEME

Sollicitude paternelle du Saint pour ses Filles. — Quelque chose que la Mère de Chantai ne saura peut-être jamais. — Une postulante pauvre qu'il faut gratifier.

Annecy, commencement d'octobre 1618 (1).

Ma très chère Mère,

Il faut que je vous die que j'ayme bien cette pauvre Seur Estiennette (2), et pensant en elle il me (sic) venu

(1) Les dates d'entrée au noviciat des Sœurs « Estiennette » et « Fontani » fixent celle de cette lettre.

(2) Etiennette Devillers, fille de Richard Devillers et de Claudine Martel, entra au monastère d'Annecy en septembre 1618. prit l'habit religieux le 9 septembre 1619 et fit profession l'année suivante. Reçue au rang des Sœurs domestiques, elle fut admise à celui des Sœurs de chœur dans la Maison de Marseille, à la fondation de laquelle elle avait coopéré. Sœur Marie-Tiennette y mourut le 21 avril 1640, laissant le souvenir d'une remarquable humilité. (Livres du Noviciat et dit Couvent, du ic' Monastère d'Annecy.)

Année 1618

en l'imagination que peut estre a elle quelque scrupule sur ses confessions, puisque hier elle me dit qu'ell'avoit un grand désir de faire une confession générale. Je voudrois donq que vous sceussies cela d'elle, mais il faudroit que ce fut dextrement, affin que, s'il n'estoit pas besoin, elle ne s'embarassast pas en cet article, et si elle en avoit besoin, qu'elle le dit, et vous me le feries sçavoir. Vous sçaves, ma très chère Mère, ce que je suis a ceux que j'affectionne, et sur tout a nos Filles ; mais vous ne sçaures jamais peut estre ce que je vous suis, tant Dieu m'a rendu vostre.

Je vay aux Cappucins (0 pour un appointement. Il faudra passer la pauvre Fontani pour 400 ducatons et diminuer la liste des meubles (2), car monsieur le collatéral Flocard (5) dit que ses frères sont pauvres (4) et que ce sera aumosne, et ell'est fille d'une si bonne mère (5).

Revu sur l'Autographe appartenant à Mlle Hélène de Thiollaz, au château de Monpont, près Alby (Haute-Savoie).

( 1 ) Voir tome XV, note ( 4 ), p. 374.

(2) Le 13 octobre 1618, des mains du saint Evêque qui fut le prédicateur de la cérémonie (voir tome IX, p. 208), Jeanne-Claudine de Pignier de Fontany reçut le voile de la Visitation et le nom de Sœur Jeanne-Marie. Elle avait dixneuf ans ; son père, Antoine de Pignier, seigneur de ou du Fontany, était mort avant le mois de février 1617 ; sa mère, Françoise Piossasco d'Airasca, vivait sans doute encore. La profession de la Novice fut retardée jusqu'au 26 mars 1623, à cause du règlement de ses affaires temporelles, malgré un premier contrat du 20 mars 1619. «■ Notre Sœur Jeanne-Marie est toute malade, » écrira la Sainte à la Mère de Chastel en 1626, « un peu difficile d'esprit qu'elle ne peut manier comme elle voudrait, un peu chagrine, mais las! tant bonne, tant sincère, tant fidèle à ses exercices! Il la faut traiter fort cordialement. » (Lettres, vol. II. p. 598.) Elle mourut le 17 mai 1672, au monastère de Seyssel où elle avait été envoyée comme fondatrice en 1651. (D'après les Livres du Noviciat et du Couvent, du Ier Monastère d'Annecy.)

(3) Barthélémy Flocard (voir le tome précédent, note ( 1 ), p. 303V

(4) Antoine, Denys et Humbert de Pignier étaient encore pupilles en 1622. Nous retrouverons plus tard l'aîné comme destinataire; le second entra chez les Augustins, et Humbert chez les Dominicains. Leur sœur Péronne fut Religieuse à Sainte-Catherine.

(5) Françoise Piossasco d'Airasca (en Savoie, d'Erasque) épousa d'abord Claude Busillet, conseiller du Roi en son siège présidial de Lyon; de son second mari, Jean-François, seigneur de Monthouz en Duyn (contrat dotal du 15 novembre 1592), elle eut un fils posthume. Jean-Marc, qui se fit Capucin. Enfin, par contrat dotal du 17 novembre 1594, elle s'alliait à Antoine de Pignier, seigneur de Fontany. Françoise Piossasco était décédée lors de l'acte du 20 mars 1619. (Voir note (2) ci-dessus.)

MCDLXXVI

a un gentilhomme (0

(inédite) Offre de services et demande de protection.

Annecy, 16 octobre 1618.

Monsieur,

L'essay que je fis de vostre courtoysie il y a 20 ans que je fus a Rome, le récit que m'en fait monsieur le chanoyne Desplans (2), la considération de lhonneur ou vos mérites vous portent, m'obligent a vous offrir mon service, quoy qu'inutilement, puisque, estant si peu de chose comme je suis, je ne me puis pas promettre le pouvoir de vous en rendre.

Et bien que cette mesme considération me deut retenir de vous importuner, si est ce qu'en l'occasion que ledit sieur Desplans vous représente pour le secours des Chanoynes de mon Eglise, je ne laisseray pas de vous supplier de nous estre favorable a tous, affin que les uns soyent aydés, et moy consolé de les voir un peu assistés et délivrés de pauvreté, vous asseurant, Monsieur, que vous obligeres force gens d'honneur et qui ont affection

(1) D'après la teneur de la lettre, le destinataire était à Rome durant le séjour qu'y fit le Saint, du 17 décembre 1598 au 31 mars 1599; et, en 1618, il y occupait une place lui permettant d'aider de sa protection les chanoines de Saint-Pierre de Genève. Ces données sont insuffisantes pour identifier sûrement le personnage. Sous toute réserve, nous proposerons Jean de Vignod, docteur ès-droits, procureur en la cour de Rote, qui meurt à Rome en 1619, léguant à sa parente Charlotte de Vignod, femme de Claude de Varax, une maison qu'il possédait près de l'église Santa Maria in Vallicella. (Note de M. le chanoine Gonthier.) Peut-être était-il le fils d'un autre Jean de Vignod, décédé dans la même ville en 1594. (Voir tome XI, Lettre lxxvii, p. 212. note ( 1 ), p. 213, et Appendice, p. 432.)

(2) Louis Desplans (voir le tome précédent, note (2), p. 202).

de marcher de bien en mieux au service de Dieu ; et en mon particulier, j'en demeureray a jamais, Monsieur,

Vostre très humble et très affectionné serviteur,

Franc5, E. de Genève.

XVI octobre 161 8, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Bar-le-Duc, au couvent des Sœurs Dominicaines.

MCDLXXVII

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