‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 63 sur 91 · AU CARDINAL FRÉDÉRIC BORROMEE ARCHEVÊQUE DE MILAN · texte numérisé non relu

AU CARDINAL FRÉDÉRIC BORROMEE ARCHEVÊQUE DE MILAN

Envoi d'une harangue du cardinal du Perron, et promesse de son oraison funèbre.

Annecy, 16 octobre 1618.

Illustrissimo et Reverendissimo Signor mio colendissimo,

Questi honorati Padri Visitatori de Barnabiti (2) hanno trovato in me una particolarissima memoria delli favori ricevuti di V. S. lllma (3); et havendomi significato che

Illustrissime, Révérendissime et très vénéré Seigneur,

Ces honorés Pères Visiteurs des Barnabites ( 2 ) ont trouvé chez moi un très particulier souvenir des faveurs reçues de Votre Seigneurie Illustrissime (3) ; et comme ils m'ont dit que vous aviez quelque

(1) Voir le tome précédent, note ( r ), p. i,6.

(2) Les PP. Fidèle Monti et Elisée Délia Torre, visiteurs généraux de la Congrégation des Barnabites, étaient arrivés à Annecy le 2 septembre 1618 avec D. Gennari qui revenait de Milan (voir ci-dessus, note ( 1 ), p. 265). Ils visitèrent l'établissement de Thonon (25 septembre-9 octobre) et repartirent pour l'Italie le 20 octobre.

(3) Lors du voyage de saint François de Sales à Milan, fin avril 1613. (Voir tome XVI, note (2), p. 1.)

294 Lettres de saint François de Sales

Ella tiene notitia délia nostra lingua francese, glie mando

con humil i1) questa oratione o harenga fatta

[dal Cardinal] del Perrone (2), opra bellissima, s' io non nVinganno, [per] la vivacità del' ingegno che in essa è mostrata. Et se essendo in Parigi, dove vado per accompagnare il Prencipe Cardinale di Savoya, posso veder qualche oratione funèbre di detto fû Cardinale del Perrone, non mancarô di darne parte a V. S. Illma, non dubitando che haverà a caro il saper la morte fœlicissima et piena di zelo di questo grand'huomo et Prelato (3).

Et fratanto, basciando humilissimamente le sacre mani

connaissance de notre langue française, je vous adresse en toute humilité ( 1 ) ce discours ou harangue faite par le cardinal du Perron (2), œuvre très belle, si je ne me trompe, pour la vivacité du génie qui la caractérise. Si je puis trouvera Paris, où je vais accompagner le Prince cardinal de Savoie, quelque oraison funèbre de feu le cardinal du Perron, je ne manquerai pas d'en faire part à Votre Seigneurie Illustrissime, qui, je n'en doute point, aura pour agréable d'apprendre les particularités de la mort très heureuse et pleine de piété de ce grand homme et Prélat (3).

En attendant, je baise les mains sacrées de Votre Seigneurie

( 1 ) L'Autographe, assez endommagé par l'humidité, présente plusieurs lacunes. Nous y suppléons selon le sens par des mots entre crochets [ ], sauf ici où il est difficile de décider si le Saint a écrit con humilta, leçon donnée par les éditeurs précédents, ou bien : con humilissa riveren^a, ce qui paraîtrait plus probable d'après la place.

( 2 ) C'est sans doute la harangue du 2 janvier 161 5 aux Etats généraux, que l'Evêque de Genève envoyait au cardinal Borromée. Infidèlement reproduite d'abord dans le procès-verbal des Etats, elle fut publiée par l'orateur sous ce titre : Harangue de Jacques Davy, cardinal du Perron, aux Estats, sur Varticle du serment (Paris, Estienne 1615). On la réimprima quatre fois cette même année.

