A M. MICHEL BOUVARD
Insuccès des démarches du Saint en faveur de M. de Quoex. — Recommandations au sujet de diverses affaires.
Paris, 18 mai 1619.
Monsieur,
Respondant a la dernière lettre que vous aves pris la peine de m'escrire, je vous diray que je n'ay rien oublié de tout ce que j'ay peu pour servir le pauvre M. le Collatéral de Quoex en son affliction (2). Mays, a ce que je voy, mes remonstrances et supplications ont esté charmées par quelque esprit contraire, la force duquel Dieu a permis avoir esté plus grande. De dire dou ce malheur m'est arrivé, je ne le puis qu'en devinant. Les tribulations ne seroyent pas tribulations si elles n'affligeoyent, et les
( 1 ) Le 7 juin 1632, appelé à déposer au Procès rémissorial de Genève pour la canonisation de François de Sales, Michel Bouvard se dit fils de Jean Bouvard et d'Antoinette Mermod, âgé d'un peu plus de cinquante ans. Docteur en droit après ses études aux Universités de Toulouse et de Louvain, avocat dès 1610, collatéral au Conseil de Genevois avant 1624, il fut aussi conseiller du duc de Nemours. Il apprécia plus que tous ces titres l'amitié et la confiance dont l'honora le saint Prélat. Celui-ci mit largement à profit sa science, son expérience et son dévouement. Sur sa demande, Bouvard assiste aux concours pour la collation des bénéfices, il est désigné comme assesseur au tribunal de l'Officialité et comme arbitre dans les arrangements soumis à la sagesse de l'Evêque, il rédige des actes importants et même est choisi pour écrire, sous la dictée de François de Sales, son testament. Michel Bouvard dépose de nouveau au second Procès de Béatification en 1652, et à cette date, il est encore premier collatéral au Conseil de Genevois. Il avait épousé Philiberte Mingon.
(2) Sigismond d'Est, gouverneur de la Savoie, avait donné ordre, en janvier 1618, au collatéral Claude de Quoex, d'exiger les trois quartiers dus par le Genevois, et de veiller à la subsistance des troupes logées dans cette province. Est-ce cette gestion délicate, et assez étrangère aux ordinaires fonctions du magistrat, que la Chambre des Comptes examina en 1619 ? Le résultat fut, pour M. de Quoex, l'obligation de payer environ mille ducatons, sous peine d'emprisonnement jusqu'à libération de la somme. Elle était lourde et ne put être versée d'un coup. François de Sales, après avoir vainement essayé de prévenir la détention de son ami, poursuivit auprès du duc de Savoie sa mise en liberté, comme le prouve la lettre du n juillet de cette année. On ne sait ce qu'il obtint. (Cf. Mugnier, Saint François de Sales docteur en droit, avocat, sénateur, Chambéry, 1885, p. 108.)
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serviteurs de Dieu n'en sont gueres exempts ; leur bonheur est réservé pour la vie future. Et néanmoins, j'espère que le coup que M. le Collatéral recevra ne sera pas si grand comme l'appréhension.
xMonseigneur le Duc de Nemours escrit a messieurs ses officiers qu'ilz luy donnent advis sur la demande que je fay des protocoles du chastelain Musici (0, que M. [Barfelly (*)] a pris et gardés jusques a présent de son authorité. Je vous prie de prendre la peine de les instruire de mon droit, comme encor de ne vous lasser pas a bien conduire par vos advis l'affaire que j'ay avec M. de Marcossey (3).
Je suis cependant de tout mon cœur, Monsieur,
Vostre très humble, très affectionné serviteur,
Franc5, E. de Genève.
18 may 161 g, a Paris.
A Monsieur [Monsieur] Bouvart, Advocat au souverain Sénat de Savoye.
(1) Notaire et châtelain à Viuz-en-Sallaz, Pierre de Musy reçoit l'acte de prise de possession du mandement de Thiez par Gallois de Sales, agissant au nom de son frère TE vêque de Genève ( Ier février 1603). En 1606 et 1608, il est fermier de l'Evêque, et meurt avant le 6 juillet 1637. De sa femme, Françoise Moulin, il eut, entre autres enfants, deux filles qui furent Religieuses de la Visitation. L'aînée, Françoise-Jacqueline, était supérieure à Moulins quand la Mère de Chantai y termina sa sainte vie. (D'après les Mém. et doc. de l'Acad. Salés., tome XIX. et le Livre du Noviciat du Ier Monastère d'Annecy.)
(2) C'est le Bathellis de l'édition de 1758, qui est évidemment Maurice Barfelly. (Voir tome XVI, note (2), p. 257.)
(3) La terre de Marcossey fut érigée en comté (10 avril 1618) en faveur du fils de Jean-François de Marcossey, Jean, seigneur du dit lieu..., de Going, Essey, Passavant, baron de Sainct Georges et de Haussonville, places rière les Estatz de Monsieur le duc de Lorraine, . . . son conseiller d'Estat, chef et bally de la province des Vosges, et premier gentilhomme de la Chambre du sieur de Vaudemont. » (Ouvrage cité note ( 1 ) ci-dessus.)
Or, Marcossey faisait partie du mandement de Thiez, fief des Evêques de Genève. Le nouveau comte voulut traiter avec François de Sales « sur l'indampnité dudit Marcocet, quil desiroit eximer, avec les biens despendantz, de l'auchtorité que ledit Bienheureux avoit comme seigneur temporel. » Des experts furent nommés ; le saint Prélat s'en remit complètement à eux et ne témoigna jamais « de voulloir avoir plus ou moins d'argent. » (Process. remiss. Gebenn. (I), déposition de Claude de la Frasse, commissaire général de la Chambre des Comptes du Genevois, ad. art. 45.) — Jean de Marcossey mourut à Nancy en 1620 ou 1621, sans laisser de postérité.
378 Lettres de saint François de Sales
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