Le 26 novembre 1618, Frédéric Borromée remerciait le Saint de cet envoi, par une lettre dont Migne, tome VI, col. 1019, a donné une traduction ; mais, malgré de minutieuses recherches faites aux Archives Borromeo et à la Bibliothèque Ambrosienne, le texte original n'a pu être retrouvé.

( 3 ) Le grand Cardinal (voir tome XVI, note (2), p. 353) était mort le 5 septembre précédent, dans l'hôtel de Sens, à Paris. Bien des voix célébrèrent sa mémoire, et François de Sales put choisir, entre cinq ou six oraisons funèbres imprimées à Paris en 1618, celle dont il voulait faire part à l'Archevêque de M il on.

Année 1618 295

di V. S. 111"* et ritornando a farli profonda riverenza,

resto

Suo divotissimo et humilissimo [servitore],

Franc0, Vescofvo di Geneva.]

XVI Ottobre 161 8, Annessi.

Revu sur l'Autographe conservé à Milan, à la Bibliothèque Ambrosienne.

Illustrissime, et lui renouvelant mes profonds hommages, je

demeure

Son très dévoué et très humble serviteur,

François, Evêque de Genève.

16 octobre 1618, Annecy.

MCDLXXVIII

A DONA GINEVRA SCAGLIA (0 (inédite)

Nouveaux délais pour la fondation de Turin. — Départ pour la France; joie au sujet d'un compagnon de voyage. — L'itinéraire de la Mère de Chantai différent de celui de l'Evêque de Genève.

Annecy, 16 octobre 1618.

Illustrissima Signora mia in Christo osservandissima,

Essendosi data la parola mia et quella délia Madré per Bourges et Parigi, saria impossibile di far altramente(2) ; ma ella ritornarà presto, cioè questa prima (sic), et fra tanto le cose del Monasterio di Turino si salda-

Très Illustre Dame, très honorée dans le Christ, Ma parole et celle de la Mère étant données pour Bourges et Paris, il serait impossible d'agir autrement (2). Mais notre Mère reviendra bientôt, c'est-à-dire au printemps, et d'ici là, les affaires du Monastère

(1) Cette lettre est certainement adressée à Dona Ginevra Scaglia ; la simple lecture du texte suffit à le démontrer.

(a) « Voilà donc qu'il faut partir, mais non pas devant lundi. » écrit la Mère de Chantai, le 17 octobre 1618. (Lettres, vol. I, p. 282.) Ce fut en effet le lundi, 22 octobre, qu'elle s'éloigna d'Annecy avec les Sœurs destinées à la fondation de Bourges.

296 Lettres de saint François de Sales

ranno et pigliaranno fondamento (O. Si riserba la Sorella Paola Hieronima di Monthouz per accompagnarla et esser impiegata in Turino, già che questo è gusto di V. S. et, corne si spera, sarà gusto del Serenissimo Prencipe (2). Et quanto a me, parto adesso adesso per andarmene servir il Serenissimo Prencipe Cardinale (3), già che cosi vuole Sua Altezza ; et se è vera la nuova che mi vien data che il signor Marchese fratello di V. S. facci il viagio, mi sarà una particolar consolatione h), et tanto più se io fossi tanto felice di darli qualche segno délia molta servitù ch'io tengo verso il signor Comte (5) et la persona di V. S.

de Turin s'affermiront sur un fondement plus solide!1). On réserve la Sœur Paule-Jéronyme de Monthouz pour accompagner la Mère et être employée à Turin, puisque cela agrée à Votre Seigneurie, et agréera, nous l'espérons, au Sérénissime Prince (2).

Pour moi, je suis sur mon départ pour le service du Sérénissime Prince Cardinal ( 3), ainsi que l'a voulu Son Altesse. Si la nouvelle que l'on vient de m'annoncer est vraie, que M. le Marquis votre frère est du voyage, ce me sera une particulière consolation ( 4), surtout si j'ai le bonheur de pouvoir lui donner quelque marque de mon profond attachement pour M. le Comte (3) et pour vous, Madame.

( 1 ) La fondation n'eut lieu qu'en 1638.

( 2) La Sœur Paule-Jéronyme de Monthouz (voir au tome XVI, les notes ( 1 ), des pp. 161 et 279), à qui l'on pensait encore en 1620 pour la fondation de Turin, n'y fut cependant pas employée. Les charges honorables que quelquesuns de ses parents avaient à la cour de Savoie pouvaient lui attirer une spéciale bienveillance du prince Victor-Amédée.

(3) Maurice de Savoie, parti de Turin le 6 octobre, arriva à Montmélian le 17. C'est ce jour-là ou le lendemain que l'Evèque de Genève dut quitter Annecy pour rejoindre le cortège princier.

(4) Le marquisat de Caluso avait été apporté en dot (1606) à Auguste- Manfred Scaglia, fils aîné de Philibert-Gérard, par Marguerite Biandrate di San Giorgio, veuve de Charles-Guillaume Valperga, possesseur de cette seigneurie. Auguste-Manfred préféra toujours cependant à son titre de marquis celui de comte de Verrua qu'il prit à la mort de son père. Vaillant militaire, il se distingua lors du siège de Verceil (16 17), devint grand écuyer de Madame Royale, maréchal de camp en France, où il fut ambassadeur de 1619 à 1621, général de l'infanterie ducale en 1633, et mourut le 6 octobre 1637. (D'après les documents conservés aux Archives de Turin.)

(5) Philibert-Gérard Scaglia, comte de Verrua (voir tomes XII, note (2), p. 105, et XVII, note (2), p. 181). Il fit en effet partie de l'ambassade, ainsi que son fils le marquis de Caluso.

Année 1618 297

Raccommandar a V. S. il nostro P. Dom Giusto (0 par cosa ingiuriosa alla charità che ella tiene; ma mi è lecita per darglie qualche testimonio del mio affetto verso di lui.

Délia ratificatione del mollino per queste Madri non si ha nuova veruna, et non so doue sarà capitata l'amorevole cura che V. S. si è degnata pigliarne (2).

La Madré fa una strada per andar a Bourges différente dalla nostra, et restarà in Bourges mentre sarô in Parigi ; ma non lasciarô di dar parte delli progressi di questa Congregatione a V.- S. Illma, già che tanto glie vuol bene.

Cosi mi tengha nella gratia sua V. S. Illma, et io a lei pregho il perfetto et puro amor divino.

Di v. s. nra,

Certissimo et humilissimo servo in Christo, Franc0, Vescovo di Geneva.

In Annessi, alli XVI di Ottobre 161 8.

Revu sur l'Autographe appartenant à M. le comte Biandrate di San Giorgio, au château de Piasco, près Turin.

Vous recommander notre bon P. D. Juste (O serait une chose injurieuse à la bienveillance que vous lui portez; elle ne m'est permise qu'en témoignage de l'affection que j'ai pour lui.

De la ratification pour les moulins de ces Mères, nous n'avons aucune nouvelle, et je ne sais où aura échoué le soin bienveillant que Votre Seigneurie a daigné prendre de cette affaire (*).

La Mère suivra, pour aller à Bourges, une route différente de la nôtre et demeurera dans cette ville tandis que je serai à Paris ; mais je ne laisserai pas de vous faire part des progrès de notre Congrégation que Votre Seigneurie aime tant.

Veuillez aussi, Madame, me conserver dans vos bonnes grâces, et à mon tour, vous souhaitant le parfait et pur amour de Dieu, je suis,

De Votre Seigneurie Illustrissime,

Le très assuré et très humble serviteur dans le Christ,

François, Evêque de Genève.

Annecy, 16 octobre 1618.

( 1 ) D. Juste Guérin.

(3) Voir ci-dessus, Lettre mcdv, p. 179, et note ( 1 ), p. 180.

Lettres de saint François de Sales

MCDLXXIX

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